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ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE. XXV

ne peut nier qu'il

Règle sa médisance à la façon antique,

mais en sachant demeurer le contemporain de Henri IV et le critique de ses. contemporains et de leurs vices, mais en conservant les formes avec lesquelles Horace flagellait les contemporains d'Auguste. On reconnaît dans ces vers nombre de personnages qui passent devant nous et s'en vont singuliërent mulctés : ce poëte obscur, mais orgueilleux, qui,

Méditant un sonnet, médite un évèché ;

ce pauvre Malherbe, auquel son goût pour le potage, plus vif que pour les psaumes traduits par des Portes, joua un si vilain tour, et qui se retrouve parmi ces

rêveurs dont la muse insolente,

Censurant les plus vieux, arrogamment se vante

De réformer les vers

Qui veulent déterrer les Grecs du monument.

Les Latins, les Hébreux et toute Tantiquaille, Et leur dire à leur nez qu'ils n*ont rien fait qui vaille;

cet homme de loi qui.

Une cornette au col, debout dans un parquet, A tort et à travers va vendre son caquet ;

ce médecin qui reçoit son salaire en refusant.

Et dit, serrant la main : a Mais il ne falloit point. »

XXVI ÉTUdE HISTORIQUE ET UTTiftAIRE.

Quelques-uns de ses principaux passages sont demeurés classiques, et il a l'honneur d'avoir fourni des modèles à nos plus grands auteurs. Molière a trouvé Tartuffe dans la Macette de la satyre XII :

Jour et nuit, elle va diB couvent en couvent, Visite les saints lieux, se confesse souvent... Loin du monde elle fait sa demeure et son gîte, Son œil tout pénitent ne pleure qu'eau bénite.

La Fontaine a pris dans la petite fable de la troisième satire sa fable du cheval et du loup ; Boileau luimême a copié le portrait du pédant et le récit durepas ridicule de la satire X *^, Enfin on ne peut nier

1. C'est dans cette pensée que Saint-Pavin composa rinjurieux sonnet suivant, pour se venger de ce que Despréaux ravait accusé d*athéiaine -

Despréani, grimpé sur Parnasse, Avant que personne en sût rien , Trouva Régnier avec Horace, Et rechercha leur entretien.

Sans ehoix ei de mamvaise grâee.

Il pilla presque tout leur bien :

Il s'en servit avec audace , Et s'en para comme du sien.

Jaloux des plus fameux poëtes , Dans ses satyres indiscrètes , Il choque leur gloire aujourd'hui.

En vérité, je lui pardonne.

S'il n'eill mal parlé de personne ,

On n*eAt jamais parlé de lui.

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qae Régnier n'ait esquissé la fameuse scène de Mascarille :

Belle, à ce que j'entends, Comment! vous gouvernez les beaux esprits du temps?

Que vous semble du monde?

LTiomme que vous savez m'a dit qull n'aime rien. Madame, à votre avis, aujourd'hui suis-je bien ? Suis-je pas bien chaussé? ma jambe est-^e belle? Voyez ce taffetas...

N'est-ce pas absolument Mascarille disant : « Vous recevrez beaucoup de visites?... Quel bel esprit est des vôtres?... Eh bien! Mesdames, que dites-vous de Paris?... Que dites-vous de ma petite oie? Le ruban en est bien choisi.... »

Plusieurs vers de Régnier aussi sont demeurés comme proverbes :

Pardieu, les plus grands clercs ne sont pas les plus fins.

{Satyre ///.)

Je diray librement, pour finir en deux mots.

Que la plupart des gens sont habillés en sots.

(Satyre /F.)

Corsaires à corsaires l'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires.

{Satyre XIl.)

Mais Régnier a bien aussi les défauts de ses qualités : son genre, son talent à exprimer ses pensées propres, ses idées , ses impressions, à peindre son prochain, l'ont empêché de creuser son sujet comme

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XXTIII ÉTimB HtSTOAIQVE ET LITTÉRAIRE.

devaient le faire ceux qui l'ont suivi et que je viens de montrer l'imitant. On peut lui appliquer ce mot de Perse : circumprœcordia ludit : il se joue autour du cœur humain, riant, causant, critiquant, raillant, mais sans frapper comme Boileau ou Molière, sans broyer à jamais sous le ridicule ceux auxquels il s'attaquait, comme devaient faire plus tard ces deux grands satiriques. Régnier est paresseux et aime mieux s'amuser que se donner la peine de travailler davantage; la poésie pour lui n'a jamais été qu'une distraction, un passe-temps, et il semble que, du moment où il lui aurait fallu travailler, ce passe-temps serait devenu une fatigue et bientôt un ennui , ce qu'il ne voulut jamais comprendre. Philosophe par hasard, il moralise par boutades : avant tout il veut rire et s'amuser, et ne se soucie pas beaucoup de faire pleurer ceux qu'il raille. Mais si je reconnais qu'il ne faut pas exagérer la portée de Régnier comme satirique, je ne saurais trop insister sur les qualités de son style, la netteté de ses expressions, la précision de ses termes, l'exactitude de ses tableaux, la simplicité réelle et parfaite de son récit. Il me faudrait ici de trop nombreuses citations, et mes lecteurs sauront les trouver à leur place dans ce recueil. Lui-même sentait ce qu'il pouvait faire, et il n'y a nulle exagération quand il dit :

.... Poussé de caprice, ainsi que d'un grand vent, Je vais haut dedans Pair quelquefois m'élevant, Et quelquefois aussy, quand ma fougue me quitte, Du plus haut an plus bas mon vers se précipite.

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