Édition de 1608 et de 1613, guénts
4. Du temps de Rabelais on disait arresser^ ils arressoient (Gargantua, liv. II, chap. xxvi), comme on lit dans l'édition de Dolet. liv. Il, chap. xvii ; et au chap. xxvi, on lit aussi arresser; mot qui vient de l'italien arricciare^ et qui signifie se redresser.
Ce fanfaron chez elle eut de moy cognoissance ; Et ne fut de parler jamais en ma puissance, Luy voyant ce jour-là son chappeau de velours, Rire d'un fascheux conte, et faire un sot discours; Bien qu'il m'eust à l'abord doucement fait entendre Qu'il estoit mon valet, à vendre et à despendre : Et destournant les yeux : belle, à ce que j 'entends , Comment ! vous gouvernez les beaux esprits du temps ! Et, faisant le doucetde parole et de geste, Il se met sur un lict, luy disant : Je proteste Que je me meurs d'amour quand je suis près de vous ; Je vous ayme si fort, que j'en suis tout jaloux. Puis, rechangeant de note, il monstre sa rotonde * : Cet ouvrage est-il beau? Que vous semble du monde? L'homme que vous savez m "a dit qu'il n'ayme rien. Madame, à vostre avis, ce jourd'hui suis-je bien? Suis-je pas bien chaussé? ma jambe est-elle belle? Voyez ce taffetas; la mode en est nouvelle; C'est œuvre de la Chine*. A propos, on m'a dit Que contre les clinquants le roi fait un édict'.
I . Collet empesé et monté sur du carlon. Dans la satire intitulée L'Inventaire d'un courtisan^ imprimée avec les Œuvres de Régnier, dans les éditions de I6i 6, 1617, on lit :
La coquille d'un limaçon , Pour bien lisser une rotonde.
^ On appeUe taffetas de la Gbine, celui qui est rouge et blanc.
3. Nos rois promulguèrent de fréquents édits contre les exagérations du luxe. Henri IV renouvela ces probibitions par des édits de 1599, 1601, 1604 et novembre 1606. Dans celui de 1604, on lisait cet article : « Défense à nos sujets de porter or ni argent sur leurs babiUs, excepté pourtant aux filles de joie et aux filous, en qui nous ne préitons pas assez d'intérêt pour leur faire l'bonneur de donner attention à leur mise. » Tous les commentateurs, jusques et y compris M. VioUel-le-Duc, ont écrit que Régnier faisait allusion à l'édit de 1606, et que cela datait sa satire; c'est au contraire à celui de
Que vous estes fascheuse ! A ia fin on verra, Rosette , le premier qui s'en repentira *.
D'assez d'autres propos il me rompit la teste. Voilà quand et comment je cogneu ceste beste; Te jurant, mon amy , que je quittay ce lieu* Sans demander son nom, et sans luy dire adieu.
Je n'eus depuis ce jour de luy nouvelle aucune , Si ce n'est ce matin que , de maie fortune Je fus en ceste église , où, comme j'ay conté , Pour me persécuter Satan l'avoit porté.
Après tous ces propos qu'on se dict d'arrivée,
160! qu'il pensait à l'époque où il rimait ces vers, puisqu'ils sont adressés à M. l'abbé de Beaulieu, évêque nommé du Mans, que sa nomination est précisément de 1601, et qu'il n'attendit ceftainement pas six ans son institution canonique *.
1 . Desportes avait fait une chanson dont chaque couplet finissait par ce refrain:
Noos verrons, bergèr<^Rozette) ou volage bergère, Qui premier 8*en repentira.
Le petit-maître dont Régnier fait ici la peinture se met à chanter ce refrain à la dame chez qui il était. Voici le premier couplet de la villanelle de Desportes, imprimée dans ses œuvres, parmi les Bergeries :
Rozelle, pour un peu d'absence ,
Votre cœur vous avez changé :
Et moy , sçachant celte inconstance ,
Le mien antre part j'ay rangé.
Jamais pins , beauté si légère
Sur moy tant de pouvoir n'aura.
Noos verrons, volage bergère,
Qui premier s'en repentira.
Régnier a répété le même refrain dans la quatorzième satire :
Rozette , nous verrons qui s'en repentira.
â. Edition dei608,;<j quitté; 1618 et suivantes, fay quitté; 1642 et autres, Je quittay,
Sur le coude il se met, trois boutons se délace :
Madame, baisez-moy ; n'ay-je pas bonne grâce?
D'un fardeau si pesant ayant Famé grevée,
Je chauvy de l'oreille S et, demourant pensif,
L'eschine j'allongeois comme un asne rétif,
Minutant me sauver de ceste tirannie*.
Il le juge à respect. ! sans cérémonie.
Je vous suply, dit-il, vivons en compagnons.
Ayant, ainsi qu'un pot, les mains sur les roignons.
Il me pousse en avant, me présente la porte.
Et, sans respect des saincts, hors l'église il me porte.
Aussi froid qu'un jaloux qui voit son corrivaP.
1 . DemiUo aorioalas , ut iniqa» mentis asellns , Cum grayius dorso subiit onus.
(HOB., IW. 1, sat. IX, V. 20.)
L*Académie, et Furetière, ont expliqué le verbe chauvir par dresser les oreiUes\ et Régnier a dit : je chawy de Voreille , pour exprimer le demitto auriculas d'Horace, ce qui ne s'accorde point avec l'explication de l'Académie, et confirme plutôt celle d'Oudin, dans son dictionnaire français-italien, où chauvir est interprété : chinare dimenando le orecchie. Rabelais, dans le prologue du troisième livre, a dit : chauvant des oreilles^ et dans le chap. vu du livre V, attribué à Rabelais, on lit que l'âne à qui on présenta de l'avoine chauvoit de V oreille ^ c'est-à-dire baissait l'oreille modestement, pour témoigner qu'on lui faisait trop d'honneur de la lui vouloir cribler. On lit aussi dans le Moyen de parvenir, chapitre intitulé Sommaire : « Il y eu avoit qui chauvissoient les oreilles, comme asnesen appé- « tit. » Chauvir OM chauver vient apparemment du latin cadivus. Pline a dit poma cadivay des gommes qui d'elles-mêmes tombent de l'arbre. De cadivus, on peut, dans la basse latinité, avoir fait cadivare, comme de captivus on a fait captivare. (Lengiet-Dufresnoy )