‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 13 sur 69 · CX.XII · texte numérisé non relu

CX.XII

Dü VITALISME ANIMIQUE.

» l’esprit (ou l’âme) qui meut immédiatement les membres » extérieurs , mais seulement il peut déterminer le cours de » cette liqueur fort subtile qu’on nomme les esprits animaux.

» ...Il en est de même des autres mouvements organiques » qui se font sans que nous y pensions , ainsi que du marcher,

» du chanter, etc. » Or, c’est ici où l’erreur se montre dune manière manifeste. Quoi ! l’âme, répandue dans tout le corps (bien qu’ailleurs il la relègue dans un point du cerveau) et mêlée aux molécules organiques , ne peut mouvoir les organes à cause que l’esprit ne saurait agir sur la matière , et vous enseignez que l’action de cette âme s’exerce directement sur les esprits animaux ! Mais quelle est donc la nature de ces derniers ? Et prenez- bien garde que , s’ils sont immatériels, vous admettez (contre votre hypothèse) deux principes immatériels dans l’homme , et s’ils sont matériels , ils ne peuvent avoir aucun rapport avec l’âme , malgré leur état de subtilité problématique et non avérée. La théorie des esprits animaux ne sert donc qu’à compliquer la question et à faire naître l’incertitude , le scepticisme et l’erreur dans la question qui nous occupe. Car enfin , le rôle que vous faites jouer à ces esprits ( matière ), présuppose chez eux un instinct , ou du moins une action fatalement soumise à des lois prises en dehors de l’organisation 1 .

Disons, en terminant, que Descartes, en déclarant que les esprits animaux sont une sorte de sécrétion du sang artériel qui se rend au cerveau 2, c’est-à-dire une séparation des parties les plus subtiles du reste de la crâse du sang , Descartes avoue que « ces esprits ne sont que des corps», et, partant, pure matière; ce qui détruit toute sa théorie,

1 Le philosophe Gassendi a adressé sur ce point des objections fort sérieuses à Descartes, et je n’ai trouvé les réponses de ce dernier aucunement concluantes, surtout en ce qui concerne les actes de non-conscience, et fort bien accomplis par le moi pendant la vie intra-utérine, dans le sommeil, dans la léthargie, et en bien d’autres circonstances de la vie humaine.

2 Pass. de l’âme, p. 528. •

ÉTUDES GÉNÉRALES

plaçant l’homme entier dans le moi , et tombant dans le matérialisme le plus grossier en attribuant à la matière la puissance de s’organiser, de sentir et d’agir.

X. Temps modernes. — L'époque que nous venons de parcourir est des plus mémorables dans l’histoire de la science et de la médecine. Elle a vu , en effet , paraître sur la scène les hommes les plus éminents qui aient illustré la France , l’Angleterre , l’Italie , l’Espagne et l’Allemagne au XVe et au XVIe siècle, et même durant la moitié du XVIIe. Dans cette période de près de trois siècles , nous avons vu surgir des hommes de science et de génie , dont ies uns , guidés par la foi , la science et la raison , ont transmis à la postérité les dogmes que l’antiquité et le moyen-âge leur avaient légués , et dont les autres , voulant tout soumettre à la lumière de leur propre raison et secouant trop hardiment le joug de la Tradition , en ont méconnu les bienfaits.

Que si Bacon eût mieux connu Hippocrate , Aristote et les Pères de l’Église , et si Descartes n’eût pas mis une barrière prèsque insurmontable entre l’esprit et la matière organisée , entre l’âme et le corps , ils auraient l’un et l’autre rendu des services autrement précieux à la philosophie et à la médecine ; car aujourd’hui , malgré la révolution faite dans les esprits par ces deux puissantes intelligences , le XIXe siècle se sent porté , par un attrait presque irrésistible, vers les idées de l’Hippocratisme , de l’Aristotélisme et du Thomisme.

Les doctrines que nous allons avoir à vérifier dans ce paragraphe , ne sont en général que la conséquence des idées philosophiques de Bacon et de Descartes : c’est une sorte de revue historique des luttes incessantes et curieuses qui eurent lieu, pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, entre la raison absolue et l’expérience raisonnée des faits, entre le Spiritualisme pur et le Matérialisme sous toutes ses formes ,

GXXIV DU VITALISME ANIMIQUE

et desquelles rejaillira , comme un phare étincelant sur la mer orageuse des systèmes , l’auguste vérité , de la bouche du grand et immortel Stahl , la plus illustre personhification des saines doctrines chrétiennes et philosophiques appliquées à la science de l’homme.

La première moitié du XVIIe siècle fut presque entièrement entraînée dans le Cartésianisme. Bacon, peu connu à cette époque, même en Angleterre, ne pouvait opposer une digue à ce torrent envahisseur; et, si ce n’eût été quelques hommes qui surent résister à cette funeste influence, l’Europe entière aurait été subjuguée par le Mécanicisme , l’Iatrochimisme , le Matérialisme et le Panthéisme.

Les principaux promoteurs des théories cartésiennes furent Borelly , chef de l’école iatromathématique (à Naples) , et Spinosa, chef de l’école panthéiste (en Hollande). Ceux-ci trouvèrent en France et en Angleterre de nombreux échos parmi les médecins; et l’art de guérir serait infailliblement tombé au pouvoir des sectes dissidentes , si quelques hommes courageux de l’École de Montpellier, et presque toutes les Universités d’Allemagne , n’eussent conservé , malgré de nombreuses agitations, le dépôt sacré des doctrines hippocratiques.

Les philosophes et les médecins qui résistèrent avec le plus de courage et de gloire à ce dangereux envahissement, furent le P. Sénault, qui attribue d’une manière explicite à l’âme humaine la triple faculté de penser (faculté angélique), de sentir (faculté animale) et de présider à la formation , à l’accroissement et à la conservation du corps (faculté végétative)1; le P. Fabry, qui professait à peu près la même doctrine, un peu altérée néanmoins par le Cartésianisme , surtout au point de vue de l’âme des bêtes 2 ;

1 Voy. son livre De l’usage des passions, dédié à Richelieu.

2 Voy. De plant, el gener. animal. 1666.

ÉTUDES GÉNÉRALES

Suarez , dont nous avons déjà parlé par anticipation ; le grand Bossuet, dont on a eu tort de comparer la doctrine anthropologique a celle de Descartes , attendu qu’en admettant \’âme des bêles, l’illustre évêque de Meaux se séparait de la théorie cartésienne et rentrait dans la doctrine animiste, car Bossuet n’a jamais parlé de principe vital , force intermédiaire entre le corps et l’âme ; R. Cudworth , qui , moins explicite que le P. Sénault et mettant toute l’âme dans le moi (comme Descartes), fut forcé d’admettre, pour expliquer les phénomènes organiques, une certaine force plastique de nature équivoque et indéterminée , n’agissant pas automatiquement , mais simplement d’une manière sympathique, magique et fatale.... C’est un pas du Cartésianisme vers le Vitalisme animique ; c’est là , de plus , une protestation énergique contre le Matérialisme de l’époque ; mais c’est aussi une étrange complication introduite dans la physiologie et la philosophie anthropologique. Car, enfin , à quoi bon multiplier ainsi les forces et admettre comme intermédiaire entre le corps et l’âme une puissance inutile , je dirai même superflue, alors surtout que l’expérimentation des faits nous démontre que cette force doit nécessairement être d’une nature incorporelle, immatérielle, et, partant, bien connue de tous? C’est dans Cudworth que Barthez paraît avoir rencontré les éléments de son système du double dynamisme , bien que les réticences du Chancelier de Montpellier mettent en évidence l’incertitude de son scepticisme.

Le P. Maignan, Nicole et Arnault le Janséniste , quoique professant des idées différentes et fort vagues à quelques égards, combattirent contre le Mécanicisme et le Matérialisme. Si le Vitalisme animique n’est pas autorisé à les compter parmi ses défenseurs, on peut dire néanmoins qu’ils ne s éloignaient pas de cette théorie , dont ils ne firent pas, du reste, une étude spéciale.

Le célèbre professeur d’anatomie de l’université d’Oxford,

CXXVI DU VITALISME ANIMIQUE

Willis , disciple fervent et direct de Gassendi , admet dans l’homme une âme intelligente , pensante et libre , chargée de donner aussi la vie au corps par sa présence , et opérant tout en lui, mais par l’intermédiaire de l’âme corporelle, instrument immédiat de l’âme raisonnable: « Super » hoc , cum doctiss. Gassendo, dicendum arbitror, animæ » rationalis subjectum immediatum esse animam corpoream,

» cujus ilia, cùm actus , perfeclio , complementum et forma » exist.it etiam per ipsam, anima rationalis corporis humani » forma et actus efficitur 1 . » Mais Willis se sépare du Vitalisme monodynamique , lorsqu’il dit, d’une part, que Urne corporelle , petite flamme matérielle et divisible transmise par les parents dans l’acte générateur, est douée d’une certaine faculté de connaître qu’il appelle phantasia, seuimaginatio 2 3 ; et que , d’autre part , il attribue à cette âme le pouvoir de coopérer aux sensations avec l’âme raisonnable s. Mais comme l’âme raisonnable n’avait aucun instrument pour accomplir les actes animaux , c’est-à-dire moteurs , Willis avait admis, comme Descartes , les esprits animaux , qui, logés au cerveau et dans toutes les ramifications nerveuses, -étaient les fidèles messagers de l’âme pensante. Ces esprits animaux sont , d’après cet ingénieux auteur, d’une nature spiritueuse et non spirituelle: c’est une vapeur subtile, une émanation directe de la partie la plus subtile et volatile du sang, etc.... Une pareille doctrine, bien que tenant du Spiritualisme par quelques points , est trop près du Matérialisme pour que nous nous exposions à nous l’assimiler. Disons seulement que s’il est regrettable que Willis soit si obscur et si mystique parfois, nous devons lui rendre justice pour le mérite avec lequel il a étudié la question de 1 ’arne

1 Willis, Anim. brut cum ration, comparât, cap. Vil, p. 61. — Ope*1 omnia. 1680.

2 Loc. cit., p. 57.

3 Ibid., p. 60.

ÉTUDES GENERALES

CXXVÎI

des bêtes; traité sur lequel nous nous proposons de revenir plus amplement dans un travail spécial.

Sydenham, entièrement adonné à la pratique médicale ainsi que l’ont fait plus tard Baglivi et Baillou, n’a pas pris une assez large part aux questions théoriques, pour que nous puissions voir nettement à quelle école ce grand médecin appartenait; néanmoins nous pouvons dire que Sydenham, Hippocratiste , c’est-à-dire profond observateur , regardait la nature (ensemble des lois établies dans le corps par le Créateur) comme la cause , l’agent spécial de tous les actes organiques; seulement, il soutenait que la volonté de Dieu est la cause motrice de nos organes, etc. , et tombait ainsi dans le système de Malebranche *. A ces idées il mêlait l’opinion de l’éxistence des esprits animaux , seuls intermédiaires enire l’âme et le corps; il est allé même jusqu’à dire que « la force de l’âme dépend principalement des esprits, etc. 2 » Mais il accorde, d’autre part, à l’âme une puissance très-grande sur l’organisme.

Disons donc, en nous résumant, que ces trois grands représentants de l’art médical , absorbés par les soucis d’une carrière où ils ont largement cueilli les lauriers de la renommée , ont eu pour guide la méthode philosophique expérimentale et rationnelle, et qu’ils ont toujours su se tenir à l’abri des utopies matérialistes imaginées par les mécaniciens, les chimistes et les physiciens de leur siècle. Quoi qu’il en soit, une conduite aussi honorable indique la prédilection toute particulière , de la part de ces hommes si éminents, pour les doctrines vitalistes épurées de toute conception matérialiste.

Mathias de Llera, digne successeur de G. Bravo - Sobremonte-Ramirez , aussi bon chrétien (bien qu’il ne fût pas membre de la Sainte Inquisition) et plus versé dans les

1 Sydenh. , Mèd. praliq., trad. de Jault , p. 104.

Ibid. , p. 489.

CXXVIII DU VITALISME AN1MIQUE

sciences médicales que le fameux F. Vallès dont nous parlerons bientôt ; Mathias de Liera, disons-nous, savant commentateur de Galien , reconnaît que l’âme raisonnable ( animus ou anima rationalis ) est l’acte du corps physique et organique de l’homme : « Anima rationalis est actus corporis » physici et organici. » Mais comme c’est l’âme en fonction de vitalité ( natura ou calor nativus ) qui construit et anime le corps, il dit, comme S. Thomas , que l’âme raisonnable vient après , c’est-à-dire vers le trente-cinquième jour, ou , physiologiquement parlant, lorsque l’appareil nerveux cérébro-rachidien a une forme et peut servir d’instrument». Le savant de Liera professait , du reste , la même doctrine que les RR. PP. Ant.-Enric del Vayo et F. Mich.-Loys de Argueta, G.-R. de Sorremonte-Ramirez , Mich. de Halva, Fr.-Henr. de Villa-Costa et J.-B. Carniena, ses amis et collègues , etc.

Spinosa, avons- nous déjà dit , contribua pour beaucoup à établir le Matérialisme dans les écoles médicales; sa théorie consiste à n’admettre qu’une seule substance , principe unique à forme double. Le chef de l’École panthéiste moderne regardait Dieu comme un être pensant , éternel et infini, mais doué d’étendue: de là, la confusion inévitable de l’esprit avec la matière : « Anima est idea corporis ; corpus verô est objectum animæ 1 2. » Telles sont les opinions de Spinosa sur l’homme; mais il dit aussi que tout ici-bas possède une âme, et qu’il n’y a aucun être qui n’ait son idée en Dieu. Pour lui, le corps est un effet de l’âme: jusque-là , l’erreur n’est évidente qu’en ce qui regarde l’étendue comme attribut divin ; mais ce qui montre le côté dangereux de la doctrine de ce philosophe , c’est que lame a aussi l’étendue en partage et n’est qu’un mode de cette

1 Yoy. D. Math, de Liera, Gomment. Galen., in-fol., p. 13, 132, 2U, 228, etc. 1674.

2 Ethic. prop. 21, 23.

ÉTUDES GÉNÉRALES

substance unique , et que , par son union étroite avec le corps, son instrument direct, il n’y a plus de distinction possible, attendu que l’âme ne peut, selon lui, rien imaginer, rien faire dans son intellect sans le corps, qui n’est, à son tour, qu’une partie de l’infinie étendue de Dieu. Qui plus est , l’âme ne peut rien accomplir dans ce corps quelle produit: «Sibi faciens instrumenta vi nativà» , sans l’intervention de l’âme universelle , qui agit continuellement sur elle. Ce système , tout au plus digne des Écoles Indienne et Chinoise de Patandjali ou de Confucius, est la source du panthéisme moderne et inaugure le fatalisme le plus aveugle. Il est une conséquence directe du Cartésianisme mal interprété ; il tient le milieu entre ce dernier et le Malebranchisme. Toute théorie médicale basée sur de pareils principes serait subversive et en flagrant délit contre le bon sens et la science.

Je ne vois donc pas comment M. le professeur Lordat a pu se croire autorisé , dans bien des circonstances , à jeter à la face des médecins qui partagent les convictions du monodynamisme Stahlien , l'épithète tant soit peu grâcieuse de Matérialistes et de Spinosistes r. C’est là un fait bien étrange, surtout de la part d’un homme aussi remarquable que le savant Professeur de physiologie. Nous avons tout lieu d’espérer aujourd’hui que , connaissant beaucoup mieux la doo trine du Professeur de Halle, on ne l’assimilera désormais plus aux utopies Spinosistes et au langage incongru des Matérialistes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles .

Le P. Malebranche, Cartésien par conviction, admit avec son maître les esprits animaux comme seul moyen de rapport direct entre l’âme et le corps, dans l’exécution des mouvements "volontaires. Mais pour ce qui est des actions vitales et organiques , il enseigna quelles s’accomplissent en

1 Lordat, ouv. cit. ; introd.. p. ex et ailleurs.

cxxx DU VITALISME AN1MIQ.UE.

vertu d’une action incessante ou continue de la puissance divine. Par cette hypothèse , il a détruit toute influence réciproque et réelle de l’âme sur le corps et du corps sur l'âme ; il a créé le système des muses occasionnelles. .Ces deux premières erreurs firent tomber ce grand métaphysicien dans une troisième , bien plus grave encore , celle de l 'optimisme; système non moins exagéré qu’inconséquent.

Leibnitz, esprit aussi vaste que profond et original, voulut trouver un moyen terme pour résoudre la question de X alliance; mais , Baconien en ce qui regarde l’autorité de l’expérience, et Cartésien pour ce qui est de la séparation absolue de l’âme avec le corps , le philosophe allemand ne donna point une solution satisfaisante au problème de la vie. Nous ne saurions trop nous étendre sur ses opinions, sans anticiper sur ce que nous en dirons , à propos de sa polémique avec Stalil , dans notre tome VI , exclusivement réservé au compte-rendu de ce monument historique de la philosophie médicale. Quelques mots seulement pour ne pas être incomplet :

Leibnitz , comme on le sait déjà , avait créé le système delà frionadologie (reproduction infidèle des trois facultés végétative , sensitive et intellective des anciens) , dans lequel il admet trois espèces de monades , auxquelles il donne aussi le nom à’ âmes, d’entéléchies ou formes primitives , de formes substantielles ou de substances simples 1 . Les premières , douées de perception simple , sans sensation ni aperception , ce sont les monades ou particules indivisibles corporelles ; les autres , avec perception suivie de sensation, mais sans conscience ou aperception, c’est l’âme en fonction de vie corporelle, c’est l’âme bestiale de toute espèce. (Les animaux spermatiques, suivant ce philosophe , possèdent chacun une âme sensitive, et ce sont ces mêmes

Voy. Leibnitz (Théod.), part, ///, 396 : Ess. sur la bonté de Dieu.

ÉTUDES GÉNÉRALES

âmes sensitives qui , après la conception vraie , sont élevées au rang d âmes pensantes ‘ .) Les dernières enfin, qu’il nomme monades primitives ou monades des monades, ayant l’aperception en partage , ce sont les âmes humaines proprement dites. Or, qui ne voit là-dedans une sorte de reproduction de la théorie de Platon, d’Aristote et de S. Thomas, défigurée et profondément altérée ? Mais ce qui rend la conception physiologique de Leibnitz complètement inadmissible , c’est que tant sa théorie des monades que celle de l’harmonie préétablie sont remplies d’hypothèses et détruisent la liberté individuelle , attendu que l’action et la réaction réciproque de l’âme sur le corps et du corps sur l’âme est forcée... Qu’y a-t-il de plus étrange , par exemple , que la supposition de la préexistence de tous les germes dans nos premiers parents, celle de la direction de l’économie par la monade primitive agissant, suivant des lois établies èt invariables, sur les monades de second ordre qu’il nomme forces actives ; lesquelles, à leur tour, dirigent les monades de troisième ordre , simples forces originelles et fondamentales, mais purement corporelles , bien qu’ayant le don de la perception simple ? Cette théorie est presque un double dynamisme , mais si obscur qu’on ne peut réellement en conclure rien de positif en faveur de qui que ce soit : c’est là ce que nous verrons bientôt. Sa doctrine sur les protoplastes de chaque espèce , sur la préexistence des âmes dans la semence et sur leur transmission par la génération , est des plus incompréhensibles 2 .

Les vieilles traditions s’en allaient ; la foi et la science , remplacées par le scepticisme et détrônées par la raison , s étaient enfuies dans les monastères et dans quelques âmes pieuses qui leur avaient ouvert un sanctuaire impénétrable

Monadologie. 82. — Mieux vaut cent fois la théorie de Van-Helmont.

Leibnitz (Théod.), La cause de Dieu, 81.

CXXXII DU VITALISME ANIMIQUE

aux hardies conceptions d’un siècle indocile à son déclin et qui allait voir éclore l’époque la plus honteuse de l'humanité ; époque dont l’histoire n’a tracé qu’en frémissant les tristes et lamentables pages ,

La science de l’homme surtout avait eu ses écarts et ses révolutions comme les empires et le Christianisme ; les systèmes que l’esprit humain avait engendrés dans ses égarements rongeaient la société médicale ébranlée jusqu’en ses bases. La chimie, devenue aussi superstitieuse que l’astrologie, aussi absolue que le mensonge, aussi envahissante que l’esprit de révolte et d’insubordination, absorbait de toute part l’École, et, de concert avec ses sœurs, la physique et la mécanique, elle voulait renverser la théorie médicale et détruire l’observation raisonnée des faits , ainsi que leur explication à l’aide de la vraie méthode philosophique. Tout n’était plus désormais dans l’homme qu’un jeu naturel et mécanique de solides et de liquides chimiquement composés et mathématiquement arrangés pour l’exécution de phénomènes d’un ordre purement physique.

Les noms d’Hippocrate et de Galien n’étaient plus respectés que par un petit nombre , et les dogmes de la vieille École de Cos étaient remplacés dans la science par un langage de carrefour tout au plus intelligible aux alchimistes et aux physiciens. L’art médical se bornait à quelques formules banales et d’apparat ; la médecine n’était plus cette science large , féconde et homogène , embrassant tout , connaissant tout , s’adressant à tous : dans son divorce avec la philosophie, elle s’était affaiblie , et, au lieu de cette doctrine spiritualiste et vivifiante que le divin Vieillard avait léguée à ses disciples , l’anthropologie médicale n’était plus qu un naturisme isolé sans méthode, un navire sans boussole, que des pilotes trop timides ne savaient plus gouverner. Comme le dit si bien notre savant collaborateur M. le professeur Boyer, « la médecine était un arbre sans racines,

ÉTUDES GÉNÉRALES

.vivant d’une vie éphémère et ne portant plus de fruits. » Aussi , sous le souffle puissant du mécanicisme et du chimisme, dèt arbre ébranlé Se penchait de plus en plus vers » le sol , et le moment était venu où sa chute inévitable «allait se consommer ‘ ; » si Dieu , qui veille sur la vérité scientifique comme sur toute vérité , n’eût suscité un de ces hommes privilégiés qui , ainsi que l’écrit Cabanis , sont destinés à régénérer le monde.

Stahl paraît, et, philosophe profond , il rend à la science de l’homme sa vraie méthode; médecin éminent, il rétablit les dogmes Hippocratiques sur leurs bases naturelles et légitimes; architecte ingénieux, il réconstruit l’édifice qui s’écroule; habile nautonnier, il saisit hardiment le timon; sous sa puissante main , la mer orageuse des systèmes apaise ses flots , la tempête se dissipe et la vague docile dirige triomphalement vers le port le vaisseau qui porte dans son sein le salut des peuples.... L’arbre antique replonge ses racines dans les profondeurs du sol , son tronc redressé relève fièrement ses rameaux naguère desséchés par le vent de l’erreur, une fécondité jusqu’alors inconnue les couvre des fruits les plus délectables.

Stahl , esprit rénovateur et créateur , renverse d’un seul coup les utopies de son siècle et prépare ainsi aux générations futures une ère de gloire et de progrès indéfinis. Méconnaître plus long-temps la grandeur de cette œuvre de régénération eût été pour l’humanité une faute incalculable dans ses fâcheux résultats.

Depuis tantôt un siècle et demi que la doctrine du Vitalisme est venue ranimer la science médicale et la ramener aux temps de sa splendeur primitive, le nom de Stahl a fait tressaillir plus d’un cœur, rallumé plus d’une intelligence éteinte au contact des doctrines matérialistes ; il n’est pas

VoV‘ “otreT. II, Réflex. du prof* Boyer, p. 121.

CXXXIV DU VITAltSME ANIMIQtE.

même un philosophe, un médecin, un savant qui n’ait salué avec joie l’heureuse rénovation opérée par ce génie extra* ordinaire.

Quelle est donc l’œuvre si grande accomplie par le Professeur de Halle? En quoi consiste sa doctrine médicophilosophique? C’est là ce que nous allons mettre sous' les yeux du lecteur avec toute l’impartialité dont nous sommes capable. Notre admiration pour la pensée du Maître ne saurait nous faire dévier du chemin de la vérité. Nous serons exact, minutieux et véridique dans nos recherches et dans nos appréciations ; d’ailleurs , la pensée de Stahl ne peut que gagner à être mise au grand jour, et c’est avec raison que ce professeur avait pris pour devise : « Illo (sole) splendente levabor » : c’est lorsque la lumière de la science et delà raison aura -éclairé les siècles , que ma doctrine sera exaltée et

dignement appréciée . De cette étude doit résulter, en

effet , le triomphe du Spiritualisme médical , la glorification de la doctrine du Vitalisme animique enseignée par Hippocrate et épurée au creuset de la philosophie chrétienne, de l’expérience et de la raison.

Depuis que la doctrine du Vitalisme spiritualiste a paru sur la scène du monde médical, rien ne lui a manqué, l’éloge comme le blâme, mais l’un et l’autre avec un excès démesuré. La chose la plus significative en cette affaire, c’est qu’il n’y a guère plus aujourd’hui que les matérialistes et certains esprits prévenus qui se refusent à faire bon accueil à l’apparition nouvelle de cette grande doctrine. De tous côtés, savants, philosophes, littérateurs et vitalistes sont jaloux de pouvoir juger par eux-mêmes de là valeur des travaux de Stahl ; tâchons d’en faire une revue consciencieuse , au double point de vue philosophique et physiologique.

Ce qu ont dit du Professeur de Halle les admirateurs de sa théorie médico-philosophique, pourrait suffire sans doute

ÉTUDES GÉNÉRALES

exxxv

pour le juger d’une manière générale , et l’on pourrait croire qa’il reste peu à dire après les travaux de M. E.-C. Lasègue et de M. le professeur A. Lemoine. Mais, pour porter sut le Stahlianisme un jugement bien assis, il convient d’entrer dans bien des détails omis par ces deux écrivains ; il faut surtout accompagner une semblable étude de considérations philosophiques et de documents historiques pouvant seuls élucider la question jusqu’en ses profondeurs.

Stahl , élève de Wedel et de Crause , qui enseignaient à Iéna la doctrine Hippocratique un peu altérée par la conception Helmontienne ; Stahl sentit, bien jeune encore, l’imperfection d’un pareil dogme, et s’efforça de le purifier en le soumettant à toutes les rigueurs d’une étude approfondie des anciens et des modernes. Hippocrate devint principalement pour lui le sujet de méditations journalières^ si bien que de bonne heure il en avait commenté les plus riches écrits 1 .

A. Doctrine générale de Stahl. — Ainsi que l’a dit fort bien M. Lemoine, « la clef de la doctrine de Stahl , le » secret de sa force et de sa vérité , sont dans la méthode «qui a présidé à sa construction 2. » C’est là ce qui caractérise les hautes conceptions et les grands génies. Hippocrate , Platon, Aristote, Bacon et Descartes n’avaient pas opéré différemment, et, à l’exemple de ces rares intelligences dont il connaissait la sublimité et les erreurs, Stahl , dont la mission

f Voy. Stahl , Program. quo vindièi; Theor. ver. medic. à surfl. aîien., etc. Halle, 1694. — De syrterg. naturœ. 1695. — De àuloerat. natur. 1696. — De kistor. med. praelicâ. 1698 (dans ce travail il cite cinquante auteurs de premier o-rdre dont il vérifie les opinions). — De morbis contumadbus. 1698.

— De œstimàt. part. et lœsîôn. 1698. — De ctbstin et nâm. cafn. 1698. — De empeitiâ. 1699. — De xXktifxyup. 1700. — Arislot. error. cire, définit, natur. 1700. — De fade morb. îndic. 1700. — De differentià Myob et Aoytafftoû. 1701. — De vint', œgror. 1703'. — flgpt fvâeôç àüaidiûxo-o. 1103.

— De empen. ration. 1703. — De philos&ph. Hippocrat. — De ineurab. affect. 1705. — De arte longâ. 1705, etc., et une masse d’autres traités que nous aurons l’occasion de citer dans le cours de notre publication.

2 roy. M. A. Lemoine, Stahl et l’Animisme, p. 32.

CXXXVI DU VITALISME ANIMIQUE

était de renverser l’erreur et de proclamer le règne de la vérité expérimentale, s’était créé une méthode philosophique, guide indispensable de tout réformateur sensé. Pour lui} la vérité n’était pas tout entière dans Hippocrate païen , et son but, en démontrant la spiritualité de l’âme ainsi que son autocratie sur le corps , était d’allier la tradition religieuse avec l’histoire philosophique et médicale. Parfois il a erré à son tour, et , malgré ses bonnes intentions ) il a laissé bien des questions à élucider : mais il a ouvert la marche, il a tracé la voie , il a indiqué la méthode à suivre ; à nous maintenant de bien comprendre sa pensée , de la redresser, de la perfectionner et même de la compléter.

Le Mysticisme , le Matérialisme et le Philosophisme avaient alors envahi le domaine de la science ; qu’y a-t-il donc d’étonnant que, pour repousser des ennemis aussi redoutables, Stahl ait exagéré sa pensée et ne l’ait pas toujours rendue nettement? Jamais on ne pourra néanmoins lui reprocher d’avoir dévié de ses principes, et cest toujours à la clarté de l’expérience, de la raison et de la foi, qu’il a lutté contre les utopies de son siècle. ,

Stahl , collègue et rival de F. Hoffmann , avait d’autres armes à lui opposer que le vague d’une abstraction; et, tout en reconnaissant l’obscurité, de son langage, je dois aussi repousser toute imputation de mysticisme , que bien des auteurs et M. Lemoine » lui-même lui reprochent, surtout vers la fin de sa vie; car ce fut à cette époque mémorable de son existence qu’il a écrit cinq livres , chefsd’œuvre de pensée , de tact médical , de verve et de méthode . Ce sont : 1 0 son Negolium otiosum , seu schiamü w chia,e te., dans lequel brillent l’esprit et l’assurance du savant convaincu de la vérité qu’il avance et soutient : c’est son triomphe sur Leibnitz ; 2° son Collegium casuale, fonds

» Voy. M. Lemoine, Stahlet l’Animisme, p. 27.

ÉTUDES GÉNÉRALES

inépuisable de richesses cliniques, qui, dans les détails, ne trouve de pareil que dans les œuvres du Vieillard de Cos, et qui , par ses vues générales, surpasse tout ce que les anciens et les modernes ont fait en ce genre ; 3° son Ars sanandi , œuvre de fine et solide critique contre Gédéon Harvée , et contre ceux qui lui reprochaient et lui reprochent encore sans le connaître , de demeurer les bras croisés devant le malade , laissant le soin de la guérison à la nature ou âme vivante ; 4,0 Son fameux traité : De hœmorrhoïdibus , adressé sous forme épistolaire à son élève le professeur Michel Alberti ; 50 enfin , ses Fmdamenta chymiœ dogmalicœ et experimentalis, ouvrage fécond en enseignements, et dont l’idée dogmatique a subjugué , ainsi que ledit Fourcroy, la science pendant plus de cinquante années.

Ce qu’il y a de certain et de conforme à la vérité , c’est que l’Université médicale de Halle avait deux catégories d'auditeurs : 1° ceux qui étaient particulièrement portés vers les sciences naturelles et physiques ; 2° ceux , au contraire , qui, outre ce goût inhérent à quiconque étudie la médecine , aimaient à nourrir leur âme et à retremper leur esprit dans des enseignements élevés : ceux-ci étaient admirateurs du génie de Stahl ; ceux-là se plaisaient à entendre la parole agréable et douce du savant mécanicien Hoffmann. On ne pourrait néanmoins reprocher sans injustice à Stahl d’avoir partagé les erreurs de Paracelse et de Van-Helmont ; car, plus conséquent que Bacon et ses devanciers, il repoussait la théorie des archées et des esprits vitaux ; il répudiait surtout la pensée de Descartes touchant l’absolue séparation de l’âme et du corps , bien que résidant l’un en l’autre , et n’admettait pas les esprits animaux. M. Barthélemy Saint-Hilaire a pensé peut-être avec raison que le Professeur de Halle a puisé sa doctrine dans Aristote ; mais ce que personne n’a vu encore, cest que Stahl doit toute sa pensée médicale et philosophique à Hippocrate, qui lui-même a été le maître d’Aristote.

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Oui , Stahl et Aristote sont en parfaite communion d’idées • ■ mais il serait injuste de borner la conception Stahlienne à là pensée d’Aristote. Depuis le philosophe de Stagyre, bien des systèmes avaient envahi la science , et la philosophie chrétienne avait illuminé le monde de ses rayons bienfaisants. Le seul et unique secret de Stahl est tout dans l’alliance sage , raisonnée et expérimentale , de la science avec la raison et la foi ; car, s’il semble parfois avoir subi l’influence des idées de Bacon et de DésCa’rîes, de Paracelse et de Van-Helmont, ce n’est que pour réagir contre elles ; il voulait consolider l’édifice médical qui s’écroulait : certes , il a noblement atteint son but.

Ainsi que le dit M. Lemoine (p. 32) : « L’œuvre de Stahl »est le résultat de l’expérience et de l’induction. » Oui, Stahl a été un observateur patient, et ce ne fut que lorsqu’il eut contrôlé dans tous leurs détails et un à un tous les phénomènes de la machine humaine , qu’il conclut et parvint insensiblement à déterminer quel en est l’agent. L’hypothèse fut pour lui une chose contre laquelle il lutta durant toute son existence , et lorsqu’il disait à ses élèves de chercher à savoir : « Non quod fieri debeat , sed quod fieri soleat » , il leur indiquait par ces paroles que l’observation seule des faits doit les guider dans l’appréciation des actes de la nature humaine.

L’idée fixe de son esprit fut la vie, qu’il s’efforça continuellement de bien distinguer de tout ce qui n’est pas elle. Puis, étudiant sérieusement l’agrégat matériel , il découvrit, comme l’avaient déjà fait Hippocrate , Platon et Galien , que la matière , bien qu’organisée , n’a la vie qu’en puissance , et que la force qui préside à tous les mouvements de la ma* chine devait être nécessairement une cause active, une, égoïste , possédant elle-même la sensibilité et le mouvement. Admettre comme principe de cette vie une force de nature inconnue était pour lui chose impossible, attendu que, p°ur

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donner la vie et le mouvement à un corps, il faut préalablement jouir soi-même de pareilles prérogatives. Son étude des forces générales de la nature universelle et dés forces individuelles dans les êtres organiques lui fit donc naître dans son esprit, non une hypothèse , mais une idée vraie, lorsqu’il professé que le végétal n’a qu’une simple force plastique nécessaire à sa vie dé nutrition ; que l’animal jouit d’un principe supérieur qu’il appelle, avec Aristote et S. Thomas, âme sensitive et appétitive ; et que l’homme , le plus parfait de tous les êtres terrestres, à Une âme intelligente et libre, capable d’exécüter aussi tous les actes nécessaires à la formation du corps, à son accroissement et à sa conservation, c’est-à-dire à la vie.

Stahl n’a jamais dit que c’est l’âme pensante , c'est-à-dire en fonction d’intelligence, qui exécute les fonctions vitales ét organiques ; non, car toujours et partout il distingue si bien 1 ’ anima de ïanimus , qu’il appelle la première simplement âme, principe vital ou nature (comme Barthez), ét qu’il donne au Second le nom déâme pensante et consciente, d’esprit, de moi. Mais il n’en fait pas deux substances différentes : ce sont pour lui , comme pour Hippocrate , Platon , Aristote, Galien , Cicéron , S. Paul , S. Augustin, S. Thomas, J.‘C. Scaliger, Vallériola , Du Laurens, etc., deux facultés, deux états , deux modes différents de l’âme. C’est ainsi qu’il dévient le chef de l’École vitaliste du monodynamisme , cest-à-dire le créateur de l’Animisme médical : je dis créateur, car, bien qu’avant Stahl il y eût eu des Animistes, cette doctrine n’avait jamais été appliquée à l’art médical.

Ainsi donc , en deux mots , pour Stahl , l’âme , esprit de ne et d’entendement , est une substance spirituelle , immortelle , créée à l’image de Dieu et chargée de la double fonction mtellectuelle et vitale. L’âme pense, veut, compare, réfléchit par son moi conscient ; elle veille aux actes organiques et vitaux en vertu de sa puissance vitale dirigée par le moi

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inconscient. «C’est là une doctrine forte, homogène, complète môme, comme le dit encore le savant M. Lemoine poussant de tous côtés des conséquences rigoureuses et ingénieuses , recevant les applications les plus diverses et les plus particulières , répondant , suffisant à tout , à la pratique comme à la théorie , à la pathologie , à la thérapeutique comme à la physiologie , à la psychologie et à la métaphysique comme à la médecine 1 . »

B. Doctrine physiologique et philosophique de Stahl. —r Bien que Stahl, ainsi qu’il l’exprime lui -même au début de son traité : De differentià lôyoù et ïoyinyà'j, éprouvât une certaine répugnance à s’occuper de subtilités raétai physiques, il ne craignait pas parfois d’aborder les plus grandes difficultés. C’est ainsi que dans ce petit opuscule il démontre quelle est là différence qu'il y a entre la raison Çk6y oc,) et le raisonnement (loyia^oq) , c'est-à-dire entre les actions vitales et animales exécutées chez l’homme au moyen et en vertu de ces deux facultés de l’âme. Son but est principalement d’éclairer une question importante de

Dans le cours de cet intéressant travail , il dit : « Pour ce qui est de la vie, il est notoire que l’âme en est le principe et l’administre avec une méthode , dans une proportion et en vue d’une fin telles , quelles paraissent évidemment être en tout point parfaitement réglées et sciemment subordonnées d’après une droite raison (Xfyo'ç , simple connaissance); toutefois , il ne faudrait pas croire que ces actes exercés conformément à la raison, soient effectués par cette raison, et encore moins qu’ils soient la raison elle-même. Ces actes sont éminemment différents de ceux provenant du raisonnement {loyus^oç,) , pris pour l’acte et l’exercice immédiat et dernier de la raison , c’est-à-dire pour la faculté 1 Lemoine , Stahl et l’Animisme, p. 35 et 36.

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simple et absolue de raisonner. Les objets sur lesquels porte le Xoyoç, sont du domaine interne et organique; ceux, au contraire, sur lesquels s’exerce le loyiaplq ou le raisonnement, sont hors de nous. Néanmoins, nous disons et nous répétons que , dans l’exercice de ces diverses fonctions , l’âme humaine est toujours une , identique et unique agent 1 . »

On le voit , Stahl attaque franchement la question et n’établit pas son système sur des hypothèses ; il est d’accord avec les traditions Mosaïques ; il est d’accord avec Hippocrate , Platon et Aristote ; il est d’accord avec tous les Pères de l’Église et tous les Spiritualistes , médecins et philosophes arabes et du moyen-âge. Voyons si dans les détails il conserve son harmonie dogmatique.

Dans son idée d’âme vitale ( anima vitaliter agens j, Stahl comprend toutes les hypothèses d ’ether, de caiidum innatum ( termes employés par le Père de la médecine pour exprimer le principe de vie en fonction corporelle); A’ esprits vitaux , & esprits animaux, de blas , A’ archée, de monade, de principe vital, de force vitale (en tant que distincts de l’âme et du corps); de propriétés vitales, de sensibilité, d’ irritabilité , de contractilité (considérées comme causes de la vie organique); et il arrive d’un seul coup à l’explication du phénomène complexe de la vie et de l’intelligence. Stahl a ainsi résolu le problème posé plus tard et d’une manière surérogatoire par Barthez lui-même. C’est au nom de l’expérience et de la raison qu’il a découvert que l’on doit rapporter à un seul et même principe tous les phénomènes de la personne humaine , tant les faits intelligents , conscients et libres (l âme-moi ) , que les faits animaux , vitaux et simplement organiques (V âme-non-moi ou en fonction de vitalité).

Les uns, avons -nous déjà dit, exaltent Stahl outre

1 Stahl, De differentiâ \ôyov et Àoytçpoù. Halle, 1701.

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mesure , même ses adversaires ; les autres , n ayant jamais saisi sa pensée , le traitent 4’insensé , d’illuminé , de mystique , de matérialiste,, et l’assimilent à Spinosa , p Cabanis à Broussais, et, si l’on osait, à Épicure lui -même. Tâchons d’écarter toutes ces accusations, aussi fausses qu’invraisemblables. Quelques passages pris çà et là dans les divers écrits du médecin philosophe de Halle suffiront pour prouver quel est le peu de valeur des imputations qui lui ont été faites.

Après avoir dit, dans son traité Du mécanisme et de l’organisme, que l’âme humaine, être immatériel, existe dans le corps et avec le corps auquel elle donne la vie , le mouvement et la sensibilité, attendu quelle seule vit, meut et sent ‘, Stahl prouve ensuite que les sensations, qui tiennent le milieu entre les actes purs de l’intelligence et les actes organiques, ne peuvent avoir lieu sans une action réelle de l’âme pensante et sans l’intervention directe des sens 2 . C’est l’âme, dit-il encore, qui dirige les mouvements tant vitaux qu’animaux 3 ; mais sa véritable fonction c’est l’exercice de son entendement 4 . C’est à l’aide du mouvement que l’âme agit sur le corps et dans le corps; il ne doit jamais être séparé de l’agent ou moteur s. L’âme, enfin, est si bien liée au corps , que c’est elle qui le forme, le conserve, préside à son accroissement et veille à la réparation de ses parties, altérées 6. Stahl parle ensuite de la correspondance directe qu’il y a entre l’âme de la mère et celle de l’enfant ; mais jamais il n’a dit , ainsi que l’avance M. Lemoine à la page 81 de sa brochure, que «l’âme de la mère fabrique le germe... » L’âme 4e la mère exerce une grande influence sur celle de l’enfant , le fait est évident ; ainsi qu’on peut s’en assurer par 1 exemple des éphélides congéniales et par les innombrables variétés des effets produits par des impressions maternelles, à

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