‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 59 sur 252 · OvL ses secrets , éditions de · texte numérisé non relu

OvL ses secrets , éditions de

S. Etienne Jodelle, sieur du Lymodin, poète français et latin , Tun des membres de la pléiade , naquit à Paris d'une famille noble, en 153S, et mourut en 1573. On lui reconnaît l'honneur d aToir introduit la tragédie en France en faisant représenter sa Cliopàtre captive , en 1552, deyant Henri II, par les poètes ses amis ; mais on lui conteste, au profit de Balf, l'intention de vers français composés par nombre de syllabes , comme les vers latins. Un recueil de ses œuvres fut publié en 1674 , mais on n'en a jamais publié la collection , qui serait trop considérable. Jodelle était passablement impie , et on a forgé contre lui une histoire d'un bouc qu'on lui aurait consacré , qui n'était qu'une bouffonnerie prise au sérieux par des gens trop hostiles ou trop naïfs. Etienne Pasquier, son contemporain , disait de lui : « Je me doute qu'il ne demeurera que la mémoire de son nom en l'air. » *

Ce n'est, ce dira-t-on, qu'un poète à la douzaine.

Car on n'a plus le goust comme on Teust autrefois. Apollon est gesné par de sauvages lois Qui retiennent souz Tart sa nature offusquée, £t de mainte figure est sa beauté masquée.

Si pour sçavoir former quatre vers empouUez, Faire tonner des mots mal joints et mal collez, Amy, Ton estoit poète, on verroit (cas estranges!) Les poètes plus espais que mouches en vendanges.

Or, que dès ta jeunesse Apollon t'ait apris, Que Calliope mesme ait tracé tes escrits.

Que le neveu d'Atlas les ait mis sur la lyre. Qu'en l'antre thespéan on ait daigné tes lire. Qu'ils tiennent du sçavoir de l'antique leçon, Et qu'ils soient imprimés des mains de Pâtisson^ ; Si quelqu'un les regarde, et ne leur sert d'obstacle. Estime, mon amy, que c'est un grand miracle.

L'on a beau faire bien, et semer ses escrits De civette, bainjoin, de musc et d'ambre gris ; Qu'ils soient pleins, relevez, et graves à l'oreille; Qu'ils facent sourciller les doctes de merveille : Ne pense pour cela estre estimé moins fol , Et sans argent contant qu'on te preste un licol , Ny qu'on n'estime plus (humeur extravagante ! ) Un gros asne pourveu de mille escus de rente.

I . Mamert I^atisson , natif d*Orléans , imprimeur k Paris , trèshabile dans sa profession , et sayant helléniste latiniste. Il ayaît épousé la yeuye de Robert Estienne, père de Henri, en 1580 , et imprima plusieurs livres qui sont fort recherchés à cause de leur perfection typographique et de leur correction. Il mourut avant l'année 1606, laissant Philippe Pâtisson, son fils, aussi imprimeur. Mamert Pâtisson a fait de très-belles éditions de la plupart des poètes de son temps^

Ce malheur est v«nu de quelques jeunes veaux ^ Qui mettent à l'encan Thonneur dans les bordeaux ; Et, ravalant Phœbus, les muses et la grâce.

Font un bouchon à vin du laurier de Parnasse ; A qui le mal de teste est commun et fatal, Et vont bizarrement en poste en Thospital :

Disant, s 'on n'est hargneux et d'humeur difficile. Que l'on est mesprisé de la troupe civile ; Que pour estre bon poète il faut tenir des fous*, Et désirent en eux ce qu'on mesprisé en tous. Et puis en leur chanson , sottement importune , Ils accusent les grands, le ciel et la fortune, Qui fustez de leurs* vers ^ en sont si rebattus, Qu'ils ont tiré cet art du nombre des vertus; Tiennent à mal d'esprit leurs chansons indiscrètes, Et les mettent au rang des plus vaines sornettes.

Encore quelques grands, afin de faire voir, De Mœcene rivaux, qu'ils ayment le sçavoir.

Nous voyent de bon œil, et, tenant une gaule, Ainsy qu'à leurs chevaux nous en flattent l'espaule, Avecques bonne mine, et d'un langage doux Nous disent souriant : « Eh bien , que faictes-vous? Avez-vous point sur vous quelque chanson nouvelle ? J'en vy ces jours passez de vous une si belle ,

1. Pour Jeunes sots. Ce terme est fort employé par Clément Marot, dans son épttre XII. Et Arnould Le Feron a dit dans son Histoire de France , liv. III : « Galli socordes et stultos vituli no- « mine designare soliti sunt. » Marot a soin de placer la Sorbonne sur la place aux Veaux, dans ses épigrammes.

2. Lenglet-Dufresnoy ajoute à ce propos cette note : « Oui, oui ; «c c'est bien dit : il faut être un peu fou pour être bon poète. »

%. Qui sont fournis de leurs vers, accables ^ comme si on les avait battus à coups de b&ton , fusHhus ferire.

Que c'est pour en mourir: ha, ma foy, je voy bien Que vous ne m'aymez plus, vous ne me donnez rien. »

Mais on lit à leurs yeux et dans leur contenance Que la bouche ne parle ainsy que Tâme pense; Et que c'est; mon amy, un grimoire et des mots Dont tous les courtisans endorment les plus sots.

Mais je ne m'apperçoy que, trenchantdu prend 'homme, Mon temps en cent caquets sottement je consomme ; Que mal instruit je porte en Brouage du sel *, Et mes coquilles vendre à ceux de Sainct-Michel.

Doncques, sans mettre enchère aux sottises du monde, Ny gloser les humeurs de dame Frédégonde*, Je diray librement , pour finir en deux mots. Que la pluspart des gens sont habillez en sots.

i. Brouage, ^iUe voisine de La RocheUe, an milieu de marais salants. Ce vei's et le suivant répondent à ce proverbe : Ferre noctuamAthenas.

2. François Ogier, dans son Jugement et censure du livre de la Doctrine curieuse de François Garasse , imprimé à Paris en 1 6i3 , blâme fort le père Garasse d'avoir cité plusieurs vers de Régnier, et particulièrement ceux-ci, qu'Ogier ne rapporte pas exactement :

A voaloir mettre enchère aux sottises du monde , On gloser les hudears en dame Frédégonde.

« Je vous prie , dit Ogier, page 24 , dites-moi ce que vous entendez « par dame Frédégonde. Votre poète a-t-il mis ce mot pour rimer « seulement , et parce que earmen laboraVat in fine ? Ce mot de dame^ «duquel on nomme de bonnes dames, et ce mot de Frédégonde , « nom d'une reine très impudique et très cogneue, n'étoient-ils « point capables de vous faire soupçonner de quoi il entendoit par- « 1er? » Lenglet-Dufresnoy a vu un exemplaire de ce livre d'Ogier, à la marge duquel un homme très-habile , dit-il , avait écrit : De la reine Marguerite» Cette pensée n'est pas hors de vraisemblance.

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