‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 27 sur 69 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

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spontanés , irréfléchis et inconscients , et sont éternellement condamnés à ne point dépasser les bornes posées par le souverain Maître de l’univers, qui, dans l’effusion de son amour, et de son souffle vivificateur, a fait de l’homme un être à part, ne pouvant et ne devant jamais être assimilé aux autres êtres, même les plus parfaits de la Création.

Si donc nous jetons un regard rétrospectif sur le drame scientifique qui vient de se dérouler à nos yeux , et que nous voulions nous rendre compte de la cause positive de toutes les erreurs des savants , des philosophes et des physiologistes dans cette longue période de près de quarante siècles , nous la trouverons : 1° dans l’ignorance où l’homme a toujours été de ce qui constitue son être , 2° dans l’indiflérence qu’il a manifestée pour la révélation divine , et 3° dans l’affectation presque universelle qu’on a mise à confondre 1 ’ animalité avec l 'humanité. Le minéral est un , le végétal est un, X animal est un, l’homme aussi est un; mais l 'homme ne peut pas plus être compris dans le règne animal , qu’il ne peut et ne doit être confondu avec le règne angélique (qu’on nous passe l’expression):' l’homme c’est homme, et ce n’est point sans danger que l’on voudrait trouver un rapport absolu entre lui et les autres êtres.

Connais- toi toi-même ! avait enseigné le grand Socrate; et sa parole , méconnue , tronquée , mal interprétée , a passé d’âge en âge comme un souffle bienfaisant que l’ouragan

emporte et dissipe . Si Socrate eût été chrétien , il aurait

certes été plus catégorique , et sa doctrine ne se serait pas bornée à ce froid enseignement.

Nous avons vu depuis l’antiquité la plus reculée , le philosophe et le médecin scruter les secrets de la nature et de l’homme; mais toujours et partout nous avons vu l’erreur à côté de la vérité , le vice à côté de la vertu , la soumission à l’autorité traditionnelle à côté de la superstition , l’expérimentation raisonnée des faits à côté de l’em-

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pirisme absolu. Nous avons vu Moïse faisant connaître aux peuples la sagesse et la grandeur des actes divins et répandant dans les esprits la connaissance du code humanitaire. Partout où sa voix n’a pas été entendue l’erreur a régné en souveraine ; partout où elle a pénétré, là vérité s’est fait jour et l’esprit des ténèbres s’est dissipé... Les Écoles Indiennes et Chinoises doivent, on le sait, leurs vérités symboliques et douteuses à la pensée Mosaïque ; leurs aberrations étaient inhérentes à leur superstitieuse idolâtrie, au Paganisme en un mot. L’Égypte, la Chaldée et la Grèce ont dû toute leur gloire aux Asclépiades orientaux et grecs , affiliés de bien près aux dogmes féconds du Mosaïsme. Hippocrate, Platon et Aristote , les grands chefs de l’École Grecque , n’ont point puisé ailleurs leur morale , leur admiration pour la grandeur des œuvres de Dieu et leurs profondes connaissances en Médecine , en Physiologie humaine. Cicéron lui-même, et toutes les illustrations des Écoles Latine et Alexandrine , se rattachent directement à ces traditions , en dehors desquelles nous n’avons jamais vu que panthéisme, scepticisme * sensualisme et matérialisme.

Le genre humain , retrempé dans un nouveau baptême , régénéré par le Christ au Calvaire , prit un nouvel essor, et le génie du mal aux abois s’arma de toutes pièces pour arrêter l’esprit de l’homme dans sa marche triomphale vers la recherche de la vérité en toutes choses. Chaque découverte vient en son temps , et c’est à mesure que la science progresse que nous avançons vers la conquête du vrai bonheur de l’homme ici -bas, son perfectionnement moral et intellectuel .

Il nest pas de siècle qui n’ait apporté sa large part de matériaux à l’édifice scientifique, et si la médecine et la philosophie , fidèles à leur union indissoluble par nature , ne se fussent jamais quittées , l’esprit humain aurait , à l’heure qu il est , acquis les connaissances les plus vastes et les plus

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solides. Pendant les premiers siècles du Christianisme et même jusqu’au moyen-âge, la médecine spéculative a fait d’assez grands progrès , et la philosophie a pris une forme plus régulière, surtout entre les mains des Pères de l’Église, qui , absorbés par la grandeur du dogme religieux , ont peu sacrifié à l’anthropologie. Depuis ces temps heureux jusqu’à nos jours , que de folies ! Mais aussi que de grandes et belles conceptions ont pris naissance !... Il n’est pas une seule question pour ou contre la vérité qui n’ait été traitée et résolue de cent façons différentes ; il n’est pas de proposition qui n’ait été soutenue et réfutée presque en même temps... Si bien que, dans ce conflit de la pensée , on aurait dit qu’il ne restait plus à l’homme qu’à se prononcer pour tel ou tel parti; toute nouvelle étude étant désormais inutile... Mais le XVIIIe siècle , si fécond en excentricités , nous a légué avec ses utopies une doctrine , la seule vraie en principe , qui ne limite point le génie de l’homme, et invoque , au contraire, le jugement des générations futures , appelées à porter dans son vaste sein leur contingent d’études et de travaux ....

Stahl , venu à une époque où l’esprit indocile ne reconnaissait plus aucune règle, Stahl opposa une digue au torrent ; et, proclamant par tout le monde sa doctrine du Vitalisme animique, il convoqua tous les savants de son siècle à coopérer à son œuvre. Nos pères étaient en quête de lumières métaphysiques , et la recherche des causes absorbait toute leur existence : notre XIXe siècle est en quête de faits , et vole sans relâche à leur découverte. Mais ce qu’il y d’inconcevable c’est que, deux mille ans après qu’Hippocrate a inventé la philosophie inductive , expérimentale et rationnelle , et a préconisé son application exacte et directe à l’anthropologie médicale , il est inconcevable , dis-je , que la science n’ait pas encore suffisamment colligé de faits pour en déduire des conséquences vraies , absolues , incontestables.

Stahl , le créateur du Vitalisme animique , a ouvert une

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large voie a la double expérimentation des faits psychiques et des phénomènes vitaux; et c’est par ce moyen , nous le répétons ici afin que M. Lordat, dune part, et M, Saies-Girons, de son côté , ne sy méprennent pas, c’est par ce moyen que Stahl , en enseignant le Monopsychisme substantiel , a reconnu qu’il y a dans l’âme un double dynamisme potentiel , se manifestant d’un côté par l’intellect et la raison, de l’autre par les fonctions organico- vitales et animales.

Ainsi que le dit si bien le R. P. Gratry avec Maine de Biran , l’homme a trois vies : la première est celle qui , comme la plante et l’animal , l’attache à la terre , c’est la vie organique et animale ; la deuxième, qui constitue sa vie morale , consciente et libre, est celle qui lui donne son type d’homme et le distingue de tous les êtres ; la troisième enfin, qui est la vie surnaturelle, le relie par l’élan de la pensée à Dieu, son souverain créateur...

On le voit, la foi , la science et la raison sont désormais inséparables, et sans qu’il soit utile , à tout propos , de citer tel ou tel texte plus ou moins orthodoxe, en s’appuyant sur une doctrine aussi large, aussi fertile, on ne peut qu’arriver à la découverte de toutes les vérités accessibles à notre esprit. Notre XIXe siècle , avec son ardeur pour la science et l’expérimentation des faits, semble donc être appelé à accomplir les plus étonnantes transformations dans la science médicale , à la condition qu’il apportera dans l’appréciation des phénomènes physico-organiques, vitaux et moraux , une logique consciencieuse à l’abri de toute prévention nuisible. Mais il ne faut pas que cette passion d’acquérir des trésors devienne stérile pour la science , et que l’on ne s’arrête plus désormais à constater un fait sans remonter aussitôt à sa cause naturelle connue ou présumable. En physiologie, en pathologie et en thérapeutique , c’est là un procédé indispensable , et ce qui a toujours fait la supériorité de l’analyse clinique dans telle ou telle école médicale , ancienne ou

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moderne, c’est quelle a enseigné des dogmes spiritualistes, et quelle ne bornait pas ses aperçus à de simples signes matériels qui ne peuvent jamais rendre un compte suffisant des phénomènes , soit hygides, soit morbides surtout.

S’il est vrai, comme le dit M. Biot , que « l’existence des » forces de l’univers se découvre ou plutôt se constate par » l’observation des mouvements quelles communiquent à la .. matière inerte, dépourvue de sentiment et de sponp tanéité » » ; à plus forte raison devons - nous dire que l’observation et la constatation des phénomènes, tant de l’ordre psychique que de l’ordre organico-vital , qui se passent en nous , doivent jeter le plus vif éclat sur la Vraie Théorie Médicale, c’est-à-dire sur la physiologie , sur la pathologie et sur la thérapeutique expérimentales et rationnelles.

Les travaux immenses des Magendie, des Longet, des Lélut, des Flourens et des Cl . Bernard , que seraient-ils, si , froids et nus , ils se montraient seuls à notre observation? Une théorie basée sur la seule constatation des faits, n’a jamais fait que des sceptiques et des empiriques;' une expérimentation raisonnée peut seule agrandir le champ scientifique , ;,en rapportant l’effet à sa cause , le phénomène à l’agent , la fonction à son principe actif ; elle seule peut , en mettant une sage réserve dans ses appréciations , et en déterminant d’une manière définitive le sens des mots et l’acception des choses, forcer le scepticisme et l’erreur à rentrer dans le sein de l’École spiritualiste vraie. Barthez, avec son hésitation et sa foi sceptique à tout ce qu’il dit sur son principe vital, ne pouvait point produire une école homogène ; la preuve évidente en est dans ce que l’histoire nous a montré , lorsque nous avons vu l’illustre Chancelier renier son principe vital , son titre de réformateur , et ne faire simplement de son système qu’une idée didactique

1 B*oti Disc, de récept. à l’Acad. franç, , 5 février 1857.

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passagère; lorsque nous avons vu Bordeu et Fouquet tantôt sensibilistes, tantôt semi -animistes ; Fr. Bérard , vitaliste timide , penchant ou vers les forces vitales de Bichat ou vers le spiritualisme de Stahl ; M. Lordat, tranchant la difficulté et déclarant aujourd’hui la substantialité du principe de vie , après avoir déjà condamné ceux qui ont prétendu qu’il existe un agent intermédiaire entre l’âme et le corps; M. Jaumes, enfin, ne mettant plus aucun doute sur sa spontanéité, son unité et son immatérialité.... Mais s’il est présumable que nous soyons arrivés à un siècle de réconciliation et de progrès , pourquoi ne se rendrait-on pas devant l’évidence des choses , et , sans répudier un passé honorable, pourquoi n’accepterait-on pas avec franchise toute la vérité, d’où quelle vienne, quelle quelle soit? — Le Spiritualisme doit donc désormais régner seul en maître sur la Science Médicale ; c’est là son droit : Expérimentateurs , Physiologistes , Psychologues et Cliniciens sont appelés à apporter leur part à l’œuvre de régénération universelle qui se prépare ; coupable sera celui qui , par froideur, par indifférence ou par mauvaise volonté , ne participera point à la rénovation des dogmes fondamentaux de la science de l’homme j

Ici finit notre tâche du moment 1 ; nous avons franchement et courageusement travaillé pour la science , aimant les hommes comme des frères, mais dévoilant, poursuivant à outrance et combattant l’erreur partout où elle se trouve. Nul ne saurait blâmer nos efforts !

1 Dans le Tome IV, nous étudierons la même question au point de vue pathologique.

RÉFLEXIONS

sor l’Introduction de M. Blondin a la Physiologie de Stahl,

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