PREFACE. XV
c'est dans le but qu'il se propose. Le poète à qui l'on reprochera seulement quelques termes peu convenables dont il se sert pour flétrir le vice est-il aussi pernicieux que le romancier qui cherche à faire aimer le vice en le peignant sous les formes les plus attrayantes ?... Si un esprit trop délicat peut s'effaroucher de la licence de certaines peintures, il est juste de reconnaître que le satirique les a toujours fait servir à la défense et au triomphe des idées honnêtes et libérales. »
L'édition que nous offrons aux bibliophiles et aux amis des classiques français est la reproduction de l'édition si connue donnée en i6i3 par « le sieur Toussainctsde Bray». Cette édition est la plus complète qui ait été publiée du vivant de Régnier, et probablement elle a été revue par lui. Toussaincts du Bray était l'unique cessionnaire du poète, et à cette époque il exerçait son droit depuis cinq ans. On n'a pas beaucoup à se louer de la manière dont il s'acquitta de ses devoirs vis-à-vis du public. Les éditions successives qu'il a publiées contiennent plus de fautes qu'il n était déjà permis à un imprimeur d'en laisser passer. Les imperfections firent naître les corrections posthumes, œuvres de froids commentateurs et de pâles copistes, et le texte de Régnier, défiguré à plaisir, fut l'objet de critiques et d'interpolations les moins conformes au bon sens. Aujourd'hui nous tentons une entreprise à peu près aussi téméraire, celle de remettre en lumière, en dépit des raffinés, un texte parfois défectueux. Mais qui dit témérité ne dit-il pas aussi courage ? Car il en faut pour confier à la presse, et à une presse amie