‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 14 sur 69 · CELUI · texte numérisé non relu

CELUI

la suite desquelles il survient des phénomènes épigénésiques plus ou moins graves , parfois même incompréhensibles ».

Or ceci ne peut s’expliquer que par la réaction de l’âme de la mère sur celle de son fœtus; car, si l’âme, principe de vie et d’action dans le corps humain , cesse d’agir , tout est arrêté en lui 2 ; et c’est là la seule explication que l’on puisse donner raisonnablement des vices de conformation pendant la vie intrà- utérine. Tout mouvement spontané ou volontaire vient de lame , contrairement à ce que soutient Leibnitz, qui prétend que tout mouvement actuel est amené par le mouvement qui précède 3, Â l’objection que Leibnitz adressait à Stakl touchant le mouvement comme ne venant pas de l’âme et étant une simple affection du corps , Stahl répond : «Toute conception de mouvement dans le corps ou par le corps porte le trouble dans la conception réelle et propre de l’état d’une substance corporelle , par nature immobile et insensible ; et , quoi qu’il advienne , il ne peut se mouvoir que par une puissance qui lui est étrangère , ayant en soi la faculté de mouvoir : on ne peut concevoir , en outre , que le corps puisse posséder un état interne affectif et propre à le mouvoir, les lois physiques et mécaniques s’y opposent 4 . »

Stahl , afin de mieux démontrer que le mouvement est l’effet d’une cause motrice et active f autonome , reconnaît huit conditions nécessaires pour l’énergie motrice , et dit, en terminant ce § 21 , que e’est l’âme immortelle qui comprend, qui veut et qui imprime tous les mouvements dans le corps : c’est son droit, c’est là le double but qu’elle est chargée d’atteindre. Après avoir réfuté la théorie des monades, de l’énergie motrice de l’entéléchie et de l’harmonie préétablie , Stahl dit ailleurs : « D’après tous ces faits , l’âme possède et exerce elle-même la puissance d’agir sur le corps

1 Voy. Necj. otios. , § i , rép. 5 de Stahl à Leibnitz. — 2 Neg. otios , § 4 , rep. 2. 3 g jg — * § 21 , 6, 7.

CXLIV DU VITALISME ANIM1QUE

qu’elle anime , et de poursuivre ces mouvements avec ordre et proportion , avec connaissance et convenance vers un but réel et à venir, c’est-à-dire pour des fins quelle juge ou du moins quelle croit utiles à la conservation du corps ; d’où il est naturel de conclure qu’il est on ne peut plus absurde (ainsi que le veulent certaines gens) d’accorder à l’âme la puissance d’exécuter seulement les mouvements animaux et volontaires , et de lui refuser la direction et la coordination des mouvements vitaux 1 . »

A propos de la sensation , Stahl dit (§ 5) : « L’âme seule est sensible et peut percevoir les sensations ; mais la sensation peut avoir lieu sans qu’il y ait 'perception; il peut même y avoir impression organique sans que la sensation se fasse. » On le voit donc, Stahl n’est pas sensualiste, il est spiritualiste pur ; il sait faire la part des organes ; mais la seule cause naturelle de tout acte dans le corps, c’est toujours l’âme. Deux instruments , continue-t-il , sont indispensables pour la sensation : 1° l’objet sensible ; 2° l’élément nerveux ou l’organe sensoriel , chargé de transmettre l’impression au cerveau , organe immédiat de l’âme , pour se mettre en rapport avec les objets externes. En un mot , la sensibilité appartient seule à lame, et l’ébranlement de l’organe sensitif peut avoir lieu sans que l’impression arrive jusqu’à l’âme indifférente à ces sollicitations. Dans sa réplique à la cinquième fin de non-recevoir de Leibnitz, Stahl ajoute , en effet: « Lorsque l’âme ne prête pas. son attention, il n’y a que des perceptions confuses. » Au § 21 enfin, Stahl enseigne, contre Leibnitz,

qui finit par s’avouer vaincu ,« non -seulement que l’âme meut le corps et le fait vivre , mais encore qu’elle peut , en vertu d’un acte habituel et incessant , quelle doit même en diriger tous les mouvements vers des fins réelles et propres, parce que seule elle est intéressée à la conservation de ce

Aperçu sur les objections de Leibnits.

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corps qui lui appartient en propre , attendu qu’il lui a été donné ici-bas comme l’instrument direct propre à le mettre en rapport avec le monde extérieur; aussi est- ce pour cela que l’âme, puissance de vie et d’intelligence , est la cause efficiente de tous les 'mouvements animaux , vitaux et organiques , qui s’accomplissent dans le corps. » C’est ainsi que, empruntant un langage' poétique, il dit ailleurs : « La puissance intelleetive est Xœil droit de l’âme, et la puissance vitale en est 1 9 œil gauche 1 . *» noîî

Serait-il possible, après dès documents pris à si bonne source , dé laisser passer les injustes accusations de matérialisme que Leibnitz, tant d’autres, et notamment M. le docteur Garreau, ont dirigées contre Stahl ? Pour ce qui est de Leibnitz , qu’il nous suffise de dire que , vaincu dans sa polémique avec Stahl , son attaque tombe d’elle-même 2 . Quant à M. Garreau , nous dirons , avant tout , que la réfutation de ses accusations se trouve dans cette déclaration qu’il fait lui-même lorsqu’il dit : « Stahl est le père de l’Animisme. » Car, bien que nous n’acceptions pas cette assertion dans tout ce qu’elle renferme d’anachronisme philosophique, nous prenons acte de cêt aveu, et nous faisons ressortir la contradiction de ces paroles avec ce passage où M. Garreau écrit : « Stahl matérialise l’esprit 3. »

Avant Stahl , il y a eu des animistes ; il y a eu des philosophes et des médecins qui ont enseigné la doctrine du monodynamisme substantiel ; mais Stahl doit être appelé le créateur, le père du vrai vitalisme monodynamique dépouillé de toutes ces complications, de chaleur innée, de nature (mal comprise), de facultés végétative , sensitive , appétitive , irascible, concupiscible , d’esprits naturels, vitaux ou animaux, d’archées, de monades , d’entéléchies , de blas , etc. C’est lui

1 Voy. Stahl, Du sentiment de la nature, etc. , dissert, acad., 1106.

Voy. T. VI de notre traduction, Negot. otios.

* Voy. notre T. II, p. 320, 334, note 1.

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le premier qui , épurant le langage philosophique de l’École, a admis une âme toujours identique , immatérielle et possédant en elle deux puissances , à l’aide desquelles elle accomplit ses fonctions d’intellect pur et de raison par son moi conscient, ainsi que les fonctions animales , vitales et organiques, au moyen des parties corporelles, dont le mécanisme, primitivement établi par le Créateur, est si admirable de justesse , d’harmonie et de régularité , en vertu de lois immuables primitivement posées à cette matière organisée ne possédant la vie qu’en puissance.

Ni Hippocrate , ni Platon , ni Aristote , ni Galien , ni Sennert , ni Télésius, ni J.-C. Scaliger, ni Wammerdamm, ni Cl. Perrault, ni Wedel, ni Crause, ses maîtres, n’avaient professé la théorie du Vitalisme animique, telle que Stahl l’a donnée dans toute sa pureté. Cette doctrine, malgré les vives attaques dont elle a été l’objet depuis 150 ans, alors que presque aucun médecin ne la défendait ouvertement, a été néanmoins l’objet de profondes études de la part de quelques philosophes modernes et contemporains : aujourd’hui surtout , la philosophie , tendant à la médecine une main généreuse , semble se complaire à la défense du grand dogme du Spiritualisme médical, quelle résume dans la Doctrine Stahlienne, c’est-à-dire dans le Vitalisme animique. De ce nombre et au premier rang sont MM. Cousin , Franck et Lélut (de l’Institut), l’abbé Gratry, Jourdain, Tissot, Bouillier, Chauvet, Lemoine, Jeannel , etc. Les philosophes ont souvent reproché aux médecins de ne pas avoir assez de connaissances psychologiques ; les médecins, à leur tour, ont regardé comme intrus quiconque n’avait pas fait de sérieuses études médicales : c’était justice de toutes parts; mais aujourd hui , dans le rapprochement qui s’opère entre ces deux grandes sciences, les efforts redoubleront de chaque côté, et bientôt, tendant vers un même but, la médecine et la philosophie proclameront comme la seule vraie , la seule

ÉTUDES GÉNÉRALES. CXLVII

possible, la seule orthodoxe et d’accord avec toute raison expérimentale, la doctrine du Monodynamisme Stahlien.

Pour ce qui regarde les reproches adressés par M. Lemoine à Stahl , nous n’avons fait que les effleurer en leur temps , vu le peu de place que nous avons pu accorder à la critique de ce travail remarquable. Disons seulement, en passant, que l’honorable professeur de philosophie a trop légèrement jugé Stahl au point de vue philosophique , et qu’il n’a pas été juste envers lui dans ses considérations physiologiques. Nous reviendrons bientôt sur cette œuvre estimable.

Il serait presque inutile maintenant de répondre aux attaques dirigées contre le Professeur de Halle pour insinuer qu’il proscrivait de la médecine l’étude de l’anatomie, de la physique et de la chimie ; cependant , comme plusieurs hommes sérieux ont avancé et que d’autres ont souvent répété une semblable erreur, nous opposerons à ces fausses accusations la parole même du maître, si injustement calomnié.

« L’étude spéciale de la physique générale , dit Stahl , «renfermant X anatomie et même la physiologie humaines, » établit le fondement de la théorie médicale , et même de la » thérapeutique... Personne, du reste , à moins d’une témé- » rité poussée jusqu’à l’impudence , n’osera refuser à l’étude » de la physique les éloges et l’estime dont elle est digne , «ni rabaisser le prix des divers avantages qu’on en retire... » Ne serait-ce pas , d’ailleurs , une chose injuste et contraire » à la vérité , que de tourner en dérision et de flétrir comme '‘Une frivolité l’étude exacte et complète de l’anatomie? » Cette science révèle , en effet , des vérités que l 'ignorant » seul méprise .. . Mais ce qui fait vraiment le malheur de la » science , c’est que la plupart de ceux qui s’appliquent avec » tant de soin à des opérations chimiques , ignorent le plus * sou'ent les éléments de la science et ne méritent pas le » nom de chimistes 1 . »

‘ Ars sanandi, chap. 1 et 2, trad.

CXLVIII DU VITALISME ANIMIQUE

En parcourant une brochure de M. Girbal » , j’y ai lu Un titre assez étrange à la page 58, chap. 5 : Animisme de Stahl comparé au dualisme anthropologique de Platon, etc.

Il n’est pas juste , en effet , en matière médicale , d’appeler la doctrine de Stahl d’un autre nom que celui de Vitalisme animique ; il est encore plus incorrect et contraire à la vérité des faits de donner à penser que Platon était pour la dualité du dynamisme humain ( si ce n’est dans le sens que nous l’entendons nous-même) : ce que nous en avons dit prouve que cette proposition est pour le moins forcée , sinon prétentieuse. D’après un pareil titre les conséquences ne pouvaient qu’être erronées. Deux mots seulement à ce sujet : nous lisons à la page 59 : « Le Professeur de Halle attribue à l’ac- » tion de l’âme tous les phénomènes physiologiques et pathologiques ( Transeat J... Dans son système, le corps, c’est- » à-dire l’assemblage des organes , passif et inerte par lui- «même, n’est que l’instrument de l’âme. C’est elle qui le » forme, qui l’ entretient , qui le répare ; elle est la suprême «directrice de la santé et de la maladie... Cette opinion » n’est pas nouvelle. »

Cette période si courte contient en elle bien des contradictions , bien des erreurs , et prouve que son auteur ignore ce qui constitue réellement le caractère de l’École Stahlienne. Le grand Stahl n’avait pas un esprit assez étroit pour définir le corps humain un agrégat inerte, attendu qu’il est positif, au contraire, qu’il l’a défini « une machine mer- » veilleusement organisée dès le principe par le Souverain «Créateur, possédant la vie en puissance et douée des pro- » priétés physiques , chimiques et mécaniques , nécessaires » pour l’exécution de tous les mouvements de cette machine. » Tout est en puissance de vie dans le corps , et la présence seule de 1 ame suffit pour mettre eu jeu cet organisme non

1 Girbal, Étude méd. sur Plat, et Arist. , 1854.

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inerte, mais passif, c’est-à-dire n’agissant pas de lui-même, mais apte à supporter l’action d’un agent réel, supérieur à la matière organisée , et possédant en lui la vie qu’il est chargé de transmettre , de communiquer à cette matière.

« Ce corps n’est que l’instrument de l’âme » , dites-vous : certes oui, le corps n’est que l’instrument de lame, et parler autrement serait faire preuve d’ignorance, attendu que, depuis Hippocrate jusqu’à M. Lordat lui-même, le corps est l'organe, l’instrument immédiat de l’âme pensante. Platon, Aristote, Galien, S. Augustin, S. Thomas, Scaliger, Stahl , Barthez et toute l’École de Montpellier ne l’ont jamais entendu autrement... L’auteur n’admettrait-il pas, lui aussi, la définition Bonaldienne , qui revient toujours à celle-ci : « Corpus est ôpyâvov animœ » , grande et sublime pensée de tous les temps , de tous les siècles , de toutes les écoles spiritualistes? Mais ce n’est pas là où se trouve le malentendu, il est ailleurs... «Cette opinion n’est pas nouvelle », écrivez-vous enfin ; mais nous l’entendons bien de cette manière, et c’est là aussi ce qui fait la grandeur de la conception Stahlienne... Prenez donc garde, M. le Docteur, car c’est maintenant vous-même qui tombez dans une grossière erreur philosophique et physiologique.

Noblesse oblige, dit un vieil adage, et lorsqu’on compte comme Stahl parmi ses aïeux Moïse , Thalès, Pythagore, Socrate , Hippocrate , Platon , Aristote , Cicéron , Sénèque , Galien, S. Paul, S. Augustin, S. Grégoire et tous les plus illustres médecins philosophes du moyen-âge et des temps modernes, on sent dans ses veines un sang généreux qui pousse comme malgré soi à défendre l’héritage qu’ont légué quarante siècles de foi traditionnelle, de science et d’honneur. Stahl , héritier direct et légitime d’Hippocrate et d’Aristote , u a rien inventé de nouveau , il n’a fait que perfectionner; et §i nous avons dit qu’il a été rénovateur, créateur même , c’est

CL DU VITALISME ANIMIQUE

qu’il a exhumé de la poussière de l’oubli la parole du Père de la médecine, que des langues vénales avaient corrompue et altérée. Oui , la Doctrine Stahlienne n’est pas nouvelle, et c’est précisément parce quelle se rattache à tout ce qu’il y a de plus illustre dans la science médicale et philosophique, quelle doit occuper le premier rang. Ce qu’il y a pourtant de vraiment nouveau pour nous et d’inconnu jusqu’à Stahl , cest l’étude du principe en ses détails ; jusqu’à lui on n’avait fait que ramasser des matériaux épars. A lui seul le mérite d’avoir écarté des abords du sanctuaire tout ce qui pouvait en souiller la pureté ; à lui seul l’honneur d’avoir élevé un monument indestructible, contre lequel ne sauraient prévaloir les erreurs , les sarcasmes et les puérilités de ses détracteurs et adversaires !.. . M. Girbal n’est donc pas en droit de conclure contre la Doctrine Stahlienne, pas plus que quiconque ne l’a jamais étudiée. Ses textes sont trop vagues et ses preuves sont nulles : il a tort , en outre , de se permettre de critiquer M. Cousin , dans l’appréciation qu’il fait de Stahl en rapprochant sa conception de la pensée Platonicienne. M. Cousin a approfondi la question, et il est juge compétent en pareille matière : les adhésions qu’il a trouvées dans d’illustres collègues et philosophes prouvent d’ailleurs , mieux que tout raisonnement, que le grand philosophe est dans le vrai quand il apppelle Stahl le colosse médical de la Germanie , et que nous n’exagérons pas nous-même quand nous le nommons le rénovateur du vrai Spiritualisme anthropologique.

Nous verrons dans nos études pathologiques (Tom. IV) combien est féconde en enseignements la doctrine du monodynamisme. La pathologie de Stahl ne consiste pas en une exposition froide et sèche de symptômes et de causes morbides plus ou moins problématiques ; non , car à côté de 1 étude détaillée des causes prochaines et éloignées , générales et spéciales des affections morbides et des symptômes

ÉTUDES GÉNÉRALES

particuliers à chacune d’elles , le savant Professeur entre dans des appréciations scientifiques qui élèvent lame , tout en éclairant et satisfaisant l’esprit : il n’est point de doctrine aussi uniforme , aussi pure et aussi exacte que la sienne.

Pour qu’il ne reste plus aucun doute sur la pensée de Stahl touchant la distinction des facultés, tant vitales qu’intellectives et de raison pure , inhérentes à l’âme humaine , nous allons encore exposer aux yeux du lecteur son opinion personnelle à cet égard.

«Dans tout corps animal », dit-il au chapitre 2 de son traité De la sanguification , « il y a deux actes spéciaux à » distinguer : d’abord , celui de nutrition vitale ou de restau- ». ration successive des parties qui composent le tout : c’est en » vertu de cet acte vital que l’organisme vivant est conservé , » est maintenu en santé , et est rétabli dans son intégrité ; » deuxièmement , le mouvement local et la sensation , qui » complètent la raison formelle de l’animalité ; mais chez » l’homme se manifeste un troisième et dernier acte , exclu- » sivement réservé à lui seul , et en rapport direct avec son » origine , sa nature et sa destinée future : c’est l’intellect » et le perfectionnement progressif de la raison qui lui ont » été donnés en partage sur cette terre d’épreuves » . » Cet opuscule renferme les aperçus les plus remarquables au point de vue de la physiologie expérimentale et médicale ; nous en ferons une étude détaillée en son temps.

C’est donc par l’âme, et seulement par elle , que l’homme peut être dit vivant , intelligent et libre ; elle est le principe unique d’animation qu’il y ait dans notre corps. C’est l'âme seule qui agit dans , sur et par le corps ; c’est elle qui le dirige vers les objets extérieurs qui nous entourent ; c’est par elle que nous sentons les impressions venues du dehors ; cest elle qui éprouve les passions et fait de l’homme un être

Stahl, Dissert, médico-physiolog. de Sangui/icatione , cap 2, ad init.

CUI DU VITALISME ANIMIQUE

humain ;.... fin un mot, c est lame qui est en nous le priu« cipe d’action par excellence :

Plus notre esprit est fort , plus il faut qu’il agisse ; '

Il meurt dans le repos, il vit dans l’exercice :

C’est par les passions que l’homme est excité , > - ; i |

L’âme en tire sa force et son activité : . . , j

La raison que du Ciel nous eûmes en partage , .

Devient notre boussole au milieu de l’orage

De leurs combats divers résultent des accords, "a

Qui forment l’union et de l’âme et du corps L.\.i :v,

Stahl , le fondateur du Vitalisme moderne , n’a jamais professé que 1 ’ âme-moi connût toutes les parties qui composent l’organisme , quelle les mît en jeu sciemment et avec délibération. Il répète trop souvent dans ses écrits que 1 ’ anima, faculté vitale et vivifiante de l’âme, est distincte de 1 ’animus, faculté intellective et volontaire , pour qu’il soit possible de s’y méprendre ; il ne confond jamais l’une avec l’autre , et partout où le moi paraît , c’est 1 ’animus ou mens qui est mis en scène , tandis que là où il y a un acte vital et organique à remplir, c’est X anima, le principium vitale qui agit;.... c’est, en un mot, l’âme en acte vital.

Une grande objection que les Vitalistes du double dynamisme ont adressée à la doctrine du monodynamisme , c’est que l’âme , être simple , ne peut exercer dans le corps deux ordres de fonctions, attendu, disent-ils, que « cette simpli- » cité paraît impossible à concilier avec la multiplicité im- »mense de mouvements et de sentiments qui existent dans » l’homme à chaque instant de la vie , et avec les oppositions » que l’homme trouve trop souvent en lui-même entre les » volontés de son âme raisonnable et d’autres tendances sport' » tanées auxquelles il est déterminé * . »

De semblables objections sont- vraiment incroyables,

1 Pope, Essais sur l’homme, T. II, ép. 2, p. 107.

2 Barthez, Nouv, élém. de la science de l’homme , T. Il , p. 90, § 31

ÉTUDES GÉNÉRALES

après tout ce que nous venons de dire ; elles sont incompréhensibles , surtout lorsque c’est Barthez qui les formule , lui qui est si fréquemment en contradiction avec lui-même dans ses écrits : qu’on nous permette d’en citer ici quelques exemples.

L’opposition faite ci-dessus au pouvoir vivifiant et actif de l’âme sur le corps suppose nécessairement l’existence d’une autre cause , faculté ou principe , chargé de présider aux actes organiques ; sans quoi la matière aurait vie, sensibilité et mouvement en elle , ce que l’hypothèse Barthézienne doit rejeter avec raison. Or, nous allons voir le chef des Vitalistes modernes émettre les opinions les plus contraires et les plus contradictoires à ce sujet , et renier enfin le titre de réformateur qu’on lui octroie: le scepticisme ne pouvait conduire à un autre résultat... C’est ainsi qu’après avoir dit au commencement du chapitre 3 , et répété souvent ailleurs , qu’il considère le principe vital comme une simple abstraction , Barthez se contredit à chaque instant lorsqu’il écrit ensuite :

« Il peut y avoir dans -l’homme un principe de vie subsistant

» par lui-même et distinct de l’âme pensante 1 Les déter-

» minations du principe vital ne sont pas plus variables que » les volontés de l’âme 2 . . . . On ne peut s’empêcher d’ad- » mettre un principe sensible et moteur accomplissant dans » l’homme tous les mouvements vitaux s .... Le principe vital «peut produire dans le même organe des actes en sens «opposés *.... C’est le principe vital qui anime l’organisation » du corps s.... Quelle que soit la manière d’ exister du prin-

* clPe de la vie, il est très-vraisemblable qu’il a une existence

* distincte de celle du corps qu’il anime « . . . . Peu importe «quon attribue ou qu’on refuse une existence particulière

* et propre à cet être que j’appelle principe vital ? .... Il me

* parait essentiel de reconnaître un principe vital propre et

1 Barthez, § 37. p. 98. — 2 § 30. p. 88. — * § 29, P. «6. - * § 33, P- 93. 5 g 3Q) p |Q| etpassim. — 6 § 4-2 , p. 106. — 7 § P- 107.

DU VITALISME ANIMIQUE

» personnel ‘ . . L’unité du principe de la vie qui est répandu » dans le corps de l’animal , me semble donc pouvoir être bien «établie2..» Mais après avoir fait une pareille dépense de suppositions inhérentes à sa manière de philosopher, Barthez, moins conséquent que Stahl qui va toujours droit à la vérité, avoue, contrairement à ses principes , que «s’il est utile de » distinguer le principe vital de l’âme , ce n’est que relative- »ment: cette distinction est essentielle (en médecine) , soit » qu’on les regarde comme deux substances distinctes , soit » qu’on suppose qu’ils existent comme attributs d’une seule » et même substance , l’âme , si l’on veut 3 . . . » Après ces contradictions et cette concession , prouvant déjà l’incertitude de ses convictions , l’auteur ajoute dans ses notes à ce troisième chapitre : « On est allé au-delà des faits en » aftirmant que ce principe de vie a une existence propre et » individuelle... On ne peut pas dire que j’aie favorisé cette » opinion , car j’ai constamment manifesté mon scepticisme » absolu et invincible sur la nature essentielle du principe » vital de l’homme.... On m’a désigné comme le chef de la » secte des vitalistes ; mais il est infiniment loin de ma pensée » de vouloir faire une secte 4 . » Que penser d’un homme qui contredit à tout propos la pensée faisant l’unique base de son enseignement et toute la grandeur de son œuvre ? Que dire d’un savant qui se pose partout et à juste titre comme un grand réformateur, et qui , en face de la moindre opposition , biaise et renie son passé , je dirai même son présent?...

Contre l’homme nous n’avons rien à répondre , attendu qu’il a toutes nos sympathies ; mais contre le savant et sa théorie , nous ne pouvons qu’opposer une vive résistance , et déplorer que le XVIIIe siècle , avec son rationalisme et

1 Barthez, •§ 44, p. 108.— 2 § 45, P( 109.— 3 g 34, p. 94 et 95.

4 Ibid., T. II, p. 98 et 99.

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son indifférence , ait eu une si grande influence sur un génie médical aussi supérieur que celui de Barthez. Tant d’hésitation prouve que le chef de l’École vitaliste moderne n’était pas convaincu de la vérité de ce qu’il avançait ; et que le scepticisme, avec son doute absolu, n’a jamais fait un philosophe ni un chrétien sincère : c’est l’arme des esprits forts et des incrédules, gardons-nous bien d’en user. Notre XIXe siècle a soif de vérités , et si parfois il hésite à se prononcer , c’est parce qu’on ne parle qu’à sa faible raison et jamais à son cœur. La seule doctrine où les faits soient d’accord avec la foi , la raison et l’expérience , c’est la doctrine du Monopsychisme substantiel et de la Dualité de son Dynamisme animique; c’est le Vitalisme animique enfin;.... lui seul peut préparer à la science la conquête de l’avenir ! . . . .

Le généreux élan que la conception Stahlienne venait de donner aux sciences naturelles et à la philosophie médicale ,• en les retrempant dans la vraie méthode inductive expérimentale rationnelle ne fut point stérile , et la puissante voix du Professeur de Halte trouva en Europe de fidèles échos. Stahl avait renversé l’hydre, et 1e Matérialisme aux abois ne présentait plus aux regards des savants observateurs que des lambeaux épars d’une doctrine surannée. Depuis cette époque si mémorable , grâce au scepticisme cynique du Vieillard de Ferney, le sensualisme, l’incrédulité et l’irréligion s’efforceront en vain d’élever de nouvelles redoutes et d’armer leurs forts. La philosophie chrétienne a tout renversé de son bras formidable , et 1e XIXe siècle peut espérer de voir s’ouvrir devant lui cette ère de progrès et de science vraie , que la foi , d’accord avec la raison éclairée au flambeau de l’expérience , est enfin appelée à inaugurer au nom du Spiritualisme médical.

En Allemagne , tes Universités de Iéna , de Leipsig , de Wittemberg et de Halte , adoptèrent en grande majorité la

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théorie Stahlienne ; mais l’altération qu’apportèrent dans ses dogmes quelques-uns de ses élèves , jointe aux difficultés opposées par les opinions généralement répandues dans un siècle incrédule et matérialiste, contribuèrent pour beaucoup à diminuer le prestige de la gloire du maître. Néanmoins , quelques voix amies osèrent se faire entendre en faveur de l’Animisme , et les Écoles médicales de Paris , de Strasbourg et de Montpellier, eurent l’honneur de trouver dans leur sein des hommes assez courageux pour professer hautement la doctrine du Vitalisme animique. En dehors même du corps médical le plus intéressé en cette affaire , les XVIIe et XVIIIe siècles virent enfin d’illustres plumes prendre la défense de Stahl et de sa doctrine , si peu connue et si mal interprétée encore de nos jours.

Les plus redoutables adversaires du Stahlianisme furent dans la suite Martin Nagg et P. Bürgmann, qui, dans des ouvrages spéciaux , s’opposèrent violemment à la propagation de la doctrine spiritualiste de Stahl.

Mais l’homme qui a le plus ardemment lutté contre l’établissement de la doctrine de l’Animisme et son application à la théorie de la science de l’homme , fut , du vivant de Stahl, et dans la même Faculté, Fr. Hoffmann père, son ami et collègue en l’université de Halle. Celui-ci , dont les principaux élèves furent P. Wolff , Bassius, J.-F. Becker, Cassebohm , P. Boehmer et son propre Fils , s’occupa d’une manière toute particulière à répandre les doctrines Cartésiennes , de sorte que l’on entendait simultanément du haut de la même chaire retentir les discours éloquents et habiles du défenseur de l’Iatrochimisme et du Mécanicisme , et les mâles accents de l’inaugura te ur du Vitalisme animique moderne , écho fidèle de l’Hippocratisme , épuré au contact de la foi , de la philosophie expérimentale et de la raison scientifique. Vint ensuite Boerhaave, célèbre professeur hollandais , qui enseigna aussi des idées en faveur du Cartésia-

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