‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 18 sur 69 · CLXX · texte numérisé non relu

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accordiez avec Hippocrate l'immortalité à la nature humaine, qu’il appelait lui aussi âme, dès-lors , que devient votre théorie ? Votre hypothèse ne peut subsister un instant.

C’est ainsi qu’abusant de cette confusion , Barthez dit à la page 4 : « Les forces du principe vital sont inhérentes » à chaque partie du corps 1 2 . . . » Les vitalistes du double dynamisme refusent aujourd’hui une âme aux bêtes , et ne leur accordent qu’un principe de vie en tout semblable à la force vitale de l’homme , tandis que Barthez a dit formellement : « Il est un grand nombre d’ animaux chez » lesquels on peut reconnaître, de la manière la plus sensible,

» que les affections habituelles de leur ame , ou du principe » du sentiment et de la volonté , reçoivent l’empreinte des » modifications que la conformation particulière de leurs corps «donne à leurs mouvements 2. » Et plus loin : «Je passe à » des exemples plus connus , qui établissent la corrélation » manifeste que les caractères de l’âme ont avec les formes et » les mouvements du corps , chez les animaux, etc. 3 » Après de pareilles déclarations , est-il désormais permis de demeurer dans le doute sur la nature du principe vital de l’homme , puisqu’il est semblable à l’âme des bêtes. Dès le moment que Barthez déclare que les âmes des bêtes ont le sentiment et la volonté en partage, elles doivent nécessairement posséder l’imagination , la mémoire. Or, je le demande à l’illustre Chancelier et à toute son École : Quel nom donner à cette chose qui sent, qui veut, 'à cette force , à ce principe qui se forme des images, des idées, et qui se souvient? Certes , je n’hésiterai pas plus que lui , et je l’appellerai âme, mais non de nature inconnue et tenant un certain milieu fictif entre l’esprit et la matière. Cette âme est bestiale,

1 On le voit , Barthez , malgré sa propension à multiplier les forces , conserve l’unité de son principe vital et reconnaît une véritable âme (sui generis) aux bêtes.

2 Ouvr. cit., p. 131, § 21.— 3 Quvr. ciL, p, 13t. § 2&.

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c’est vrai , sans raison ni conscience, mais immatérielle par sa nature ; attendu qu’il est impossible de comprendre et de démontrer l’iexistence d’une force physique possédant les facultés sus-énoncées... L’aveu est difficile à faire, mais il est forcé , et un silence absolu serait une condamnation tacite ; mieux vaut un retour sincère , et , suivant la pensée première du maître, se rendre à l’évidence des faits.

Les principales objections que Barthez et ses disciples ont faites à la doctrine du Vitalisme monodynamique, c’est que : 1° l’âme doit avoir conscience de tout ce quelle fait, et 2° qu’il y a un antagonisme permanent entre les fonctions supérieures (de l’intellect) de l’âme et les phénomènes de l’ordre vital et organique.

Mais à cela il y a une réponse des plus simples , la voici : 1° On trouve à chaque instant de la vie des actes volontaires de mémoire , d’imagination , de perception externe et de raison expérimentale dont on ne saurait avoir conscience1 ;

2° L’antagonisme qu’on prétexte , n’est qu’un simple antagonisme de fonctions , et non de faculté , de puissance ; car, enfin, il n’a jamais été démontré qu’une substance capable d’intelligence , de volonté et de sentiment , ne fût point capable de vie corporelle , tout aussi bien qu’une autre substance simplement volontaire et sensible comme l’âme des bêtes. Nous dirons, en outre, que l’on peut trouver de l’antagonisme même entre les facultés de l 'âme consciente, du moi : c’est ainsi que l’ activité est opposée à la 'passivité, l’activité instinctive ou spontanée à l’activité réfléchie ; il y a encore opposition entre l’ intellect et la faculté du sens, entre la raison et X imagination , etc.

Il n’y a qu’à réfléchir pour comprendre l’inanité de ces assertions et la stérilité des objections à l’adresse du Vitalisme animique , attendu quelles n’ont plus pour elles

y oy. T. VIII, Comment. XC1X.

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ni l’autorité de l’histoire , ni les préventions d’une doctrine appuyée sur des bases philosophiques à l’épreuve de la logique et de la raison.

Ce qui a porté Barthez à se refuser d’accepter l’âme comme cause des actes organiques , c’est la fausse idée qu’il s’est faite de l’âme et de ses facultés ; erreur bien commune à cette époque où le Cartésianisme régnait en despote, même chez les Vitalistes qui ne connaissaient l’âme que par cet axiôme : Cogito , ergô sum ; je pense, donc j’existe ; je ne suis et je n’existe que par ma pensée, par mon moi.

De là découlent une masse de malentendus fâcheux sur les phénomènes de sensibilité , les sensations, les sentiments, les perceptions, etc. L’erreur filtre à travers la pensée du grand physiologiste ; il n’est pas même jusqu’à son scepticisme touchant la nature de son principe vital qui ne doive être regardé comme inconcevable. Tantôt, en effet, il lui accorde X immatérialité, la volonté, le sentiment , X activité spontanée, etc., et le rend conséquemment insaisissable et inattaquable ; tantôt il lui refuse ces facultés et le matérialise, en pensant, avecFiZES, que certains poisons subtils ainsi que la fièvre peuvent l’altérer, le détruire même... N’est-ce pas là un langage incompréhensible? Et, si toutefois il est d’accord avec l’exactitude des faits , ne faut-il pas conclure , chose étrange ! que le principe vital est matériel?... Ce serait là, je l’avoue, le pire de la chose; certes il n’aurait pas valu la peine de faire preuve de tant d’esprit, d’érudition et de science , pour arriver à une pareille conséquence ; mais, pour l’honneur du Vitalisme Barthézien, je suppose que son auteur s’est trompé sur un autre point, et que sa faute a été d’avoir reculé devant la vérité , lorsqu’il avait déjà déclaré que le principe vital pouvait bien n’étre qu’une faculté primordiale de l’âme pensante ; son scepticisme l’a précipité dans cette erreur, qu’il aurait pu aisément éviter.

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Barthez , comme Stahl , a travaillé avec ardeur à élever une digue au matérialisme envahisseur du XVIIIe siècle; mais il a trop transigé avec lui , il n’a bâti que sur un terrain mouvant ; et , comme sa doctrine ne doit sa puissance et son prestige qu’au caractère spiritualiste quelle porte en soi nous pensons qu’il viendra un moment où , reconnaissant l’identité du principe pensant avec le principe vivifiant, l’École Barthezienne moderne arborera franchement le drapeau du Vitalisme monodynamique ; par ce moyen tant de trésors ne seront point perdus pour la science. Nous faisons les vœux les plus sincères pour que ce jour heureux ne soit point éloigné. C’est même pour nous une consolante conviction; et , dès-lors , nous aussi , nous pourrons dire avec, orgueil : « une seule Église , un seul pasteur ' . »

Dans ces mêmes temps parurent Fourcroy et Lavoisier, esprits transcendants, et qui, reprenant en sous-œuvre une catégorie isolée des travaux de Stahl, refirent la science chimique sur des bases nouvelles. Néanmoins, ils reconnurent les grands services de celui dont la conception philosophique avait long-temps dominé la science. La théorie du Phlogistique , et les aperçus nouveaux qu’il avait apportés dans l’étude de la chimie organique, avaient fait de Stahl le premier chimiste de son siècle , de même que sa doctrine du Vitalisme animique et sa renommée de profond praticien lui avaient mérité le nom sublime d’HiPPOCRATE MODERNE.

C’est dans ce dernier sens que l’historien Tourtelle, professeur recommandable de Strasbourg, parle, presqu’à la même époque, de Stahl et de sa doctrine dans les termes les plus dignes et les plus flatteurs.

« Dans le temps , dit-il, où Boërhaave répandait ses dogmes dans toute l’Europe , un homme de génie bien

1 Poy-» pour plus amples détails, ci-après M. Lordât et les conclusions. «— Voy . surtout notre Disc, prélim., T. I.

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supérieur au sien travaillait pour la gloire du Vieillard de Cos. Le grand Stahl, de Halle , devenu par la suite premier médecin du roi de Prusse , s’attacha à observer les divers phénomènes de la nature , et vérifia , par sa propre expérience , les aphorismes du Père de la médecine. C’est dans (observation qu’il a puisé les principes d’une théorie lumineuse, confirmée par les faits de pratique... Rebuté des principes faux du mêcanicisme , il crut nécessaire de remonter à un premier mobile qui agît spontanément , et qui a toujours en vue la conservation de l’individu qu’il anime 1 »

Tout converge donc vers un point saillant: la glorification du principe du Vitalisme animique , et ce sont presque toujours des voix désintéressées, sinon hostiles, qui viennent reconnaître la grandeur de l’œuvre Stahlienne , que la sagesse humaine voulait enfin mettre à la place des faux dieux créés par le sensualisme et le matérialisme médical dans un moment de coupable aberration.

Pendant que toutes ces luttes envahissaient les écoles de l’Europe , une masse d’hommes éminents , bien que suivant une route différente, travaillaient, presque à la même époque, pour le triomphe de la vérité : c’étaient surtout Pinel en France, Brown en Angleterre, Huffeland en Prusse, Zimmermann en Allemagne et Stoll en Autriche , se recommandant à notre attention , malgré certaines tendances systématiques vers l’étude des indications pratiques fondées sur la connaissance de la nature humaine ; c’étaient encore Reid, qui distingue les phénomènes de conscience d’avec ceux de la sensibilité externe , Farr et Priestley dirigeant leurs études vers le principe immatériel et spirituel de la pensée et des mouvements vitaux, Van-Swiéten, tourà-tour matérialiste, vitaliste et enfin animiste, commentant et corrigeant son maître Boërhaave , Solano de Lucques et

1 Tourtelle, Hist. philos, de la méd., T. II, pag. 146,

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Sanchez propageant dans la péninsule espagnole les doctrines vitalistes de Stahl ; c’étaient Franklin , Mesmer , Hahnemann et Galvani enfin , ces quatre piliers du monodynamisme, et dont les conceptions ingénieuses et profondes, mais trop souvent méconnues de nos jours , sont destinées cependant à assurer au Spiritualisme médical un triomphe des plus éclatants sur les tendances matérialistes . L’élec¬

tricité , le magnétisme, la théorie des semblables (prise dans le sens le plus large et non systématique) et le galvanisme, appliqués à la science de l’homme, ne sont -ce pas là des moyens que l’étude a fournis aux savants pour arriver à la découverte des plus grands secrets de la nature humaine, je dirai môme de la vie , en dévoilant les rapports intimes et secrets qu’il y a entre le corps vivant et le principe immatériel , qui seul possède l’intelligence , le sentiment et la vie en partage.

Vient enfin une dernière série de savants écrivains, médecins et philosophes, qui peuvent être considérés comme le point de contact , le trait d’union entre le XVIIIe et le XIXe siècle, entre les modernes et les contemporains; ce sont : Chaussier , le vitaliste ; Dumas , le spirituel doyen de Montpellier ; Blumenbach , Burdach et Muller , Soemmering et Prochaska , qui attaquèrent hardiment les questions les plus élevées de l’anthropologie ; le grand Bichat ; Fodèré , le savant auteur de la Physiologie positive ; Grimaud , Vicq-d’Azyr et Broussais, le célèbre auteur du Système de V irritation.

Les opinions de ces divers auteurs , si recommandables d’ailleurs , ne furent pas identiques , il est vrai , mais elles combattirent toutes contre le Matérialisme ; plusieurs même de ces savants arborèrent le drapeau du Vitalisme animique. Nous allons jeter un coup-d’œil rapide sur la doctrine des principaux d’entre eux.

Blumenbach , ne voulant pas s’astreindre à étudier les

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