‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 58 sur 252 · Hic clamosi rabiosa fort · texte numérisé non relu

Hic clamosi rabiosa fort

Jorgia Tendens.

(SéNÂQUE.)

44 ATYRE IV.

J'aurois un beau teston pour juger d'une urine* ; Et me prenant au nez , loucher dans un bassin Des ragousts qu'un malade offre à son médecin^ En dire mon advis, former une ordonnance , D'un réchape s'il peut, puis d'une révérence Contrefaire Thonneste; et quand viendroit au point, Dire, en serrant la main : « Dame, il n'en falloit point*.»

Il est vrai que le ciel, qui me regarda naistre, S'est de mon jugement toujours rendu le maistre; Et bien que, jeune enfant, mon père me tansast. Et de verges souvent mes chansons menassast.

Me disant de despit et bouffi de colère :

« Badin , quitte ces vers ; et que penses-tu faire ? La muse est inutile ; et si ton oncle ^ a sceu S'avancer par cet art, tu t'y verras déceu.

1. Le lésion était une ancienne monnaie de France, qu'on a commencé à fabriquer sous le règne de Louis XII , et qui fut abolie en 1575, par Henri III. Elle valait environ quinze sous, et était appelée feston parce qu'elle représentait d'un côté la tête du roi.

2. Rabelais, liv. III , chap. xxxui , parlant du médecin Rondlbi lis , dit que Panurge , le voulant consulter , « luy mit à la main , <( sans mot dire , quatre nobles à la roze. Rondibilis les print très « bien; puis il dit eneffroy, comme indigné : « Hé, hé, hé, Mon- « sieur, il ne falloit rien. Grandmercy toutefois. De méchantes gens « jamais je ne prends rien , etc. »

3. Philippe Desportes fut le plus heureux des favoris de Henri III , qu'il avait suivi en Pologne et pour lequel il rimait sans cesse. Ce fut aussi le plus richement payé; il reçut 800 couronnes d'or pour sa petite pièce du Rodomont et 30,000 livres pour la publication de ses peu nombreux sonnets. Balzac parle de ces libéralités dans ses Entreliens , mais il ajoute , ce qui confirme bien les tristes réflexions de Régnier : « Dans cette même cour oUl'on exerçait ces libéralités et où l'on faisait de ces fortunes , plusieurs poètes étaient morts de faim , sans compter les orateurs et les historiens , dont le destin ne fut pas meilleur. » Desportes, après la mort de son royal protecteur, se retira dans son abbaye de Bon-

« Un mesme astre tousjours n'esclaire en ceste terre : Mars tout ardent de feu nous menasse de guerre , Tout le monde frémit ; et ces grands mouvements Couvent en leurs fureurs de piteux changements.

« Penses-tu que le luth, et la lyre des poètes S'accorde d'harmonie avecque les trompettes.

Les fifres, les tambours, le canon, et le fer. Concert extravagant des musiques d'enfer?

Toute chose ^ son règne ; et dans quelques années D'un autre œil nous verrons les fières destinées.

<( Les plus grands de ton temps, dans le. sang aguerris. Comme en Thrace seront brutalement nourris , Qui rudes n'aymeront la lyre delà muse.

Non plus qu'une vièle ou qu'une cornemuse.

Laisse donc ce mestier, et sage prends le soin De t 'acquérir un art qui te serve au besoin. »

Je ne sçay, mon amy, par quelle prescience, li eut de nos destins si claire connoissance ; Mais, pour moy, je sçay bien que, sans en faire cas, Je mesprisois son dire, et ne le croyois pas, Bien que mon bon démon souvent me dist le mesme.

port, en Normandie , et y moumt le 5 octobre 1606, après être revenu à la pratique la plus sincère de la religion. M. Alfred Mictaieis vient de publier ses CEuvres dans la Bibliothigue gauloise j et les a fait précéder d'une vie de Desportes , dans laquelle il doute fortement que jamais son héros ait reçu les ordres sacrés. Je publie à la fin de cette édition son testament récemment retrouvé.

Philippe Desportes était né en 1546, de Philippe Desportes, bourgeois de Chartres , et de Marie Ëdeline. Les auteurs de la Gallia christiana l'ont fait bâtard de Philippe Desportes, clerc de Chartres , et de Marie de Laistre , Rouennaise ; Dreux du Radier et Tallemant des Réaux ne laissent aucune valeur k cette assertion ; mais une tradition à laquelle une ancienne famille bretonne attache aujourd'hui encore une légitime importance, ferait du père du poète un bâtard de cette maison *.

i6 SATYRE IV.

Mais quand ia passion en nous est si extresme, Les advertissements n'ont ny force ny lieu, Et l'homme croit à peine aux parolles d'un dieu.

Ainsy me tançoiMl d'une parolle esmeue.

Mais comme en se tournant je le perdoy de veue, Je perdy la mémoire avecques ses discours, Et resveur m'esgaray tout seul par les détours Des antres et des bois, affreux et solitaires, Où la muse, en dormant, m'enseignoit ses mystères, M'apprenoit des secrets S et, m'eschaufifant le sein, De gloire et de renom relevoit mon dessein :

Inutile science, ingrate et mesprisée, Qui sert de fable au peuple, et aux grands de risée 1

Encor' seroitrce peu, si, sans estre avancé.

L'on avoit en cet art son âge despensé ; Après un vain honneur que le temps nous refuse. Si moins qu'une putain l'on n'estimoit la muse. Eusses-tu plus de feu, plus de soin et plus d'art Que Jodelle* n'eut oncq', Desportes ny Ronsard, L'on te fera la moue ; et, pour fruict de ta peine,

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