‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 10 sur 69 · LXXXIV DU VITALISME MIMIQUE · texte numérisé non relu

LXXXIV DU VITALISME MIMIQUE

et immortelle ; il distingue en elle deux facultés générales qu’il nomme, l’une corporelle et l’autre incorporelle^, et assigne à chacune des fonctions spéciales : « Per animum ,

» seu corporeum spiritum, honno sentit, concupiscit, lœtatur, »irascitur, alitur, augetur : quineliam per eum actiones » aggreditur çonvenienter ei quod mens ( spiritus incorpo- » reus ) cogi tarit et conceperit 1 . »

«L’esprit commande et la chair o.béit» , a dit Tertullien 2 . «Or, comme toute matière inférieure participe aux qualités » de ce qui est au-dessus , de même la substance corporelle «participe à la vertu de la substance spirituelle, d’autant «plus que celle-ci peut aisément , à cause de sa subtilité, « pénétrer et animer celle-là. — Nous ne sommes hommes » que par notre âme, sans elle nous ne sommes rien , et, une » fois l’âme séparée , ce qui reste n’est plus qu’un cadavre.... » La nature de l’âme est de sentir,... il n’y a pas de sens sans » âme, et, pour m’exprimer plus fortement, le sens est l’âme » de l’âme 3. — L’âme , par sa présence dans le corps , le fait » participer à l’excellence de sa nature. N’est- ce pas, en effet, » par le ministère de la chair que l’âme jouit de tous les dons » de la nature, de tout cè que le monde a de richesses, etc,? » N’est-ce pas par elle quelle se sert de tout cet appareil des » sens naturels , de la vue , de l’ouïe , du goût, de l’odorat et «de l’attouchement? N’ëst-ce pas par elle quelle produit «des effets d’une puissance toute divine?... La chair donc, «en tant quelle prête son ministère et son service à l’âme, «est appelée à la ppssession de ses biens, etc;4 »... Nous ne nous étendrons pas davantage sur les textes sans nombre fournis par Tertullien à l’appui de la doctrine du monodynamisme ; mais nous tenions à ne pas laisser passer ce nom

1 Strom., lib. VI.

? Trait, du Bapt. , IV.

3 Trait, de la eh. de J. -G., XII.

4 Trait, de la Résur. de la chair, Vil.

ÉTUDES GÉNÉRALES. LXXXV

respectable sâhs le mettre en scène, attendu que bien des physiologistes du double dynamisme n’oht pas craint de soutenir que Tertullien , comme bien d’autres Pères de l’Église , et S. Paul lui-même , partageaient des idées favorables à f existence d’un principe dé vie séparé de l’âme.

Tertullien est explicite. L’homme n’est tel que par son âme; sans elle, son corps de limon n’est que pourriture, et ce limon , par la présence de l’âme, est converti en chair vivanté1. Pour ce qui est de S. Augustin, de S. Grégoire de Nyssé , nous prouverons aussi que ces deux célèbres docteurs de l’Église, profondément versés en anthropologie, ônt tous , mais tous sans exception , professé la doctrine du Vitalisme animiqüe, c’est-à-dire de la puissance réelle et immédiate de l’âme ( vilaliter agens, comme le dit Stahl ) sur le corps.

Ôrigène. Ce grand et profond philosophe, ce génie extraordinaire de l’Église primitive (considéré en dehors de son opinion sur la préexistence des âmes) admet, comme chose positive , que l’âme humaine a été unie à un corps organique ( pour se purifier , selon Origène , et laver la tache du péché); mais mille part, dans les écrits que j’en ai lus , je n’ai vu la moindre trace d’une force , puissance ou substance intermédiaire entre le corps et l’esprit

L’historien Lactànce est aussi explicite que les Pères de l’Église à cet égard; il dit , en effet2 3 : « Non est idem mens » et anima; almd est enim quo vimmûs, aliud quo cogilamus ; » animam autem hümanam constituant lié duœ facultates .» Ensuite il ajoute 3 : « Anima non estaër ore conceptus, quia » multô prias gignitur anima , quàm concipi aër ôre possit. » Non enim post partum insinuatur in corpus, ut quibusdam » philosophé ( nempe stoicis) videtur, sed post conceptum

1 Trait, de lâ Résur. de la chair, VII.

2 Div. inst., chap. 9, et ailleurs.

3 De opif chap. 17.

DU VITALISME ANIMIQUE

»protinùs, cùm fœtum in utero nécessitas divina formant. »

11 est donc impossible maintenant de douter de l’orthodoxie de Lactance en matière de vitalisme, bien qu il irait pas directement traité ces matières ; toujours est-il qu’aucun de ses écrits ne porte la trace d’un double dynamisme dans l’homme.

Némésius enseignait comme Saccas , le fondateur de l’École Alexandrine, que « l’âme c’est la vie » ; et puis il ajoutait i : « Ce n’est point le corps qui commande à l’âme, c’est » l’âme, au contraire, qui commande au corps. Elle n’est pas » dans le corps comme dans un vase ou dans une outre, c est » plutôt le corps qui est en elle1 2 3 . » Némésius appartenait donc aussi à l’École spiritualiste du monodynamisme. - ^

Le très-excellent archevêque deCésarée , S. Basile, surnommé le Grand , nous fournit les exemples les plus concluants en faveur du monodynamisme humain, et ses paroles sont d’un poids considérable. Le saint docteur dit, en effet, en parlant de l’homme: «C’est par les lumières de la raison que nous sommes l’image de Dieu , et c’est par les affections du cœur que nous devons lui ressembler » Il dit ensuite ailleurs: « Animai humants duplex vis inest.... Duplicem » enim ego arbitrer vim esse animœ , cùm ipsa ma et eadem » existât, alleram corpus ammantem , alteram verô rerum » speculatricem , quam etiam raiionalem nominamus 4 5 . — » Anima admirabili modo ad corpus coîligatur... perpende, » quomodô corpus quidem vitam ab anima recipiat , anima «verô dolores à corporel» Il dit enfin: *Jam verô proptereà » quod conjuncta est corpori anima , ei suaptènaturâ ob eam » conjunciionem , non autem voluntate , facultalem imper-

1 Voy Bouillet, Enn. trad., T. I, p. xcvi.

2 Ibid., p. xcvn.

3 S. Basile, App. de slruct. hom.; éd. Coign,, T. I Paris 1721

4 Ibid., T. II, p. 541 , e.

5 Ibid., p. 23 , b.

ÉTUDES GÉNÉRALES. LXXXV1I

» titur 1 .» Les textes de S. Basile sont d’autant plus précieux, qu’ils portent en eux une déclaration expresse en dehors du pouvoir réel de l’âme sur le corps , savoir : que l’acte vital exercé par l’âme n’est pas sous l’empire direct de la volonté, c’est-à-dire qu’il est inconscient.

S. Grégoire de Nazianze , ami intime et compatriote de S. Basile, partagea les mêmes opinions que ce dernier sur l’homme et sa nature : l’âme présidait à tous les actes intellectuels et vitaux. Je crois donc inutile de m’arrêter à la vérification de ses écrits à ce sujet.

S. Ambroise , l’illustre et saint évêque de Milan , se prononceaussi ouvertementpourle monodynamisme, et distingue dans l’âme deux facultés ou puissances primordiales, l’une intellective , l’autre vitale : « Anima nostra iïigspYiç est , hoc » est , bipertita et nationale habens et i nationale 2 . » Puis il ajoute : « In eo autern quod est irrationale* sensus sunt : ergà » cognali sunt partis rationalis, hoc est , mentis 3 . » Mais voici qui est encore plus explicite et en même temps plus probant : « Non ergà sanguis anima ( ut Critias dixit ) , » quia carnis est sanguis ; neque harmonia ( ut Philolaüs ), » quia et liujusmodi harmonia carnis est ; neque aër ( ut » Anaxagoras), quia aliud est flatilis spiritus, aliud anima; » neque ignis est anima ( ut Parmenid.es et Hipparcus ) ; » neque èvxüiyv.c/. fut Àristoteles voluit) , sed anima est » vivens (Genes. 27) quia facto s est Adam in animam » viventem ; eo quod insensibile a tqueexanime corpus anima » vivificet et gubernet 4. » Les autres traités de S. Ambroise que nous avons sous les yeux , pullulent de textes de plus en plus riches ; mais nous nous bornerons à dire , en terminant ici nos citations de ce savant Père de l’Église , que sa pensée

1 Ibid., p. 542, a.

2 S. Ambr. oper., édit. Coign. Paris, 1686, de Abrah., lib. Il, p. 283, 4 c. , cap. 2.

3 Ibid., cap. 1, p. 314, a. 2.

1 Ibid., p. 357. 4.

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