‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 20 sur 69 · CLXXV1II · texte numérisé non relu

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à l’aide d’une certaine combinaison , d’un certain mélange d’éléments matériels primitifs , finit par admettre « qu’une force organique préside à la formation des organes, à leur ensemble et à leur conservation par la nutrition 1 . » H dit enfin , comme dernière sanction de sa doctrine , que ce principe qui préside à tous ses actes n’a pas de siège spécial dans l’organisme , et qu’il est un vrai principe vital effectuant l’idée typique2, c’est-à-dire qui forme l’embryon et les organes devant servir d’instrument direct à l’âme pensante et consciente ; mais il finit par s’égarer dans ces détails , et subordonne trop la pensée à l’organisme.

Nous ne suivrons donc pas plus loin Müller dans ses études sur le germe et sur la semence ; qu’il nous suffise de savoir que, oubliant l’avis d’Occam : « Entianonsuntmultiplicanda prœter necessitatem » , le philosophe allemand s’est laissé entraîner à admettre trois principes de vie différents dans l’homme : 1° l’un qui produit et anime le germe; 2° l’autre qui forme et construit l’embryon ; 3° le troisième qui est l’âme elle-même, substance intelligente et raisonnable. Contrairement aux principes posés d’abord par lui , son vitalisme n’est plus unitaire et perd dès-lors toute sa valeur philosophique 3 ; tant il est vrai que l’esprit humain doit se tenir en garde contre l’erreur et ne pas se laisser guider par une méthode vicieuse !

Bichat , anatomiste habile et célèbre physiologiste expérimentateur, de l’École de Paris , que la mort a de trop bonne heure ravi à la science, se laissant entraîner dans l’appréciation exclusive des faits sensibles , sans remonter à leur cause première; Bichat admit deux vies, la vie organique et la vie animale , ayant toutes les deux une source diffé-

l Müller, Manuel de physiol. , T. 1,226.— 2 Ibid., T. II p. 484.

3 En effet , Müller, d’erreur en erreur, va jusqu’à soutenir que non-seulenient le principe vital est divisible, mais encore que l’âme humaine ellemême est aussi divisible . ( Man. dephys., T. I, p. 713; cf. T. II, p. 483, etc.)

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rente : c’est dans ce sens que nous disons que son langage est vicieux et que , par sa négligence à procéder à la recherche du principe de ces phénomènes , il a admis implicitement deux forces vitales, deux principes vitaux. Nous reconnaissons, sans doute, avec Dézeiméris et M. Raige Delorme , que Bichata contribué pour beaucoup à répandre la doctrine vitaliste en France; mais nous ne pouvons nous empêcher de dire aussi que cette doctrine , bien que luttant contre l’Organicisme, ne devait engendrer que des conséquences erronées, attendu que, exclusivement basée sur la méthode expérimentale employée dans les sciences physiques , cette théorie des propriétés vitales confondait sans cesse les facultés d’un principe réel avec les simples propriétés physiques des corps inorganiques, et celles-ci avec les lois générales ou les forces qui président à la vie des corps organisés et vivants.

Que, si nous voulons maintenant examiner les choses avec l’impartialité du philosophe et de l’anthropologue, nous dirons que l’on doit refuser logiquement le nom de doctrine à la conception Bichatienne. Doit-on et peut-on , en effet, honorer de ce titre une idée , un enseignement qui se borne à admettre la sensibilité et la contractilité animales et organiques , et la contractilité organique insensible , comme les bases d’une théorie physiologique et qui ne daigne pas dire un mot de ce qui constitue réellement la vie humaine ? N’est -ce pas restreindre la science à la connaissance de quelques faits isolés et ne pouvant satisfaire les exigences d’une véritable théorie de la science de l’homme ? C’est donc avec raison que M. Lélut a repoussé comme illusoires et métaphoriques les opinions émises par Bichat sur la sensibilité et la contractilité.

Reconnaissons cependant, avant d’en finir sur ce grand physiologiste contemporain qu’il est à regretter qu’une fin prématurée soit venue mettre un terme aux recherches curieuses et aux expérimentations vers lesquelles il avait

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dirigé ses études ; car on était en droit d’espérer qu’avec le génie qui caractérisait cette jeune et puissante intelligence , la science aurait eu à contrôler des faits quelle attend encore; tout le monde doit, en effet, admirer avec Cuvier l’habileté de Bichat pour les expériences concluantes et décisives. La seule chose qu’il y ait à déplorer chez lui, c’est l’aridité de ses observations et l’imperfection de ses travaux ; c’est là aussi ce que nous reprocherons à quelques éminents expérimentateurs contemporains, tant qu’ils négligeront de remonter à la cause réelle des phénomènes anthropologiques , et qu’ils rapporteront à l’organisme seul la faculté, la puissance qui n'est due qu’à l’agent ou principe unique de la vie et de l’intelligence.

F.-E. Fodéré, médecin profond, savant physiologiste1 et légiste remarquable , était initié aux études de Bordeu , de Barthez , de Millier et de Bichat sur la vie et la sensibilité ; mais il ne se rangea pas du côté de Bordeu et encore moins de celui de Barthez. Il était psychologue à la mode de Millier et physiologiste de l’école vitaliste de Bichat. Il distinguait trois espèces de sensibilité, suivant quelle est absolue, organique ou de conscience; puis, rappelant ce dogme consacré par Hermès , Pythagore , Socrate , Hippocrate, Platon, Aristote, Épictète , etc., que l’homme est une étincelle divine revêtue d’une enveloppe mortelle : « Homo est anima utens corpore ut instrumento » , opinion du côté de laquelle il ne se rangea pas néanmoins , il critiquait l’abus qu’on en avait fait, et blâmait surtout ceux qui, par un travers ordinaire à l’esprit humain , prenant le contrepied de ces principes , enseignèrent que la matière seule possède les propriétés et les facultés attribuées à l’âme ; faisant uniquement dépendre l’excellence de l’homme de la supé-

1 Fodéré était très-avancé dans l'expérimentation ; outre les nombreuses et savantes expériences qu’il a faites sur le système nerveux , il avait démontré que le périoste peut reproduire l’os(p. 17).

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riorité de son organisation , et soutenant que l’intelligence est en rapport direct avec l’étendue du cerveau , la diversité d’arrangement de ses parties et la configuration des os du crâne , etc. 1

« Les passions , dit-il , sont absolument le résultat des facultés de l’âme , et n’ont rien de commun avec les propriétés organiques ; elles sont en rapport avec l’activité de l’âme et la santé du corps ». » Ailleurs, Fodéré dit que le mal de son époque c’est de confondre l’homme physique avec l’homme moral et l’homme intellectuel , c’est-à-dire la vie organique avec le sentiment et la pensée. Il propose donc d’appeler âme , la force qui préside à la vie , et intelligence , celle qui préside aux opérations de l’esprit ; ou bien de donner à la première le nom d 'instinct et à la seconde le nom d’ame 3. Fodéré n’était cependant pas franchement vitalo-animiste, encore moins vitaliste du double dynamisme ; il était spiritualiste, et penchait vers la doctrine des propriétés vitales organiques , auxquelles il ne reconnut jamais d’autre cause que la vie elle-même. Il porta néanmoins cette étude plus loin que ne l’avait fait Bichat, en admettant l’influence réciproque et directe de l’âme sur le corps et du corps sur l’âme. Fodéré , en un mot, était semi-animiste.

Le médecin physiologiste et philosophe de l’École de Montpellier, qui, dans ces derniers temps , se soit le plus rapproché de la doctrine de Stahl , c’est Grimaud , un des plus illustres soutiens de la gloire traditionnelle des dogmes Hippocratiques. Tous ses efforts tendirent, on le sait , à propager la conception Stahlienne au sein de l’École de Montpellier, au moment même que Barthez y établissait sa théorie du double dynamisme. Mais son mérite ne se borne point là ; et ce qui constitue surtout à rehausser les services qu’il a rendus à la science , c’est d’avoir apporté dans le Stahlia-

1 Fodéré, Essai dephysiol. posit. , de p. 315 à 384.

2 Ibid,. , p. 392-393.— 3 Ibid. , p. 399.

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nisme de nombreux perfectionnements en rapport avec les

progrès qu’avait déjà faits la physiologie expérimentale.

« Le principe de vie est un » ; mais, ajoute-t-il en faisant allusion aux forces vitales de Bichat , « c’est à l’aide de forces qu’il est impossible de déterminer d’une manière absolue , que ce principe de vie , la nature ou l’âme , se trouve présent dans toutes les parties du corps, les conserve et les maintient en santé ‘ . » C’est peut-être avec raison qu’on peut lui reprocher de s’être un peu trop rapproché de Bichat ; mais on ne saurait élever le moindre doute sur ses opinions vitaloanimistes, qu’il met si souvent en évidence dans son grand et précieux Traité des fièvres , où il prend à chaque instant Stahl à témoin, et dans lequel il dit, en parlant des effets de l’habitude 2, que «les phénomènes de ce genre ne peuvent se rapporter qu’à une cause immatérielle. » Le mérite vrai de Grimaud , c’est d’avoir voulu compléter la pensée du maître, et c’est là le but vers lequel doivent tendre tous nos efforts , en conciliant la Physiologie expérimentale moderne , poussée si loin de nos jours , avec les principes de l’Animisme médical .

Certes , nous ne saurions donner Stahl comme un type parfait ; la perfection n’étant pas de ce monde : mais nous le présentons et nous le regardons comme le meilleur parmi les bons maîtres. Il doit être considéré par nous comme le modèle à suivre et à imiter, comme le promoteur de tous les progrès et l’inaugurateur de la véritable méthode expérimentale et raisonnée. C’est donc en ce sens que les travaux de Grimaud ont une itaportance réelle , même dans les écarts que ce grand médecin aurait pu commettre....

C’est enfin vers le commencement de ce XIXe siècle que parut sur la scène du monde médical le fameux système de 1 irritation, l’antithèse la plus éclatante du Brownisme.

1 Grimaud, Leçons de physiol., T. I , p. 2 , etc.

2 Grimaud, Trait, des fièvr ., T. 1, p. 113.

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