‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 12 sur 69 · CX1X · texte numérisé non relu

CX1X

long cette question dans un commentaire spécial » , nous dirons ici , en ce qui concerne la pureté de ses dogmes en anthropologie , que Gassendi , accusé de sensualisme et de matérialisme par les adversaires des doctrines catholiques, professait des opinions en tout conformes à celles de l’Église. M. Mandon, dans une thèse pour le doctorat ès-lettres, s’est largement acquitté de cette tâche au point de vue philosophique et théologique. Notre commentaire XCVIII est entièrement consacré à prouver que Gassendi (bien que faisant une large part aux sens) appartient à l’École de l’Animisme anthropologique et de l’unité du principe intelligent, sentant et mouvant. Disons seulement, pour confirmer notre thèse, que les objections que Gassendi oppose à Descartes sur l’âme, sa nature et ses attributions , prouvent sans réplique que ce philosophe a enseigné que « l'âme humaine est le principe interne par lequel l’homme vit, se meut et entend ». »

Le Vitalisme animique compte encore dans son sein Cardan, Bruno , Baillou , J. Vanini, Libavius et Guill. Harvey, ainsi que beaucoup d’autres médecins éminents qui ont vécu dans les XVIe et XVIIe siècles , mais dont on a souvent dénaturé et mal interprété la pensée.

Arrive enfin Descartes, ce génie transcendant qui vient clore d’une manière si honorable cette longue suite de médecins et de philosophes 3 .

Descartes , dans la méthode qu’il adopta , avait besoin de bien déterminer les bases sur lesquelles il devait faire reposer la certitude. En conséquence de ces principes, il ne reconnut d abord dans l’homme que deux substances : l’esprit ou âme pensante et consciente (le moi), et la matière organisée soumise à des lois mécaniques invariables et indépendantes , soit de l’âme, soit de tout autre agent.

1 Yoy. T. VIII , Comment. XCVIII.

* v°y- Descartes, tvad. J. Simon; 5e object., p. 269, etc.

Descartes, né en lô96-, est mor en 1667.

DU VITALISME ANIMIQUE

Il confondit donc : 1° lame avec le moi, c’est-à-dire les phénomènes de conscience avec ceux qui sont en dehors de celle-ci ; 2° le corps mixte avec le corps vivant,... 3° l’orga, nisme avec le mécanisme. Dans l’état, Descartes limita beaucoup trop l’activité et la puissance de l’âme, en la reléguant dans la glande pinéale, et donna beaucoup trop de prérogatives à la matière , en lui attribuant la faculté de vivre et de sentir indépendamment de tout principe supérieur. Cette nouvelle théorie confirma de plus fort l’opinion des esprits vitaux et animaux , qui , de simples corps subtils , intangibles , invisibles , mais instruments directs de lame , furent regardés comme de véritables agents capables de sensibilité et de mouvement. L’adoption d’un pareil système ne vint que de l’hypothèse erronée de l’impossibilité de l’action et de la réaction de l’âme sur le corps, et vice versâ. - ,

Descartes se contenta néanmoins des esprits animaux , c’est-à-dire de ceux qui circulaient dans les filaments nerveux et qui correspondaient tous au centre commun , le cerveau , où Descartes avait logé l’àrne. Néanmoins , peu à peu ces esprits animaux jouèrent le rôle des anciens esprits naturels et vitaux , et l’on voit même aujourd’hui des physiologistes professer ces idées. Quelques propositions tirées du texte reproduiront beaucoup mieux la pensée du maître. Descartes dit 1 : « Dieu forma le corps du premier homme » semblable à l’un des nôtres , sans mettre en lui au commen- » cernent aucune âme raisonnable , ni aucune autre Ghose «pour y servir d’âme végétante ou sensitive, sinon qu’il » excita en son cœur un de ces feux sans lumière , de même » nature que celui qui échauffe le foin lorsqu’on l’a enfermé » avant qu’il ne fût sec , ou qui fait bouillir les vins nouveaux «lorsqu on les laisse cuver sur la râpe; car, examinant les » fonctions qui pouvaient en suite de cela être en ce corps ,

1 Descartes, Disc, de laméthod., p. 31; édit. J. Simon, trad. 1855.

ÉTUDES GÉNÉRALES

„ j’y trouvai exactement toutes celles qui peuvent être en » nous sans que nous y pensions , ni par conséquent que notre » âme , cest-à-dire cette partie distincte du corps , dont la «nature n’est que de penser, y contribue, et qui sonHoutes «les mêmes; en quoi on peut dire que les animaux sans » raison nous ressemblent. » Pour ce qui est des fonctions du corps humain , Descartes les réduisait toutes aux phénomènes mathématiques de la statique , de l’hydraulique et de la physique en général . Cette doctrine engendra un grand schisme médical , et donna naissance aux diverses écoles matérialistes qui ont inondé les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Pour ce philosophe, tout est passif dans les sensations , ainsi que dans les sentiments de faim, de douleur, de soif, etc. 1

« Cependant » , dit-il plus loin , « je sens que mon âme » n’est pas simplement logée dans le corps ainsi qu’un pilote en » son navire ; outre cela, elle (le moi) lui est conjointement , » très -étroitement unie, et se trouve tellement confondue » et mêlée avec lui , que nous ne faisons ensemble qu’un seul » et même tout.... Les sentiments de faim et de soif ne sont » donc autre chose que de certaines façons confuses de penser, » qui proviennent et dépendent de l’union comme du mélange » de l’esprit avec le corps 2 . » La contradiction devient on ne peut plus flagrante ; et si Descartes eût bien voulu pousser la chose un peu plus loin, il se serait aisément aperçu qu’à cause même de ce mélange intime de l’esprit avec le corps , d ne peut së faire autrement que tout soit actif dans l’économie animale, et que c’est l’âme (non consciente) qui exerce et produit ( non par sa pensée et sa volonté réfléchie) tous les phénomènes tant moraux que vitaux et animaux qui

s’y passent.

Descartes dit en parlant du mouvement 3 : « Ce n’est pas

Page 1