CONTRE UN AMOUREUX TRANSY
Pourquoy perdez-vous la parole Aussi-tost que vous rencontrez Celle que vous idolastrez, Devenant vous-mesme une idole?
t. Édition de 1649 :
D'aToir e^\é , sans estre plus. .
S. Cette pièce ne parut qu*en 1616, dans le Cabinet satyrique^ après la mort de Régnier, et elle ne contenait qu)B les cinq premières stances.
Vous estes là sans dire mot, Et ne faites rien que le sot.
Par la voix Amour vous suffoque ; Si vos soupirs vont au-devant, Autant en emporte le vent , Et vostre déesse s'en mocque, Vous jugeant de mesme imparfaict De la parole et de l'effect.
Pensez-vous la rendre abbatue Sans vostre fait luy déceler ?
Faire les doux yeux sans parler, C'est faire Tamour en tortue.
La belle fait bien de garder Gê qui vaut bien le demander.
Voulez-vous, en la violence De vostre longue affection , Monstrer une discrétion?
Si on la voit par le silence.
Un tableau d'amoureux transy Le peut bien faire tout ainsi.
Souffrir mille et mille traverses, N'en dire mot, prestendre moins.
Donner sçs tourments pour tesmoins De toutes ses peines diverses, Dés coups n'éstre point abbatu.
C'est d'un asne avoir la vertu.
* L'effort fait plus que le mérite :
i . Les sept stances suivantes furent ajoutées dans l'édition de
Car, pour trop mériter un bien , Le pins souvent on n'en a rien ; Et, dans l'amoureuse poursuite, Quelquefois l'importunité Fait plus que la capacité.
J'approuve bien la modestie; Je hay les amants effrontez.
Esvitons les extrémltez.
Mais des dames une partie, Comme estant sans élection, Juge en discours l'affection.
En discourant à sa maistresse,
Que ne promet l'amant subtil?
Car chacun, tant pauvre soit-il,
Peut estre riche de promesse.
« Les grands , les vignes , les amants ,
« Trompent tousjours de leurs serments. »
Mais vous ne trompez que vous-mesme.
En faisant le froid à dessein.
Je crois que vous n'estes pas sain :
Vous avez le visage blesme.
Où le front a tant de froideur.
Le cœur n'a pas beaucoup d'ardeur.
Vostre belle, qui n'est pas lourde, Rit de ce que vous en croyez. Qui vous void, pense que soyez Ou vous muet, ou elle sourde.
Parlez, elle vous oyra * bien; Mais elle attend, et n'entend rien.
Elle attend, d'un désir de fenime, D'ouyr de vous quelques beaux mots.
Mais s'il est vray qu'à nos propos On recognoist quelle est nostre ame, Elle vous croit, à ceste fois, Manquer d'esprit comme de voix.
Qu'un honteux respect ne vous touche :
Fortune aime un audacieux *.
Pensez, voyant Amour sans yeux, Mais non pas sans mains, ny sans bouche, Qu'après ceux qui font des présents L'Amour est pour les bien-4isants.
STANCES'
Si vostre œil , tout ardent d'amour et de lumière, De mon cœur, vostre esclave, est la flamme première