XII ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE
charmes des Italiennes ne le laissèrent pas insensible, et qu'il rapporta de ce pays le germe de la maladie qui devait, dix ans plus tard, le conduire, jeune encore, au tombeau.
Mathurin rentra en France en 4600, et vécut presque toujours dès lors chez son oncle, qu'il retrouva rimant des psaumes au lieu de composer des poésies badines. Le vieillard l'accueillit avec joie et lui fit connaître tous les beaux esprits du temps. Régnier, du reste, avait grandement gagné, à ce qu'il parait , sous le rapport des manières et des habitudes sociales, et il ne tarda pas, chose surprenante, à recevoir le surnom de Bon :
Et le surnom de Bon me va-tM)n reprochant, D'autant que je n'ay pas Tesprit d'estre méchant.
Il se montra d'ailleurs reconnaissant des bontés de son oncle , et prompt à le défendre toutes les fois qu'il était attaqué. On voit dans ses satires avec quelle ardeur il se venge sur Malherbe de la fameuse impertinence du grand poëte, qui répondit à des Portes, comme celui-ci voulait, avant de se mettre à table, aller quérir un exemplaire de ses psaumes pour le lui offrir : « Dînons toujours, votre potage vaut mieux que vos pseaumes ! » Il semble aussi qu'à ce moment il envisageait la vie sous un aspect plus sérieux, car on le voit souvent alors vanter la fortune que son oncle savait se procurer par ses vers, et nous parler amèrement de ses écarts et de la fausse direction qu'il avait donnée à sa vie.