PAR A.-L. BOYER
PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE MONTPELLIER , MÉDECIN EN CHEF DE L’HOSPICE SAINT-ÉLOl.
I. Le but principal du médecin dans sa mission spéciale étant la conservation de la -vie et de la santé, il doit avoir, de l’une et de l’autre , une idée vraie , exacte , précise.
II. La vie considérée phénoménalement , et dans un individu par rapport à lui -même, est cet ensemble de fonctions ou d’actes propres aux êtres vivants qui les font subsister et les conservent pendant un temps déterminé : celui-ci mesure la durée de cette vie. Quand on définit la vie dynamiquement , c’est l’ensemble des forces, des facultés spéciales des êtres vivants , qui servent à l’accomplissement des actes vitaux.
Chez les végétaux et les animaux , la vie est purement corporelle : elle est organique et végétative pour les premiers , végétative et sensitive pour les seconds.
L’homme seul ; sur notre terre , joint à la vie végétative et sensitive une vie supérieure , la vie intellectuelle et morale ( vie humaine spécifique), qui, dans ses plus hauts degrés, s’élève jusqu’à la vie spirituelle et religieuse.
La vie végétative est le fondement de la vie sensitive : l’une et l’autre (vie corporelle) sont la base de la vie intellectuelle et morale : le corps et ses fonctions vitales sont faits pour l’esprit et ses fonctions intellectuelles , morales , religieuses , qui constituent la vie de l’esprit.
III. L’agent instrumental de ces trois formes ou degrés de la vie , c’est le mouvement et la force motrice. Son agent substantiel, c’est lame immortelle. Celle-ci est donc d’abord un principe moteur qui donne l’impulsion aux forces motrices propres au corps et qui les
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dirige pour un but ; l’âme est le principe moteur et directeur des mouvements propres à la vie végétative , à la vie sensitive, à la vie intellectuelle , morale , religieuse. Mais pour mouvoir et diriger, il faut un acte supérieur , il faut des sensations , des sentiments , des idées , des volontés : l’âme doit donc avoir tout cela , se rapportant à ces modes de la vie ; elle doit être partout sensitive , intellectuelle, volitivite (ou voulante). On trouve , en effet, dans l’âme une sensibilité , une intellectivité , une volonté innées , et tout cela est triple : sensibilité , intellectivité , volonté vitales ou végétatives ; sensibilité , intellectivité , volonté sensuelles ou animales ; sensibilité , intellectivité, volonté intellectuelles ou humaines.
L’intellectivité et la volonté intellectuelles constituent l’intelligence et la volonté libre , la véritable volonté : l’intellectivité vitale et sensuelle, la volonté vitale et animale sont le vis œstimativa , de simples appétits. C’est par analogie, par métaphore, qu’on a donné le nom d’intellectivité , de volonté (vitales ou sensuelles) à ees facultés purement instinctives ou intuitives, et aux actes qui s’y rapportent.
Dans tous ses actes , l’âme agit tantôt par ses forces propres , tantôt sous l’impulsion de son corps impressionné et mis en mouvement de manières diverses ; elle est à la fois active et passive. Dans les diverses fonctions constitutives des trois vies, nous retrouvons la part de la sensibilité , de la motilité , de la plasticité.
IV. L’essence et le but de la vie corporelle , c’est la conservation du corps : la vie végétative le conserve dans sa crâse et sa constitution intimes; la vie sensitive , dans sa texture , sa charpente , ses formes extérieures. Aux actes fondamentaux de la vie végétative se rapportent surtout la sensibilité vitale des sens internes et les mouvements toniques; aux actes de la vie sensitive se rattachent les sensations externes et les mouvements locomoteurs.
V. De la vie végétative en général. — § 1er. Considérations sommaires. — On y distingue trois fonctions conservatrices : la circulation, les sécrétions et les excrétions, la nutrition. Nous avons déjà reconnu, dans les écrits précédents, l’indispensable nécessité de ce travail conservateur incessant; il repose sur ce fait , que toutes les parties du corps vivant sont et doivent être ,
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poUr leurs fonctions , dans un état constant de corruptibilité imminente , sans tomber dans la corruption : c’est la vie végétative qui , par sa lutte , maintient un juste équilibre.
La fonction vitale fondamentale est done la conservation de la crise ( de la mixtion ) corporelle.
Le corps humain , en vue de son exquise sensibilité , avait surtout besoin de flexibilité ; sa texture et sa crâse devaient , avant tout , être molles, flexibles; l’élément mueido-gras1 y domine, principalement dans les parties délicates ; il se rencontre aussi dans les parties plus dures , qui acquièrent une consistance plus grande par l’adjonction de principes plus solides.
Cet élément aquoso-mucido-gras est, chimiquement, fort disposé à la fermentation , à la dissolution , à la séparation de ses parties constitutives : cette tendance est favorisée par une humidité considérable et une chaleur modérée ; les fonctions et la force vitale conservatrices sont les agents qui maintiennent partout cette consistance , cette texture , cette corruptibilité en puissance ( au degré nécessaire dans les divers points ) , tout en empêchant cette dissolubilité de dépasser certaines limites et de devenir une véritable dissolution ou corruption.
Les fonctions conservatrices sont des mouvements qui s’opposent à ce que les parties les plus déliées , les plus fermentescibles , ne se livrent à leurs tendances, de manière à entraîner les autres avec elles : la force vitale dirige et surveille ces mouvements , afin de maintenir en tout lieu la mixtion ou crâse normale.
Le sang est la partie la plus disposée à la dissolution corruptive , parce que la mixtion mucido-grasse y est très-prononcée ; aussi les actes conservateurs s’y observent au plus haut degré. Le sang conserve sa texture et sa crâse , par la circulation , les sécrétions , les excrétions, etc. ; il se débarrasse et débarrasse ainsi, pendant son cours, tous les organes des matières qui sont ou pourraient être nuisibles ; car la nature ( ou force vitale) travaille avec prévoyance pour le présent et pour l’avenir.
1 L’élément muqueux de Stahl correspond à ce qu’on nomme aujourd’hui la protéine (albumine , fibrine, gélatine), l’élément gras répond aux principes graisseux et féculents.
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La nature s’occupe , avec une grande sollicitude , des parties les plus vivantes dont la texture et la crâse délicates sont exposées à une corruption imminente très-marquée , et chez lesquelles la limite peut aisément être franchie à chaque instant. Les actes vitaux y sont plus rapides, plus actifs; la surveillance est plus vigilante : ceci est manifeste pour le sang et le système nerveux.
Les tissus exsangues ou plus durs (membraneux, tendineux, ligamenteux, osseux, etc.,) ont moins de vitalité. Les tendances corruptives sont plus obscures et d’un autre genre ; on y observe plutôt un travail lent et ulcératif. Les efforts conservateurs généraux et locaux sont moins actifs , plus chroniques : cela tient à leur texture, à leur crâse où l’élément séroso- salin l’emporte sur l’élément mucoso-gras.
La crâse précède la contexture et la tient sous son empire. La force vitale dispose généralement bien toutes les molécules vivantes; si elles sont normales , il y a ordinairement peu de danger. Ce qu’il y a de plus grave , c’est la production de principes corrompus, corruptibles , se détruisant aisément et entraînant aussi la destruction des autres.
La nature règne en souveraine dans l’œuvre qui préside à l’arrangement des tissus. Il n’en est plus de même pour leur composition intime , leur crâse : là elle partage son empire avec les forces macrocosmiques ou physico-chimiques ; quand celles-ci l’emportent sur la force ou les actes vitaux ( microcosmiques ) , la ruine commence et le domaine de la vie s’affaiblit de plus en plus.
La force vitale, qui construit et conserve le corps , a une connaissance intuitive non-seulement de la crâse des parties , mais aussi de leur structure, considérée dans ce qu’elle a de plus intime. Ce qu’il y a de plus admirable , ce n’est point la figure extérieure , la charpente que les yeux aperçoivent ; c’est la disposition moléculaire (insaisissable pour la vue) des fibrilles élémentaires , de leurs interstices, cavités , méats , pores, etc.; le nombre des molécules est compté avec une rigoureuse justesse, leur situation , leurs rapports sont mesurés avec précision, et cela, depuis le commencement de la vie jusqu à la fin , en s’accommodant aux variations des âges , des sexes , en vue d’un but compliqué qui est atteint. Ce ne sont point
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des forces physico-chimiques aveugles qui disposent tout cela avec cet ordre mathématique si flexible et si rigoureux.
Tous les systèmes qu’on a imaginés pour transformer , même au point de vue organique , les animaux en de simples machines , s’évanouissent devant la contemplation de ces faits.
Passons maintenant à l’étude spéciale des trois grandes fonctions conservatrices de la vie végétative.
§2 .Delà circulation et du sang. — La circulation porte le sang dans tous les organes pour y entretenir la chaleur, la sensibilité , la motilité, et concourir aux diverses fonctions; mais elle est aussi un acte conservateur. Elle maintient le sang dans sa température , sa fluidité, sa constitution physique, chimique, vitale , normale : 4° en débarrassant l’organisme des matériaux nuisibles , vieillis , usés ( excrémentitiels ) , 2° en recevant et élaborant des matériaux nouveaux (récrémentitiels). En entretenant ainsi le sang dans son mode physiologique , elle rend le même service à tous les organes.
Le sang est formé de trois parties : 1» sang proprement dit , corpuscules arrondis , rouges ; 2° lymphe plastique ou nourricière , élément nutritif ; 3° sérum constitué par divers produits qui doivent être rejetés. Le sang est un fluide mucoso-gras, contenant de plus une grande quantité d’eau et de sels.
Le sang tout entier, ou sa partie lymphatico-séreuse , pénètre partout ( cœur , artères, veines capillaires, tissu spongieux ou parenchymateux général).
Ces tissus possèdent la sensibilité vitale ; le cœur et les gros vaisseaux ont la motilité animale involontaire ; les capillaires et le tissu spongieux , la tonicité. Les gros vaisseaux sont les réservoirs où les capillaires et le tissu spongieux puisent le fluide sanguin ; la force vitale se sert de la tonicité pour le distribuer aux diverses parties dans une juste mesure.
Le sang, poussé par le cœur et les vaisseaux artériels , est repris par les capillaires veineux qui le ramènent, par les veines, au centre circulatoire ; il parcourt un véritable cercle complet , ainsi que l’ont démontré les travaux modernes. Mais il ne faut pas croire , avec les latromécaniciens , que le mouvement circulatoire s’accomplisse en-
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tièrement par l’impulsion mécanique du cœur et des gros vaisseaux, distendus ou même stimulés parle sang ; la force tonique intervient, et l’âme exerce son influence en vertu de sa sensibilité et de sa volonté vitales : c’est ainsi que le sang est répandu dans tous les tissus en proportion variable , selon les besoins de l’organisme.
Au moment où une sécrétion doit s’opérer, le sang afflue en plus grande quantité vers l’organe sécréteur, et cet afflux s’accroît avec l’activité de la sécrétion. Pendant la menstruation , la gestation , la lactation , le sang se porte en abondance vers l’utérus et les glandes mammaires , et l’intensité de ce mouvement est sans cesse en harmonie , dans son degré comme dans sa durée , avec le but qu’il faut atteindre sans le dépasser. C’est une idée vitale qui se poursuit et se réalise régulièrement dans ses moindres détails.
Quand l’âme se livre à une méditation profonde , à un travail intellectuel énergique , le sang se dirige vers le cerveau où la circulation s’active : on peut faire la même remarque pour tous les organes des sens , quand ils se concentrent long-temps et attentivement sur un objet. La circulation générale et locale se modifie sous l’influence des passions et suivant leur caractère : on rougit de honte et de colère , on pâlit de terreur ; le pouls de l’homme qui poursuit une pensée profonde, n’est pas celui du poète entraîné par une inspiration rapide. Dans tout cela , la sensibilité, l’intellectivité jouent un rôle que l’on a trop oublié : il y a autre chose qu’une impulsion mécanique et grossière.
Pendant que le mouvement circulatoire s’accomplit, et sous son influence , le sang est soumis à des décompositions , des recompositions , des élaborations , des transformations successives qui coopèrent à sa conservation constante. Le chyle perfectionné devient du sang avec ses globules et sa lymphe nourricière ; la lymphe et les globules s’usent, se changent et se mêlent au sérum; les matériaux vieillis ou nuisibles disparaissent pour faire place à des matériaux jeunes et utiles ; les parties épaissies se fluidifient par l’introduction de parties plus liquides ; le calorique perdu est renouvelé par des actes calorifiques , parmi lesquels la respiration occupe le premier rang ; car on commet une erreur grave quand on soutient , avec nos médecins du XVlIe siècle, que la respiration rafraîchit le sang.
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§ 3. Des sécrétions et des excrétions. — Le système vasculaire uni au système lymphatico-chylifère est un vaste appareil sécréteur et excréteur sanguin : le sang est sécrété au moyen du chyle et de la lymphe, qui produisent par leur élaboration et leur évolution la lymphe nourricière plastique et les globules , tandis que le sérum est une véritable excrétion.
Toutes les sécrétions et les excrétions s’opèrent parle même mécanisme. Les organes chargés de ces fonctions choisissent dans le sang les matériaux nécessaires à l’œuvre qu’ils accomplissent, et les soumettent à leur élaboration spéciale; les sécrétions récrémentitielles s’emparent des principes utiles ; les sécrétions excrémentilielles saisissent les principes inutiles ou nuisibles , qui sont ensuite portés au-dehors.
Les actes mécaniques sont secondaires ; les actes fondamentaux sont vitaux. Il y a une action élective qui démontre des sensibilités spéciales, une sorte de tact, de sagesse ; tout se fait avec un ordre , une mesure , des compensations , des accords synergiques , qui supposent un régulateur unitaire pesant et proportionnant tout de manière à atteindre un but définitif ( la conservation de la constitution du sang et des fluides ) qui est obtenu au milieu d’une infinité de détails. Quand une sécrétion se modifie dans ses qualités ou ses quantités , des modifications nouvelles s’établissent dans les autres sécrétions de manière à établir l’équilibre.
Stahl insiste sur ce fait fondamental ; il donne une théorie générale des sécrétions et des excrétions , qui est tout au moins fort ingénieuse , et examine ensuite ce qu’il y a de spécial dans la sécrétion de la lymphe , du lait, de la salive , de la bile , du sperme , etc.
§ 4. Nutrition. — A. Dans la circulation il y a : 1 0 un mouvement progressif du sang , 2° des sécrétions et des excrétions ; et tout cela concourt à un acte végétatif conservateur. — B. Dans les sécrétions et les excrétions, on observe aussi: 1° l'acte sécréteur et excréteur , 2° un mouvement progressif; ce sont encore des fonctions conservatrices : les unes et les autres se rapportent aux fluides. — C. La nutrition présente aussi : 1° des phénomènes locomoteurs > 2° des actes secréteurs et excréteurs , qui s’appliquent aux solides. Les organes se
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réparent au moyen de matériaux nouveaux ( récrémentitiels) ; üs s’épurent en se débarrassant des éléments usés ou dangereux (excrémentitiels) : ces deux ordres d’éléments se meuvent et se mêlent au sein des courants afférents et efférents du tourbillon nutritif.
La nutrition embrasse dans ses phases successives : 1° la digestion dans le tube alimentaire ; 2° la sécrétion de la matière nutritive extraite du tube digestif, et son élaboration ultérieure; 3» l’assimilation , c’est-à-dire le choix des principes réparateurs qui conviennent à chaque partie , leur sage distribution , leur application à chaque organe , de manière que tout se renouvelle en restant sans cesse semblable à lui-même.
Dans la digestion, l’homme a une connaissance nette de ses besoins ; il exécute d’abord des actes volontaires : la sensibilité animale , les mouvements voulus apparaissent en première ligne ; plus tard, ou simultanément, la sensibilité vitale , la motilité involontaire, enfin la tonicité se mettent en jeu : Testomac se livre à des élections vitales , à des mouvements en harmonie avec son choix ; il a des sympathies et des antipathies instinctives , intuitives , pour les substances qui ne conviennent point à l’organisme ; il conserve le souvenir de celles qui ont causé des dommages , même lorsqu’elles flattent le goût.
C’est surtout dans l’acte assimilateur que la force vitale déploie le mieux sa sensibilité élective , et qu’elle poursuit avec une admirable constance l’exécution du type, de l’idée (sXSoç, , qui conserve partout la crâse, la texture, la forme des organes. Le cerveau, le- foie, les reins, les muscles, les os, etc., reçoivent la quantité de substance voulue ; la matière nerveuse , musculaire , osseuse , est saisie par les appareils nerveux , musculaire , osseux , etc. ; la quantité de matériaux à enlever ou à remplacer est pesée et mesurée avec une minutieuse rigueur ; chaque molécule se dépose dans le lieu qu’elle doit occuper, et se cimente avec les molécules voisines, etc. Ces actes ne sont point mécaniques; mais ils se modifient sans cesse en s’accommodant aux âges, aux sexes, etc., et s adaptent avec prévoyance à une foule de circonstances éventuelles qui sembleraient imprévues.
YI. De LA VIE SENSITIVE
ou ANIMALE. — § der. Sensations. —
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La vie végétative, la sensibilité et la motilité vitales, avec tout ce qui en découle , ont pour but , comme nous venons de le voir, de conserver le corps dans sa constitution et sa texture intimes par des actes subtils et déliés. La vie sensitive, la sensibilité animale, la motilité volontaire ont pour objet de défendre le corps contre des agents plus externes , plus volumineux , plus grossiers , au moyen d’actes plus évidents , en rapport avec la nature de ces agents. Certainement, les sensations avec conscience fournissent des matériaux à la pensée , les mouvements volontaires sont les exécuteurs des ordres de l’intelligence ; mais leur fin première, c’est la conservation du corps : l’âme , pour penser, vouloir et agir, s’occupe avec sollicitude de l’instrument dont l’intégrité est nécessaire pour l’accomplissement régulier de ces délicates fonctions. C’est surtout à ce point de vue que nous étudierons la sensation avec conscience et la locomotion.
La sensation eçt-elle active ou passive ? Est-elle une action ou bien un acte passif , une impression faite sur l’âme ? Elle présente ces deux modes. Quand nous voulons examiner un objet , nous tendons l’organe qui s’en occupe , pour que rien ne lui échappe ; nous dirigeons l’œil , l’oreille et toutes leurs parties pour recueillir et concentrer les rayons lumineux , pour saisir le son le plus faible ; l’âme est comme l’araignée ou l’oiseleur qui tendent leur toile ou leurs filets. Le soldat s’endort au milieu du bruit le plus violent qui se passe dans son camp ; il veille quand il est inquiété par les bruits lointains d’une troupe ennemie : si , dompté par la fatigue , il succombe au sommeil , son âme veille encore , et l’arrache au repos dès que le bruit se rapproche ou devient plus intense. L’âme est passive lorsqu’un objet extérieur impressionne les organes ou les tend à son tour; elle perçoit cette impression, mais elle peut l’affaiblir ou la rendre plus vive , selon qu’elle lui refuse ou lui accorde son attention.
Quand l’âme a imprimé à un organe sensoriel ou à ses nerfs un certain degré subtil de tension , et qu’une impression de dehors vient le modifier, l’âme s’aperçoit de cette modification , et la perception quelle en a constitue la sensation. Celle-ci est instantanée; une sensation prolongée se compose d’une série de perceptions de ce
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genre , ne durant qu’un seul instant. L’âme , pour percevoir, réagit sur l’impression d’origine extérieure , et ne saurait, rigoureusement être regardée comme passive. Son activité se révèle d’ailleurs par l’étendue, le degré, la concentration, la direction, etc., volontaires Qu’elle donne à la sensation , par les actes ultérieurs d’attention , de jugement , d’élection , etc.
La doctrine de la passivité de l’âme dans la sensation a introduit une foule d’erreurs qui obscurcissent cette vérité fondamentale :
« Le corps vivant est l’instrument et le laboratoire de lame raisonnable. » Ainsi, l’on a dit : 4° que la sensation s’opère automatiquement , mécaniquement , sans le concours actif de l’âme; 2° que la sensation résulte de l’impression des particules visibles , tangibles, odorantes, sonores, etc., émanées des corps, qui laissent des empreintes ineffaçables sur la substance molle du cerveau , d’où résulte le souvenir ; 3° que la sensation , ainsi effectuée d’une manière absolue , inévitable , en vertu de la structure mécanique, des parties, n’a aucun but déterminé ; 4<> que l’âme ne joue aucun rôle dans la direction des actes sensitifs ; qu’elle ne s’en sert point pour remplir ses intentions , pour satisfaire ses besoins ou ses désirs. Tout cela est en opposition avec la raison et l’expérience. Comment concevoir cette masse de traces permanentes dans le cerveau sous les impressions subtiles et passagères de tant d’odeurs , saveurs , etc. ? Comment se conservent-elles dans des molécules cérébrales plusieurs fois renouvelées par la nutrition , etc. ?
Ce qu’il y a de vrai , c’est que l’âme , dans les actes de la vie animale conservatrice , dirige activement ses organes sensoriels vers les objets externes , pour les étudier, pour juger ceux qui lui sont agréables et utiles ou désagréables et nuisibles , afin de se servir des premiers, de repousser les seconds ou de s’en éloigner. A la perception sensitive succède la comparaison , le jugement , le choix , actes qui ne sont ni mécaniques ni organiques , mais dynamiques ( inorganiques ) , et qui résultent de l’action directe , immédiate , spécifique, de l’âme pensante.
Tout cela s’opère rapidement et suppose dans l’âme des sentiments antipathiques , sympathiques , instinctifs , innés , en harmonie avec les rapports d’utilité ou de nocuité des corps qui nous environnent :
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ces sentiments primitifs sont irréfléchis d’abord , institués en nous par l’ordonnateur suprême , pour la conservation de notre corps.
Les jugements de ce genre s’opèrent avec une rapidité merveilleuse : nous discernons des milliers d’odeurs, de saveurs , dans leurs plus légères nuances , sans méditation profonde , sans analyse compliquée ; nous nous les rappelons sans pouvoir les représenter sous des images figuratives , pour en fixer le souvenir. Cette promptitude , cette puissance de jugement , de détermination volontaire que possède l’âme relativement aux objets de cette espèce , sans le secours de l’imagination , d’une comparaison grossièrement figurative, d’une longue réflexion, révèle dans l’âme une puissante disposition pour cette œuvre. Il nous semble voir là une trace, un léger rayon de cette splendeur intellective , de cette appréhension instantanée et lumineuse par laquelle le premier homme, avant la chute , reconnaissait au premier coup-d’œil les propriétés intimes de tout ce qui l’entourait ,. et donnait à chaque chose un nom en harmonie avec ces propriétés mêmes. Cette trace , qui se trouve dans ces jugements sensitifs conservateurs , est encore plus marquée dans la volonté sensitive correspondante , relative aux objets agréables, désagréables ou indifférents.
§ 2. Mouvement locomoteur. — Ce mouvement est appelé à juste titre mouvement volontaire , parce que la volonté le dirige pour nous approcher ou nous éloigner des objets , une fois que le jugement ou la faculté estimative nous ont appris que ces objets nous conviennent ou ne nous conviennent point. Ce mouvement est institué pour exécuter les intentions de l’âme et les directions qu’elle désire imprimer aux membres , dans le but de connaître les objets extérieurs et d’agir sur eux afin de s’en servir surtout pour les besoins de son corps : ce mouvement est surajouté au mouvement tonique , avec lequel il a les plus grandes relations. Le sens du mouvement (sens musculaire) est, comme les autres sens J un point capital qui mérite une sérieuse étude.
C’est d’après les sentiments de plaisir et de peine , etc., communiqués à l’âme par ce sens du mouvement J que celle-ci se décide dans les actes moteurs volontaires , dans leur direction , leur degré, etc. On a eu tort de croire que l’âme ne préside point à tout
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cela , d’après ses sentiments , ses sensations , ses idées , ses lois primordiales, etc. Les raisons que l’on donne pour réfuter cette proposition si vraie , sont plus spécieuses que solides : L’âme , diton , possédant la réflexion et le souvenir, doit les appliquer à toutes les fonctions; or, elle ne le fait point pour tous ces actes intimes; donc ce n’est pas elle qui les opère. Mais on ne remarque point qu’il est une foule d’actes appartenant à l’âme raisonnable qui échappent à sa réflexion, à son analyse , à son souvenir. Ainsi , quand nous visons un objet avec une pierre , nous savons que nous voulons jeter la pierre près ou loin ; et cependant avons-nous une connaissance intime , claire , précise , adéquate , de toutes les combinaisons corporelles instrumentales que nous mettons en jeu ? Par habitude nous visons juste , presque sans réflexion , analyse , souvenir.
Il y a dans notre âme raisonnable beaucoup d’actes qui s’opèrent sans conscience parfaitement distincte , sans raisonnement suivi , sans souvenir ; elle agit souvent par des sympathies ou des antipathies instinctives. Nous trouvons dans notre âme une sagesse , une raison non raisonnante > sensitive , intuitive , qu’il ne faut pas toujours dédaigner, bien qu’elle soit sujette à se tromper. Parfois elle a une aversion extrême pour le mouvement ou certains mouvements, dans des circonstances déterminées, dont la pathologie retire d’utiles enseignements. Cette raison non raisonnante , dans son action générale ordinaire d’ensemble , procède avec plus de simplicité , de constance , de certitude , que la raison raisonnante. C’est ce que l’on voit particulièrement dans la direction de l’économie vitale : delà, cette aversion pour certains aliments , pour les médicaments , qui nous donne plus d’une fois des avertissements dont il faut tenir compte. Le raisonnement s’efforce d’en triompher, il arme contre elle la volonté raisonnée ; et cependant la victoire , achetée par une longue lutte , finit souvent par se déclarer en faveur de la raison qui ne raisonne pas. Le sens vital est une faculté spéciale de l’âme que le médecin doit examiner avec une grande attention : c’est une source précieuse de connaissances théoriques et pratiques.
VIL Du sommeil. — Le repos est la cessation des actes locomoteurs volontaires ; le sommeil est la suspension des actes sensitifs externes et de la pensée. Si l’âme est tout à la fois active et passive
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dans ces deux fonctions , mais que l’activité y domine , comme nous l’avons démontré , on doit en conclure qu’elle se montre de même dans le sommeil, et que celui-ci a lieu quand elle ne veut plus sentir ou penser, quand elle ne tend plus ses organes pour accomplir ces deux fonctions. Cette proposition peut se prouver aussi directement par l’observation. Quand l’âme est agitée par des sentiments vifs , par des passions , le sommeil est difficile et troublé ; la crainte , la tristesse , les désirs ardents l’éloignent ou l’empêchent entièrement, ainsi que les méditations profondes. Les sujets peu intelligents , insouciants , à imagination froide , dorment beaucoup ; les personnes dont l’esprit est vif, l’imagination ardente , se livrent aisément au sommeil dans leurs moments de calme et de paresse. Le sommeil est court, léger, inquiet chez les bilieux et les mélancoliques ; il est prolongé , profond , tranquille chez les sanguins et les phlegmatiques.
L’enfant, dont les sensations et les pensées sont superficielles, dort beaucoup et souvent; il sent que le temps ne lui manquera pas. Le vieillard , plus soucieux, plus méditatif, repose peu; il veut profiter des quelques instants qui lui restent et de ce présent qui n’a presque pas d’avenir.
Les rêves sont un demi-sommeil , composé de lambeaux de sensations, de souvenirs, d’imaginations, de pensées, mal associés ensemble parce que le travail synergique des diverses facultés de l’âme ne vient plus en maintenir et en assurer l’harmonie.
Ce qui prouve encore l’activité de l’âme dans le sommeil , c’est le réveil à une heure précise , lorsqu’une volonté forte l’a commandé pendant la veille. L’âme compte et mesure le temps avec exactitude , sans que l’homme ait conscience de ce travail sourd et de cet effort continu. Cette œuvre cesse d’être pénible par l’effet de l’habitude : on se réveille alors chaque jour à une heure fixe , sans un ordre formel et réitéré de la volonté.
On doit reconnaître , néanmoins , qu’il y a aussi dans le sommeil un élément passif dans lequel les causes matérielles viennent montrer leur influence ; mais celles-ci agissent probablement sur l’âme et la vie intellectuelle et morale plus encore que sur le corps et la vie corporelle. On peut le constater dans l’ivresse somnolente, dans
argument.
le sommeil par narcotisme : alors l’âme entreprend une lutte pen. dant laquelle on la voit tour-à-tour reprendre et perdre une action affaiblie ou désordonnée; son activité se porte vers des idées bizarres mal coordonnées, sur lesquelles elle se concentre : de là, ces hallucinations , ces pensées et ces actes étranges et confus qui se prolongent jusqu’au moment où ce sommeil éveillé , mélange de deux états contraires, est complètement dissipé.
L’assoupissement qui suit un repas copieux est une preuve nouvelle de l’activité de l’âme dans le sommeil : nous sentons alors le besoin de concentrer toutes nos forces sur le travail digestif qui est pénible , et l’âme cède volontiers , sans effort , sans résistance , à cette utile et salutaire sollicitation.
VIII. Génération. — C’est une fonction plastique du même genre que la nutrition ; mais elle a des caractères spécifiques. La force génitale plastique a été attribuée surtout au sperme du mâle, à ses esprits vitaux, génitaux, soit innés et inhérents, soit incurrents et influents; on leur a donné ainsi de l’intelligence , de la science, etc.
Il est plus naturel de rattacher à l’âme cette force plastique intellective, motive, directrice, qui construit le corps pour l’approprier à ses usages. Quelques physiologistes ont accordé aux agents intermédiaires imaginés par eux la force motive impulsive , et à l’âme sa direction.
On a soulevé à propos de la génération une foule de questions qu’on ne peut résoudre scientifiquement , c’est-à-dire rigoureusement et démonstrativement. Quels sont dans l’acte plastique formateur lç rôle de la mère , du père , du principe animateur de l’enfant ? Comment ce principe animateur s’introduit-il avec la semence? Pour tout cela, nous sommes réduits à des conjectures. Slahl combat diverses hypothèses physiques, métaphysiques, l’action exclusive directe de Dieu, etc.; il décrit ensuite, expérimentalement, les phénomènes de l’évolution fœtale ; puis il émet les propositions suivantes :
4° L’homme est constitué par un corps (agrégat matériel) et par une âme immortelle , douée de sentiment , d’intuition , de raison et de raisonnement , qui dirige immédiatement tous ses actes vitaux , animaux , intellectuels et moraux , en se servant de ce corps comme d’un instrument.
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go Cette âme a une connaissance intuitive ou instinctive , sans conscience, innée, des actes nécessaires pour le construire dans une matière convenable qui lui est donnée, pour le développer, le conserver, le nourrir.
50 Reste à savoir à quelle source lame humaine fœtale puise sa matière corporelle première, ses forces motives, ses idées directives innées. Ici surtout apparaissent les conjectures, les opinions; voici celles que Stahl regarde comme les plus probables.
A. La mère fournit la matière première en entier et les premiers matériaux nutritifs ; B. elle imprime, de plus, dans une proportion notable, le cachet , l’idée typique de la configuration; C. le père a aussi sa part sous ce rapport , mais c’est lui qui donne surtout l’impulsion motive, l’étincelle ; D. l’âme du fœtus formée par Dieu en reçoit l’intelligence et tout ce qui s’y rapporte. Quand elle a pénétré dans la matière fournie par la mère et excitée par l’impulsion paternelle , elle profite de ces cachets , de ces idées typiques maternopaternelles pour construire les rudiments fondamentaux de son corps, le développer, etc. Gela fait, l’évolution ultérieure rentre dans les actes plastiques de la simple nutrition.
Les deux grands appareils fondamentaux sont le système nerveux et le système vasculaire.
IX. De la vie intellectuelle. — L’homme a été créé {tour la vie intellectuelle ; il est sorti des mains de Dieu une intelligence servie par des organes. Mais, abusant de sa liberté, il a été frappé parla chute, et la vie corporelle est devenue pour lui si difficile , la vie intellectuelle si pénible , que la plupart des hommes ne sont plus que des organismes servis par une intelligence qu’ils asservissent le plus souvent. L’homme d’aujourd’hui: n’est que l’ombre , le fantôme de l’homme primitif, du protoplaste ; il ne présente que des traces fugitives et presque effacées de ses splendeurs premières , physiques , intellectuelles, morales, et l’on ne parvient qu’avec beaucoup d’efforts et d’attention à reconnaître le véritable homme dans l’homme tel qu’il s’est fait maintenant. Le rayon divin primitif qui nous illuminait d’abord s’est tellement affaibli et se perd au milieu de si profondes ténèbres, qu’il parvient à peine à en éclairer quelques parties. La région obscure et inférieure de l’âme a si bien envahi la portion
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claire et supérieure, que la conscience humaine , altérée, renfermée dans d’étroites limites , ne rend chez la plupart des hommes qUe des témoignages sourds et indécis ; que la volonté libre , incertaine énervée, chancelante, subit mollement, ou après une lutte courte et sans énergie , tous les jougs que la volonté sensuelle vient lui imposer à chaque instant.
L’homme était un organisme admirable dans lequel la vie corporelle servait de base à la vie intellectuelle qui en formait le couronnement ; l’édifice a été ébranlé depuis son sommet jusqu’à sa base ; la vie corporelle a pris le dessus sur la vie animale ; le physique a dominé le moral; l’animal a dominé l’homme. La psychologie vitale et animale (si l’on veut nous permettre cette métaphore) a troublé, altéré, affaibli, effacé presque et dénaturé la psychologie humaine.
X. Des passions. — Les passions n’appartiennent pas exclusivement à la vie raisonnable et intellectuelle , elles se rattachent aussi à la vie corporelle ; si elles se rapportent aux actes raisonnants et sensitivorationnels , elles exercent de même une influence évidente sur les fonctions vitales les plus générales et les plus spéciales. Cette influence des passions présentes n’est point superficielle ou précaire, car elle produit la défaillance ou les plus graves excès dans les mouvements vitaux, comme le prouvent les variations du pouls dans la joie , la terreur, etc. Les esprits les plus simples, les enfants, les femmes , les hommes dont la raison manque d’exercice ou de fermeté, nous montrent cette action de la manière la plus manifeste.
La vie corporelle , à son tour, les fonctions vitales agissent vivement sur la vie intellectuelle , sur les mouvements de l’âme , de telle sorte que l’esprit est plein de vigueur ou languit suivant les dispositions du corps. L’intelligence subit des troubles en harmonie avec la nature et la gravité des lésions corporelles , ainsi qu’on le voit dans les divers délires , surtout dans les délires maniaques.
J’éprouve de la répugnance à rappeler les fables misérables au moyen desquelles nos modernes ont voulu expliquer ces faits remarquables : ainsi , l’on a dit que les objets physiques externes , au moyen de rayons lumineux , de vibrations sonores, de chatouillements sensitifs , mettaient en jeu les esprits ( vitaux et animaux) qui imprimaient mécaniquement sur le cerveau , comme le feraient un
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cachet ou un poinçon, des images visuelles, sensitives, olfactives, etc., représentant les qualités de ces objets mêmes , et l’on a fait reposer là-dessus toute la théorie des sensations et des actes psychologiques.
J’examinerai seulement , en passant , la doctrine de ceux qui soutiennent que les effets des passions sur les actes vitaux s’expliquent aisément par la perturbation des esprits : l’âme troublée et chancelante imprime, suivant eux, des mouvements désordonnés et tumultueux aux esprits intellectuels, qui répandent une perturbation correspondante dans la légion entière des esprits (vitaux, animaux, etc.), et ceux-ci altèrent de même toutes les fonctions auxquelles ils président. Gette théorie , spécieuse quand on se borne à un examen superficiel et général , tombe d’elle-même en ruines dès qu’on essaie de l’appliquer aux faits particuliers, aux détails. Dans le désordre même des passions , on découvre encore certaines lois, certaines tendances de l’âme qui , sous leur influence pathé tique, cherche à imprimer à ses actes et à ses mouvements une direction synergique en rapport avec les sentiments dont elle est agitée.
Dans les passions , l’âme travaille rapidement et sans une élaboration droite et convenable sur les impressions sensitives ou sur les souvenirs qu’elle puise dans son imagination : de là , des conclusions intempestives et prématurées qui ne sont point accompagnées d’une appréciation convenable de toutes les circonstances , ou du moins des circonstances fondamentales qu’il faudrait exanjjner et peser par une estimation raisonnée et morale , plutôt que par un sentiment et un jugement brusque et purement sensuel. De ces conclusions brutes et précipitées résultent des intentions ou des volontés intempestives, qui entraînent des mouvements réellement volontaires correspondant à ces intentions et offrant le même caractère. Ainsi, dans la colère , nous voyons des efforts impétueux pour saisir, repousser, arracher, dompter ; le sang se porte .vers les parties extérieures , vers les muscles , dont les trépidations toniques de plus en plus puissantes et rigides préparent le corps au développement d’une force et d’une vigueur plus grandes pour exécuter les mouvements volontaires les plus énergiques et les plus violents ; les mouvements convulsifs sont parfaitement en rapport avec ces luttes impétuéuses T. III. â
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que les hommes entraînés par une vive colère soutiennent contre ceux qui veulent les retenir ou s’opposer à leurs efforts. La colère assouvie selon les désirs de l’âme , quand elle n’est pas suivie de repentir, ne nuit point au corps ; s’il arrive , au contraire , qu’elle soit comprimée sans être satisfaite, elle laisse dans l’esprit, lorsqu’elle est violente , un long ennui , une longue inimitié , et entraîne dans le corps des actes digestifs et nutritifs vicieux, des langueurs et du marasme dans les fonctions vitales , du délire et des convulsions. Ces exemples, et cent autres du même genre, démontrent l’accord et l’harmonie des intentions , des tendances morales et vitales, ainsi que le lien qui les unit.
XI. Des tempéraments. — Le tempérament est physique ou moral: chaque homme a , dans les actes de sa vie corporelle et de sa vie intellectuelle et morale, un mode spécial, un type général qui le caractérise; ce type constitue son tempérament. Le tempérament physique représente le caractère de sa force vitale, le tempérament mord celui de sa force intellectuelle et morale : or, ces deux tempéraments ont l’un sur l’autre une si grande influence , ils sont liés par des rapports si étroits, que l’un d’eux peut servir à juger l’autre. Ceci, du reste , est facile à concevoir : le tempérament physique détermine la quantité , la direction , les qualités , etc. , des mouvements que la force vitale imprime à l’organisme vivant ; il donne donc à la force vitale ses habitudes , ses tendances , son type; celui-ci se réfléchit sur la force pen^nte , qui prend un type correspondant. Aussi l’on peut affirmer , avec les anciens , que les habitudes et les mœurs de l’âme suivent les tempéraments et sont en harmonie avec eux.
Cette proposition, qui s’établit naturellement à priori, se démontre parfaitement au moyen de l’observation directe.
Il y a deux types fondamentaux de tempéraments, qui donnent naissance aux quatre tempéraments cardinaux : le sanguin , le lymphatique , le bilieux, le mélancolique. Ces tempéraments se moulent sur la crâse du sang, qui détermine aussi celle des solides.
Dans le tempérament sanguin, les principes aquoso - salins , fibrineux, sulfuro-gras , sont dans de bonnes proportions; le sang riche , délié , florissant , convenablement fluide , pénétré d’une douce chaleur, coule facilement dans des vaisseaux suffisamment amples
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à travers des tissus spongieux et parenchymateux aisément perméables ; toutes les fonctions s’exécutent régulièrement, sans effort;
]e pouls est large, sans trop de plénitude, libre , exempt de tension.
Chez les phlegmatiques (lymphatiques) , le sang est trop aqueux, manque de chaleur et tend à la dégénération saline ; il coulerait sans peine dans des vaisseaux étroits et des parenchymes lâches , si ces organes avaient un ton assez grand; mais il éprouve des embarras parce que ce ton fait défaut et que ces parties sont chargées de sérosité ; le pouls est lent , mou , faible ; il y a peu de chaleur , d’ardeur , d’activité ; la graisse devient abondante.
Les bilieux ont un sang fibrineux où l’élément sulfuro-gras , inflammable, prédomine; les vaisseaux sont amples et tendus, les tissus denses et serrés ; néanmoins le sang bien coulant se répand dans tous les points qu’il doit parcourir , grâce à sa constitution même, au ton des parties , à l’excitation qu’il produit. Aussi le pouls est- il vif , plein , fort , la chaleur élevée ; tout se fait et a besoin de se faire avec une activité soutenue. Le sang tend à s’échauffer et à subir des fermentations corruptives plus vives et plus profondes.
Le sang des mélancoliques ou atrabilaires est surchargé de matières terreuses , tandis que le principe sulfuro-gras existe dans une proportion relativement trop petite : ce liquide , noirâtre , peu dilué , visqueux , tendant à s’épaissir, coule difficilement à travers un tissu spongieux aride et compact; une impulsion puissante est nécessaire pour vaincre ces obstacles; aussi le pouls , ffein et très-fort, offre néanmoins de la lenteur.
Les tempéraments moraux qui correspondent à ces tempéraments physiques, sont tout-à-fait en harmonie avec eux.
Ainsi , chez les sanguins , où la force vitale remplit les fonctions corporelles avec facilité , l’âme se complaît dans les jouissances qui en résultent et s’habitue à ne se livrer qu’à de médiocres efforts ; aussi les sanguins ont l’esprit libre, ils sont gais, voluptueux, insouciants , amoureux de l’abondance et des plaisirs sensuels qu’ils apprécient avec intelligence ; bien qu’ils se complaisent dans une douce indolence , ils aiment la gloire et les honneurs faciles ; ils se montrent ouverts , peu rusés , peu défiants , troublés en présence de 1 imprévu , pleins d’anxiété en face des obstacles subits , graves et
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présentant quelque apparence de danger ; manquant de toute résolution , et même désespérés dans les périls véritables et pressants, ils deviennent vains et glorieux quand l’orage est passé et qu’ils ont eu le bonheur de lui échapper ; s’ils ont été forcés de supporter quelque lutte , ils sont pleins de faconde pour célébrer leur courage ; l’expérience des plus légers périls les rend timides , mais lorsque rien ne les menace , ils savourent avec délices les charmes du loisir et de la sécurité.
Stahl établit de même les relations qui se trouvent entre chaque tempérament physique et moral. L’âme, dans ses facultés psychiques, prend des habitudes d’ardeur, de sollicitude, de persévérance, etc., ou de faiblesse , d’indolence , d’incurie , selon que sa faculté vivifique , d’après les soins que réclame le corps à cause de sa constitution , offre des habitudes de ce genre.
XII. Des âges. — L’homme, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, présente une série d’évolutions soumises à des lois assez fixes pour qu’on puisse les diviser en périodes : celles-ci prennent le nom d’âges, marqués par des mutations importantes, et établissant la double échelle ascendante et descendante que nous parcourons pendant notre existence.
Les différences physiques et morales qui caractérisent les âges , tiennent aux variations de l’activité vitale. En vertu d’une loi primordiale , elles sont soumises à la septennalité. C’est par suite des lois qui lui sont |^opres que l’âme déploie, pendant chaque âge, des modes spéciaux appropriés à la texture des parties , à l’état des fluides , aux actes qu’il faut accomplir, au but qui doit être atteint. Ce principe donne la clef des phénomènes qui se manifestent dans les divers âges. Il y a là un plan , un type , une idée générale que l’âme réalise, en réglant sur elle les quantités , les qualités, les directions de ses forces sensitives et motrices.
On distingue six périodes principales , qui peuvent elles-mêmes se subdiviser : l’enfance , la jeunesse , l’adolescence , la virilité , la vieillesse et la décrépitude.
La vie corporelle ( nutritive et sensitive ) qui sert de base et de support à la vie intellectuelle et morale et qui la précède , est celle dont l’âme doit s’occuper spécialement dans l’enfance ; les systèmes
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nutritif et sensitif sont alors les centres d’une grande activité. Les appareils digestifs ( bouche , estomac , intestins , glandes correspondantes , vaisseaux lymphatiques , chilifères , organes sécréteurs , la peau , etc.) d’une part , les organes des sens de l’autre , deviennent le siège d’un travail considérable et incessant; aussi est-ce vers la tête , l’abdomen , etc., que se dirigent les mouvements fluxionnaires. L’enfant mange , sent et dort pour développer son corps , se mettre en rapport avec le monde extérieur et réparer par le sommeil cette fatigue de la veille. Le tourbillon nutritif et sensitif est considérable ; le pouls est rapide sans être fort , parce que les fluides sécréteurs ont besoin de traverser promptement toutes les parties , et qu’ils le font sans effort, au milieu de tissus tendres , lâches , aféolaires, d’une extrême perméabilité. Les systèmes moteur et sensitif présentent le même caractère : l’impressionnabilité est vive , prompte , mais inconstante et superficielle ; les mouvements , très-multipliés , ont peu d’énergie , peu de persistance , ils sont incertains et mal déterminés ; les excrétions sont abondantes et actives , comme les sécrétions et la nutrition ; la mémoire et l’imagination se développent successivement et dans un temps assez court ; mais ces facultés sont, avant tout , sensitives. L’enfant saisit vite et se rappelle aisément, mais il réfléchit à la hâte et ne creuse pas.
Ceci nous explique toute la physiologie des enfants et leur pathologie; ses maladies ont surtout pour siège la tête et la face (l’encéphale , les yeux, les oreilles, la bouche, etc. ) , les systèmes digestif et lymphatique, la peau, les muqueuses, etc. Le caractère de ses affections est , de plus , nerveux , spasmodique > convulsif.
XII. Du sexe. — La femme diffère de l’homme : l°par une sensibilité physique et psychique plus grande ; 2° par la disposition de ses tissus plus molle , plus délicate , moins serrée , plus faible , qui lui donne un tempérament plus humide, plus aqueux ; 3° par une prédominance des forces nutritives et plastiques ; 4« par la spécialité de ses organes reproducteurs , gestateurs , et le but auquel ils sont destinés ; 5° par les fonctions menstruelles. Toutes ces propositions sont simples et évidentes ; arrêtons-nous sur la prédominance des actes nutritifs et hémato-poiétiques , et sur la direction spéciale du sang vers 1 utérus. Ce dernier point se rapporte à la fonction dominante finale
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de la femme , la nutrition du fœtus : cette fonction laisse partout son empreinte.
Le sang est surabondant chez les femmes , ainsi que le prouvent la nécessité de l’évacuation menstruelle et les troubles qui accompagnent les dérangements de cet acte d’excrétion sanguine , le seul normal , le seul naturel dans l’espèce humaine. Il fallait que cela fût ainsi ; car la femme , depuis le moment de la puberté , étant toujours prête à concevoir, porter, nourrir, allaiter des enfants , devait avoir constamment pour cet objet un excédant de sang en réserve ; aussi la menstruation cesse pendant la gestation, diminue durant l’allaitement et reparaît ensuite avec sa régularité accoutumée 1 .
La femme, lymphatico-sanguine, avec des vaisseaux médiocrement volumineux , doués, ainsi que le cœur, d’une force qui n’est pas trèsgrande , avait besoin de présenter partout une texture molle et spongieuse , pour que le sang pût traverser les organes sans effort et y être contenu sans peine, malgré son abondance. Chez elle, nous voyons abonder les tissus cellulaire et spongieux où se ramifie un vaste réseau de vaisseaux capillaires fins , déliés , largement anastomosés entre eux. Les systèmes lymphatique et nerveux capillaires présentent la même disposition. Cette texture est en harmonie avec l’exquise sensibilité de la femme et avec le rôle qu’elle doit remplir. C’est à elle qu’on doit rattacher sa fraîcheur, son éclat , la rondeur, la suavité , la grâce de ses mouvements , de ses formes , le caractère spécial de sa sensibilité physique, etc. Celle-ci se rapporte au désir et à la nécessité de plaire; elle s’accommode, dans l’occasion, aux commotions vitales , rapides et intenses qui sont quelquefois nécessaires pour faire face aux obstacles et aux dangers des distributions et des progressions vitales insolites du sang. La femme présente aussi dans sa nature psychologique des modes sensitifs et pathétiques ( passionnels ) qui lui sont spéciaux : nous noterons surtout le désir de plaire , la timidité , la disposition à une vie oisive plutôt que laborieuse et pénible, l’inconstance. On pourrait en
1 Cette remarque permet d’expliquer naturellement l’existence de la menstruation si exclusive à la femme , qu’elle ne se retrouve point ailleurs. La menstruation est la cause plus encore que l’effet du détachement de l’ovule , qui a lieu chaque mois : s’il en était autrement , les femelles des ovipares devraient avoir une menstruation quotidienne.
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trouver la cause éloignée dans sa véritable destination finale, la conservation de l’espèce. Le désir et les moyens de plaire lui sont donnés pour inspirer de l’amour ; la méticulosité , la sollicitude lui étaient nécessaires , puisqu’il lui faut de la vigilance non-seulement pour elle , mais aussi pour un être plus délicat auquel les objets du dehors peuvent porter des atteintes graves ou fâcheuses qu’il importe de prévoir avant même qu’elles n’aient agi ; enfin , l’inconstance , la mobilité la disposent à répandre son affection sur plusieurs enfants qui viendront l’entourer, dont elle sera le premier instituteur, le gardien et l’appui.
XIY. De la mort. — La mort est naturelle (par vieillesse) ou accidentelle (par maladie, par une grande violence physique). La mort naturelle est bien plus rare chez l’homme que chez les animaux , surtout chez les bêtes féroces vivant à l’état sauvage. Il est cependant un certain nombre d’hommes qui meurent par les progrès de l’âge , et l’on est en droit de se demander : Pourquoi meurent-ils dans ce moment plutôt que dans un autre ? Puisqu’ils ont pu vivre pendant si long-temps , pourquoi ne continuent-ils pas encore à conserver l’existence ?
Bien des médecins qui ne peuvent pas expliquer la vie, s’imaginent qu’ils expliquent parfaitement la mort ; mais leur théorie ne supporte point un sérieux examen , car ce dicton populaire : « Tant va la cruche à l’eau qu’enfin elle se casse » , et tout ce qui lui ressemble, ne constitue point une démonstration scientifique.'
On dira que la mort naturelle est due à l’altération successive des instruments matériels , suite de l’âge ; que l’on voit , en effet , peu à peu les rides de la peau , la chute des cheveux et des dents , l’affaiblissement des muscles , etc. ; que le temps et le service usent les organes, etc. Mais à tout cela on répondra : 1° Pourquoi jusqu’après trente ans les organes acquièrent-ils plus de force et de développement, au lieu de s’user? Pourquoi un exercice convenable, loin de produire cette usure, détermine-t-il en eux un accroissement de volume et d’énergie? (Ici, nous sommes certes bien loin des lois et des nécessités mécaniques.) Pourquoi tant de vieillards , avec une apparence caduque , continuent-ils à vivre et à jouir d’une bonne santé ? Pourquoi , dans les maladies chroniques ,
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l’existence se maintient - elle malgré de très-graves lésions matérielles? Pourquoi celui-ci résiste-t-il avec des altérations de ce genre , tandis qu’un autre succombe à des lésions bien moins considérables ?
Il ne faut donc point s’arrêter simplement à des considérations mécaniques absolues et à l’examen du matériel de l’organisme ; on doit remonter jusqu’aux fonctions , aux facultés , à l’activité , à la force vitales. C’est là ce qui règle, dans l’ensemble et dans les détails , l’accroissement et le dépérissement graduel qui se termine par la mort. L’énergie impulsive et conservatrice de la force vitale a une durée limitée , après laquelle elle décroît et puis s’éteint. On sait d’ailleurs que l’âme partage avec les forces macrocosmiques l’empire qu’elle exerce sur la crâse de nos parties , et qu’elle peut être plus ou moins vaincue dans la lutte qu’elle doit soutenir. « On ne meurt point parce que l’on est malade, mais parce que »l’on vit : le même danger nous menace encore après la guérison.» Morieris non quia œgrotas J sed quia vivis : ista te calamitas etiam sanatum manet . (Sénèque.)