Au lieu de : bois! on lit : ciel! dans rédition de
dii POésiSê DIVERSES.
Si jamais de pitié vous vous vistes touctiez , Hélas! respondez-moy, qu 'est-elle devenue?
Fut-il jamais mortel «i malheureux que moy !
Je lis mon Infortune en tout ce que je voy ; Tout figure ma perte ; et te ciel et la terre A Tenvy me font guerre.
Le regret du passé cruellement me point, Et rend Tobject présent ma douleur plus aiguë : Mais, las ! mon plus grand mal est de ne sçavoir point. Entre tant de malheurs , ce qu'elle est devenue.
Ainsy de toutes parts je me sens assaillir ; Et, voyant que Tespoir commence à me faillir. Ma douleur se rengrége \ et mon cruel martyre S'augmente et devient pire.
Et si quelque plaisir s'offre devant mes yeux. Qui pense consoler ma raison abbatue, H m'afflige; et le ciel me seroit odieux Si là-haut j'ignorois ce qu'elle est devenue.
Gesné de tant d'ennuis, je m'estonne comment, Environné d'amour et du fasch'eux tourment Qu'entre tant de regrets son absence me livre, Mon esprit a peu vivre.
Le bien que j'ay perdu me va tyrannisant; De mes plaisirs passés mon ame est combatue ;
1. Vieux mot qui avait ctiterses significations; ici il veut dire ; êe forii^^ê* augmente.
Et ce qui rend mon mal plus aigre et plus cuisant, C'est qu^on ne peut sçavoir ce qu'elle est devenue.
Et ce cruel penser, qui sans cesse me suit, Du trait de sa beauté me picque jour et nuit, Me gravant en Tesprit la misérable' histoire D 'une si courte gloire.
Etces biens qu'en mes maux encore il me faut voir Rendraient d'un peu d'espoir mon ame entretenue, Et m^ eonsolerois, si je pouvois sçavoir Ce qu'ils sont devenus, et qu'elle est devenue ^
Plaisirs si-tost perdus, hélas ! où estes-vous ? Et vous, chers entretiens qui me sembliez si doux. Où estefr-vons allez? hé ! où s'est retirée Ma belle Cythérée?
Ha ! triste souvenir d'un bien si-tost passé* ! Las! pourquoy ne lavois-je? ou pourquoy l'ay-jeveue? Ou pourquoy mon esprit, d'angoisses oppressé. Ne peut-il descouvrir ce qu'elle est devenue?
En vain, hélas ! en vain la vas-tu despeignant. Pour flatter ma douleur, si le regret poignant De m'en voir séparé d'autant plus me tourmente Qu'on me la représente.
1 . Édition de I64S : Ce quHh sont devenus^ ce qw*elle est devenue.