‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 28 sur 252 · XXXVIII ÉTCI^E HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

XXXVIII ÉTCI^E HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE

de voix, aux gestes rapides d'un homme franc et passionné qui s'échauffe en causant. Les images du discours étinc^leot de couleurs plus vives que fines, plus saillantes que nuancées. Elles se pressent, elles se heurtent entre elles. L'auteur peint toujours, et quelquefois, faute de mieux, il peint avec de la lie et de la boue. D'une trivialité souvent heureuse, il prend au peuple des proverbes pour en faire de la poésie,

(M. Saimtb-Beuvb.)

Régnier est poëte plus d'instinct que d'étude, et c'est là une différence capitale qui le sépare de son célèbre contemporain (Malherbe). D'accord tous deux dans la pratique de Kart, au moins dans les choses principales, l'un devine ce que l'autre analyse; 1 un arrive au but sans bien connaître la route, l'autre médite tous ses pas et quelquefois chancelle. Tous deux concourent, quoique bien inégalement, à la réforme poétique qui ouvre notre XV1I« siècle. La poésie de Henri IV fut, comme son règne, une transaction. Régnier crut défendre Ronsard par attachement pour son oncle Desportes; en réalité il défendit et reproduisit Marot, dont il avait la libre allure, avec plus d'énergie et de couleur.

(M. Demogeot, Tableau de la littérature française au XV W siècle avant Corneille, 1859.)

J'ai déjà parlé de Régnier dans le Catalogue des PoëteSj année 1613 ^ Je ne le rappelle ici que pour mémoire et parce que quelques-unes de ses satires sont de véritables contes : les X«, XI«, XIII«, etc. 11 se trouve donc ici à sa

1. Dans son eatalo^ de I44i, M. Viollet-le-Duc dit quelques mots biographiques sur Régnier.

ÉTUDE mSTORIQOE ET LITTÉRAIRE. XXXlX

place. Un autre motif me décide à comprendre Régnier dans la série des conteur^. Avant lui, et surtout de son temps, on entendait par satire une pièce de poésie libre et souvent même obscène, et jiB ne doute pas que ce ne soit la raison pour laquelle du Bellay, Ronsard et quelques autres publièrent de véritables satires, selon Tacception ac tuelle, sans leur donner ce nom. Les œuvres dé Motin, de Sigogne, de Berthelot, n'ont été publiées que sous les titres de : Cabinet satirique, Recueil de vers satinques, L^Espadon satiriquBy de d'Estemod, est un ouvrage du même genre S ainsi que le Parnasse satirique, attribué à Théophile. Les auteurs et probablement le public étaient alors dans la fiaiusse persuasion , d'après des études imparfaites ou mal dirigées, que le style de la satire devait ôtte conforme au langage supposé des satyres, divinités lascives des Grecs.

(ViôLLET-LE-Duc, Calaloçue de 1847 *.)

1 . Les vers led plus licencieux du recueil auquel je dois les poésies inédites de Régnier sont effectivement du premier tiers du XVIIe siècle et intitulés : Vers satyriques.

S. Dans le Recueil des portes français, publié sous la direction de M. Eug. Grepet, au mois de juillet i86i, Mathurin Régnier a naturellement un article. Il est de M. Hyp. Babou , et d'une excessive sévérité. H. Babou se résume ainsi : « Avons-nous affaire à un maître? Je ne le crois pas. A une âme réellement et hautement poétique, à une imagination créatrice, k une large faculté d'observation comique et satirique? Je le nie aussi humblement qu'on

voudra, mais je le nie absolument Régnier a le feu sur la lèvre

eomme un faune. Dans ses œuvres, comme dans sa vie, il est haletant, écumant, presque frénétique ; et comme il arrive aux grands libertins d'entrevoir des éclairs d'amour, il arrive aussi à ce rimeur passionné de toucher quelquefois, par la véhémence de ses peintures, à la grande, à la belle, à la pure poésie. »

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