‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 169 sur 252 · Ce vers est traduit de Virgile , tlnéide, II , v · texte numérisé non relu

Ce vers est traduit de Virgile , tlnéide, II , v

Una salas victis nuilam sperare sàlatem.

Rabelais l'a ainsi rendu: « Et D'y ha meiHeur remède de salut à

Î08 SATYRE XVft.

Mais, hélas! c'en est fait: quaad les places sont prises, 11 n'est plus temps d'avoir recours aux entreprises : Et les nouveaux desseins d'un salut prétendu Ne servent plus de rien lors que tout est perdu. Ma raison est captive en triomphe menée ; Mon ame, desconfite, au pillage est donnée ; Tous mes sens m'ont laissé seul et mal-adverty, Et chacun s'est rangé du contraire party.

Et ne me reste plus de la fureur des armes Que des cris, des sanglots, des soupirs et des larmes, Dont je suis si troublé qu'encor' ne sçay-je pas Où, pour trouver secours, je tourneray mes pas. Aussi pour mon salut que doy-je plus attendre , Et quel sage conseil en mon mal puy-je prendre, SU n'est rien icy bas de doux et de clément Qui ne tourne visage à mon contentement ; S'il n'est astre esclairant en la nuict solitaire, Ennemy de mon bien , qui ne me soit contraire, Qui ne ferme l'oreille à mes cris furieux?

11 n'est pour moy là-haut ny clémence ny dieux. Au ciel, comme eu la terre, il ne faut que j'attende Ny pitié, ny faveur , au mal qui me commande ; Car, encor' que la dame en qui seule je vy

a gens estommis et recrus que de n'espérer salut aucon* » (Liv. I, chap. 4:^.) Malherbe» dans une chanson :

Le seul remède en ma disgrâce , C'est qu'il n'en faat point espérer.

Racan , dans ses Berg^M :

Le salut des Talnens est de n'en point attendre. Racine , dans B<tfa$et, acte I , scène m :

Blott unique espérance est de n'en point ayoir.

SATTHE XVlt. t09

M^ait atecifues douiSeur sous ses loix asservy; Que je ne puisse croire, ea voyant son visage, Que le ciel Tait formé si beau pour mon dommage; Ny moins qu*il soit possible, en ^ grande beauté, Qu'avecques la douceur loge la cruauté*; Pourtant toute espérance en mon esprit chancelle : 11 suffit, pour mon mal, que je la trouve belle. Amour, qui pour object n'a que mes déplaisirs. Rend tout ce que j'adore ingrat à mes désirs. Toute ehose en aymant est pour moy difficile. Et, comme mes soupirs, ma peine est infertile. D'autre par, sçachant bien qu'on n'y doit aspirer. Aux cris j'ouvre la bouche, et n'ose soupirer; Et ma peine, estouffée avecques le silence, Estant plus retenue, a plus de violence : Trop heureux si j'avois, en ce cruel tourment. Moins de discrétion et moins de sentiment, Ou, sans me relascher à l'effort du martyre.

Que mes yeux, ou ma mort, mon amour pussent dire! Mais ce cruel enfant, insolent devenu , Ne peut estre à mon mal plus longtemps retenu : 11 me contraint aux pleurs, et par force m 'arrache Les cris qu'au fond du cœur la révérence cache*

Puis donc que mon respect peut moins que sa douleur. Je lasche mon discours^ à l'effort du malheur;

1. C'est à peu près la pensée que Clément Marot avait exprimée dans M Tingt-neuTième chanson :

cmauté logée en frand* beaoté , grand* beaaté qui loges cruauté

t. Bans toutes les anciennes éditions , même dans celle de 1613, faite pendant la Tie de rautenr, il y a : ton discours ; dans l'édition de I64t , on a mis : Je lawhe ce diteour»; dans eelle de 1645 t mon ditcours , qui est la bonne leçon.

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Et, poussé des ennuis dont mon ame est atteinte,

Par force Je vous fais ceste piteuse plainte,

Qn'encores ne rendrois-je, en ces derniers efforts,

Si mon dernier soupir ne la jettoit dehors ^

Ce n'est pas toutesfois que, pour m'escouter plaindre,

Je tasche par ces vers à pitié vous contraindre,

Ou rendre par mes pleurs vostre œil moins rigoureux :

La plainte est inutile à Thomme malheureux.

Mais, puisqu'il plaist au ciel par vos yeux que je meure.

Vous direz que mourant je meurs à la bonne heure ^,

Et que d'aucun regret mon trespas n'est suivy.

Si-non de n'estre mort le jour que je vous vy

Si divine et si belle, et d'attraits si pourvue.

Ouy, je devois mourir des traits de vostre vue,

Avecq' mes tristes jours mes misères finir.

Et par feu, cx)mme Hercule, immortel devenir : ^

J'eusse, bruslant là-haut en des fiâmes si claires.

Rendu de vos regards tous les dieux tributaires.

Qui, servant, comme moy, de trophée à vos yeux ,

Pour vous aymer en terre eussent quitté les cieux.

Éternisant partout ceste haute victoire.

J'eusse engagé Jà-haut leur honte et vostre gloire ;

Et comme, en vous servant au pied de vos autels.

Ils vottdroient, pour mourir, n'estre poiut immortels,

Heureusement ainsi j'eusse pu rendre Pâme,

Après si bel effect d'une si belle flame.

Aussi bien, tout le temps que j'ay vescu depuis,

Mon cœur gesné d'amour n'a vescu qu'aux ennuis.

Depuis, de jour en jour s'est mon ame enfiamée ,

Qui n'est plus que d'ardeur et de peine animée.

Sur mes yeux esgarez ma tristesse se lit;

I. Ne la jetiet dans toutes les éditions avant celle de I64S. 9. À la bonne heure, dans le sens d'indifférence.

Mon âge, avant le temps, par mes maux s'envieillit, Au gré des passions mes amours sont contraintes, Mes vers bruslants d'amour ne résonnent que plaintes, De mon cœur tout flétry Tallégresse s'enfuit; Et mes tristes pensers, comme oyseaux de la nuit. Volent dans mon esprit, à mes yeux se présentent. Et comme ils font du vray, du faux ils m'épouvantent ; £t tout ce qui repasse à mon entendement M'apporte de la crainte'et de l'étonnement.

Car, soit que je vous pense ingrate ou secourable , La playe de vos yeux est toujours incurable * ; Toujours faut-il, perdant la lumière et le jour. Mourir dans les douleurs ou les plaisirs d'amour.

Mais, tandis que ma mort est encore incertaine , Attendant qui des deux mettra fin à ma peine , Ou les douceurs d'amour, ou bien vostre rigueur. Je veux sans fin tirer les soupirs de mon cœur, Et, devant que mourir ou d'une ou d'autre sorte. Rendre , en ma passion si divine et si forte , Un vivant tesmoignage à la postérité De mon amour extresme et de vostre beauté, Et j;)ar mille beaux vers, que vos beaux yeux m'inspirent, Pour vostre gloire atteindre où les sçavants aspirent , Et rendïre mémorable aux siècles à venir De vos rares vertus le noble souvenir.

I. Playe est ici de deux syUabes , Virgile a dit de même la plaie d'Ulysse, pour une plaie qu'Ulysse avait faite :

Pelias et vnlnere tardas Utyisis.

{Enéide, Ut. II, ▼. 416.)

Voyez Aulu-Gelle, NocL Att., lit. IX, c. xii.

SATYRE XVIir

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