La conférence de Soissons
Selon que la raison voudra.
Pour vous et pour vostrc séquelle, Le Conseil qui est avec elle , Soustenu de vostre vertu, N'est pas estimé un festu , Car il y a commissions Pour faire toutes actions Semblables, bonnes et mauvaises, Qui servent à troubler nos ayses.
Et chasser loing des beaux esprits Amour et sa mère Cypris.
C'est pourquoy je finis ma lettre, Puisqu'en chemin je vous vois mettre , Vous assurant bien queTautheur Est du tout vostre serviteur.
(inédite)
Maintenant que la paix est faicte Et qu'ung chascun conte sornette Des conférences de Soissons *, Que chascun reprend ses massons.
Charpentiers et tailleurs de pierre ,
i . Régnier écrivit sans doute cette lettre au couimenconient de Kaanée, et veut faire allusion à la déclaration du 35 juillet f6tl, qui prolongea de cinq ans le temps pendant lequelles protestante devaient conserver les places de sûreté « et à la mort du duc de Mayenne , ce grand chef de la Ligue, arrivée le S octobre suivant, à Soissons.
Que Tappréhension de guerre
Avoit fait sortir de Paris;
Que la noblesse est de saiBCt pris ,
Et que les soldats de recrues
Deviennent meneurs de charrues ;
Que quelques-uns sont pris au nez
Et les aultres bien estonnez
Qu'on ait appaisé si grand' noise
Pour cent mil escus et Amboise ,
Avec un estât de sergent.
Pour quoy c'est bien assez d'argent : .
Je voudrois pour moins de finance
Estre fait commissaire en France,
Et ferois cent mille cocus
Pour Amboise et cent mil escus;
Maintenant donc en ceste ville
On void des garçons à la file
Se retirer modestement :
Ung chascun loue extrêmement
Le grand effect d'une ambassade ,
Et n'est commerce si maussade ,
Soit de bons sens ou par hazard ,
Qui ne censure Mauregard,
Qu'en Champagne on sonne retraite
Et qu'ung chascun à la rengette,
Passe son faict à petit bruit.
Pour moy qui n'ay plus grand déduit
Pendant le temps de vostre absenCrC^
Que l'agréable souvenance
Des plaisirs honnestes et doux
Que l'on reçoit avecque vous^
Pour f ascher de vous faire rire,
Je prends plaisir de vous déduire,
Vous entretesaal par escrit
Des chimères de mon esprit.
Les nouTelles les plus certaines Sont que messieurs les Badondaines Vont dès six heures au Palais , £t plus fous reviennent des plais; Contre la maxime commune :
Ont fait des cornes à la lune :
Et cependant un chascun sçait due mardy fust pendu Cochait, Qui s'en fascha et fist paroistre Qu'il eust voulu ne le pas estre , Criant et demandant toujours Pardon au comte de Limours, Et regardant si son bon maistre Seroit point à quelque fenestt'e.
On le jugea comme un monsieur.
Mais les estourneaux du prieur..; Pourquoy faut-il sans les entendre Si laschement les faire pendre?
Je vous en demande raison , A vous qui dans Yostfè maison Faites régner bonne justice.
Je me plains de vostre malice, Sans vous injurier pourtant.
Vous ayant promis en partant D'aller à Royaumont les festes :
J'avois mes bottes toutes prestes, Cheval, bride, soutane k part, Et dans ma pochette un Ronsard , Puisque pour ma broullonnerie On me défend la librairie , Quand deux eschevlnt» j 'apperceus Qui me dirent avoir reçeu Quelques lettres qui! desguénèrent.
Et par dessus me les monstrérent, ^ Par lescfuelles vous escriviez iju'au plus tard jeudy vous deviez , Arriver en la bouoe ville.
Aussitôt ye trousse ma gille * , Chez vous je courus à plein saut, Où César arrive aussitost , Qnt me confirme la nouvelle.
Ma foy, vous nous la baillez belle !
Désirant qu'on vous aille voir, Vous deviez nous faire savoir Que la rumeur n'estoit point vraie, ttu'à dessein vous donniez la baye Aux gens du pays de là-bas.
Ëncor que je ne crusse pas Qu'il y eust beaucoup d'assurance , Et certainement quand j 'y pense, Je m'estonne de mon erreur; Néanmoins on a toujours peur De se tromper, et a-tron crainte De trouver une creuse enceinte.
Je m'en rapporte au jugement De votre amy , qui point ne ment ; Toujours véritable en promesse^ Pour moy qui n'ay point de finesse.
Je crois les choses simplement^.
Je prie donc Dieu, pour chastiment, Que pour vous le^oy François meure.
Que vos fermiers soient en demeure De payer le terme sainct Jean , Que le prieur vesse d'enhan,
1. Faire gille , en vieux langage, veut dire s'en atter vite d'un lieu.
Que la gelée et la froidure
Puissent despouiller de verdure
Vos jardins , et qu'en ces saisons
Le malheur soit sur vos oysons ;
Soient vos champs blanchis de la bise ,
Et le clocher de vostre esglïse
Puisse le griffbn accabler ;
Puisse vostre maison trembler
Soubs la tempêtç vengeresse,
Ou qu'une grande saicheresse
Vous accueille jusqu'à longtemps
* Pour tarir tous vos estangs ;
Que vos pigeons aient la pépie ,
Le prieur au nez la roupie ,
Vos poissons demeurent sans eau ;
Que tout canal et tout ruisseau
Soit sans honneur (?), et pour salades
Que vous mangiez des palissades ;
Que puissent à vos deux costés
Coucher des Espagnols bottés ;
Que la parole soit finette ,
Et pour le foire à Anthoinette ,
La pauvrette, que font les chats ,
Qu'on vous chastre aux prochains estais :
Celui qui ost de tout son cœur
Vostre très humble serviteur.
AU MÊME, MÊME ANNÉE
(inédite)
Dimanche disnant avec moy M'a dict des nouvelles du roy,
Qui porte des depuis dimanche Sur le bonnet la plume blanche.
Vous sçavez bien à quel dessein 11 fust mardy à Saint-Germain :
il revint hier, et mainte glose Se faict sur la métamorphose Du bon prince dont Ton discourt Jusqu'au fond de la basse-cour :
En Allemagne il va grand 'erre ; Les soldats parlent de la guerre , Les financiers n'en sont d'avis.
Après maints discordants devis, Je sçaurois bien que vous en dire :
Pour moy, je me doubte de pire.
Toutesfois pour bien prospérer Faut en Dieu toujours espérer, Et me remets à la fortune Qui, plus qu'une putain commune, S'abandonne, en sorte qu'on voit Bien souvent condamner le droit.
Le vice absout, et l'innocence S'attacher à une potence.
Par traité tout se finira, Mars à la fin se desdira ; Les gouvernants de ce navire Nous pourront bien donner du pire, Car c'est d'eux dont la paix despend.
Le but à chascun y prêtant.
Toutesfois, quoique l'on discoure, Vous sçavez bien qu'au laisser-courre Nul chasseur, tant expert soit-il , D'esprit et d'adresse subtil.
Qui puisse assurer qu'à la chasse On prenne ce que l'on pourchasse Les générales actions.
278 lEtTRES.
Encore que les passions
Des princes y soient attacliées,
De mesme elles sont recherchées
Et rien ne se passe icy-bas
Qui ne soit réglé par compas.
C'est pourquoy ce seroit sottise
De discourir de l'entreprise ^
Puisque tout consiste au destin ,
Qui n'entend ni grec ni latin ,
Et i^e laisse par prescience
D'avoir une bonne science.
Et pour moy qui n'en sçois pas tant,
De peu d'esprit je suis content,
Pourveu que j'en aye à bien dtre.
Que le Turk perde son empire,
Long discours pour monsieur Servin ^ ;
Dimanche le goust du bon vîn ,
Le bon Panas sa vieille robe ,
Et Claude son vieux garde-robe ;
Que je perde l'affection
D'estre avec toute passion,
Sans réserve et aucune envie ,
Vostre valet toute ma vie.