‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 22 sur 69 · CLXXXVII · texte numérisé non relu

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principe sensitif (avec les anciens), ou principe vital et âme (avec Van-Helmont, Bonhius, Stahl et Barthez): c’était pour lui un produit , une émanation de la nature humaine 1 . Ailleurs, il donne les raisons pour lesquelles il emploie la dénomination de sensibilité, de préférence à celle d e principe vital, comme exprimant plus proprement les affections des corps vivants et animés 2. H. Fouquet, disons-nous , n était point animiste , mais il penchait plus vers cette doctrine que vers celle de Barthez. 11 disait, avec Hippocrate , Galien , Rhazès, etc., que l’âme a des idées indépendantes de l’organisation, quelle est active dans les sensations et que celles-ci ne sont réelles que lorsqu’il y a perception s , Mais peu à peu l’auteur va plus loin, et dit encore avec Hippocrate : « L’âme voit, connaît, entend et agit, même dans les songes » et pendant le sommeil , comme dans toutes les autres «circonstances; et, sentinelle vigilante du corps qui férié » dans la plupart de ses actes , elle en parcourt tous les ré- » duits, excite, réveille dans certains organes les impressions » que peuvent y avoir laissées les sensations , soit diurnes ou » venant du dehors , soit intérieures ou produites par une » cause interne ; ce quelle exécute d’autant plus librement » quelle est pour lors comme allégée du fardeau du corps : » Mens sine pondéré ludit, comme s’exprime Pétrone. »

Ce qu’il y a de plus concluant, enfin, c’est que Fouquet dit encore, avec Hippocrate, que « l’âme voit, mais obscurément, » les différentes manières dont le corps est affecté : Qualia » patitur corpus , talia videt anima, visione licet occul- ” tatâ 4. » Ainsi, comme on le voit, si Fouquet n’était pas sincèrement vitalo-animiste , il était encore moins partisan du double dynamisme ; mais ce qu’il y a d’évident, c’est qu’il était spiritualiste, et que, si ce n’eût été son engouement pour le sensibilisme , pour la sensibilité- principe , il aurait

1 H. Fouquet, Disc, sur la cliniq., p. 23 et 24.— 2 Ibid.., p. 14, note 5. - 3 Ibid., p. 16. — ■» Ibid., p. 16 et 11.

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positivement appartenu à l’école du Vitalisme animique, H aurait fallu pour cela qu’il regardât la sensibilité comme une faculté de l’âme pouvant être surexcitée par une impression organique interne ou externe, ou par une affection de l’ordre moral : il eut été dans le vrai. Mais les hommes sont ainsi faits, et la mode étend son pouvoir absolu même sur la science .

On avait passé de l’ irritabilité de Glisson et de Haller à la contractilité de Blumenbach, et puis on avait quitté celle-ci pour courir à la sensibilité de Bordeu, qu’on abandonna enfin pour se jeter dans le sensibilisme exagéré de Fouquet; tant il est vrai que, comme le dit La Fontaine et le répète à cette occasion M. Flourens ,

« Il nous faut du nouveau , n’en fût-il plus au monde ! *

Aujourd’hui surtout , cette sentence est on ne peut plus vraie pour certains esprits systématiques et étroits , qui , ne voulant jamais remonter jusqu’à la cause première des phénomènes vitaux , prennent les simples propriétés des tissus vivants pour une force, une faculté, un principe actif:... erreur qu’avaient déjà commise les grands physiologistes que nous venons de nommer, malgré la profondeur de leur esprit.

Maine de Biran , que M. Cousin a appelé « le premier métaphysicien de son temps» et que Royer - Collard nommait « notre maître à tous ‘ » ; Maine de Biran , esprit infatigable et volant sans relâche à la recherche du vrai , doit être reconnu comme un des phares étincelants à la lueur desquels le XIXe siècle est appelé à reconquérir toutes les vérités anthropologiques sous l’égide de la philosophie chrétienne dont Stahl avait reconnu la puissance, et que Maine de Biran regarde comme le seul moyen d’arriver à la découverte de tous les mystères de la vie humaine . Disons cependant que

1 Voy. R. P. Gratry, De la conn. de l’âme; Préf. p. i.

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ce n’est pas sans de profondes luttes avec sa raison qu’il est arrivé à l’acquisition du vrai : ce profond psychologue, en effet, a long-temps varié dans ses opinions ; mais, nous dit le p Gratry, « cette âme altérée de la vérité parvint enfin à son » but , par la grâce de Dieu , par sa droiture , ses efforts ,

» sa prière , et en s’élevant de la philosophie à la religion. » Écoutez Maine de Biran lui -même ; voici ses propres paroles 1 : « Il n’y a pas seulement deux principes opposés dans » l’homme , il y en a trois ; car il y a trois vies et trois ordres »de facultés».» Mais poursuivons, et voyons quelles sont franchement les idées de ce grand philosophe en matière anthropologique. « Les forces vivantes , dit-il , ou les vies que » l’expérience extérieure apprend à distinguer et que le sens «intime ne permet pas de confondre , sont trois et non pas » une seule, quoiqu’il n’y ait logiquement qu ’un seul homme, «et physiologiquement qu’un moi unique... La première » division de mon travail comprendra donc les phénomènes «de la vie animale... La deuxième renfermera les faits rela- » tifs à la vie propre de l’homme , sujet sentant et pensant » soumis aux passions de la vie animale , et en même temps » libre d’agir par sa propre force , et , en vertu de cette force » seule , personne morale , moi qui se connaît et connaît les «autres choses... La troisième partie , enfin, la plus impor- » tante de toutes , est celle que la philosophie (rationaliste) »a cru jusqu’à présent devoir abandonner aux spéculations «du mysticisme, quoiqu’elle vienne se résoudre aussi en faits «d’observation 3 — » Belle et grande conception philosophique qui résume, comme le disait S. Augustin , « ce que » lame peut dans le corps , ce quelle peut en elle-même et » ce quelle peut en Dieu : Quid anima in corpore valeret, » quid in ipsâ , quid apud Deum 4. »

1 Voy. R. P. Gratry, De la conn. de l’âme; Préf. p. vu.

2 Maine de Biran , Journal intime ; Septemb. 1823.

3 R- P. Gratry, ibid., p. v, xii. Communie. de M. Ern. Naville , etc.

4 R. P. Gratry, ibid., p. 14.

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Cela suffit , je pense , pour prouver deux choses importantes , savoir : que Maine de Biran s’est occupé de l’importante question du principe vital , puisqu’il a fort bien distingué dans l’homme X organisme vivant de lame pensante , considérée , en outre , par lui au point de vue moral et au point de vue surnaturel ; c’est-à-dire que, comme S. Paul et S. Augustin, il a reconnu dans l’homme une âme prenant les noms Ranima, à’animus ou mens et de spiritus, suivant quelle est en fonction de vitalité , suivant quelle exerce ses fonctions intellectuelles sur des objets de ce monde , ou en se repliant sur elle-même , et suivant quelle se met en rapport avec Dieu, etc. Or, ces faits ne prouvent point dans la bouche de Maine de Biran , pas plus que dans celle du saint Apôtre et dans celle du grand Docteur, qu’il y ait dans l’homme un principe de vie distinct de 1 ’âme.

Maine de Biran n’a pas hésité à se prononcer; il est vitalo-animiste , et pour lui il n’y a qu’une seule puissance immatérielle qui accomplit toutes les fonctions vitales, animales et spirituelles. Disons, en terminant, qu’il y a entre Maine de Biran et Stahl ce rapprochement bien grand : c’est que , pour l’un comme pour l’autre , tous les actes organiques et vitaux sont accomplis sans conscience par l’âme. Les ennemis du Stahlianisme et les intéressés dans la cause contraire au Vitalisme animique ont bien souvent reproché à Stahl d’affirmer que l’âme participe avec conscience , volonté et intelligence , aux opérations organiques ; mais ce reproche est aussi immérité que si on l’adressait à Maine de Biran lui-même: il est donc inutile de revenir maintenant sur cette accusation fausse et irréfléchie , après ce que nous avons dit à ce sujet dans notre esquisse de la Doctrine Stahlienne.

Mais, nous dira-t-on, Maine de Biran n’a pas toujours partagé les mêmes opinions que Stahl. A cela je répondrai que , s’il en a été réellement ainsi dans les premières œuvres

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da philosophe , ses dernières publications , celles dont nous avons extrait nos citations , se rapprochent complètement de la pensée du médecin philosophé d’Anspach. Du reste, qu’y a-t-il d’étonnant qu’un fervent disciple de Descartes n’ait pas d’abord sacrifié à son maître? On n’a qu’à lire, en effet, ses Nouvelles considérations, p. 89, et ses Œuvres philosophiques, T. I, II et III, passîm, pour s’assurer que Maine de Biran a demeuré long- temps à séparer l’âme pensante du principe de vie. Mais , je le répète , Maine de Biran appartient désormais et pour toujours au Vitalisme animique , et ses derniers travaux sont de précieux monuments pour le Spiritualisme anthropologique. Ce philosophe était arrivé au même résultat qu’Hippocrate dans son analyse des facultés de l’àme.

Nous avons eu déjà l’occasion de dire que ce n’avait pas été sans raison que le R. P. Ventura avait blâmé la définition Bonaldienne , interprétée dans le sens du double dynamisme par des hommes éminents dans la science ; maintenant , nonseulement nous déclarons persister dans notre première assertion , mais encore nous allons démontrer en quelques mots que le texte du grand philosophe spiritualiste a été mal compris , et que l’auteur de cette définition , bien que imparfaite aujourd’hui : « L’homme est une intelligence servie par des organes » , était aussi pur spiritualiste que le divin Platon , aussi bon chrétien que S. Augustin et aussi sincère défenseur du vitalo-animisme que Stahl lui-même.

M. de Bonald , homme supérieur par son savoir, et dont le cœur avait saigné à l’aspect des folies et des écarts qui avaient couronné les aberrations d’un siècle que M. de Maistre nomme « une des plus honteuses époques de l'esprit humain »; M. de Bonald, après avoir lutté contre l’envahissement des systèmes matérialistes pendant une vie des plus honorables , voulut doter l’anthropologie d’un de ces livres qui font l’honneur d’un peuple , en retirant la science

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et la vérité philosophique et religieuse de la fange où la vautraient les cannibales de la pensée. Sa plume chrétienne et féconde mit au jour son fameux ouvrage des « Recherches •philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales » , et c’est dans le IIe tome de cet excellent et consciencieux travail que nous puiserons les documents venant à l’appui de notre triple thèse.

L’idée généreuse qui avait inspiré à M. de Bonald ce précieux livre , c’est la réfutation des opinions incohérentes et absurdes émises par quelques physiologistes , organicistes et matérialistes , qui avaient écrit vers la fin du XVIIIe siècle ou au commencement du XIXe, pour soutenir avec Lamétrie , Diderot, Destutt de Tracy, Cabanis et Broussais (avant leur abjuration), que « notre âme est non un être , mais une » simple faculté de notre organisation, ou plutôt que notre » âme est une organisation elle-même , que les opérations de » V intelligence et de la volonté se trouvent confondues à leur » origine avec les autres mouvements vitaux, tels que la » digestion, etc. »

Comme on le voit , la tâche que s’était imposée l’illustre M. de Bonald était grande et belle. Voyons , sans entrer dans les détails de la discussion entamée par lui à ce sujet , quels sont les textes qu’il donne dans le cours de son travail en faveur de la question qui nous intéresse.

L’auteur commence d’abord par établir que tout ce qui s’appelle mouvement dans l’étude physique des faits, prend le nom d’acte , à’ action en métaphysique ; il déplore ensuite que tous les physiologistes n’aient pas imité en cela les Stahl , les Haller, les Charles Bonnet, ces maîtres de la science de l’homme physique 1 . « Nous savons bien , continue-t-il , » qu’on trouve parmi les physiologistes contemporains, des » opposants à la doctrine des matérialistes , et qui , loin de

De Bonald, Recherch. philosoph., ete., p. 4.

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