XXXIT ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE
Régnier avoii de grands talents ponr la poésie, car c'est
le premier parmy nous qui ait su Tart de la satire françoise, et Ion peut dire qu'il a été unique jusqu'à Despréaux. 11 a peint les vices avec naïveté, et les vicieux d'une manière très-plaisante. Quoiqu'il ait imité quelques fameux poètes latins et italiens, il a eu pourtant lui-môme un certain caractère original qui lui étoit propre.
Boileau prétend qu'il a l'air et les manières de Juvénal.
11 a été un des premiers poëtes de son temps, et on voit encore avec plaisir dans ses ouvrages plusieurs traits qui n'ont jamais vieilli ; Ton y connoît la beauté et l'agrément de son esprit et ses heureux talents pour la poésie, maison trouve qu'il ne garde pas assez de bienséance, et qu'il est de ces auteurs dont la lecture peut faire de mauvaises impressions.
(TiTON DU TiLLET, Pamosse français,)
Personne en France na mieux reussy en ceste espèce de poésie ; il reprend , à la manière de Juvenal, les mœurs du temps ; il na pas faict difficulté dy traduire quelques pièces anciennes quy faisoient au sujet quil avoit entrepris, par exemple lelegie d'Ovide [Est quœdam qutcumque volet cognoscere lanam) (?) est presque mot pour mot dans la satire 13 quy commence la fameuse Macette. Jai veu de Régnier escrit à la main l'entrée quy debvoit estre faite a la royne Marie de Medicis à Paris, avec toutes les inscriptions composées par luy. Mais la mort de Henri 4 survenue inopinément empescha cette grande cérémonie et fit supprimer cet ouvrage. 11 est facille de voir dans ces vers que Régnier aymoit la desbauche. Il estoit neveu de N. Des-
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portes, abbé de Tyron, si nommé dans nostre histoire et dont nous avons de si belles œuvres.
(RosTEAu, Sentences sur divers écrits y nummcfHt de la bibliothèque Sainte-Geneviève,)
Régnier etBoileau ont excellé dans la satire par des qualités différentes. Boileau est plus élégant, plus fin, plus discret *, plus correct, plus littéraire, et souvent plus poétique; Tautre est plus simple, plus hardi et plus original; tous deux sont énergiques, mais Ténergie de Boileau est plus méditée, celle de l'autre est plus naïve. Boileau doit beaucoup au travail, à Tétude et au bon goût ; Régnier ne doit qu'à sa verve et à son génie.
11 est fort satirique par raison et par bon goût; Tautre par verve et par génie.
L'un est naïf jusqu'à la bassesse; l'axHre est correct jusqu'à la sécheresse, élégant jusqu'à la recherche et l'apprêt.
Boileau a plus d'art, de précision, d'éloquence, plus de discrétion et de goût; Régnier a plus de naturel, d'abondance, de naïveté et de verve. Le génie seul a fait de Régnier un poëte satirique ; une raison exquise unie à l'étude des anciens a conduit Boileau sur les pas d'Horace et de Juvénal.
(Ce jugement, découvert sur l'exemplaire des œuvres de Régnier qui a appartenu à Le Brun, et dû à cet écrivain, a été publié par M. G. Brunet dans le numéro du !«" août 1806 du Bulletin du bouquiniste,}
Régnier fut le premier en France, qui donna des satires, n y a de la finesse et un tour aisé dans celles qu'il a tra-
1. Nous venons de voir que Boileau pensait tout le contraire.
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Ycollées avec soin. Ses vers sont nalfis et coulants. Heureux
. . . si du son hardi de ses rimes cyniques Il n'alannoit souvent les oreilles pudiques.
Ce qu'on peut dire pour diminuer sa faute, c'est que, ne travaillant que d'après les satiriques latins, il croyoit pouvoir les suivre en tout, et s'imaginoit que la licence des expressions étoit un assaisonnement dont leur genre ne pouvoitse passer.
(Le Batteux, Principes de la littérature,)
A l'égard de Régnier, on sait ce qu'en a dit Boileau après avoir parlé d'Horace et de Juvénal :
De ees maîtres savants disciple ingénieux, Régnier seul, parmi nous, formé sur leurs modèles, Dans son vieux style encore a des gr&ces nouvelles.
Et ce qui étoit vrai alors n'a pas cessé de l'être aujourd'hui. Despréaux l'a bien surpassé, mais il ne l'a pas fait oublier; et que peut-on dire de plus à la louange de Régnier?
(La Harpe, Cours de littérature.)
Si l'on fait attention que du temps de Régnier les premiers principes du goût étoient ignorés et la langue informe, on aura plus d'indulgence à lui pardonner les incorrections, les rudesses, les mauvaises plaisanteries qu'on trouve dans ses satires ; on lui sauragré de la vigueur qu'il a mise dans ses tableaux, des saillies agréables qui ont échappé à sa plume, de l'heureuse naïveté avec laquelle il attaque le vice et poursuit les vicieux. Plusieurs de ses
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vers peuvent encore passer pour originaux, et il a plusieurs traits qui n^ont pas vieilli.
(Sabattier, les Trois siècles littéraires,)
Quoique le style de Régnier ait vieilli, c'est encore en «on genre un des meilleurs modèles que Ion puisse imiter. 11 est plein de sens, d'énergie, de vigueur; et Boileau, qui jugeoit si bien des convenances des styles, ne put y ajouter que de la correction et de Télégance.
(Palissot, Mémoires sur la littérature,)
Les satires de Boileau furent son premier ouvrage, et on le voit bien. 11 a plus d'art, plus d'élégance, plus de coloris que Régnier, mais moins de verve, de naturel, et de mordant.
(Marhontel, Éléments de littérature.)
Le satirique du siècle passé (Boileau] fut trop sec, trop timide sur l'article des mœurs... Régnier, qui, le premier depuis la renaissance des lettres, s'exerça dans le genre satirique, et même avec succès, manqua de mœurs encore plus que de goût.
(DussAULx, Discours sur les satinques latins.)
Le mouvement de cette langue inspirée n*eut rien de Boleonel ni de réfléchi : dans leur irrégularité naturelle, dans leur brusquerie piquante, ils resseml^ent aux éclats