‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 211 sur 252 · Bertautadit · texte numérisé non relu

Bertautadit

Félicité passée Qui ne pevt reTenir, Toarment de ma pensée , Qne n'ui-je en te perdant perdn le sooTeoir !

3^6 POÉSIES DIVEESSS.

Seulement au sommeil j'ay du contentement, Qui la fait voir présente à mes yeux toute nue, Et chatouille mon mal d'un faux ressentiment; Mais il ne me dit pas ce qu'elle est devenue.

Encor' ce bien m'afflige, il n'y faut plus songer. C'est se paistre de vent que la nuit s'alléger D'un mal qui tout le jour me poursuit et m'outrage D'une impiteuse rage.

Retenu dans des nœuds qu'on ne peut deslier.

Il faut, privé d'espoir, que mon cœur s'évertue Ou de mourir bientost, ou bien de l'oublier, Puis qu'on ne petit sçavoir ce qu'elle est devenue.

Gomment! que je l'oublie! ha dieux! je ne le puis. L'oubly n'efface point les amoureux ennuis Que ce cruel tyran a gravez dans mon ame En des lettres de flame.

Il me faut par la mort finir tant de douleurs. Ayons donc ^ ce point l'ame bien résolue; Et finissant nos jours, finissons nos malheurs. Puis qu'on ne peut sçavoir ce qu'elle est devenue.

Adieu donc, clairs soleils, si divins et si beaux; Adieu l'honneur sacré des forests et des eaux; Adieu monts, adieu prez, adieu campagne verte. De vos beautez déserte.

Las ! recevez mon ame en ce dernier adieu.

Puis que de mon malheur ma fortune est vaincue, Misérable amoureux , je vais quitter ce lieu , Pour sçavoir aux enfers ce qu'elle est devenue.

poisicfi Diy£R«:s. 327

Ainsi dit Amiante, alors que de sa voix Il entama les cœurs des rochers et des bois , Pleurant et soupirant la perte d'Yacée, L'object de sa pensée.

Afin de la trouver, il s'encourt au trespas, Et comme sa vigueur peu-à-peu diminue, Son ombre pleure, crie, en descendant là-bas : Esprits, hé! dites-moy, qu 'est-elle devenue?

ODE

Jamais ne pourray-je banilir Hors de moy l'ingrat souvenir De ma gloire si-tost passée?

Tousjours pour nourrir mon soucy, Amour, cet enfant sans mercy, L'offrira-tril à ma pensée?

f . Cette ode fut aussi imprimée , pour la première fois , dans le même recueil de 1 61 i, et fut insérée dans l'édition de 1643. Marot a dit dans le même sens :

PloB oe sois oe qae j'ay esté , Et ne le sçaorois jamais esbre; Mon >6aa printemps et mon esté Ont fait le sant par U fenestre.

Amour, ta as esté mon maistre , Je t'ay servi sur tous les dieux ; si je povTOis deux fois naistre^, Comme je te ser? irois mieux l

3fS POÉSIES DIVERSES.

Tyran implacable des cœurs,

De combien d^amères langueurs

As-tu touché ma fantaisie!

De quels maux m'as-tu tourmenté !

Et dans mon esprit agité

Que n'a point fait la jalousie ?

Mes yeux, aux pleurs accoutumez, Du sommeil n'estoient plus fermez; Mon cœur frémissoit souz la peine.

A veu' d'œil mon teint jaunissoit; Et ma bouche, qui gémissoit, De soupirs estoit tousjours pleine.

Aux caprices abandonné, J'errois d'un esprit fqrcené , La raison cédant à la rage :

Mes sens , des désirs emportez, Flotto|ent, confus, de tous costez, Gomme un vaisseau parmy l'orage.

Blasphémant la terre et les cieux , Me^mes je m'estois odieux , Tant la fureur troubloit mon ame :

Et bien que mon sang amassé Autour de mon cœur fust glacé , Mes propos n'estoient que de flame.

Pensif , frénétique , et resvant , L'esprit troublé, la teste au vent.

L'œil hagard , le visage blesme , Tu me fis tous maux esprouver ; Et sans jamais me retrouver.

Je m'allois cherchant en moy-mesme.

FOéSIES DIVERSES. 329

Cependant lors que je voulois Par raison enfraindre tes lolx^ Rendant maflame refroidie, Pleurant, j'accusay ma raison, Et trouvay que la guérison Est pire que la maladie.

Un regret pensif et confus D'avoir esté, et n'estre plus *, Rend mon ame aux douleurs ouverte ; A mes despens, las! je vois bien Qu'un bonheur comme estoit le mien Ne se cognoist que par la perte.

ni

STANCES

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