‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 16 sur 69 · CL VIII · texte numérisé non relu

CL VIII

DU VITALISME ANIMIQUE

dire néanmoins que dans ses traités De origine animce humanœ et De term. animat. fait, human. , il émet des idées très-sensées au milieu des licences métaphysiques qu’il se permet ; c’est ainsi qu’il dit dans ce dernier traité , g V et VI, p. 10 et 11 : « L’animation est le fait propre de » l’âme , qui est une substance, un principe , un être incor- » porel , immatériel, spirituel, raisonnable, vivifiant un » corps organico-mécanique et le rendant capable d’exécuter » des mouvements qui correspondent à leurs rapports mu- » tuels. »(§ V.) « Il n’y a en nous qu’me seule âme , dont » la vie végétative, sensitive et intellective sont des fonctions » propres... » Est-il vrai, dit-il ensuite, qu’ Aristote ait admis trois âmes, en parlant de ces trois fonctions ? « Certes » non ; c’est une absurdité que de le penser , attendu que » dans un seul et même corps il ne peut y avoir qu’une » seule et unique forme. Il ne faut donc pas confondre » la substance propre de l’âme avec ses diverses facultés ou » puissances. » (§ VI.)

Alberti , disons-nous , a fini par errer en s’écartant de la voie tracée par son illustre maître , et c’est surtout dans ses Nova paradoxa que, donnant un libre cours à son imagination , il tombe évidemment dans des conséquences où ne le conduisait pas la pensée de Stahl.

J. Juncker est, parmi les autres disciples de Stahl, celui qui a le mieux saisi l’enseignement du maître , et pourtant on l’inculpe d’avoir compromis quelquefois le Vitalisme animique. Ce qu’on lui reproche surtout, c’est d’avoir dit que l’âme raisonnable, intelligente et libre, peut agir sans conscience dans' le système vivant , « et faire cependant tout en prévision d’un but unique , la conservation du corps » ; chose difficile à concilier. Évidemment que s’il eût parlé ainsi, il aurait commis une erreur grossière mais involontaire , et à laquelle il lui était, du reste, bien difficile de se soustraire ,. alors que , pressé de toutes parts , il devait sans cesse invo-

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qiier les faits pour répondre aux objections : il avait mal interprété les phénomènes * .

Mais ce qu’il y a de bien positif, c’est que l’on trouve dans J. Juncker des documents extrêmement précieux qui doivent l’absoudre des fautes qu’il peut avoir commises. En voici quelques-uns, pris çà et là dans son traité de physiologie : « Vitœ causa efficiens est ipsum princi- »pium incorporeum , rationale , sèu anima humana,

» arctissimè cum corpore unita, ad vivifîcandum et con- » servandum illud à summo Creator e destinala 2 . . . » « Tune,

» hoc respectu , anima , quia mater est vitœ naturalis ,

» natura quoque appellari solet . Aristoteles nempe

» dixit : Quod natura sit principium motùs et quietis , in » quo sit primum per se et non per accidens 3 . » Mais J. Juncker critique sagement cette définition qui est incomplète.

« L’âme , dit Juncker , faite à l’image de Dieu est toute » vie , et c’est pour cette raison quelle doit être considérée » sous un triple rapport , suivant quelle a la faculté de se » mettre en rapport avec Dieu et tout ce qui appartient » à l’ordre surnaturel ; suivant qu’elle peut se réfléchir sur «elle -même et agir consciemment dans ses rapports avec » le monde extérieur , et suivant enfin quelle agit dans , »sur ou par le corps quelle anime ou vivifie 4. » L’âme , ajoute -t-il s, est l’agent moteur du corps sous dix points de vue principaux , et sa division est on ne peut plus d’accord avec les vrais principes philosophiques , physiologiques et médicaux.

Quelques physiologistes ayant accusé J. Juncker d’avoir pensé que les âmes sont propagées ex traduce et non créées

1 Hist. des scienc. natur., T. XI, p. 190.

2 Voy. Conspect. physiol. Halle, 1135, p. 118.

3 Ibid., p. 118.

4 Pag. 134, 136.

5 J. Juncker, loc. cit., p. 50 , 52.

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au moment de la conception vraie , il est de notre devoir de dire qu’il a malheureusement partagé cette opinion erronée lui venant de la doctrine Leibnitzienne , qui avait grande vogue à cette époque. Mais soyons juste en tout, et, pour atténuer cette accusation première lancée contre lui , disons qu’il a très-bien distingué les sensations et les faits ^intelligence raisonnée (hyurgoç), dont la connaissance est acquise à l’aide des sens , d’avec les faits de raison simple (Xoyoç), dont le sens vital est l’instrument direct.

Quoi qu’il en soit, au milieu des exagérations dont J. Juncker a entouré l’exposé de la doctrine Stahlienne , on découvre des éléments de vérités incontestables; et, en dehors de son opinion bizarre de la transmission des âmes par voie de génération, il émet des idées raisonnables, surtout en ce qui regarde la partie purement physiologique et véritablement médicale.

Ce n’est point ici le lieu de nous occuper des idées émises et débattues simultanément par les écoles sensualistes , idéalistes et rationalistes , des philosophes du XVIIe et du XVIIIe siècle qui ont le plus influé sur les doctrines médicales et les systèmes qui ont pris naissance à cette époque ; mais nous mentionnerons simplement , en passant , les noms de Voltaire, J. -J. Rousseau, Condillac, Helvétius, d’Holbach, Clarke, Berkeley, Hume, Reid et même Kant comme étant les plus grands représentants des diverses idées philosophiques qui aient exercé les plus fâcheuses influences sur la philosophie médicale moderne et contemporaine. Nous renvoyons donc le lecteur à notre Discours préliminaire du Tome Ier de notre publication , où rien n’est passé sous silence dans l’étude que nous y faisons de toutes les doctrines théologiques , philosophiques et médicales. Contentons-nous, pour le moment, d’examiner quels furent à cette époque les savants qui, en France, suivirent l’impulsion donnée par le célèbre Professeur de Halle.

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Paraît en première ligne le célèbre Nenter de Strasbourg , disciple modèle de Stahl , dont il n’a jamais en rien altéré, ni l’esprit ni la lettre. Son style, concis et clair, ajoute au mérite de cet auteur si précieux. C’est pourquoi il définit l’homme : « une créature composée d’un corps organique » et d’une âme raisonnable qui le pénètre , le forme et le » vivifie 1 . » « L’âme , dit-il après , est un esprit créé , intelligent , immortel , lié à un corps organique qu’il anime et vivifie par sa présence. — Le corps est une machine merveilleusement fabriquée par le Créateur , et composée de parties ou organes , instrument direct de l’âme raisonnable : lui seul est reproduit par voie de génération 2 . — La nutrition est un acte vital qui, à l’aide d’aliments convenablement élaborés , porte dans toutes les parties du corps (au moyen des artères ) les sucs nourriciers capables d’entretenir et de faire accroître les organes 3 . — L’appétit est un stimulant naturel qui nous pousse à chercher la nourriture ou ce qui peut nous plaire. — On appelle vie la conservation du corps à l’abri de la corruption organique , à l’aide de mouvements convenables , de l’excrétion des choses inutiles , et de l’assimilation des choses utiles à l’harmonie des fonctions : c’est ce dernier résultat qu’on nomme santé 4. — On doit entendre par sensation le résultat d’une commotion faite sur l’âme à la suite d’une impression organique interne ou externe , à l’aide des divers appareils nerveux ganglionnaire et cérébro-

spinal . Il y a quatre sens internes : le sens commun,

l’ imagination, la mémoire et le sens vital; les sens externes sont : la vue , 1 ’ouie , X odorat , le goût et le tact 5 . » Nenter entend par mouvement volontaire celui qui s’exécute sous l’influence directe de la volonté ; il le distingue du mouvement tonique vital, en ce que ce dernier ne provoque aucune sensation, et est produit sans l’intervention de la

1 Nenter, De Physiolog . , tabul. 1 , pag. 2. — 2 Ibid., 'pag. 2. — 3 Ibid., pag. 8. — i Ibid. , pag. 9. — 5 Ibid. , pag. 12.

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