‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 33 sur 69 · DE LA VIE ET DE LA SANTÉ · texte numérisé non relu

DE LA VIE ET DE LA SANTÉ

§ Ier. Le véritable but de I’Art médical étant non-seulement de maintenir la Vie et la Santé du corps humain dans une parfaite intégrité, d’éloigner par de sages conseils, des soins vigilants et une active intervention , les lésions qui sans cesse le menacent, mais encore de rétablir la santé une fois ébranlée , et de ramener la vie , déjà altérée , à son état le plus normal et au libre exercice de toutes ses fonctions : il est de la plus grande importance que le médecin connaisse parfaitement tout ce qui concerne la constitution et la nature des objets dont il se fait un devoir de prendre soin , je veux dire de toute l’économie du corps humain , afin que , en se basant sur cette connaissance , il puisse sagement déterminer le choix et l’emploi des moyens analogues et convenables , tant à la nature qu’à la constitution de tous ces mêmes objets sur lesquels il a fixé son étude.

§ II. Une pareille science est on ne peut plus indispensable au médecin, afin qu’il puisse de bonne heure saisir, à priori , ce qui peut être utile ou nuisible à une constitution de telle ou telle nature, et comprendre ensuite à quel état précis il doit ramener la vie et la santé , alors que T. III. 4

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celles-ci s’écartent de leur vraie et normale constitution. Or, si le médecin n’avait une juste et parfaite connaissance de la véritable et nécessaire constitution du corps humain , il lui serait désormais impossible de bien apprécier le caractère et le degré réel des écarts auxquels la vie et la santé

§ III. Il convient donc, avant tout, de savoir ce que c’est que la Vie, en quoi elle consiste formellement ; quelles sont les opérations , les fonctions à l’aide desquelles elle s’exécute et se maintient , tant au point de vue matériel ou subjectif que final et objectif ; quelle est son utilité et même sa nécessité pour le corps , quels sont les avantages qu’elle lui offre , jusqu’à quel point elle lui est utile ou même absolument nécessaire.

11 importe de bien savoir au fond ce que c'est que la Santé , et ce qu’on entend par ce mot quand on dit du corps qu’il jouit de la santé... Il faut en bien déterminer toute la signification , afin que l’on puisse facilement la reconnaître ; bien établir ensuite quels sont les actes , quel est l’état qui la constituent, et déterminer, enfin, quand et comment l’art pourra lui venir en aide.

§ IV. Cela posé, la première chose qui se présente à notre observation , c’est que le corps humain , à cause de sa mixtion, a une propension très-grande à la corruption , et que sa structure, spécialement destinée à l’accomplissement des actions de l’espèce humaine , est profondément exposée à un dépérissement absolu , inévitable : et cependant la nature même de ces actes , propres à notre espèce , exige une longue conservation de cette structure. Il est donc évidemment nécessaire qu’il y ait en nous une force conservatrice; sa présence est même indispensable pour empêcher que la mixtion corporelle de l’agrégat ne tombe

actuellement en corruption. Or, comme cette disposition naturelle du corps à la corruption n’est pas seulement légère, ni transitoire, ni accidentelle ou adventice , mais bien au contraire intrinsèque, intimement inhérente et liée à la nature même de l’organisme et à jamais inséparable de sa mixtion , il est convenable et rationnel , par conséquent , que cette force conservatrice , qui s’oppose à la corruptibilité , soit durable et permanente dans ce même corps.

§ V. Nous dirons donc que, dans le langage ordinaire , on doit proprement entendre par ce mot , Vie : la conservation même d’un corps éminemment corruptible, la faculté ou force à l’aide de laquelle ce corps est mis à l’abri de l 'acte corrupteur : c’est en raison de cette considération que nous distinguons contradictoirement ici le corps simplement mixte d’avec le corps vivant 1 .

Mais , bien que cette conservation trouve son accomplissement dans un acte formellement mécanique, elle s’obtient et s’exécute cependant d’une manière instrumentale à l’aide de machines corporelles : cè n’est , en effet , qu’après une longue série d’actes successifs, simultanés et synergiques qu’il résulte un acte suprême , unique et formel , la conservation du corps.

Or, comme ces organes corporels ont été confectionnés , fabriqués avec les formes et dans les proportions les plus

1 Dans un travail spécial sur la vie (Halle, 1701, Devitâ), Stahl s’exprime ainsi: « Le nom de Vie est celui que les anciens avaient déjà donné à cette » condition dans laquelle se trouve le corps vivant tant que sa mixtion est » conservée et maintenue à l’abri des agents corrupteurs qui tendent à la «dissoudre. Cette conservation a lieu à l’aide d’un principe incarné au corps, » évidemment incorporel, se manifestant par des actes incorporels aussi.... » Ce principe éminemment acfi/administre la vie dans le corps par ses propres » actes, c’est-à-dire par des mouvements qu’il imprime, tantôt d’une manière » spontanée et inconsciente, tantôt d’une manière réfléchie, libre et consciente, » aux organes corporels qu’il anime ; perdant peu à peu l’énergie temporelle » qu’il exerce sur eux , et les abandonnant enfin à la décomposition putride , «jusqu’au grand jour de la résurrection où il viendra les ranimer. »

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propres à l’usage mécanique auquel ils sont destinés, il est certain aussi que ces actes intermédiaires , simultanés et synergiques, dont X effet commun et final est la Vie, doivent, à priori, être administrés et mis en jeu dans le plus grand ordre et avec la plus minutieuse régularité.

§ VI. D’autre part, nous ajouterons que cette conformation, en tout si convenable et si naturelle des parties organiques du corps ; cette intégrité , cette liberté de ces mêmes parties , cette harmonieuse disposition enfin , tant particulière que synergique et propre à leurs usages , aussi bien que cette administration si convenable, pleine de sagesse et d’ordre, suffisamment active, toujours et partout proportionnée , tant dans chaque acte pris séparément qu’en général , dans la synergie universelle des actes ; cet ensemble constitutif , disons-nous , tant des parties que des actions, est ce que nous devons appeler Santé.

§ VII. L’on dit communément que la santé doit être définie de préférence : comme étant la puissance d’exercer légitimement des actions , bien que celles-ci ne soient pas toujours mises en acte ; ce que l’on prouve au moyen des actions animales.

Mais comme les actions vitales ont la priorité de temps et d’ordre sur les actions animales, et que, de plus, elles doivent être et sont habituellement exercées par un acte incessant et perpétuel, il s’ensuit que la santé est plus naturellement définie , comme consistant simultanément , tant dans la véritable intégrité des parties elles-mêmes que dans une administration convenable des actions.

§ VIII. Quoiqu’il soit réellement constant et vrai que les parties organiques du corps doivent posséder une conformation mécanique , nécessaire et convenable sous tous les rapports, et que cette conformation mécanique présuppose

une proportion incontestable à l’égard des mouvements qui doivent être exécutés par ces mêmes parties , il n’est cependant pas absolument nécessaire que , d’une part , ces actes se passent absolument et indispensablement dans ces organes, et que, d’autre part, ces seuls mouvements, et non d’autres, puissent naturellement se manifester dans ces mêmes organes et ne s’accomplir que par eux. Cette supposition toute fictive , touchant la nécessité strictement et simplement mécanique des actions dans les parties organiques et par le moyen de ces parties, n’est -elle pas, d’ailleurs, futile et même contraire à tout témoignage phénoménal ? Comme si , dans le fait , ces mêmes parties ne pouvaient pas non -seulement ne pas agir, mais encore comme si elles ne pouvaient agir autrement que ne le comporte leur proportion mécanique !

Il n’est , d’ailleurs , au monde rien de plus vulgaire et de plus évident que ce fait , savoir : que nos actions peuvent bien ne pas avoir lieu même dans des parties parfaitement saines et intègres, ou bien que ces actions peuvent être accomplies contrairement à leur manière et usage habituels.

Ce que prouve surtout et surabondamment l’influence des passions violentes de l’âme sur les divers mouvements du corps 4 .

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