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ayant pour titre : Des fonctions et des maladies du système nerveux, nous paraît avoir émis, dans ce travail couronné par l’Académie de médecine, ainsi que dans ses autres travaux postérieurs , des idées se rapprochant beaucoup du Monodynamisme psychique , à tel point que , suivant nos impressions personnelles, nous ne craignons pas d’avancer que ce savant médecin physiologiste est franchement Stahlien, c’est-à-dire qu’il rejette toute idée de principe intermédiaire entre l’âme et le. corps; attendu que pour lui c’est même l’âme pensante qui exécute tout dans le corps , bien que M.Cérise laisse percer parfois des expressions douteuses à cet égard , et fasse craindre qu’il ne tombe dans le double dynamisme, dont il paraît d’ailleurs redouter les conséquences.
M. Lélut, philosophe, médecin et physiologiste distingué, a consacré tous les instants de sa vie scientifique à l’étude du sujet qui nous occupe en ce moment. Nous ignorons si jamais ce savant a hésité dans sa pensée (comme on le dit) ; mais ce qu’il y a de certain et d’avéré, c’est que dans toutes les œuvres de l’éminent Académicien nous n’avons jamais vu et saisi autre chose qu’un ardent et sincère amour pour la découverte et l’étude de la vérité.
Les nombreux travaux de M. Lélut ont le précieux mérite d’avoir franchement attaqué une question trop souvent négligée en médecine , celle de la séparation des actes conscients et des actes inconscients : tâche dont s’est déjà parfaitement acquitté notre vénérable maître M. le professeur Lordat, et que M. Lélut a complétée dans ses Recherches sur la physiologie de la pensée, où il pose d’une manière très -explicite les conditions organiques de l’intellect et les conditions également organiques de la vie * . Noüs Craignons cependant que le savant académicien ne soit allé trop loin , lorsque, avecMalebranche, il entend par pensée « tout ce qui,
1 Recherches sur la physiol. de la pensée , p. 8.
CCXXVIII DU VITALISME ANIMIQUE
» dans la personne humaine, n’est pas son corps, ses organes,
» sa vie et toutes leurs sortes de mouvements ‘ . » Entraîné • peu à peu à mettre une différence entre les actes conscients (volontaires) et les actes inconscients (involontaires), il a démontré non-seulement que ces derniers sont en dehors de l’empire direct de la volonté , mais encore que , parmi les faits ou actes de l’ordre intellectuel , il y en a une foule dont nous avons conscience , bien que néanmoins ils soient indépendants de la volonté. « Le moi , dit-il , n’est pas exclusivement la volonté. » Attaquant ensuite la question de la vie , le savant physiologiste se demande s’il existe réellement en nous un principe vital distinct de lame et du corps , et si ce principe communique la vie , le mouvement et la sensibilité à ce corps qu’il est dit animer.... Avant d’arriver à la solution de ce double problème, M. Lélut jette en passant un blâme sur la théorie des forces vitales de Bichat et de Broussais , et fait répondre affirmativement l’École de Montpellier ; mais puis, se séparant de cette dernière, et conséquent avec les vrais dogmes philosophiques , le célèbre physiologiste dit que ce principe de vie , de mouvement et de sensibilité ne peut être qu’intelligent ; « ce qui n’empêehe pas, ajoute-t-il, de mettre un très -grand rapprochement entre Stahl et Barthez.»
A propos de la sensibilité , il rejette toutes les théories tendant à la localiser, « attendu, dit- il, qu’on peut tenir » pour assuré que , dans une pareille anarchie de moi orga- » niques, l’homme serait continuellement malade, soit du » corps, soit de 1 [âme, et qu’il serait même bientôt mort... «Aussi, ajoute-t-il , il n’y a qu’une manière d’en finir avec » cette anarchie de petits moi : c’est de les soumettre au » despotisme d'un seul moi , du grand moi , du vrai moi ;
» à peu près comme le fait Stahl , en mettant à la réforme
1 Recherches sur la physiol. de la pensée , p. 20.
ÉTUDES GÉNÉRALES
» tous ces ministres muets , aveugles et sourds qu’on a voulu » donner à l’âme humaine sous les noms divers d 'archée , de » principe vital, etc 1 . » La déclaration est on ne peut plus formelle ; l’illustre Académicien physiologiste partage en tout point la doctrine vitaliste du Professeur de Halle. De nouveaux détails bien que précieux seraient superflus, vu les limites imposées à ce travail et l’évidence formelle des faits : nous ne pensons pas , du reste , nous tromper lorsque nous rangeons M. Lélut au nombre des médecins animistes 2.
M. Flourens , l’illustre continuateur des travaux des Cuvier, des Blainville , des Geoffroy Saint - Hilaire , des Meckel et des Magendie , a imprimé de bonne heure une direction toute particulière à ses travaux philosophiques, ainsi qu’à ses études médicales , et , pareil en ceci à Stahl , il ^ a fait de la vie l’objet de ses intéressantes recherches. Disons cependant que la méthode expérimentale employée par ce savant Professeur porte en soi un cachet d’originalité qui la distingue de toutes celles suivies jusqu’à nous. M. Flourens s’est appliqué à démontrer que la vie et l’ intelligence ont chacune un siège différent, et le langage tout exceptionnel qu’il emploie en cette circonstance pourrait facilement faire planer un soupçon de matérialisme sur la doctrine du Professeur de l’Institut, si son spiritualisme sincère n’était connu de tout le monde : ce qui veut dire simplement que, à notre avis,
M. Flourens pêche par la forme sinon par le fond, et que ses formules physiologiques et philosophiques ne sont pas assez nettement exprimées pour écarter tout doute dans 1 esprit du lecteur. Quelques citations prises çà et là dans son dernier livre : De la vie et de l’ intelligence , suffiront pour faire comprendre notre pensée et justifier nos scrupules.
Je trouve, par exemple, à la page 27, ces paroles surprenantes : « Les propriétés ou forces du système nerveux sont
Mèm. sur les phénom. et les princip. de la vie , p. 17.
2 Voy. T. 1 . Disc, préliminaire; Études à ce sujet.
DU VITALISME ANIM1QUE
» au nombre de cinq : 1° la sensibilité, 2° la motricité, le • principe de vie, 4° la coordination des mouvements,
» 5ü enfin l 'intelligence 1 . » Mais se pourrait-il véritablement que M. Flourens eût voulu localiser dans la matière et confondre ensemble les propriétés organiques, les forces qui y président et l’intelligence elle -môme ? Certes non , et nous, qui comprenons le but de l’illustre Professeur, nous ne pouvons qu’applaudir personnellement aux expériences minutieuses auxquelles il consacre de si précieux moments. Mais, dans l’intérêt' de la pureté des dogmes de la science anthropologique , nous condamnons un langage qui donne prise à de fâcheuses imputations : car il n’y a réellement qu’un principe immatériel et spirituel qui puisse avoir la vie , la sensibilité , la motricité et l’intelligence en puissance et en acte ; elle seule est vivante, vivifiante, sensible, motrice, pensante et raisonnable.... Toute autre force inhérente ou supposée existante dans le corps n’est qu’un effet de la présence de ce principe animique , et le résultat de la mise en acte de certaines propriétés organiques, incompréhensibles sans cet agent coordonnateur.
C’est pourquoi il n’est pas plus juste de dire que la sensibilité et le sentiment sont une propriété spéciale des branches ou racines postérieures , qu’il n’est logique de soutenir que le mouvement est localisé dans les racines antérieures de la moelle épinière ; la vérité , c’est que , l’âme humaine , principe de vie et d’intelligence, ayant besoin d’organes (à cause de son intime union avec le corps) pour manifester ses besoins, ses sensations, ses douleurs, etc., le Créateur lui a donné tous les moyens possibles et nécessaires , subtils où grossiers , tangibles ou invisibles , sensibles ou insaisissables à nos sens , pour manifester et accomplir les actes indispensables à la vie ; c’est ainsi qu’il faut concevoir
1 P. Flourens, De la vie et de l’intellig., chap. I, p. 27.
ÉTUDES GÉNÉRALES
que l’âme pensante , consciente et libre , peut exercer certaines fonctions d’intellect pur et de raison sans le concours obligatoire de l’organisme , mais que , pour éprouver des sensations, pour se passionner, pour mouvoir un objet ou exercer sa pensée sur le monde extérieur, elle a absolument besoin d’un organisme et d’instruments sains. C’est donc en ce sens et seulement en ce sens qu’on doit dire que le cerveau est l’organe immédiat de l’âme dans l’exercice de son intelligence , mais non le siège absolu de la pensée , attendu que l’ablation du cerveau n’enlève pas l’intelligence et que la destruction de l’instrument n’entraîne pas avec elle la destruction de la faculté , mais bien seulement porte obstacle à l’actuation ou mise en acte de cette faculté.... Nous disons donc, avec M. Flourens, que les nerfs sont les instruments directs de la sensation , du mouvement, de la sensibilité, tant interne qu’externe, ainsi de suite; mais nous ne répéterons jamais avec lui que X intelligence réside au cerveau , et que « la vie a son » siège à la pointe du V de la substance grise , 3 millimètres «au-dessus du point vital », pas plus que nous n’avons accordé que le sentiment et le mouvement sont de simples propriétés des nerfs... L’intelligence, la vie, la motricité et la sensibilité sont des facultés de l’âme pensante , de l’âme en fonction de vie ou d 'intellect; rien de plus , rien de moins.
M. Maurice Raynaud parle donc un langage incorrect, lorsqu’il dit (pag. 39) de sa Critique sur les derniers ouvrages de M. Flourens, etc. : « Si l’intelligence n’est pas «seule dans le cerveau, du moins elle y est tout entière. » Nous le savons , M. Maurice Raynaud est aussi franchement spiritualiste que M . P . Flourens ; mais le langage philosophique et physiologique exige beaucoup de précision , et de telles expressions ont une trop grande ressemblance avec le sentiment de Cabanis , de Broussais , de Gall et de Spurzheim , pour que nous puissions l’accepter sans restriction.
CCXXXII DU VITALISME ANIMIQUE
Personne n’admire plus que nous la richesse des expérimentations du savant Professeur de 1 Institut, personne n’a plus de passion que nous pour la découverte des secrets qui enveloppent l’union mystérieuse de lâme et du corps ; car nous avons , nous aussi , consacré bien des veilles à de semblables travaux : mais , nous le répétons , il ne faut pas que le langage expérimental heurte trop brusquement la pensée philosophique , sans quoi la confusion serait grande et les progrès nuis ; il convient de conserver aux mots leur signification propre et logique , afin quils soient intelligibles à tous et qu’ils servent aux progrès de la science. a
En matière anthropologique les extrêmes se touchent, et nous craignons fort que le savant physiologiste allemand, M. Carus, ne soit tombé dans un excès contraire en annihilant le corps dans l’âme. Nous savons que M. Carus professe ouvertement le Vitalisme animique ; mais il est à craindre que , comme les Néo-Platoniciens purs , il n’aille trop loin en faisant absorber le corps dans l’âme , sa cause: son animisme a des points de contact et de ressemblance trèsmarquée avec les Écoles spiritualistes , mais il nous semble exagéré à la fin. En effet , après s’être montré d’abord Hippocratiste et Platonicien, M. Carus adopte ensuite les espèces ou formes des Scholastiques , et tombe enfin dans l’idéologisme absolu d’Hégel. D’après ce savant physiologiste et philosophe, l’âme est une idée active qui emprunte le service du corps pour se rendre manifeste ‘ . Dans ce travail psychique , il y a deux effets typiques de l’âme humaine : « 1° l’idée psychique, c’est-à-dire la pensée proprement dite, ou la manifestation spirituelle et consciente de l’âme ; 2° Vidée vitale et organisatrice , ou la manifestation corporelle de la cause immatérielle, agissant dans, sur et pur l’organisme2. Désormais ces deux fonctions de l’âme vont de pair, avec la
1 Revue germaniq., 31 janvier 1859 , art. de M. Dolfus.
2 Voy. T. I , Disc, préliminaire.
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