‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 61 sur 252 · Edition de 1608, c'est ce qui m'en desplatt · texte numérisé non relu

Edition de 1608, c'est ce qui m'en desplatt

De vouloir jetter Toeil dessus mes actions ?

Un traistre, un usurier, qui , par miséricorde. Par argent ou faveur, s'est sauvé de la corde ! Moy qui dehors, sans plus, ay veu le Chastelet , Et que jamais sergent ne saisit au colet , Qui vis selon les lois, et me contiens de sorte Que je ne tremble point quand on heurte à ma porte, Voyant un président le cœur ne me tressault, Et la peur d'un prevostne m'esveille en sursault; Le bruit d'une recherche au logis ne m'arreste, Et nul remord fascheux ne me trouble la teste ; Je repose la nuict sus l'un et l'autre flanc. Et cependant, Bertaut, je suis dessus le ranc* !

Scaures* du temps présent, hypocrites sévères; Un Claude effrontément parle des adultères^; Milon^, sanglant encor, reprend un assassin;

1 . On disait encore familièrement, au XYIII^ siècle , on me tient hur les rangs y on examine ma conduite.

2. Scaures est dans Tédition de i608, et non sçaurez, qu'on a mis dans presque toutes les autres éditions ; ni y si ores au temps présent, qu'on trouve dans celle de 1645. Marius iEmilius Scaurus , fameux sénateur romain , était un fin hypocrite , et savait habilement cacher ses vices. « iEmilius Scaurus , homo nobilis , impiger, « factiosus , avidus potentise , honoris , divitiarum ; caeterum vitia « suacallide occultans.» (Sallust., Bell. Jurguth., cap. xv.)

Nonne igitar jure ac merilo vitia ultima fictos Gontemnant Scauros, et casUgata remordent?

(Jdvén., sat. II, V. 34.)

3. Quig tulerit Gracchos de seditione qnerentes? unis cœlum terris non misceat, et mare cœlo, Si-for displiceat VerrI, bomicida Miioni?

Claudivs accaset roœchos ? etc. »

(JuvÉN., sat. II, V. 84.) -». Milon, meurtrier de Claudius, et défendu par Cicéron.

Grache, un séditieux, et Verres, le larcin.

Or pour moy, tout le mal que leur discours m'objecte, C'est que mon humeur libre à Tamour est subjecte, Que j'ayme mes plaisirs, et que les passe-temps Des amours m'ont rendu grison avant le temps; Qu'il est bien mal-aisé que jamais je me change. Et qu'à d'autres façons ma jeunesse se range.

Mon oncle* m'a conté que, monstrant à Ronsard Tes vers estincelants et de lumière et d'art, 11 ne sceut que reprendre en ton apprentissage , Sinon qu'il te jugeoit pour un poète trop sage.

Et ores au contraire on m'objecte à péché Les humeurs qu'en ta muse il eust bien recherché. Aussi je m'esmerveille, au feu que tu recelles, Qu'un esprit si rassis ait des fougues si belles : Car je tiens, comme luy, que le chaud élément Qui donne ceste pointe au vif entendement*, Dont la verve s'eschauffe, et s'enflamme de sorte Que ce feu dans le ciel sur des aisles l'emporte, Soit le mesme qui rend le poète ardent et chaud , Subject à ses plaisirs, de courage si haut.

Qu'il mesprise le peuple et les îîhoses .communes^. Et, bravant les faveurs, se mocque des fortunes*;

1. Desportes, qui n'avait que six ans de plus que Bertaut, l'avait présenté à Ronsard.

t. Suivant l'édition de 1608 , beaucoup mieux que , en cet entendement ^ qu'on lit dans celles de 1619, 1613, 16U et autres, jusqu'à celle de 1642 , qui avait rétabli la bonne leçon.

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