PREFACE. IX
Desportes mourut en 1606, et, pour tout héritage, laissa à son neveu un peu plus de 2,000 livres sur l'abbaye des Vaus de Cernay. Henri IV confirma ce legs et gagna par cette faveur l'amitié du poëte, qui lui manifesta dans ses vers sa reconnaissance et son dévouement.
Il n'y a plus que deux ou trois dates dans sa vie : la publication de ses œuvres, dont le privilège lui fut accordé le 23 avril 1608, et sa promotion à un canonicat de la cathédrale de Chartres. M. Lucien Merlet, archiviste du département d'Eure-et-Loir et auteur d'une fort intéressante notice sur Régnier, a relevé sur le registre des professions de foi des chanoines de Chartres les lignes suivantes, qui fournissent presque le seul autographe du poëte :
« Moi, Mathurin Rénier, chanoine de Chartres, je jure et « professe tout ce qui est contenu dans la profession de foi « de l'église de Chartres. Fait à Chartres, l'année du Sei- « gneur, le 3o juillet 1609. M. Rénier. »
Le rapprochement de ces deux dates prouve suffisamment qu'aucun scandale ne s'était produit par la mise en vente des poésies, et montre comme l'esprit du temps s'accommodait de la licence des images et de la crudité des expressions. Les pièces les plus scabreuses, il est vrai, ne furent pas publiées dès le premier jour ; mais il ne semble pas que l'édition de 161 3, qui succéda à d'autres encore incomplètes, ait plus ému les contemporains que la première ne l'avait fait.
Régnier avait rapporté d'Italie les germes de la maladie qui devait le conduire à une mort prématurée. Il ne nous