‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 3 sur 69 · XXX VU · texte numérisé non relu

XXX VU

Cette âme , atome de nature ignée , était pour Héraclite quelque chose d’insaisissable , et c’est en développant le même système que Leucippe et Démocrite regardèrent cette même âme comme un atome-principe unique et incorporel , tandis qu’ÉpicuRE en fit un mélange réel et matériel d’atomes subtils composés d’air, de feu , de vent et d’un quelque chose auquel il donne la qualification de force sensitive localisée dans le cœur*. Pour Épicure, il n’y a rien de spirituel, et bien qu’il reconnaisse dans l’homme des fonctions animales et des fonctions de sensibilité , comme il résume tout dans ce mot sentir, il prétend que la force sensitive (matérielle) est le centre de toutes les opérations.

Socrate , le puissant accoucheur des esprits , et dont la devise était: Tva&C aeavrov , a consacré sa vie entière à étudier l’homme , son origine , sa nature et sa destinée future, Il est bien positif pour nous que Socrate avait des notions sur la tradition des dogmes Mosaïques , et on ne peut révoquer en doute qu’il ait reconnu l’existence d’un seul Dieu , créateur de l’univers. L’homme était pour lui un être raisonnable composé d’un corps matériel et d’une âme intelligente : rien ne prouve (en nous basant sur les documents que Platon et Aristote nous ont laissés de lui ) qu’il n’ait pas reconnu , comme Hippocrate , son contemporain , que l’âme humaine préside aux opérations vitales. 11 avait, du reste, beaucoup d’estime pour les médecins et la médecine , et il ne serait pas étonnant qu’il eût émis à l’égard de l’union de l’âme avec le corps des opinions conformes aux dogmes de l’Animisme. Voici ce que dit à cet égard Xénophon , de qui nous tenons de si précieux détails sur ce philosophe : « Socrate se refusait d’admettre sur la nature de Dieu les idées des Pythagoriciens et des Éléates.... Il niait le hasard et attribuait à un Être

1 Lucrèce, III , pag. 95-138, etc.

DU VITALISME ÀNIMIQUE.

infini en puissance et en bonté tout ce qui existe , et l’homme surtout, comme étant son œuvre la plus parfaite.»

Il croyait à l’existence d’une âme raisonnable , seule capable d’adorer Dieu et de le connaître. «L’homme, disait-il , est un Dieu parmi tous les autres animaux ; il est fait pour leur commander, à cause de l’excellence de la conformation de son corps et de la supériorité de son âme. » Au point de vue de la morale , personne n’ignore que le fait principal de sa doctrine était , que nous devons écouter la voix de notre conscience (Dieu inspirateur)... On sait quel usage fit Anytus de cette déclaration, pour perdre Socrate. Homme pratique par-dessus tout, il sut donner l’exemple des maximes qui sortaient de sa bouche. Profondément convaincu de l’immortalité de l’âme 1 , Socrate exhortait ses disciples à pratiquer la vertu : sa croyance était même si vive à cet égard , qu’il dit à ses amis au moment de sa mort : «Criton s’imagine que je suis Celui qu’il verra mort dans quelques instants ; mais ne sait-il donc pas qu’aussitôt après que j’aurai pris le poison , je m’en irai habiter le séjour qu’habitent les âmes fortunées?» Ce fait est saillant; et, comme on ne trouve nulle part dans les écrits de Platon, d’Aristote ou de Xénophon, rien qui puisse faire préjuger que son opinion sur la nature de l’homme fût contraire à la nôtre, nous comptons, jusqu’à preuve contraire, Socrate parmi les fondateurs de ce Spiritualisme qui , appliqué à la science médicale , engendre le Vitalisme animique.

Hippocrate 2 doit être considéré comme le véritable inaugurateur d’une nouvelle ère philosophique et le créateur de la médecine. Il possédait à fond la science de l’homme, car il avait les deux qualités éminemment nécessaires pour arriver à ce but : il était philosophe et purement spiritualiste, il était médecin , et l’observation minutieuse des phénomènes

1 Phédon , Entret. avec Clinias.

2 Né en 460, mort en 356 avant J.-C.

ÉTUDES GÉNÉRALES

anthropologiques (hygides et pathologiques) le fait, à bon droit , regarder comme le plus profond scrutateur de la nature dans les temps antiques.

La haute réputation qu’Hippocrate s’était acquise dans toute la Grèce et l’Asie-Mineure , était due à la sagesse de ses enseignements et de ses paroles, aussi bien qu’au don merveilleux qu’il possédait de connaître les secrets de la nature et de guérir les maladies les plus désespérées : c’est donc avec raison que tous les siècles l’ont regardé non-seulement comme le père de la médecine , mais encore comme le plus grand philosophe de son siècle.

Cela dit, nous allons étudier la Doctrine d’Hippocrate au point de vue philosophique et physiologique 1 , c’est-à-dire sous le rapport des opinions que professait le Vieillard de Cos sur la divinité , la nature et X homme.

Hippocrate semble avoir pris dans Socrate quelques-unes de ses idées philosophiques , de la même manière que le philosophe d’Athènes a puisé dans le médecin de Cos des enseignements utiles au point de vue de l’histoire naturelle de l’homme ; avec cette différence que Socrate était un philosophe ayant quelques légères notions en médecine, tandis qu’Hippocrate avait sur ce dernier l’avantage d’être aussi grand médecin que naturaliste distingué et profond philosophe. L’observation raisonnée des faits était surtout préconisée par lui, et l’on peut dire, sans crainte d’erreur, que c’est à tort qu’on attribue à Bacon la gloire d’avoir été le premier à diriger la science dans cette voie à l’aide de la philosophie expérimentale et inductive , dont l’honneur de l’invention revient seule à Hippocrate , qui, 1800 ans avant Bacon , avait dit : «L’entendement guidé par l’observation de la nature marche ensuite vers la vérité2. »

1 Voy., à cet égard, une excellente brochure publiée par M. Chauvet: Philosophie d’Hippocrate , 1855.

2 Préceptes.

XL DU VITALISME ANIMIQUE

De même que le philosophe d’Athènes avait inauguré le principe de l’observation de l’homme spirituel , considéré dans la vie pratique ; de même aussi le médecin de Cos inaugura , à son tour, le principe de l’observation de l’homme vivant, guidée par l’autorité traditionnelle quelle justifie , à l’aide d’une expérience appuyée sur la seule vérité des faits.

L’induction, telle fut la méthode que l’oracle de Cos imagina : elle consistait pour lui dans l’observation exacte des faits en tous leurs détails , et puis dans leur classification d’après les rapports naturels les plus saillants , afin de pouvoir ainsi remonter à la loi , force ou cause qui les régit. Cette méthode , appliquée à l’étude des phénomènes physiologiques et pathologiques , devait produire ses fruits , et aurait infailliblement amené les plus heureux résultats , sans les nombreux écarts de ceux qui n’ont pas sagement commenté sa pensée. On peut même ajouter que la méthode inductive, moins bien maniée parles successeurs d’Hippocrate qui se sont laissés aller dans la théprie des quatre humeurs ou éléments , n’est devenue enfin , de nos jours , qu’un simple moyen d’expérimentation bornée aux apparences ou signes visibles des faits. Hippocrate , comme Stahl, avait horreur de l’hypothèse , et ce n’était qu’à un point de vue purement explorateur qu’il consentit parfois à la mettre en usage. Les dogmatiques en abusèrent plus tard et commirent ainsi bien des erreurs.

Hippocrate, quoique païen , avait la plus haute idée de la Divinité, et il paraît, comme le constate le docte M. Chauvet , que la pensée de Socrate et du Médecin de Cos était la même à cet égard : aussi quelle morale et quels préceptes dans ses enseignements ! « C’est surtout la connaissance de » la Divinité qui doit être profondément gravée dans l’esprit » du médecin , car ses secours ne sont pas inutiles dans notre » art... Soyez sages, prudents, honnêtes, tempérants; évitez » tout ce qui est oiseux et fantastique; fuyez soigneusement

ÉTUDES GÉNÉRALES. XLI

» l’intempérance , la bassesse , l’avarice , la convoitise , la » cupidité et l’impudeur.. . Par ces moyens, vous saurez allier »la sagesse (philosophie) à la médecine, et vous serez semblables à des dieux...» Certes, on ne peut point accuser un païen d’affectation lorsqu’il parle des vertus civiques (je dirai presque chrétiennes) que doit avoir un médecin; mais ce langage honorerait bien davantage la science, si ses adeptes ne l’avaient pas banni de son sein.

Écoutez encore ces deux magnifiques sentences : « L'âme » se consume comme une chandelle allumée , dans les plaisirs «illicites de ce monde... Celui qui souhaite une longue vie » à son âme , doit la priver , dans ce monde-ci , de tout ce »qui peut l’abréger... La science représente l’esprit; ses » opérations , le corps , etc. »

Pour donner à présent une notion de la pensée d’Hippocrate sur l’âme humaine et le principe de vie , nous n’avons qu’à jeter un coup-d’œil rapide sur son analyse des facultés de l’entendement , et sur les assertions qu’on lui attribue touchant le feu, l’éther et la nature.

C’est dans son traité intitulé Il«p«yys).tat ( Préceptes ) que nous trouvons ces précieux documents : « La santé de » l’homme réside dans une force spéciale , naturelle , et » pouvant se passer d’un agent ou moteur étranger. Elle » entretient surtout une harmonie constante entre le souffle » vital (msO/jux) , la chaleur et l’élaboration des humeurs » (précept. 4J. Est-ce clair? Et peut-on dire qu’Hippocrate admettait un principe de vie intermédiaire entre l’âme et le corps? Mais n’anticipons pas , et poursuivons nos recherches.

Selon Hippocrate ( Préceptes ), tout phénomène ou acte de l’intelligence dérive de la sensation prise dans le sens le plus étendu : pour lui, il n’y a pas à’ idée innée; mais la sensation qui doit fournir les matériaux de la pensée ne devient perception ou idée nette que par une sorte de travail de l’entendement. La sensation («taôïicrts) est regardée par lui

xLn

DU VITALISME ANIMIQÜE.

comme l’éclaireur (àyaTropTto'ç) de l’intellect, qui , à l’aide de sa force ou puissance naturelle (dbvapç), arrive à découvrir la vérité. Les sens sont l’intermédiaire à l’aide duquel l’âme parvient à percevoir les objets extérieurs : telle est l’idée qu’il émet dans son introduction de l’officine. Une fois ce travail des sens opéré , il dit : «C’est ainsi que l’on parvient à » connaître tous les objets sensibles , lorsque les sens en ont » transmis la perception à l’entendement. » Concluons donc ici que le père de la médecine reconnaissait à l’âme : 1° la puissance vitale (m/sûpa); 2° la faculté de percevoir ou de ressentir les impressions externes ou internes, la sensibilité en un mot (<* 3° la mémoire (pv>?pi) ; 4° l’imagination (çav-raata) • 5° l’entendement en général (vouç); 6° la simple raison (7oyo;); 7° la réflexion (fayota), et 8° enfin, le raisonnement ou comparaison Çkoyiapôç,). C’est à l’aide de ces facultés que l’âme , qu’il appelle aussi nature , préside aux recherches les plus minutieuses par l’observation directe des faits et l’application inductive des opinions que l’esprit s’est formées à leur égard.

Amoreux rapporte , dans ses Notes à l’ Histoire de la médecine de Leclerc , que l’éther regardé plus tard par Aristote comme la quintessence des éléments , comme la substance du' ciel et des astres , etc. , était pour Hippocrate , ttspl crapxwv , le principe de la chaleur , immortel , connaissant tout, v ayant tout, sentant tout, sachant le présent et l’avenir ; c’était même pour lui (païen) cette âme du monde à laquelle ont cru et croient encore certaines gens.

Tous les philosophes et les médecins ont généralement émis des opinions fort différentes touchant la nature. Ce mot a eu tant d acceptions, qu’il serait bien temps qu’on se fixât à la plus raisonnable , soit qu’on veuille exprimer par là 1 harmonie des lois de l’univers, ou seulement l’harmonie des êtres qui la composent.

Les panthéistes de toutes les époques ont pris la nature

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pour Dieu lui - même ; mais c’est là une erreur que tous les spiritualistes , M. de Bonald surtout , ont repoussée comme absurde et athée. Buffon en fait une description des plus belles quand il dit : «La nature est le système des lois établies » par le Créateur pour l’existence des choses et pour la suc- » cession des êtres , etc . » Hippocrate appelait le médecin ministre de la nature , et Lepecq de la Clôture , d’après les maximes de l’École de Cos , nous dit : « La nature est pour «nous l’agrégat de tout cet ensemble par quoi l’homme est » formé , naît , vit , s’accroît , exerce ses fonctions , décroît » et meurt enfin ...... C’est cette force active et conserva*

» trice , cette vertu organique , dépendant du premier » moteur , qui existe dans toute partie irritable et sensible ; «qui le fait se mouvoir, se contracter et agir même sans » le concours de sa volonté . C’est une faculté innée , qui « semble vouloir éloigner et rejeter ce qui est nuisible aux «organes, qui leur communique pour ainsi dire à chacun «un goût propre, qui excite un mouvement salutaire ; qui «fait effort (evopgov, impetum faciens) par une sorte de » commotion générale pour se débarrasser de tout corps » étranger , ennemi de son harmonie 1 . » Ces paroles sont imitées de ce que dit Hippocrate sur le même sujet dans de nombreux passages.

Cependant le texte Hippocratique est quelquefois si vague sur cette matière, qu’on l’a accusé d’athéisme 2: Mais le spirituel Tissot le lave de cet odieux reproche dans son Traité de la santé des gens de lettres ( 2e édit. , 1769 , p. 3 ) : « On attaque sans raison , dit-il , la religion d’Hippocrate , et » l’on pourrait prouver, avec Stephano (médecin de Venise) , » que ses dogmes , ainsi que ceux de Platon , d’Aristote et de

1 Lepecq de la Clôture , Disc, prélim. , p. xviij.

2 Voy. Grundling , Otia, 1706, p. n, iïi, où ce jurisconsulte de Halle accuse Hippocrate de confondre Dieu avec la matière , ou avec l’éther , élément du feu.

DU VITALISME ÀNIMIQUE.

«Galien, sont en parfait accord avec les dogmes chrétiens. »

Lussand de Poitiers, Drelincourt ( 1 688) , dans une harangue en grec; Stahl (G. -E.), dans plusieurs dissertations et discours; Goelicke , dans son Histoire de la médecine > Triller, dans une dissertation latine; J. Leclerc, frère de l’historien , dans sa Bibliothèque ancienne et moderne ; J. -A. Schmid, dans une dissertation ayant pour titre Théologie d’Hippocrate ; Fabri , dans des remarques au 1 3e volume de sa Bibliothèque grecque, et surtout F.Heister, dans son opuscule Apologia pro medicis (1736), ont prouvé la futilité de ces fausses imputations contre la doctrine du Médecin de Cos ; si bien qu’il n’est plus permis aujourd’hui de révoquer en doute sa pureté , Partout où ce grand médecin parle de la Divinité , il ne le fait qu’avec le plus grand respect , et il ajoute , à ce propos : « Qui mieux que le médecin doit la vénérer? » Il existe un livre intitulé : Examen de la doctrine d’Hippocrate, etc. , sorti de la plume d’un médecin appelé Lapoterie (Brest, 1785) ; l’auteur passe en revue, dans cet intéressant travail , les idées d’Hippocrate concernant la nature des êtres animés et le principe du mouvement et de la vie suivant les périodes de la durée de l’existence. « Hippocrate , dit-il , regarde la vie comme un cercle qu’il » divise en plusieurs degrés , c’est-à-dire en différentes épo- »ques, dont l’intervalle est de sept années, et qu’il appelle » les années climatériques ; époques auxquelles le tempéra- » ment change , ainsi que les opinions, et qui s’annoncent » par des besoins nouveaux , par une nouvelle et différente «manière de végéter, de sentir et de penser, qui distingue «chaque époque. Il fixe à 33 ans la grande année climaté- » rique. »

Nous ne suivrons pas ce spirituel auteur dans les commentaires curieux qu’il établit touchant la doctrine d’Hippocrate , et nous ferons observer qu’en tout et par tout l’opinion , la conception Hippocratique se réduit à celle-ci : « que

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la puissance de vie et d’entendement appartient à une seule et même substance. » Il nomme m/cùfza, voûç ou ÿv/rj le principe intelligent , çueriç la nature en général et en particulier la nature de l’homme, c’est-à-dire l’ensemble des lois naturelles qui président à sa vie , tant intellectuelle que morale et organique , et désigne plus particulièrement sous le nom de nvsvga le principe organique ou souffle vital ‘ . . . .

Mais sont-ce là des preuves suffisantes pour juger la Doctrine Hippocratique et conclure en faveur du Vitalisme animique? Non, et nous ne croyons pas inutile de joindre à ces arguments de nouveaux documents tirés des sentiments qu’avait le Vieillard de Cos sur la question qui nous intéresse.

Les notions le plus souvent erronées qu’Hippocrate avait sur la nature des tissus organiques et l’anatomie générale du corps humain , font qu’il a professé des opinions peu admissibles au point de vue de la respiration, de la circulation, de la nutrition et de la génération.

On lit dans Dutens 2 qu’Hippocrate connaissait la circulation du sang; Van der Linden, Hartmann, Barra, Ch. Patin, Heister, Noël Falconet, etc. , en ont dit autant. Mais nous pensons que Dutens exagère , attendu qu’il prétend avoir cru trouver des traces de cette connaissance dans les écrits de Platon , d’Aristote , de J. Pollux , d’Apulée et de Némésius 3, ce qui est positivement invraisemblable.

On doit donc penser raisonnablement qu’Hippocrate ne connaissait pas la circulation du sang. Pitcarn dit que la circulation décrite par Hippocrate ne doit être considérée

1 Voy. J. Matt. Gesner, Mém. lu à l’Acad. des scien. , Berlin, T. 1 , 1746 : Sentim. d’Héracl. el d’Hipp. sur les âmes.

2 T. II . p. 39, 46, etc.

3 II est positif , en effet, que Michel Servet et André Césalpin ont été les premiers à la connaître. . Haller prétend même que À. Césalpin a été le premier à décrire cette fonction animale. D’après Léonicénus, ce serait P. Sarpi qui en serait le véritable inventeur, et celui-ci l’aurait communiquée à Fabrice d’Aquapendente , qui, à son tour, l’aurait transmise à Harvey son disciple.

DU VITALISME ANIMIQUE

que comme un tlux et reflux qui se passerait dans les mêmes vaisseaux (les veines), attendu qu’avec ses contemporains et ses devanciers il pensait que les artères servent à transporter l’air dans le corps, et non le sang. La fausseté de cette théorie entraînait nécessairement une opinion erronée sur la respiration , et vice versa.

Mais il n’en est pas de même des connaissances de ce grand médecin touchant les vésicules séminales et les nerfs, dont il avait des notions positives. Portai déclare qu’Hippocrate connaissait l’anatomie des organes génitaux de l’homme et de la femme (mais imparfaitement). Au point de vue de la génération en elle-même, il paraît , d’après Reiger, qu’il avait des idées si vraies et si philosophiques quelles ont été renouvelées même de nos jours. C’est ainsi que , dans son livre De naturâ pueri, Hippocrate est persuadé que y « lorsque , dans la copulation , la semence de l’homme «domine en quantité ou en énergie, il en naît un garçon; » si c’est , au contraire, celle de la femme, il en résulte une » tille » . » Tout le monde sait que Buffon a adopté cette opinion ; elle est , certes , bien préférable à ces théories invraisemblables qu’ont imaginées certains auteurs.

D’après l’historien Dacier et quelques médecins , Hippocrate aurait enseigné (dans son Traité de l’aliment ) que le cerveau est l’origine des nerfs , que le foie est la source des veines , et que les artères sortent du cœur; il disait encore que les veines correspondent avec le cœur et s’y insèrent, mais n’en viennent pas. Pour ce qui est des nerfs, il est reconnu aujourd’hui qu’il donnait ce nom même aux tendons.

Cette ignorance en anatomie pourrait être un motif d’accusation contre Hippocrate de la part des mécaniciens et des organiciens modernes ; mais pour nous , animistes et vitalistes , ce n est point là une raison suffisante , à côté

1 C’est là aussi , à peu près, l’opinion émise par Stahl (vey. Génération).

ÉTUDES GÉNÉBALES.

de tant d’autres qualités si éminentes, nous dirons même si rares de nos jours. C’est pourquoi , malgré ces erreurs , forts des documents que nous venons de recueillir, nous pouvons dire et reconnaître qu’Hippocrate , qui , en grande partie , avait puisé ses idées religieuses dans les traditions Mosaïques et à l’école de Socrate , reconnaissait i’existence d’une Divinité toute-puissante et infinie en perfections; toutefois ses conceptions à cet égard ne pouvaient qu’être un peu altérées, quant aux apparences du moins, par le polythéisme païen dont il empruntait souvent la forme et le langage.

Il est évident, en effet, que, bien qu’il ait reconnu, en physiologie expérimentale , que rien ne peut parvenir à notre intelligence avant d’avoir préalablement passé par les sens : a Nihil esse in intellectu quod priùs non fuerit in sensu » ; il est évident que ses vertus toutes chrétiennes, et en opposition flagrante avec les enseignements païens et les doctrines sensualistes de tous les temps , devraient l’absoudre de toute imputation de sensualisme , attendu que ces vertus ne pourront jamais s’acquérir que par une lutte incessante contre les sens, contre la chair, et par une série de longues et sérieuses méditations. Ses conseils sont de la plus haute moralité ; et , joignant l’exemple au précepte , le noble Vieillard pratiquait lui-même toutes ces vertus , qui en firent un des premiers sages de la Grèce; car, disait-il souvent, le médecin philosophe ressemble à un Dieu : « laoQeoç , iriTpoç tpi Xocwtpoç 1 2 . »

Hippocrate, disons-nous, est le fondateur de la philosophie médicale; c’est lui qui a reconnu que la méthode empirique , guidée par la raison , est le plus puissant moyen d’arriver à la vérité 2.

1 Voy. notre T. II, Philosophie d’Hippocrate.

2 MM. les professeurs Puccmotti, de Pise, Franceschi, de Bologne, et F. Savi , de Rome, sont d’accord avec tous les Hippocratistes français sur ce point , quand ils disent : « Ippocrate è il vero fondatore del metodo » rauonale imperico , che risolvesi nella logica universale e Baconiana. » ( F. Savi, Studi Ippocr. )

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