‹ ŒuvresChapitre 9 sur 84 · P R E FA C E . XI · texte numérisé non relu

P R E FA C E . XI

temps et serait plus intéressante que le récit de sa courte existence. Celui-ci se compose d'éléments que les biographes ont bien de la peine à varier. Tallemant des Réaux, Niceron, Brossette, Lenglet du Fresnoy et M. Lucien Merlet ont épuisé tout ce que l'histoire et la légende fournissent de renseignements sur son compte. Pour le connaître, il vaut encore mieux recourir à son livre : sa grande renommée, si bien justifiée, vient de ce qu'il a vécu ses œuvres.

Les poètes ne sont éternels qu'à cette condition. Régnier a dédaigné l'inspiration de la bibliothèque et du cabinet ; son génie, c'est de peindre vivement, avec un coloris incomparable et qui ne s'achète à aucun prix : le sentiment. îl est homme et ne dédaigne rien de ce qui touche à l'homme. Sous les modes de son époque, il a peint, quoi qu'on ait dit, l'homme de tous les temps, et ses œuvres, comme celles d'un petit nombre de grands esprits, sont, à ce titre, appelées à passer d'âge en âge comme un des miroirs du cœur humain.

On a comparé Régnier à Boileau, le seul satirique duquel, en effet, on puisse le rapprocher. Il y a tout un monde entre ces deux hommes , entre ce versificateur et ce poëte.

Lorsque l'on juge un homme de génie, il faut, par un effort de l'imagination, chercher pour ainsi dire à prendre un point d'appui au-dessus des siècles, apprécier l'état des mœurs, celui de la langue, les troubles ou la tranquillité des temps, les progrès de la civilisation, et faire entrer en

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