XVI PREFACE
des belles choses, le soin de mettre au jour une réédition faite avec ce soin scrupuleux qui irait presque jusqu'à respecter la plus évidente erreur typographique, s'il n'y avait pas une limite où le respect lui-même devient un ridicule. Certes, c'est une jouissance pieuse que de tenir en main le livre d'un écrivain de génie dans l'édition qu'il a pu voir lui-même, et si l'on y trouve des incorrections, on est tout porté à les regretter. On fait mieux, on veut les corriger. Exemple contagieux, puisque des générations d'éditeurs le suivent. Et nous aussi nous aurions préféré sans doute imposer au lecteur nos propres leçons et purger ce texte de lapsus que les délicats appellent « grossiers ». En ce moment nous n'avons nul regret d'avoir résisté à cet appel de l'amour-propre.
Sans doute il appartient à un éditeur qui veut populariser un texte célèbre de l'amender en quelques parties, surtout lorsque le sens peut souffrir des fautes produites par la négligence des premiers imprimeurs , ou résultant de l'imperfection des manuscrits. Mais jugez du sort de Régnier. Par évidente insouciance et mépris de la publicité, il laisse paraître ses œuvres imparfaites et meurt sans léguer de manuscrits à la postérité, sans corriger un exemplaire. Aussitôt la nuée des voraces et des licencieux fond sur ses restes à peine refroidis. Les uns, bien ou mal, modifient son vers, sous prétexte de l'éclaircir; les autres, pour contribuer à la gloire de son nom, le souillent par la publication de morceaux orduriers qu'ils nomment poésies, et dont rien n'établit l'authenticité. Nous