INTRODUCTION
Au bien-aimë Lecteur , salut !
On lit dans le traité de Plutarque sur les rhéteurs célèbres , qu’un certain Corinthien fit afficher un jour qu’il s’engageait à guérir toutes sortes d’affections morbides à l’aide seulement de consultations orales ; mais l’auteur ne dit pas quels furent le succès et l’issue de ces prétentieuses promesses.
Certes , personne n’ignore que des paroles et des conseils prononcés avec une prudente réserve , et portant en soi le caractère d’un langage sincère et véridique , peuvent être d’une très-grande efficacité dans ces sortes d’affections , qui semblent être basées plutôt sur une simple appréciation de l’esprit que sur une juste vérification des faits , j’en conviens. Mais se borner à de semblables médications, c’est-à-dire à de simples consolations , lorsqu’on aurait affaire à une véritable lésion ou altération corporelle , serait T. III. 3
une chose aussi vaine qu’inutile et préjudiciable , attendu qu’il est avéré que nous avons une nombreuse quantité de
et qui , par leur vertu toute physique , peuvent agir d’une manière avantageuse sur les souffrances corporelles, les soulager, et opérer même de puissantes cures radicales.
Il importe donc de se prémunir sérieusement contre cette funeste pratique , et de prendre bien garde de ne point intervertir l’ordre des choses , c’est-à-dire de négliger, d’une part, l’administration des remèdes d’une efficacité connue , pour se borner, d’autre part , à porter par de vains mots, la persuasion dans l’esprit des malades , ou, comme on le dit proverbialement , à ne donner que des paroles.
Bien que je sache pertinemment que personne n’osera jamais révoquer en doute la justesse et la valeur de cette proposition , je suis intimement convaincu cependant qu’il se trouvera des gens qui traiteront mes conseils de vains et de superflus , prétextant qu’il est impossible de rencontrer un homme qui prétende sérieusement employer de simples discours contre des choses d’une si haute importance , ou , en d’autres termes , assez peu sensé pour opposer de simples paroles à des maux réels.
Néanmoins , les faits se passent tout autrement , et cela se pratique précisément de la manière que je le rapporte dans mon assertion ci-dessus : la preuve en est, d’un côté, dans cette foule de sentiments divers émis touchant les modes de conception ou diagnostic et la curation ou traitement des différentes maladies qui affligent le corps humain, sentiments qui semblent se multiplier encore de nos jours ; d’un autre côté , dans les opinions contradictoires de la plupart des médecins consultés sur un seul et même genre
de maladie , et , d’autre part enfin , dans certaines préparations tant vantées par le public , et qui , appréciées sans prévention , sont d’un effet si douteux , si faible , je dirai même le plus souvent d’un danger si funeste , qu’on n’en obtient presque jamais rien de vrai , rien de positif , rien de stable, rien de constant, rien qui soit le moins du monde actif, efficace et qu’on ne puisse d’ailleurs obtenir, avec plus de succès encore, de plusieurs autres manières, soit en observant , en épiant les mouvements spontanés de la nature , soit en les suivant , en leur obéissant même , soit enfin en les aidant dans leur marche.
Or, puisque c’est véritablement là le fait qui, pardessus tout , mérite de fixer de la manière la plus absolue l’attention du médecin, il convient de se tenir en garde contre toute détermination irraisonnable, et de bien considérer qu’en appliquant d’une manière ridicule et téméraire , aux besoins pressants de notre corps , de simples médications orales, s’éloignant de leur but par la nature même des choses , nous pouvons nous laisser abuser et négliger l’emploi de moyens plus puissants et vraiment efficaces , alors que , fascinés par le charme de ces prétendues curations , nous ne craignons pas de laisser de côté les remèdes auxquels nous devrions accorder une juste préférence.
Pline le Naturaliste 1 me semble adresser un violent reproche aux hommes, quand il leur dit que «rien ne » devrait tant leur plaire que l’étude de la nature même » des choses. »
Que pouvons-nous, que devons-nous, en effet, misérables mortels, trouver ici-bas de vrai, de constant et de positif, si , ne pouvant dévoiler les beautés secrètes de la nature ,
1 Hist. nat., lib. XIX.
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ses actes et ses mystérieuses opérations , nous en négligeons du reste et nous en dédaignons la précieuse recherche ! Persister dans une pareille voie , ne serait-ce pas , je le demande , renoncer de propos délibéré à l’étude des choses vraies et d’une existence non équivoque , pour se jeter imprudemment dans de pures fictions et dans des rêves creux de l’imagination ?
Quiconque n’approuverait pas ces raisons devrait , du moins , s’en rapporter à cet avis si précieux de Sénèque , enseignant que «l’homme réellement sage est celui qui » sait étudier attentivement la nature , et qui est assez pru.- » dent pour revenir à la vérité lorsque , par erreur ou par » mégarde , il s’en est éloigné. »
Les affections morbides qui affligent l’économie animale constituent évidemment les écarts , les erreurs de la nature qui font sortir cette économie de l’intégrité parfaite de son état normal. Dans cet état de choses , où s’arrêtera la nature ; comment résistera -t- elle ; par quel chemin pourra-t-elle revenir; quelle voie, quelle direction prendrat-elle, quelle issue lui sera-t-il permis d’espérer? Certes, ce serait bien inutilement qu’on irait chercher ces divers moyens en dehors des analogies que je viens d’établir cidessus , c’est-à-dire en dehors des ressources si efficaces que présente la nature elle-même.
Là est donc la véritable voie que je crois digne d’être suivie , et que l’on doit choisir toutes les fois qu’on veut ramener dans sa vraie et normale intégrité l’organisme que de violents ébranlements ont fait sortir de son état naturel : jamais il ne convient de s’écarter en rien de cette route , la plus simple , la plus naturelle de toutes.
Laissant donc de côté ce que d’ autres recherchent avec
tant d’avidité, et continuant paisiblement la tâche que je me suis imposée, je déclare ici que, dans le présent ouvrage , tous mes efforts tendront à indiquer la véritable route à suivre pour arriver à la connaissance réelle des moyens médicateurs , vraiment appropriés et conformes à la marche et à la méthode que suit la nature. Je montrerai quel est le véritable moyen méthodique de maîtriser, de régulariser, non pas tant le corps lui-même , que les mouvements conservateurs de ce même corps , capables de le préserver de tout dommage , triomphant des atteintes qui lui viennent du dehors , protecteurs vigilants et réparateurs puissants de tout ce qui lui appartient en propre : cette méthode nous permet aussi , en usant d’une très -grande prudence , de venir en aide d’une manière certaine à tous ces divers mouvements , si toutefois il reste encore quelque espoir de salut.
Cher Lecteur, ingénieux investigateur des secrets de la nature, je me propose, dans cet ouvrage, de mettre sous vos yeux et d’étudier avec vous la PHYSIOLOGIE , cette partie de la science médicale qui traite de toutes les opérations appartenant au domaine administratif de la nature humaine, c’est-à-dire étant le propre de ce principe de mouvement et de repos qui préside à toutes les fonctions du corps humain. Je tâche d’y démontrer les actes et les phénomènes spéciaux que produit ce principe et qui sont toutà-fait distincts, dans leur nature, de ceux qui appartiennent au corps, considéré dans ses modes purement organiques et matériels. J’y explique ce que c’est que la vie , quelle est la structure de nos organes et quel est leur usage; j’y traite , au point de vue de ces trois choses et de
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I’activité incessante du corps vivant et de la nécessité de cette action ; nécessité que je ne considère pas comme physique simplement, à cause de la matière ou du corps, en tant que tel, mais bien comme nécessité morale, c’està-dire finale , à cause de son usage, non au point de vue des organes corporels ou dans un but d’utilité pour ces mêmes organes , mais au point de vue de I’ame comme exerçant son intelligence et sa volonté sur des objets aussi variés que nombreux.
C’est par cette même voie toute royale que je pénètre ensuite dans le sanctuaire de la PATHOLOGIE.
Dans cette seconde partie de mon œuvre , ce qui fait le sujet de mon étude et de mes recherches , ce ne sont pas tant les altérations , les lésions , les dérangements fréquents et innombrables qui peuvent atteindre incessamment le corps dans sa mixtion et sa structure, mais je m’applique surtout à bien démontrer tout ce qui peut militer contre la vie ; je tâche de mettre en relief tout ce qui lui oppose des difficultés et des obstacles , qui , au milieu des opérations ordinaires, incessantes et nécessaires de l’économie vivante, lui suscitent de nouveaux embarras , et exigent , de la part de l’agent qui préside à cette vie , des détours pleins de vigilance et de sollicitude, c’est-à-dire des actes salutaires au corps , ou du moins s’efforçant évidemment de tendre vers ce but , et provoqués d’une manière convenable et presque toujours proportionnée à la grandeur des obstacles , de manière à conspirer vers l’obtention d’une fin nécessaire.
C’est dans cette même partie de mon ouvrage que j’expose et que j’examine d’une manière générale quelles sont les habitudes , les caprices, les incertitudes de la nature étudiée au point de vue de ses actes pathologiques.
Or , je pense et j’espère avoir découvert ici , ce qui d’ailleurs constitue , sans contredit , le vice principal de I’ame raisonnante, depuis sa chute : bonne intention d’une part, mauvaise invention de l’autre.. : dans le genre, dis-
je , BONNE VOLONTÉ , BONNE INTELLIGENCE ; dans l’espèce ,
l’une et l’autre sujettes à l’erreur, instables, inconstantes, notablement irrésolues, et même suivant l’écriture téméraires et méticuleuses 1 ( Ein trobig und verzagt Ding ).
J’ai la ferme conviction d’avoir indiqué quels sont les avantages que la théorie et la pratique peuvent retirer de ce principe et jamais d’aucune autre source. Tel est le but que je m’étais proposé, ma tâche est remplie.
C’est pourquoi je rends à Dieu de solennelles actions de grâces de ce qu’il a daigné jusqu’à ce jour, dans sa bonté infinie , m’inspirer de saines idées et soutenir mes forces.
Je me mets , du reste , peu en peine du jugement des hommes, d’autant que je ne suis plus un enfant et que je me rappelle que bien jeune encore j’ai ri du coq d’Ésope.
Quant à vous, cher Lecteur, joignez vos prières aux miennes afin que Dieu nous accorde le contentement dans la vérité : ut nobis largiatur h ak$e(x ocvxâpxeiav. Les dons du Ciel sont si bons et si durables !... Que dans le cours de votre vie tous vos efforts tendent sans cesse à mériter l’accomplissement du vœu que je viens de former, et suivez toujours ce sage conseil d’Homère : . . .
Myugoq (a|toç) eaa ha. xk as xat o^yovwv su ehn.
Voulez-vous de vos fils mériter les suffrages?...
Soyez honnêtes, bons, justes, prudents et sages!...
1 Voy. T.V111, Comment. XLVI1I.
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