XII PREFACE
ligne de compte des éléments si divers , pour voir comment leur influence a pu s'exercer sur les hommes qu'il s'agit de juger. Si l'on procède ainsi, que de malentendus, de témérités, de préventions, de fausses doctrines, évités! Une nouvelle vue sera donnée au critique, et ce qui s'appelait sévérité deviendra indulgence, comme l'admiration froideur.
Pourquoi ne pas procéder de la sorte à l'égard de Régnier et de Boileau? Il faut être bien ingrat envers le premier pour méconnaître que notre littérature lui doit plus en somme qu'elle ne doit au second. N'oublions pas l'appoint de force et de vigueur qu'il est venu apporter à la langue. L'efféminement des Valois avait gagné peu à peu les lettres, et le pathos et l'enflure, très-rarement éclairés par une lueur de génie, étaient devenus les principaux caractères de toutes les œuvres de l'esprit. Régnier ne rît appel qu'à la sincérité, au bon sens, à la franchise et à la passion. Boileau avait-il ce tempérament? a-t-il montré ce courage? Il est resté l'homme et le courtisan de son temps, comme il était le flatteur de son roi, et il n'a d'autre mérite que de parler correctement une langue arrivée à son apogée. Ses jugements ont induit deux siècles en erreur sur le compte de beaucoup de ses devanciers ; il eût été mieux à lui de montrer de l'indulgence et de ne pas s'unir aux critiques secondaires du temps qui osaient porter des jugements comme celui que l'on va lire. « Les auteurs les plus polis des derniers règnes nous font pitié. Les ouvrages qui ont esté les délices et l'admiration de la vieille cour sont