A MONSIEVR MOTIN
JÏOTIN, la Muse est morte, ou la faveur pour elle En vain dessus Parnasse Apollon en appelle, >En vain par le veiller on acquiert du sçavoir. Si fortune s'en mocque et s'on ne peut avoir Ny honneur, ny crédit, non plus que si nos peines Estoient fables du peuple inutiles et vaines.
Or va, romps toy la teste, et de jour et de nuict Pallis dessus un livre à Vappetit d'un bruict Qui nous honore après que nous sommes sou% terre. Et de te voir paré de trois brins de lierre, Comme s'il importoit, estans ombres là bas, Que nostre nom vescust ou qu'il ne vescust pas, Honneur hors de saison, inutile mérite, Qui vivants nous trahit, et qui morts ne profite.
Sans soin de l'avenir je te laisse le bien Qui vient à contre-poil alors qu'on ne sent rien, Puis que vivant icy de nous on ne fait conte, Et que nostre vertu engendre nostre honte.
Donc q' par d'autres moyens à la Court familiers, Par vice ou par vertu, acquérons des lauriers, Puisquen ce monde icy on n'en fait différence, Et que souvent par l'un l'autre se recompense. Aprenons à mentir, mais d'une autre façon Que ne fait Calliope ombrageant sa chanson Du voile d'une fable, afin que son mystère Ne soit ouvert à tous, ny cogneu du vulgaire. Apprenons à mentir, nos propos desguiser, A trahir nos amis, nos ennemys baiser, Faire la cour aux grands, et dans leurs antichambres, Le chapeau dans la main, nous tenir sur nos membres, Sans oser ny cracher, ny toussir. ny s'asseoir, Et, nous couchant au jour, leur donner le bon soir : Car, puis que la fortune aveuglement dispose De tout, peut estre enfin aurons nous quelque chose Qui pourra destourner l'ingratle adversité Par un bien incertain à tastons débité, Comme ces Courtisants qui, s'en faisant accroire, N'ont point d'autre vertu sinon de dire voire.
Or laissons doncq' la Muse, Apollon et ses vers. Laissons le luth, la lyre et ces outils divers Dont Apollon nous flatte, ingrate frénésie, Puis que pauvre et quaymande on voit la poésie,
SATYRE I III. 3y
Où j' ay par tant de nuicts mon travail occupé. Mais quoy? Je te pardonne, et si tu m'as trompé, La honte en soit au siècle, où, vivant d'âge en âge, Mon exemple rendra quelqu autre esprit plus sage.
Mais pour moy, mon amy, je suis fort mal payé D'avoir suivy cet Art. Si f eusse estudié, Jeune, laborieux, sur un banc à Vescolle, Galien, Hipocrate, ou Jason, ou Bartolle, Une cornette au col, debout dans un parquet, A tort et à travers je vendrois mon caquet, Ou bien, tastant le poulx, le ventre et la poictrine, J'aurois un beau teston pour juger d'une urine, Et, me prenant au ne%, loucher dans un bassin Des ragousts qu'un malade offre à son Médecin, En dire mon advis, former une ordonnance, D'un réchape s'il peut, puis d'une révérence, Contre-faire l'honneste, et, quand viendroit au point. Dire en serrant la main : Dame, il n'en falloit point.
Il est vray que le Ciel, qui me regarda naistre, S'est de mon jugement tousjours rendu le maistre. Et bien que jeune enfant mon père me tansast, Et de verges souvent mes chansons menassast, Me disant de despiî et bouffy de colère : Badin, quitte ces vers; et que penses-tu faire? La Muse est inutile, et si ton oncle a sceu S'avancer par cet Art, tu t'y verras deceu.
Un mesme astre tousjours n'esclaire en ceste terre : Mars, tout ardent de feu, nous menasse de guerre,
Tout le monde frémit, et ces grands mouvements Couvent en leurs fureurs de piteux changements.
Pense-tu que le luth et la lyre des Poètes S'accorde dliarmonie avecques les trompettes, Les fiffres, les tambours, le canon et le fer. Concert extravaguant des musiques d'enfer? Toute chose a son règne, et dans quelques années D'un autre œil nous verrons les hautes destinées. Les plus grands de ton temps, dans le sang aguerris, Comme en Trace seront brutalement nourris, Qui, rudes, n'aymeront la lyre de la Muse Non plus qu'une viéle ou qu'une cornemuse. Laisse donc ce mestier, et, sage, prends le soin De t' acquérir un Art qui te serve au besoin.
Je ne sçay, mon amy, par quelle prescience Il eut de nos destins si claire congnoissance, Mais, pour moy,je sçay bien que, sans en faire cas. Je mesprisois son dire et ne le croyois pas. Bien que mon bon Démon me dist souvent le mesme. Mais, quand la passion en nous est si extrême, Les advertissemens n'ont ny force ny lieu, Et l'homme croit à peine aux parolles d'un Dieu.
Ainsi me tançoit-il d'une par vile esmeue ; Mais, comme en se tournant je le perdoy de veue, Je perdy la mémoire avecques ses discours, Et resveur m'esgaray tout seul par les destours Des Antres et des Bois affreux et solitaires, Où la Muse en dormant m'enseignoit ses misteres,
M'aprenoit des secrets, et, m'eschauffant le sein, De gloire et de renom relevoit mon dessein. Inutile science, ingrate et mesprisée, Qui sert de fable au peuple, aux plus grands de risée.
Encor' seroit ce peu si, sans estre avancé, L'on avoit en cet Art son âge despensé Apres un vain honneur que le temps nous refuse, Si moins qu'une putain l'on n'estimoit la Muse. Eusse-tu plus de feu , plus de soin et plus d'Art Que Jodelle n'eut oncq', Desportes, ny Ronsard, L'on te fera la moue, et, pour fruict de ta peine, Ce n'est, ce dirafon, qu'un Poète à la douzaine.
Car on n'a plus le goust comme on l'eust autrefois, Apollon est gesné par de sauvages loix, Qui retiennent sou\ l'Art sa nature offusquée, Et de mainte figure est sa beauté masquée. Si pour sç avoir former quatre vers empoulle^, Faire tonner des mots mal joincts et mal colley, Amy, l'on estoit Poète, on verroit (cas estranges) Les poètes plus espois que mouches en vendanges. O que des ta jeunesse Apollon t'ait apris, Que Caliope mesme ait tracé tes escris, Que le neveu d'Atlas les ait mis sur la lyre, Qu'en l'antre Thespean Von ait daigné les lire, Qu'ils tiennent du sçavoir de l'antique leçon, Et qu'ils soient imprime^ des mains de Pâtisson, Si quelqu'un les regarde et ne leur sert d'obstacle, Estime, mon amy, que c'est un grand miracle.
L'on a beau faire bien et semer ses escris De civette, bainjoin, de musc et d'ambre gris, Qu'ils soient pleins, releveç et graves à l'oreille, Qu'ils facent sourciller les doctes de merveille, Ne pense pour cela estre estimé moins fol Et sans argent contant qu'on te preste un licol, Ny qu'on n1 estime plus {humeur extravagante) Un gros asne pourveu de mille escus de rente.
Ce mal-heur est venu de quelques jeunes veaux Qui mettent à l'encan l'honneur dans les bordeaux Et, ravalant Phœbus, les Muses et la grâce, Font un bouchon à vin du laurier de Parnasse; A qui le mal de teste est commun et fatal, Et vont bisarrement en poste à Vhospital, Disant, s' on n'est hargneux et d'humeur difficile, Que Von est mesprisé de la troupe civile, Que pour estre bon Poète il faut tenir des fous, Et désirent en eux ce qu'on mesprisé en tous; Et puis en leur chanson, sottement importune, Ils accusent les grands, le Ciel et la fortune, Qui,fuste^ de leurs vers, en sont si rebattus Qu'ils ont tiré cet art du nombre des vertus, Tiennent à mal d'esprit leurs chansons indiscrettes Et les mettent au rang des plus vaines sornettes.
Encore quelques grands, afin défaire voir, De Mœcene rivaux, qu'ils ayment le sçavoir, Nous voyent de bon œil, et, tenant une gaule, Ainsi qu'à leurs chevaux, nous en flattent l'espaule ,•
SATYRE IÏII. 41
Avecque bonne mine et d'un langage doux,
Nous disent, souriant : Et bien, que faictes vous?
Avec vous point sur vous quelque chanson nouvelle?
S en vy, ces jours passeç, de vous une si belle
Que c'est pour en mourir! Ha! mafoy, je vqy bien
Que vous ne m'aime^ plus; vous ne me donner rien.
Mais on lit à leurs yeux et dans leur contenance Que la bouche ne parle ainsi que lame pense, Et que c'est, mon amy, un grimoire et des mots Dont tous les Courtisans endorment les plus sots.
Mais je ne m'aperçoy que, trenchant du preud 'homme, Mon temps en cent caquets sottement je consomme ; Que, mal instruit, je porte en Brouage du sel Et mes coquilles vendre à ceux de sainct Michel.
Doncq', sans mettre Venchere aux sottises du monde Ny gloser les humeurs de dame Fredegonde, Je diray librement, pour finir en deux mots, Que la plus part des gens sont habille^ en sots.
A MONSIEVR BERTAVT
EVESQVE DE SÉES
**£Hç$%3!&* E RTAU T, c'est un grand cas, quoy\que Von puisse f air
Tl n'est moyen qu'un homme à chacun puisse plaire *£xkÉ&tx>ï&Et, fust-il plus parfait que la perfection. L'homme voit par les yeux de son affection, Chasqu'unfait à son sens dont sa raison s'escrime, Et tel blasme en autruy ce de quoy je l'estime; Tout, suivant l'intellect, change d'ordre et de rang : Les Mores aujourd'huy peignent le Diable blanc; Le sel est doux aux uns, le sucre amer aux autres; L'on reprend tes humeurs ainsi qu'on fait les nostres; Les Critiques du temps m'apellent desbauché, Que ie suis jour et nuict aux plaisirs attaché, Que j'y perds mon esprit, mon ame et ma jeunesse: Les autres, au rebours, accusent ta sagesse
Et ce hautain désir qui te fait mespriser Plaisirs, trésors, grandeurs, pour l'immortaliser, Et disent, ô chetifs! que, mourant sur un livre, Pense\, seconds Phœnix, en vos cendres revivre; Que vous estes trompe^ en vostre propre erreur, Car et vous et vos vers vive\ par Procureur.
Un livret tout moysi vit pour vous, et encore, Comme la mort vous fait, la taigne le dévore. Ingrate vanité dont l'homme se repaist, Qui baille après un bien qui sottement luy plaist.
Ainsi les actions aux langues sont sujettes ; Mais ces divers rapports sont de foi blés sagettes Qui blessent seulement ceux qui sont mal arrne^, Non pas les bons esprits à vaincre accoustumeq, Qui sçavent, aviser, avecq[ue] différence, Séparer le vray bien du fard de V apparence. C'est un mal bien estrange au cerveau des humains Qui, suivant ce qu'ils sont malades ou plus sains, Digèrent la viande, et, selon leur nature, Ils prennent ou mauvaise ou bonne nourriture.
Ce qui plaist à l'œil sain offence un chassieux, L'eau se jaunit en bile au corps du bilieux, Le sang d'un Hydropique en pituite se change, Et Vestomach gasté pourrit tout ce qu'il mange; De la douce liqueur rosoyante du Ciel, L'une en fait le venin, et l'autre en fait le miel. Ainsi c'est la nature et l'humeur des personnes, Et non la qualité, qui rend les choses bonnes.
Charnellement se joindre avecq sa parenté, En France c'est inceste, en Perse charité, Tellement qu'à tout prendre, en ce monde ou nous sommes, Et le bien et le mal dépend du goust des hommes.
Or, sans me tourmenter des divers appetis, Quels ils sont aux plus grands, et quels aux plus petis, Je te veux discourir comme je trouve estrange Le chemin d'où nous vient le blasme et la louange, Et comme j'ay V esprit de Chimères brouillé, Voyant qu'un More noir m'appelle barbouillé, Que les yeux de travers s'offencent que je lorgne, Et que les quinze vingts disent que je suis borgne.
C'est ce qui me desplaist, encor que faye appris, En mon philosopher, d'avoir tout à mespris. Penses-tu qu'à présent un homme a bonne grâce, Qui dans le four VEvesque entherine sa grâce, Ou l'autre qui poursuit des abolitions, De vouloir jetter l'œil dessus mes actions? Un traistre, un usurier, qui, par miséricorde, Par argent ou faveur, s'est sauvé de la corde? Moy qui dehors sans plus ay veu le Chastelet, Et que jamais Sergent ne saisit au colet, Qui vis selon les loix et me contiens de sorte Que je ne tremble point quand on heurte à ma porte; Voyant un Président, le cœur ne me tressault, Et la peur d'un Prévost ne m'esveille en sursault; Le bruit d'une recherche au logis ne m'arreste, Et nul remords fascheux ne me trouble la teste,
Je repose, la nuict, sus l'un et Vautre flanc; Et cependant, Bertault,je suis dessus le ranc.
Scaures du temps présent, hipocrites sévères, Un Claude effrontément parle des adultères; Milon, sanglant encor, reprend un assassin, Grache un séditieux, et Verres le larcin.
Or, pour moy, tout le mal que leur discours m'objete. C'est que mon humeur libre à Vamour est sujete, Que j'ayme mes plaisirs, et que les passe-temps Des amours m'ont rendu grison avant le temps, Qu'il est bien mal- aisé que jamais je me change Et qu'à d'autres façons ma jeunesse se range.
Mon oncle m'a conté que, monstrant à Ronsard Tes vers estincellants et de lumière et d'art, Il ne sceut que reprendre en ton apprentissage, Sinon qu'il te jugeoit pour un Poète trop sage.
Et ores, au contraire, on m'objecte à péché Les humeurs qu'en ta Muse il eust bien recherché. Aussi je m'esmerveille, au feu que tu recelles, Qu'un esprit si rassis ait des fougues si belles, Car je tien comme luy que le chaud Elément Qui donne ceste poincte au vif entendement, Dont la verve s'eschauffe et s'enflame de sorte Que ce feu dans le Ciel sur des aisles V emporte, Soit le mesme qui rend le Poè'te ardent et chaud. Sujet à ses plaisirs, de courage si haut Qu'il mesprise le peuple et les choses communes, Et bravant les faveurs se mocque des fortunes ;
-j-6 SATYRE V.
Qui le fait desbauché, frénétique, resvant, Porte?" la teste basse et Vesprit dans le vent, Esgayer sa fureur parmy des précipices, Et plus qu'à la raison sujet à ses caprices-
Faut il doncq> à présent s'estonner si je suis Enclin à des humeurs qu éviter je ne puis, OU mon tempérament malgré moy me transporte Et rend la raison foible où la nature est forte? Mais que ce mal me dure, il est bien mal aisé : L'homme ne se plaist pas d'estre tousj ours fraisé, Chasque âge a ses façons, et change de Nature, De sept ans en sept ans, nostre température ; Selon que le Soleil se loge en ses maisons, Se tournent nos humeurs ainsi que nos saisons; Toute chose en vivant avecq l'âge s'altère, Le desbauché se rid des sermons de son père, Et dans vingt et cinq ans, venant à se changer, Retenu, vigilant, soigneux et mesnager, De ces mesmes discours ses fils il admonneste, Qui ne font que s'en rire et qu'en hocher la teste. Chasque âge a ses humeurs, son goust et ses plaisirs, Et comme nostre poil blanchissent nos désirs.
Nature ne peut pas l'âge en l'âge confondre; L'enfant qui sçait desja demander et respondrc, Qui marque asseurément la terre de ses pas, Avecques ses pareils se plaist en ses esbas; Il fuit, il vient, il parle, il pleure, il saute d'aise, Sans raison, d'heure en heure, il s'esmeut et s'apaise.
SATYHK
Croissant l'âge en avant, sans soin de gouverneur, Relevé, courageux et cupide d'honneur, Il se plaist aux chevaux, aux chiens, à la campagne; Facile au vice, il hait les vieux et les desdaigne ; Rude à qui le reprend, paresseux à son bien, Prodigue, despensier, il ne conserve rien; Hautain, audacieux, conseiller de soy mesme, Et d'un cœur obstiné se heurte à ce qu'il ayme.
L'âge au soin se tournant, homme fait , il acquiert Des biens et des amis ; si le temps le requiert, Il masque ses discours comme sur un théâtre; Subtil, ambitieux, l'honneur il idolâtre; Son esprit avisé prévient le repentir Et se garde d'un lieu difficile à sortir.
Maints fâcheux accidens surprennent sa vieillesse : Soit qu'avecq du soucy gaignant de la richesse, Il s'en défend l'usage et craint de s'en servir, Que tant plus il en a, moins s'en peut assouvir; Ou soit qu'avec froideur il face toute chose, Imbécile, douteur, qui voudroit, et qui n'ose, Dilayant, qui tousjours à Vœil sur l'avenir; De léger il n'espère, et croit au souvenir; Il parle de son temps difficile et severe, Censurant la jeunesse, use des droicts de père. Il corrige, il reprend, hargneux en ses façons, Et veut que tous ses mots soient autant de leçons.
Voyla doncq' de par Dieu comme tourne la vie, Ainsi diversement aux humeurs asservie
Que chasque âge départ à chaque homme en vivant, De son tempérament la qualité suivant.
Et moy qui jeune encor en mes plaisirs m'esgaye, Il faudra que je change, et malgré que j'en aye Plus soigneux devenu, plus froid et plus rassis, Que mes jeunes pensers cèdent aux vieux soucis, Que j'en paye Vescot remply jusqu'à la gorge, Et que j'en rende un jour les armes à sainct George.
Mais de ces discoureurs il ne s'en trouve point, Ou pour le moins bien peu, qui commissent ce point, Effronté^, ignorans, n'ayans rien de solide; Leur esprit prend l'essor où leur langue le guide, Sans veoir le fond du sac ils prononcent l'arrest, Et rengent leur discours au point de l'interest; Pour exemple parfaite ils n'ont que l'apparence, Et c'est ce qui nous porte à ceste indiference, Qu'ensemble l'on confond le vice et la vertu, Et qu'on l'estime moins qu'on n estime unfestu.
Aussi qu'importe-il de mal ou de bien faire, Si de nos actions un Juge volontaire Selon ses appétits les décide et les rend Dignes de recompence ou d'un supplice grand ; Si tousjours nos amis en bon sens les expliquent, Et si tout au rebours nos haineux nous en piquent? Chacun selon son goust s'obstine en son party, Qui fait qu'il n'est plus rien qui ne soit perverty; La vertu n'est vertu, l'envie la desguise, Et de bouche, sans plus, le vulgaire la prise ;
SATYRE V. 4g
Au lieu du jugement régnent les passions, Et donne Vinterest le prix aux actions.
Ainsi ce vieux resveur, qui n'agueres à Rome Gouvernoit un enfant et faisoit le preud'homme, Contre-carroit Caton, critique en ses discours, Qui tousjours rechignoit et reprenoit tousjours. Apres que cet enfant s'est fait plus grand par l'âge, Revenant à la Cour d'un si lointain voyage, Ce critique, changeant d'humeurs et de cerveau, De son pédant qu'il fut, devint son maquereau.
O gentille vertu, qu'aisément tu te changes! Non, non, ces actions méritent des louanges, Car, le voyant tout seul, qu'on le prenne à serment, Il dira qu'icy bas Vhomme de jugement Se doit accommoder au temps qui luy commande, Et que c'est à la Cour une vertu bien grande.
Doncq' la mesme vertu, le dressant au poulet, De vertueux qu'il fut le rend Dariolet ; Doncq' à si peu de frais la vertu se profane, Se desguise, se masque, et devient courtisane, Se transforme aux humeurs, suit le cours du marché, Et dispence les gens de blasme et de péché.
Pères des siècles vieux, exemple de la vie, Dignes d'estre admire^ d'une honorable envie, (Si quelque beau désir vivoit encor en nous) Nous voyant de là-haut, Pères, qu'en dites vous ? Jadis, de vostre temps, la vertu simple et pure, Sans fard, sans fiction, imitoit sa nature,
Austère en ses façons, severe en ses propos,
Qui dans un labeur juste esgayoit son repos ;
D'hommes vous faisant Dieux, vous paissoit d'Ambrosie,
Et donnoit place au Ciel à vostre fantasie.
La lampe de son front par tout vous esclairoit
Et de toutes frayeurs vos esprits asseuroit,
Et, sans penser aux biens où le vulgaire pense,
Elle estoit vostre prix et vostre recompense,
Où la nostre aujourd'huy, qu'on révère icy bas,
Va la nuict dans le bal et danse les cinq pas,
Se parfume, se frise, et des façons nouvelles
Veut avoir par le fard du nom entre les belles ;
Fait crever les courtaux en chassant aux forests ;
Court le faquin, la bague, escrime des fleurets ;
Monte un cheval de bois, fait dessus des pommades,
Talonne le Genêt et le dresse aux passades,
Chante des airs nouveaux, invente des balets,
Sçait escrire et porter les vers et les poulets,
A Vœil tousjours au guet pour des tours de souplesse,
Glose sur les habits et sur la gentillesse,
Se plaist à l'entretien, commente les bons mots,
Et met à mesme prix les sages et les sots.
Et ce qui plus encor'1 m empoisonne de rage Est quand un charlatan relevé son langage, Et, de coquin faisant le Prince revestu, Bastit un Paranimphe à sa belle vertu.
Et qu'il rtest crocheteur, ny courtaut de boutique, Qui n'estime à vertu Vart oit sa main s'aplique,
SATYRE V. 5l
Et qui, paraphrasant sa gloire et son renom, Entre les vertueux ne veuille avoir du nom. Voyla comme à présent chacun Vadulterise Et forme une vertu comme il plaist à sa guise; Elle est comme au marché dans les impressions. Et, s adjugeant au taux de nos affections, Fait que par le caprice, et non par le mérite, Le blasme et la louange au hasard se débite; Et peut un jeune sot, suivant ce quil conçoit Ou ce que par ses yeux son esprit en reçoit, Donner son jugement, en dire ce qu il pense, Et mettre sans respect nostre honneur en balance. Mais, puis que c'est le temps, mesprisant les rumeurs Du peuple, laissons là le monde en ces humeurs, Et, si selon son goust un chacun en peut dire, Mon goust sera, Bertault, de n en faire que rire.
A MONSIEVR DE BETHVNE
Estant Ambassadeur
Pour Sa Majesté à Rome
ETHUNE, si la charge où ta vertu s'amuse Te permet escouter les chansons que la Muse, RSÉœxis Dessus les bords du Tibre et du mont Palatin, Me fait dire en François au rivage Latin, OU comme un grand Hercule, à la poictrine large, Nostre Atlas de son faix sur ton dos se descharge, Te commet de ï estât l'entier gouvernement, Escoute ce discours tissu bijarrement, Où je ne prétends point escrire ton histoire : Je ne veux que mes vers s'honorent en la gloire De tes nobles ayeulx, dont les faits relevé^ Dans les cœurs des Flamens sont encore grave^,
SATYRE Vf. 53
Qui tiennent à grandeur de ce que tes ancestres En armes glorieux furent jadis leurs maistres;
Ny moins comme ton frère, aydé de ta vertu, Par force et par conseil, en France a combatu Ces avares oyseaux dont les griffes gourmandes Du bon Roy des François ravissoient les viandes : Suject trop haut pour moy, qui doy, sans mesgarer. Au champ de sa valeur la veoir et l'admirer.
Aussi selon le corps on doit tailler la robe. Je ne veux qu'à mes vers nostre honneur se dérobe. Ny qu'en tissant le fil de vos faits plus qu'humains. Dedans ce Labirinthe il m'eschape des mains : On doit selon la force entreprendre la peine, Et se donner le ton suivant qu'on a d'haleine, Non comme un fou chanter de tort et de travers.
Laissant doncq' aux se avants à vous peindre en leurs vers, Haut esleveç en l'air sur une aisle dorée, Dignes imitateurs des enfans de Borée :
Tandis qu'à mon pouvoir mes forces mesurant. Sans prendre ny Phœbus ny la Muse à garant, Je suivray le caprice en ces pais estranges, Et, sans paraphraser tes faits et tes louanges Ou me fantasier le cerveau de soucy Sur ce qu'on dit de France ou ce qu'on voit icy, Je me deschar geray d'un faix que je desdaigne, Suffisant de crever un Genêt de Sardaigne, Qui pourroit, défaillant en sa morne vigueur, Succomber sous le fais que j'ay dessus le cœur.
Or, ce n'est point de voir en règne la sottise, L'avarice et le Luxe entre les gens d'Eglise, La justice à l'ancan, V innocent oppressé, Le conseil corrompu suivre Vinteressé, Les estats pervertis, toute chose se vendre, Et n'avoir du crédit qu'au prix qu'on peut despendre;
Ny moins que la valeur n'ait icy plus de lieu, Que la noblesse courre en poste à Vhostel Dieu, Que les jeunes oysifs aux plaisirs s'abandonnent, Que les femmes du temps soient à qui plus leur donnent, Que l'usure ait trouvé (bien que je n'ay de quoy, Tant elle a bonne dents) que mordre dessus moy.
Tout cecy ne me pe\e et l'esprit ne me trouble, Que tout s'y pervertisse il ne m'en chaut d'un double; Du temps ny de V estât il ne faut s'afliger, Selon le vent qui fait l'homme doit naviger.
Mais ce dont je me deuls est bien une autre chose Qui fait que l'œil humain jamais ne se repose, Qu'il s'abandonne en proye aux soucis plus cuisans* Ha! que ne suis-je Roy pour cent ou six vingts ans! Par un Edict public qui fust irrévocable, Je bannirois l'honneur, ce monstre abominable. Qui nous trouble Vesprit et nous charme si bien Que sans luy les humains icy ne voient rien, Qui trahit la nature, et qui rend imparfaite Toute chose qu'au goust les délices ont faite.
Or, je ne doute point que ces esprits bossus, Qui veulent qu'on les croye en droite ligne yssus
Des sept sages de Grèce, à mes vers ne s'oposent, Et que leurs jugements dessus le mien ne glosent ;
Comme de faire entendre à chacun que je suis Aussi perclus d'esprit comme Pierre du Puis, De vouloir sottement que mon discours se dore Aux despens d'un suject que tout le monde adore, Et que je suis de plus privé de jugement, De t' offrir ce caprice ainsi si librement :
A toy qui des jeunesse appris en son escole A adorer l'honneur d'effect et de parole, Qui l'as pour un but sainct en ton penser profond, Et qui mourrois plustost que luy faire un faux bond. Je veux bien avoir tort en ceste seule chose, Mais ton doux naturel fait que je me propose Librement te monstrer à nud mes passions, Comme à cil qui pardonne aux imperfections. Quils n'en parlent donq' plus, et qu'estrange on ne trouve Si je hais plus l'honneur qu'un mouton une louve:
L'honneur qui sou% faux tiltre habite avecque nous, Qui nous oste la vie et les plaisirs plus doux, Qui trahit nostre espoir et fait que l'on se peine Apres l'esclat fardé d'une apparence vaine, Qui sevré les désirs et passe meschamment La plume par le bec à nostre sentiment, Qui nous veut faire entendre, en ces vaines chimères, Que, pour ce qu'il nous touche, il se perd si nos mères, Nos femmes et nos sœurs font leurs maris jaloux, Comme si leurs désirs dépendissent de nous.
Je pense, quant à moy, que cet homme fut yvre Qui changea le premier Vusage de son vivre. Et, rengeant sou^ des loix les hommes escarte^, Bastit premièrement et villes et cite%, De tours et de fosse% renforça ses murailles, Et r'enferma dedans cent sortes de quenailles.
De cest amas confus nasquirent à l'instant L'envie, le mespris, le discord inconstant, La peur, la trahison, le meurtre, la vengeance, L'horible desespoir, et toute ceste engeance De maux qiCon voit régner en Venfer de la Court, Dont un pédant de Diable en ses leçons discourt, Quand par art il instruit ses escoliers pour estre (S'il se peut faire) en mal plus grands Clercs que leur maistre.
Ainsi la liberté du monde s1 envola, Et chacun se campant, qui deçà, qui delà, De hayes, de buissons, remarqua son partage, Et la fraude fit lors la figue au premier âge. Lors du mien et du tien nasquirent les proce^, A qui l'argent départ bon ou mauvais succe\; Le fort bâtit le foible et luy livra la guerre; De là l'ambition fist envahir la terre, Qui fut, avant le temps que survindrent ces maux, Un hospital commun à tous les animaux, Quand le mary de Rhée, au siècle d'innocence, Gouvernoit doucement le monde en son enfance, Que la terre de soy le froment rapportoit, Que le chesne de Manne et de miel degoutoit.
SATYRE VI. 5j
Que tout vivoit en paix, qu'il nestoit point d'usures, Que rien ne se vendoit par poix ni par mesures, Qu'on nav oit point de peur qu'un Procureur fiscal Formast sur une éguille un long procès verbal, Et, se jettant d'aguet dessus vostre personne, Qu'un Barisel vous mist dedans la tour de Nonne.
Mais, si tost que le fils le père dechassa, Tout sans dessus dessous icy se renversa. Les soucis, les ennuis, nous brouillèrent la teste, L'on ne pria les saincts qu'au fort de la tempeste, L'on trompa son prochain, la mesdisance eut lieu, Et l'hipocrite fist barbe de paille à Dieu; L'homme trahit safoy, d'où vindrent les Notaires, Pour attacher au joug les humeurs volontaires.
La faim et la cherté se mirent sur le rang, La fièvre, les charbons, le maigre flux de sang, Commencèrent d'esclorre, et tout ce que VAutonne Par le vent de midy nous apporte et nous donne. Les soldats puis après ennemis de la paix, Qui de l'avoir d'autruy ne se saoulent jamais, Troublèrent la campagne, et, saccageant nos villes, Par force en nos maisons violèrent nos filles, D'où nasquit le bourdeau, qui, s'eslevant debout, A l'mstant, comme un Dieu, s'estendit tout par tout, Et rendit, Dieu mercy ces fièvres amoureuses, Tant de galants peleç et de femmes galeuses, Que les perruques sont, et les drogues encor {Tant on en a besoin), aussi chères que l'or.
Encore tous ces maux ne seroient que fleurettes Sans ce maudit honneur, ce conteur de sornettes, Ce fier serpent qui couve un venin sou$ des fleurs, Qiii noyé jour et nuict nos esprits en nos pleurs; Car, pour ces autres maux, c'estoient légères peines Que Dieu donna selon les foiblesses humaines.
Mais ce traistre cruel, excédant tout pouvoir, Nous fait suer le sang sous un pesant devoir, De chimères nous pipe et nous veut faire accroire Qu'au travail seulement doit consister la gloire, Qu'il faut perdre et sommeil, et repos, et repas, Pour tascher d'acquérir un suject qui n'est pas, Ou, s'il est, qui jamais aux yeux ne se descouvre, Et, perdu pour un coup, jamais ne se recouvre, Qui nous gonfle le cœur de vapeur et de vent, Et d'exceq par luy mesme il se perd bien souvent.
Puis on adorera ceste menteuse idole, Pour oracle on tiendra ceste croyance folle Qu'il n'est rien de si beau que tomber bataillant, Qu'aux despens de son sang il faut estre vaillant, Mourir d'un coup de lance ou du choc d'une picque, Comme les Paladins de la saison antique, Et, respandant l'esprit blessé par quelque endroit, Que nostre ame s'envolle en Paradis tout droit.
Ha! que c'est chose belle et fort bien ordonnée Dormir dedans un lict la grasse matinée, En Dame de Paris s'habiller chaudement, A la table s'asseoir, manger humainement.
Se reposer un peu, puis monter en carrosse, Aller à Gentilly caresser une Rosse Pour escroquer sa fille, et, venant à Veffect, Luy monstrer comme Jean à sa mère le faict.
Ha ! Dieu, pourquoi faut-il que mon esprit ne vaille Autant que cil qui mist les souris en bataille, Qui sçeut à la Grenouille apprendre son caquet, Ou que Vautre quifist en vers un Sopiquet! Je ferois, esloigné de toute raillerie, Un poëme grand et beau de la poltronnerie, En despit de Vhonneur et des femmes qui Vont D'effect sous la chemise ou d'apparence au front, Et m'asseure pour moy qu'en ayant leu l'histoire, Elles ne seroient plus si sottes que d'y croire.
Mais, quand je considère où l'ingrat nous réduit, Comme il nous ensorcelle et comme il nous séduit, Qu'il assemble en festin au Renard la Cigoigne, Et que son plus beau jeu ne gist rien qu'en sa troigne,
Celuy le peut bien dire à qui des le berceau Ce malheureux honneur a tins le bec en Veau, Qui le traine à tastons quelque part qu'il puisse estre, Ainsi que fait un chien un aveugle son maistre, Qui s'en va doucement après lui pas à pas, Et librement se fie à ce qu'il ne voit pas. S'il veut que plus long temps à ce discours je croye, Qu'il m'offre à tout le moins quelque chose qu'on voye Et qu'on savoure, afin qu'il se puisse sçavoir Si le goust desment point ce que l'œil en peut voir-
ÔO SATYRE VI.
Autrement, quant à moy,je luifay banqueroute : Estant imperceptible, il est comme la goutte, Et le mal qui caché nous oste l'embompoint, Qui nous tue à veu à' œil et que l'on ne voit point. On a beau se charger de telle marchandise, A peine en auroit on un Catrin à Venise, Encor qu'on voye après courir certains cerveaux, Comme après les raisins courent les estourneaux. Que font tous ces vaillans de leur valeur guerrière Qui touchent du penser iestoile poussiniere, Morguent la destinée et gourmandent la mort, Contre qui rien ne dure et rien n'est asse^fort, Et qui, tout transparents de claire renommée, Dressent cent fois le jour en discours une armée, Donnent quelque bataille, et, tuant un chacun, Font que mourir et vivre à leur dire n'est qu'un : Relevé^, emplumeç, braves comme sainct George? Et Dieu sçait cependant s'ils mentent par la gorge, Et, bien que de l'honneur ils facent des leçons, En fin au fond du sac ce ne sont que chansons.
Mais, mon Dieu, que ce traistre est d'une estrange sorte! Tandis qu'à le blasmer la raison me transporte, Que de luyje mesdis, il me flatte et me dit Que je veux par ces vers acquérir son crédit, Que c'est ce que ma Muse en travaillant pourchasse, Et mon intention qu'estre en sa bonne grâce, Qu'en mesdisant de luy je le veux requérir, Et tout ce que je fay, que c'est pour l'acquérir.
Si ce n'est qu'on diroit qu'il me Vaur oit fait faire, Je l'irois appelle}" comme mon adversaire : Aussi que le duel est icy deffendu, Et que d'une autre part j'ay me l'individu. Mais, tandis qu'en colère à parler je m'arreste, Je ne m'apperçoy pas que la viande est preste, Qu'icy non plus qu'en France on ne s'amuse pas A discourir d'honneur quand on prend son repas : Le sommelier en haste est sorty de la cave, Desja Monsieur le maistre et son monde se lave. Trefves avecq' l'honneur, je m'en vais tout courant Décider au Tinel un autre différent.
A MONSIEVR
LE MARQVIS DE CŒVVRES
OTTE etfascheuse humeur de lapluspart des hommes. Qui suivant ce qu'ils sont jugent ce que nous sommes, Et, succrant d'un souris un discours ruineux,
Accusent un chacun des maux qui sont en eux. Nostre mélancolique en sçavoit bien que dire,
Qui nous pique en riant et nous flate sans rire,
Qui porte un cœur de sang dessous un front blesmy,
Et duquel il vaut mieux estre amy qu'ennemy. Vous qui tout au contraire avec dans le courage
Les mesmes mouvements qu'on vous lit au visage,
Et qui parfait amy vos amis espar gne\,
Et de mauvais discours leur vertu nesborgne^;
Dont le cœur grand et ferme au changement ne ployé.
Et qui fort librement en l'orage s' employé,
Ainsi qu'un bon patron qui, soigneux, sage et fort, Sauve ses compagnons et les conduit à bord ;
Cognoissant doncq' en vous une vertu facile A porter les dejfauts d'un esprit imbecille Qui dit sans aucun fard ce qu'il sent librement, Et dont jamais le cœur la bouche ne desment, Comme à mon confesseur vous ouvrant ma pensée, De jeunesse et d'amour follement insensée, Je vous conte le mal où trop enclin je suis, Et que prest à laisser je ne veux et ne puis, Tant il est mal- aisé d'oster avecq' Vestude Ce qu'on a de nature ou par longue habitude.
Puis la force me manque, et n'ay le jugement De conduire ma barque en ce ravissement ; Au gouffre du plaisir la courante m'emporte. Tout ainsi qu'un cheval qui a la bouche forte, f obéis au caprice et sans discrétion; La raison ne peut rien dessus ma passion.
Nulle loy ne retient mon ame abandonnée; Ou soit par volonté, ou soit par destinée, En un mal évident je clos l'œil à mon bien : Ny conseil, ny raison, ne me servent de rien. Je choppe par dessein, ma faute est volontaire ; Je me bande les yeux quand le Soleil m'esclaire, Et, content de mon mal, je me tiens trop heureux D'estre comme je suis en tous lieux amoureux, Et, comme à bien aymer mille causes m'invitent, Aussi mille beauté^ mes amours ne limitent;
Et, courant çà et là, je trouve tous les jours En des sujects nouveaux de nouvelles amours.
Si de Vœil du désir une femme j'avise, Ou soit belle ou soit laide, ou sage ou mal aprise, Elle aura quelque trait qui, de mes sens vainqueur, Me passant par les yeux, me blessera le cœur, Et c'est comme un miracle, en ce monde où nous sommes. Tant l'aveugle appétit ensorcelle les hommes, Qii'encore qu'une femme aux amours face peur, Que le Ciel et Venus la voye à contre-cœur, Toutes fois, estant femme, elle aura ses délices, Relèvera sa grâce avecq' des artifices, Qui dans lestât d'amour la sçauront maintenir Et par quelques attraits les amants retenir.
Si quelqu'une est difforme, elle aura bonne grâce, Et par l'Art de l'esprit embellira sa face ; Captivant les Amants de mœurs ou de discours, Elle aura du crédit en l'Empire d'amours. En cela l'on cognoist que la nature est sage, Qui, voyant les deffaux du fœminin ouvrage, Qu'il seroit sans respect des hommes mesprisé, L'anima d'un esprit et vif et desguisé, D'une simple innocence elle adoucit sa face, Elle luy mist au sein la ruse et la falace, Dans sa bouche lafoy qu'on donne à ses discours, Dont ce sexe trahit les deux et les amours, Et selon, plus ou moins, qu'elle estoit belle ou laide, Sage, elle sçeut si bien user d'un bon remède,
SATYRE Vil. 65
Divisant de l'esprit la grâce et la beauté.
Qu'elle les sépara d'un et d'autre costé,
De peur qu'en les joignant quelqu'une eust l'avantage
Avecq'un bel esprit d'avoir un beau visage.
La belle du depuis ne le recherche point, Et l'esprit rarement à la beauté se joint.
Or, afin que la laide autrement inutile Dessous le joug d'amour rendit l'homme servile, Elle ombragea l'esprit d'un morne aveuglement, Avecques le désir troublant le jugement. De peur que nulle femme, oufust laide oufust belle, Ne vescust sans le faire et ne mourust pucelle. D'où vient que si souvent les hommes offusque^ Sont de leurs appétits si lourdement mocque\, Que d'une laide femme ils ont Vame eschauffée, Dressent à la laideur d'eux mesmes un trophée, Pensent avoir trouvé lafebve du gasteau, Et qu'au serrail du Turc il n'est rien de si beau. Mais comme les beauté^, soit des corps ou des âmes, Selon Vobject des sens, sont diverses aux Daines, Aussi diversement les hommes sont domte^ Et font divers effets les diverses beauté^. (Estrange providence et prudente méthode De nature, qui sert un chacun à sa mode.)
Or, moy qui suis tout flame et de nuict et de jour, Qui n' haleine que feu, ne respire qu'amour, Je me laisse emporter à mes fiâmes communes Et cours sou% divers vents de diverses fortunes ;
Ravy de tous objects, j'ayme si vivement
Que je ri ay pour V amour ny choix ny jugement ;
De toute eslection mon ame est despourveue,
Et nul object certain ne limite ma veuë.
Toute femme m'agrée, et les perfections
Du corps ou de Y esprit troublent mes passions.
J'ayme le port de l'une, et de l'autre la taille ;
L'autre, d'un trait lascif, me livre la bataille,
Et l'autre, desdaignant d'un œil severe et doux
Ma peine et mon amour, me donne mille coups.
Soit qu'une autre modeste à l'impourveu m'avise,
De vergongne et d'amour mon ame est toute éprise;
Je sens dhin sage feu mon esprit enflammer,
Et son honnesteté me contrainct de l'aymer.
Si quelque autre affetée, en sa douce malice, Gouverne son œillade avecq' de l'artifice, J'ayme sa gentillesse, et mon nouveau désir Se la promet sçavante en V amoureux plaisir.
Que l'autre parle livre et face des merveilles, Amour, qui prend par tout, me prend par les oreilles, Et juge par l'esprit, parfaict en ses accords, Des points plus accomplis que peut avoir le corps. Si l'autre est, au rebours, des lettres nonchalante, Je croy qu'au fait d'amour elle sera sçavante, Et que nature, habile à couvrir son deffaut, Luy aura mis au lict tout l'esprit qu'il luy faut.
Ainsi, de toute femme à mes yeux opposée, Soit parfaite en beauté ou soit mal composée*
De mœurs ou de façons, quelque chose m'en plaist, Et ne sçay point comment, ny pourquoy, ny que c'est.
Quelque objet que V esprit par mes yeux se figure, Mon cœur, tendre à V amour, en reçoit la pointure; Comme un miroir en soy toute image reçoit, Il reçoit en amour quelque object que ce soit; Autant qu'une plus blanche il ayme une brunette: Si Vune a plus d'esclat, Vautre est plus sadinette, Et plus vive de feu, d'amour et de désir, Comme elle en reçoit plus, donne plus de plaisir.
Mais, sans parler de moy que toute amour emporte. Voyant une beauté follastrement accorte, Dont V abord soit facile et V œil plein de douceur; Que, semblable à Venus, on l'estime sa sœur; Que le Ciel sur son front ait posé sa richesse; Qu'elle ait le cœur humain, le port d'une Déesse ; Qu'elle soit le tourment et le plaisir des cœurs, Que Flore sou^ ses pas face naistre des fleurs, Au seul trait de ses yeux, si puissans sur les âmes, Les cœurs les plus glace\ sont tous bruslans de fiâmes, Et,fust-il de metail, ou de bronze, ou de roc, Il n'est Moine si sainct qui n'en quittast le froc.
Ainsi moy seulement sous l'amour je ne plie, Mais de tous les mortels la nature accomplie Fleschit sous cest Empire, et n'est homme icy bas Qui soit exempt d'amour, non plus que du trespas.
Ce n'est donc chose estrange [estant si naturelle) Que ceste passion me trouble la cervelle,
68 S AT Y RF VII.
M'empoisonne l'esprit, et me charme si fort Que j'aymeray, je croy, encore après ma mort.
Marquis, voyla le vent dont ma nef est portée, A la triste mercy de la vague indomtée, Sans corde, sans timon, sans estoile ny jour, Reste ingrat et piteux de Forage d'amour, Qui, content de mon mal et joyeux de ma perte, Se rit de voir des flots ma poictrine couverte, Et comme sans espoir flotte ma passion, Digne, non de risée, ains de compassion.
Cependant, incertain du cours de la tempeste, Je nage sur les flots, et, relevant la teste, Je semble despiter naufrage audacieux, L'infortune, les vents, la marine et les deux, M'esgayant en mon mal comme un mélancolique, Qui repute à vertu son humeur frénétique, Discourt de son caprice, en caquette tout haut.
Aussi comme à vertu j'estime ce défaut, Et quand tout par mal-heur jureroit mon dommage, Je mourray fort content mourant en ce voyage.
A MONSIEVR
L'ABBÉ DE BEAVLIEV
Estant nommé par Sa Majesté à l'Evesché du Mans
SATYRE VIIL
^ H ARLES, de mes pèche % fay bien fait pénitence ; Or, toi qui te cognois aux cas de conscience, Juge si fay raison de penser estre abscus. J'oyois un de ces jours la Messe à deux genoux, Faisant mainte oraison, Vœil au ciel, les mains jointes, Le cœur ouvert aux pleurs et tout percé de pointes Qu'un dévot repentir eslançoit dedans moy, Tremblant des peurs d'enfer et tout bruslant defoy,
Quand un jeune frisé, relevé de moustache, De galoche, de botte et d'un ample pennache, Me vint prendre et me dit, pensant dire un bon mot : Pour un Poète du temps vous estes trop dévot.
Moy civil, je me levé et le bon jour luy donne
(Qu'heureux est le folastre à la teste grisonne
Qui brusquement eust dit avecq' une sambieu :
Ouy bien pour vous, Monsieur, qui ne croye\ en Dieu.)
Sotte discrétion, je voulus faire accroire Qu'un Poète n'est bisarre et fascheux qu'après boire; Je baisse un peu la teste, et tout modestement Je luy fis à la mode un petit compliment. Luy, comme bien apris, le mesme me sceut rendre, Et ceste courtoisie à si haut prix me vendre Que j 'aymerois bien mieux, chargé d'âge et d'ennuis, Me voir à Rome pauvre entre les mains des Juifs.
Il me prit par la main, après mainte grimace, Changeant sur l'un des pieds à toute heure de place, Et dansant tout ainsi qu'un Barbe encastelé. Me dist, en remâchant un propos avalé : Que vous estes heureux, vous autres belles âmes, Favoris d'Apollon, qui gouverne^ les Dames, Et par mille beaux vers les charme^ tellement Qu'il n'est point de beauté^ que pour vous seulement! Mais vous les mérite^ : vos vertus non communes Vous font dignes, Monsieur, de ces bonnes fortunes.
Glorieux de me voir si hautement loiié, Je devins aussi fier qu'un chat amadoué, Et, sentant au Palais mon discours se confondre. D'un ris de sainct Medard il me fallut respondre. Je poursuis; mais, amy, laissons le discourir, Dire cent et cent fois : Il en faudroit mourir ;
Sa barbe pinçoter, cageoller la science, Relever ses cheveux, dire : En ma conscience; Faire la belle main, mordre un bout de ses gants, Rire hors de propos, monstrer ses belles dents, Se carrer sur un pied, faire arser son espée, Et s'adoucir les yeux ainsi qu'une poupée; Cependant qu'en trois mots je teferay sçavoir OU premier à mon dam ce fascheux me peut voir.
festois che% une Dame, en qui, si la Satyre Permet toit en ces vers que je le peusse dire, Reluit, environné de la divinité, Un esprit aussi grand que grande est sa beauté.
Ce Fanfaron chef elle eut de moy cognoissance, Et ne fut de parler jamais en ma puissance , Luy voyant ce jour là son chappeau de velours, Rire d'un fascheux conte et faire un sot discours, Bien qu'il m'eust à l'abord doucement fait entendre Qu'il est oit mon valet à vendre et à despendre, Et destournant les yeux : Belle, à ce que j'entens, Comment, vous gouverne^ les beaux esprits du temps ! Et, faisant le doucet de parole et de geste, Il se met sur un lict, luy disant : Je proteste Que je me meurs d'amour quand je suis près de vous ; Je vous aime si fort que j'en suis tout jaloux. Puis, rechangeant de note, il monstre sa rotonde : Cest ouvrage est-il beau? Que vous semble du monde? L'homme que vous sçave% m'a dit qu'il n'ayme rien. Madame, à vostre avis, ce jourd'huy suis-je bien?
Suis-je pas bien chaussé? Ma jambe est-elle belle?
Voye^ ce taffetas, la mode en est nouvelle ;
C'est œuvre de la Chine. A propos, on ma dit
Que contre les clinquants le Roy fait un Edict.
Sur le coude il se met, trois boutons se délace:
Madame, baiseç moy; n'ay-je pas bonne grâce?
Que vous estes fascheuse! A la fin on verra,
Rosete, le premier qui s'en repentira.
D'asse^ d'autres propos il me rompit la teste. Voyla quant et comment je cogneu ceste beste, Te jurant, mon amy, quej'ay quitté ce lieu
Sans demander son nom et sans luy dire Adieu. Je n'eus, depuis ce jour, de luy nouvelle aucune,
Si ce n'est ce matin, que de maie fortune
Je fus en ceste Eglise, où, comme j'ay conté,
Pour me persécuter Satan l'avoit porté.
Apres tous ces propos qu'on se dit d'arrivée,
D'un fardeau si pesant ayant l'ame grevée,
Je chauvy de l'oreille, et, demeurant pensif,
L'eschine j'alongeois comme un asne rétif,
Minutant me sauver de ceste tirannie ;
Il le juge à respect : O sans cérémonie,
Je vous suply, dit-il, vivons en compagnons ;
Ayant ainsi qu'un pot les mains sur les roignons.
Il me pousse en avant, me présente la porte,
Et sans respect des Saincts hors l'Eglise il me porte,
Aussi froid qu'un jaloux qui voit son corrival.
Sortis, il me demande : Estes-vous à cheval?
SATYRE VIII. y 3
Ave\ vous point icy quelqu'un de vostre troupe?
Je suis tout seul à pied. Luy de m'offrir la croupe,
Moy, pour m'en depestrer, luy dire tout exprés:
Je vous baise les mains,- je m'en vais, icy prés,
Che% mon oncle disner. O Dieu! le galand homme:
J'en suis. Et moy pour lors, comme un bœuf qu'on assomme,
Je laisse choir la teste, et bien peu s'enfalut,
Remettant par despit en la mort mon salut,
Que je n'allasse, lors, la teste la première,
Me jetter du Pont -neuf à bas en la rivière.
Insensible il me traine en la court du Palais, Où, trouvant par hasard quelqu'un de ses valets, Il l'appelle et luy dit : Hola haul Ladreville! Qu'on ne m'atende point , je vay disner en ville.
Dieu sçait si ce propos me traversa l'esprit. Encor n'est-ce pas tout ; il tire un long escrit, Que voyant je fremy. Lors sans cageollerie : Monsieur, je ne m'entends à la chicanerie, Ce luy dis -je, feignant l'avoir veu de travers. Aussi n'en est-ce pas, ce sont des meschans vers {Je cogneu qu'il estoit véritable à son dire), Que pour tuer le temps je m'efforce d'escrire ; Et pour un courtisan, quand vient l'occasion, Je monstre que j'en sçay pour ma provision.
Il lit, et se tournant brusquement par la place, Les Banquiers estonne\ admiroient sa grimace, Et monstroient en riant qu'ils ne luy eussent pas Preste sur son minois quatre double ducats
(Que j'eusse bien donne % pour sortir de sa pâte). Je Vescoute, et, durant que l'oreille il me flate, Le Bon Dieu sçait comment, à chas que fin de vers, Tout exprès je disois quelque mot de travers; Il poursuit nonobstant d'une fureur plus grande, Et ne cessa jamais qu'il n'eut fait sa légende.
Me voyant froidement ses œuvres advouer, Il les serre et se met luy mesme à se louer : Doncq, pour un Cavalier, n'est-ce pas quelque chose? Mais, Monsieur, n'ave^-vous jamais veu de ma prose? Moy de dire que si, tant je craignois qu'il eust Quelque procès verbal qu'entendre il mefallusi.
Encore dittes moy, en vostre conscience, Pour un qui n'a du tout acquis nulle science, Cecy n'est il pas rare? Il est vray, sur mafoy, Luy dis je souriant. Lors, se tournant vers moy, M'accolle à tour de bras, et, tout pétillant d'aise, Doux comme une espousée à la joue il me baise : Puis, me flattant l'espaule, il me fist librement L'honneur que d:aprouver mon petit jugement. Apres ceste carresse, il rentre de plus belle; Tantost il parle à Vun, tantost l'autre l'appelle; Tousjours nouveaux discours, et tant fut-il humain Que tousjours défaveur il me tint par la main, fay peur que sans celaj'ay l'ame si fragile Que le laissant du guet j' eusse peu faire gile ; Mais il me fui bien force, estant bien attaché, Que ma discrétion expiast mon péché.
Quel heur ce m'eust esté si, sortant de l'Eglise, Il m'eust conduit che\ luy, et, m'ostant la chemise, Ce beau valet à qui ce beau maistre parla M'eust donné Vanguilade et puis m'eust laissé là. Honorable défaite, heureuse eschapatoire ! Encores derechef me la fallut-il boire.
Il vint à reparler dessus le bruit qui court De la Royne, du Roy, des Princes, de la Court, Que Paris est bien grand, que le Pont-neuf s achevé. Si plus en paix qu'en guerre un Empire s'esleve ; Il vint à définir que c'estoit qu'amitié, Et tant d'autres vertus que c'en estoit pitié. Mais il ne définit, tant il estoit novice, Que l'indiscrétion est un si fascheux vice, Qu'il vaut bien mieux mourir de rage ou de regret Que de vivre à la gesne avec un indiscret.
Tandis que ses discours me donnoient la torture, Je sonde tous moyens pour voir si, d'avanture, Quelque bon accident eust peu m'en retirer Et m'empescher en fin de me désespérer.
Voyant un Président, je luy parle d'affaire ; S'il avoit des procès, qu'il estoit nécessaire D'estre tousjours après ces Messieurs bonneter, Qu'il ne laissast pour moy de les soliciter; Quant à luy, qu'il estoit homme d'intelligence, Qui sçavoit comme on perd son bien par négligence; Où marche l'interest, qu'il faut ouvrir les yeux. Ha! non, Monsieur, dit-il, j'aymerois beaucoup mieux
Perdre tout ce que j'ay que vostre compagnie.
Et se mist aussi tost sur la cérémonie.
Moy qui n'ayme à debatre en ces fadeses là,
Un temps sans luy parler ma langue vacila.
En fin je me remets sur les cageolleries,
Luy dis comme le Roy estoit aux Tuilleries,
Ce qu'au Louvre on disoit qu'il feroit ce jourd'huy ;
Qu'il devroit se tenir tousjours auprès de luy.
Dieu sçait combien alors il me dist de sottises.
Parlant de ses hauts faits et de ses vaillantises,
Qu'il avoit tant servy, tant fait la faction,
Et n' avoit cependant aucune pension;
Mais qu'il se consoloit en ce qu'au moins l'Histoire,
Comme on fait son travail, ne desroboit sa gloire.
Et s'y met si avant que je creu que mes jours
Dévoient plustost finir que non pas son discours.
Mais comme Dieu voulut, après tant de demeures, L'orloge du Palais vint àfraper un^e heures, Et luy qui pour la souppe avoit l'esprit subtil: A quelle heure, Monsieur, vostre oncle disne-t-il? Lors bien peu s'enfalut, sans plus longtemps atendre, Que de rage au gibet je ne m' allasse pendre : Encor l'eussé-je fait, s1 estant désespéré; Mais je croy que le Ciel, contre moy conjuré. Voulut que s^accomplist ceste avanture mienne, Que me dis, jeune enfant, une Bohémienne.
Ny la peste, la faim, la verolle, la tous, La fièvre, les venins, les larrons, ny les lous.
Ne tueront cestuy-cy; mais V importun langage
D'un fâcheux : qu'il s'en garde estant grand, s'il est sage.
Comme il continuoit ceste vieille chanson, Voicy venir quelqu'un d'asse^ pauvre façon. Il se porte au devant, luy parle, le cageolle; Mais cest autre à la fin se monta de parole : Monsieur, c'est trop long temps,- tout ce que vous voudrez : Voicy l'Arrest signé. Non, Monsieur, vous viendrez; Quand vous sere% dedans, vous fer e^ à partie. Et moy, qui cependant n'estois de la partie, f esquive doucement et m'en vais à grand pas, La queue en loup qui fuit et les yeux contre bas, Le cœur sautant dejoye et triste d'aparence. Depuis, aux bons S er gens j'ay porté révérence, Comme à des gens d'honneur par qui le Ciel voulut Que je receusse un jour le bien de mon salut.
Mais, craignant d'encourir vers toy le mesme vice Que je blasme en autruy, je suis à ton service, Et prie Dieu qu'il nous garde, en ce bas monde iry, De faim, d'un importun, de froid et de soucy.