‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 43 sur 252 · A M. LE COMTE DE CARAMAIN · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE CARAMAIN

Comte, de qui l'esprit pénètre Tuaivers*, Soigneux de ma fortune, et facile à mes vers;

f. Garmaîn et non pas Cramailf nom qui, selon Ménage, dans son DioUonnaire étymologique et dans ses Observations sur la langue française, se dit par corruption pour Carmain, changé en Cramail, dans l'édition de 1642, et dans toutes celles qui l'ont suivie. On lit Garamain dans les éditions précédentes , à remonter jusqu'à la première de I6O8, où il y a Caramain. On peut voir Tétymologie de ce mot dans Gatel , page 345 de ses Mémoires du Languedoc. Adrien deMontluc, petit-fils du maréchal et fils de Fabien, tué au siège de Nogarol du vivant de son père, et de Anne de Montesquieu, naquit en 1568, et non pas en 1&88, comme on le lit dans la Bio§raphie Didoi, épousa, le 3â septembre IS9S, Jeanne de Foix, fille unique d'Odet de Foix , comte de Carmain , prince de Ghabanais, titres dont hérita son gendre, qui devint maréchal de camp , coBseiller d'État , gouverneur de Foix et chevalier des ordres. Leur fille unique , Jeanne de Montluc et de Foix , épousa M. de Sourdis, marquis d'AUuye , et n'eut pas de postérité. Le comte de Carmain fat un des beaux esprits de son époque. C'est à lui que la Comédie ieè Proverbes est attribuée. Il avait composé les Jeux de l'Inconnu^ ouvrage dontie cardinal de Richelieu s'était fort moqué, et avec raison , car c'était un tissu perpétuel de quolibets et de turlupinades. Il fut imprimé en 1630, sous le nom de Guillaume Devaux, écnyer, sieur de Dos-Garos. Le cardinal de Retz , au commeneement de ses Mémoires , fit entrer le comte de Cramail de moitié avec lui dans une conspiration contre le cardinal de Richelieu , qui fit mettre le comte à la Bastille , d'où il ne sortit qu'après la mort de ce ministre. Il mourut le 93 janvier 1646 , k 78 ans *.

2. Les douze premiers vers contiennent une apostrophe impar- Alite , dont le sei^ n'est point fini.

Cher soucy de la muse, et sa gloire future,

Dont Taimable génie et la douce nature

Fait voir, inaccessible aux efforts médisants,

Que vertu n'est pas morte en tous les courtisans :

Bien que foible et débile, et que, mal reconnue.

Son habit décousu la montre à demy nue;

Qu'elle ait sèche la chair, le corps amenuisés

Et serve à contre-cœur le vice auctorisé;

Le vice qui , pompeux, tout mérite repousse*,

Et va, comme un banquier, en carrosse et en housse^.

Mais c'est trop sermonné de vice et de vertu ; Il faut suivre un sentier qui soit moins rebattu. Et, conduit d'Apollon, recognoistre la trace Du libre Juvenal : trop discret est Horace Pour un homme picqué ; joint que la passion.

Comme sans jugement, est sans discrétion.

Cependant il vaut mieux sucrer nostre moutarde^ :

i . Atnenuiséy vieux mot, pour décharné.

t. En hûUMse , c'estrà-dire à ckeial. Du temps de Régnier, les carrosses n'étaient pas si communs qu'ils le sont devenus dans la suite. Les personnes de distinction qui allaient par la ville étaient montées sur des chevaux couverts d'une grande housse qui descendait presque jusqu'à terre. On lit dans les Diverses leçons de Louis Guyon, contemporain de Régnier, liv. II, chap. v, que les vieillards de son temps disaient <c n'être convenable aux jeunes « gens de se pourmener par la ville , en housse à cheval , principe paiement sur mules ; de porter fourrures de pellices en hiver, «robes longues au printemps; de porter un bonnet, etc. » Cet usage s'est maintenu fort longtemps parmi les médecins de Paris ; témoin ce vers de Boileau, satire VIII, en 1667 :

Courir cfaei un malade un agiassin en hoasse.

Et Ton voyait au XVIII* siède quelques maîtres à danser qui con*servaient encore cet uiage.

3. Cette expression est plutôt métaphorique que proverbiale. Je

L'homme, pour un caprice, est sot qui se hazarde.

Ignorez donc i'autheur de ces vers incertains \ Et, comme enfants trouvez, qu'ils soient fils de putains*, Exposez en la rue, à qui mesme la mère.

Pour ne se descouvrir, fait plus mauvaise chère ^,

Ce tt'est pas que je croye, en ces temps effrontez, Que mes vers soient sans père, et ne soient adoptez. Et que ces rimasseurs, pour feindre une abondance , N'approuvent impuissants une fausse semence, Comme nos citoyens de race désireux Qui bercent les enfants qui ne sont pas à eux : Ainsi, tirant profit d'une fausse doctrine, S'ils en sont accusez, ils feront bonne mine, Et voudront, le niant, qu'on lise sur leur front. S'il se fait un bon vers, que c'est eux qui le font. Jaloux d'un sot honneur, d'une bastarde gloire,

ne sache point qu*on dise en proverbe sucrer la moutarde ; et même le sucre, au lieu de l'adoucir, la rend plus forte et plus piquante. (J.-B. Rousseau , lettre à Brossette , 4 mars 1730.)

1 . Ce Ters a fait penser à quelques personnes que c'est ici la première satire de Régnier, qui ne voulait pas alors que l'on sût qu'il en était l'auteur. Mais Rousseau ne pense pas ainsi et écrivait à ce sujet à Brossette : « Vous remarquerez fort bien que ce vers fait juger « qoe Régnier né voulait pas étire connu; et peut-être avait-il déa gnisé à cette intention^là le nom du comte Cramail , qui aurait <t pu le (aire reconnaître. »

2. Ce vers est un de ceux qui ont fait dire à Boileau , dans le second chant de son Art poétique , que Régnier, « du son hardi de « ses rimes cyniques , alarmait souvent les oreilles pudiques. »

5. Chère , accueil , visage ; du latin cara , pour faciès y vultus. Corippus , De laudïbus Justini , lib. II :

Ptiltquam venere verendam GiBsaris ante caram.

Toyet Du Gange, Ménage, etc.

Comme genâ entendus s'en veulent faire accroire : A faux titre insolents, et sans fruict hazardeux, Pissent au benestier*, afin qu'on parle d'eux. Or avecq' tout ceci le point qui me console, C'est que la pauvreté comme moy les affole.

Et que, la grâce à Dieu*, Phœbus et son troupeau, Nous n'eusmes sur le dos jamais un bon manteau^. Aussi, lors que l'on voit un homme par la rue, Dont le rabat est sale et la cbausse rompue, Ses grègues* aux genoux, au coude son pourpoint, Qui soit de pauvre mine, et qui soit mal en point. Sans demander son nom on le peut recognoîstre : Car si ce n'est un poète* au moins il le veut estre.

i . Expression proverbiale , qui signifie qu*il y a des gens qui affectent de faire des folies éclatantes , et même des actions criminelles, pour faire parler d'eux. Les Grecs avaient un proverbe semblable , Ev Uudloyj yiiaoLi , qu'on peut rendre ainsi en latin : î* Pythii iemplo cacare. (Erasm. Adag. chil. lY, cent, ii, 65.) Pisseni au benestier. Anciennement on disait benaitier et benélier ; aujoui^ , d'hui on ne.dit que bénilier, (Voyez les Observ. de Ménage , tom. I, chap. IX , et tom. II , chap. lxxxix.)

2. On dit maintenant grâces à Dieu, mais la grâce à Bien était la' façon de parler usitée du temps de Régnier, et même plus anciennement, car, dans les Nouvelles R'' créations de BonAventure Des Perriers, imprimées en i»6i , et dont le privilège est de 1557, on lit: « Le bonhomme lui respond qu'il n'en avoit point été ma- " lade, et qu'il avoit tousjours bien ouy, la grâce à Dieu. » (Nouv. X, pag 42.)

3. Despréaux a dit de Damon , ce poète qu'il crayonne si bien :

Et qui , n'étant vêtu que de simple bureau , Pasie l'été sans linge, et l'hiver sans manteau.

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