‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 168 sur 252 · C'est ce que Clément Marot appelle de l'eau ferrée · texte numérisé non relu

C'est ce que Clément Marot appelle de l'eau ferrée

:>. Miterarum est , neque amori dare. ludum.

(HoH., liy. m.)

2d$ SATYRE XVI.

Mais il faut, en aymant^ s'aider de la finesse»

Et sçavoir rechercher une simple maistresse ,

Qui, sans vous asservir, vous laisse en liberté,

Et joigne le plaisir aveeq' la seureté;

Qui ne sçaefae que c'est que d'estre courtisée ;

Qui n'ait de mainte amour la poictrine embrasée ;

Qui soit douce etnicette, et qui ne.sçachepas,

Apprentive au mestier, que valent les appas ;

Que son œil et son cœur parlent de mesme sorte ;

Qu'aucune affection hors de soy ne l'emporte ;

Bref, qui soit tout à nous, tant que la passion

Entretiendra nos sens en ceste affection.

Si parfois son esprit ou le nostre se lasse.

Pour moy, je suis d'advis que Ton change de place.

Qu'on se range autre part, et, sans regret aucun

D'absence ou de mespris, que l'on ayme un chacun.

Car il ne faut jurer aux beautei d'une dame*, .

Ains changer, par le temps, et d'amour et de flame.

C'est le change qui rend l'homme plus vigoureux,

Et qui jusqu'au tombeau le fait estre amoureux.

Nature se maintien pour estre variable ,

Et pour changer souvent son estât est durable :

Aussi l'affection dure éternellement ,

Pourveu, sans se lasser, qu'on^ efaange à tout moment.

De la fin d'une amour l'autre uaist plus parfaite^

Comme on voit un grand feu naistre d'une bluette.

I . Cette expression est imitée du latin : Jurare t» verhû mëgiêUi,

SATYRE XVir

Non, non*, j'ay trop de cœur pour laschement me rendre. L'Amour n'est qu'un enfant dont Ton se peut deffendre ; Et rhomme qui fleschit souz sa jeune valeur Rend, par ses laschetez, coupable son malheur. 11 se desfait soy-mesme et soy-mesme s'outrage. Et doit son infortuné à son peu de courage.

Or moy, pour tout l'effort qu'il face à me domter, Rebelle à sa grandeur, je le veux affronter^; Et bien qu'avecq' les dieux on ne doive desbattre, Comme un nouveau Titan si le veux-je combattre. Avecq' le désespoir je me veux asséurer ; C'est salut aux vaincus de ne rien espérer *.

1 . Nous ferons la même observation préalable que pour la satyre précédente , en lui rendant le numéro qu'elle occupait dans les éditions antérieures à ceUe de Bfossette.

S. €'est, d'après tous les commentateurs, Qenri IV qui parle dans cette pièce. Régnier aurait eu , dit-on , l'honneur de prêter ici sa plume h. ce prince pour flatter une nouvelle passion dont il était occupé.

3. On lit effronter en quelques éditions, mais mal à propos. Celle • de 1648 et les suivantes mettent affronter, les plu» anciennes portent effronter-, nous suivons les modernes.

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