Les draps
154 SATYIŒ XI.
Qu'elle les fît venir à moitié de la coite ^ Dieu sçaitquelslacsd'amour,quelschifrres, quelles fleurs, De quels compartiments, et combien de couleurs Relevoient leur maintien , et leur blancheur naïfve, Blanchie en un sivé ', non dans une lescive.
Comme son lict est faict : Que ne vous couchez-vous? Monsieur, n'estril pas temps? Et moy de filer dous. Sur ce point elle vient, me prend et me détache. Et le pourpoint du dos par force elle m'arrache , Gomme si nostre jeu fust au roi despouillé.
J'y résiste pourtant, et, d'esprit embrouillé, Comme par compliment, je trenchois de l'honneste : N'y pouvant rien gaigner, je me gratte la teste. A la fin je pris cœur, résolu d'endurer Ce qui pouvoit venir, sans me désespérer.
Qui fait une folie , il la doit faire entière : Je détache un soulier, je m'oste une jartière, Froidement toutefois ; et semble , en ce coucher, Un enfant qu'un pédant contraint se détacher; Que la peur tout ensemble esperonne et retarde : A chacune esguillette il se fasche, et regarde. Les yeux couverts de pleurs , le visage d'ennuy. Si la grâce du ciel ne descend point sur luy.
L'on heurte sur ce point; Catherine on appelle. Jeanne, pour ne respondre, esteignit la chandelle.
1. Ut de plume. Ce terme se trouve aussi dans Villon. Aujourd'hui couette.
3. L'auteur avait sans doute écrit blanchis ^ dans le vers suivant, faisant rapporter ce participe à linceuls. (Brossette.) — Sivé ou civé. Sans doute cette eau croupissante et verdàtre qui se trouve dans les marais. Villon s'est $ervi du même mot et dans le même sens : en eau de civé. Ce terme vient sans doute de civé ou civettes^ petites ciboules vertes.
Personne ne dit mot. L'on refrappe plus fort,
Et faisoit-on du bruit pour resveiller un raiort.
A chaque coup de pied toute la maison tremble,
£t semble que le feste ^ à la cave s'assemble.
Bagasse, ouvriras-tu? c'est cestuy-cy, c'est mon.
Jeanne, ce temps pendant, me faisoit un sermon.
Que diable aussi, pourquoy ? que voulez-vous qu'on foce?
Que ne vous couchiez-vous? Ces gens, de la menace
Venant à la prière, essay oient tout moyen.
Ore ils parlent soldat, et ores citoyen.
Ils contrefont le guet , et de voix magistrale :
Ouvrez, de par le roy. Au diable un qui dévale.
Un chacun , sans parler, se tient clos et couvert.
Or, comme à coups de pied l 'huis s 'estoit presque ouvert, Tout de bon le guet vint. La quenaille * fait gillc. Et moy, qui }nsques là demeurois immobile, Attendant estonné le succez de l'assaut , Ce pensé-je , il est temps que je gaigne le haut^ Et, troussant mon pacquet, de sauver ma personne. Je me veux r'haWller, je cherche, je tastonne, Plus estourdy de peur que n'est un hanneton.
Mais quoi ! plus on se haste , et moins avance-t-on. Tout, comme par despit, se trouvoit souz ma pâte. Au lieu de mon chappeau je prends une savate; Pour mon pourpoint, ses bas ; pour mes bas, son collet; Pour mes gands, ses souliers; pour les miens un ballet. Il semblolt que le diable eût fait ce tripotage ^.
i. Le festè pour Xtfatte, le haut de la maison.
î. Edition de 1643 et suivantes, la canaille.