‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 37 sur 69 · DE LA STRUCTURE DU CORPS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA STRUCTURE DU CORPS EN GÉNÉRAL

§ Ier. En parlant de la mixtion animale, nous avons déjà dit que, telle surtout qu’elle nous apparaît, elle nous semble avoir été indispensable pour la formation du corps , tant en ce qui regarde sa souplesse, qu’au point de vue surtout d’une consistance toute particulière.

C’est ici le lieu de faire observer, à propos de la structure, que , pour arriver à son convenable confectionnement , il lui faut non-seulement le choix d’une matière spécialement appropriée à chaque partie du corps ( de telle sorte que les os, les ligaments, les tendons, les diverses membranes, les fibres charnues, etc . , aient leur matière

propre ) ; mais encore , chose qu’on ne doit pas perdre de vue , il faut prendre en considération cette position toute particulière et spéciale de ces parties , d’après laquelle chacune d’elles , comme il est naturel que cela soit , prend une forme spéciale qui , par la suite , se développe et s'accroît.

1 (.’est-à-dire que ces parties organiques tomberaient alors sous l’empire des lois physiques, chimiques, etc., qui régissent le règne inorganique.

§11. En pareil cas, cependant, il ne s’agit pas tant de considérer la conformation des organes selon leur apparence extérieure , superficielle et tout-à-fait sensible , que d’en étudier de préférence les parties les plus intimes, telles que les fibrilles, les méats, les pondes, et tout ce qui peut échapper à nos sens ; car il existe entre ces parties une harmonie vraiment providentielle, harmonie, du reste, dont ces parties ne pourraient se passer.

§ III. Quoiqu’il ne nous appartienne pas, à nous médecins, de nous occuper avec trop de prolixité de ce fait, savoir : si cette cause , je veux dire cet Être actif , cet agent qui distribue et ordonne avec tant d’harmonie chacune des parties de la structure du corps humain qu’«7 construit réellement , doit être regardé aussi comme ayant établi et formé cette mixtion elle-même; nous pouvons dire, néanmoins, que ce qu’il y a de réel et de conforme â la raison, c’est que cette cause doit avoir une si profonde connaissance de cette mixtion, qu’elle n’applique jamais à une partie quelconque des particules constituantes autres que celles qui ont une destination convenable et légitime par rapport à la propre nature de cette partie.

§ IV. Une importante considération, qui échappe aux yeux des observateurs ordinaires , et qui néanmoins mérite une attention sérieuse , c’est la présence de cette mixtion commune qui, chez tous les végétaux, se développe et se succède si abondamment avec tant de promptitude et en si peu de temps .

N’est -il pas positif, encore, que dans les individus du règne végétal , au moment même de l’acte de leur construction, chacune de leurs espèces reçoit un cachet distinctif et particulier dans cette mixtion , dont on ne saurait trouver la pareille dans le monde entier ? On ne saurait , en effet ,

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rencontrer ailleurs que chez les végétaux une semblable mixtion , non-seulement au point de vue de son abondance, mais encore et surtout au point de vue de son espèce particulière, et principalement de sa qualité même.

C’est bien là réellement cette mixtion adipeuse qui , comme nous l’enseignons ordinairement ailleurs 1 , est l’œuvre de ce principe plastique , chargé de la formation et de la fabrication des végétaux. Cette opération, du reste, se fait en fort peu de temps , avec profusion , abondance et promptitude.

§ Y. Ce n’est pas absolument du sein de la terre que les végétaux tirent leur principe d’alimentation, puisque ceux d’entre eux qui contiennent le plus de matières graisseuses et résineuses, tels que le pin, le sapin et tous les arbres résineux, non-seulement se plaisent en des lieux très-arides et sablonneux , mais encore , au lieu d’avoir de profondes racines , ces végétaux les ont presque à la surface du sol.

Nous pensons donc qu’il est plus vraisemblable que cette substance , cette matière adipeuse soit fournie par r atmosphère elle-même , modifiée surtout par la chaleur des rayons solaires. D’où nous concluons, enfin, que lorsque ces sortes de végétaux croissent dans un lieu très -ombragé et peu exposé au grand air, ils prennent un développement vraiment considérable , mais éphémère , et sont dépourvus , sinon entièrement , du moins en très-grande partie , de leur principe végélo- adipeux, etc.

Néanmoins, comme cette matière se trouve en dehors de notre sujet, nous n’entrerons pas dans de plus longs

1 Stahl, professeur d’histoire naturelle médicale, avait étudié cette question avec l’esprit philosophique qu’il avait coutume d’apporter dans toutes les études sérieuses: nous y reviendrons au volume de Thérapeutique.

détails , convaincu d’ailleurs que cette courte digression n’a pu nuire à notre sujet.

§ VI. Puisqu’il est démontré que, nulle part, ni dam (air, ni dans la terre, on n’a jamais pu découvrir la moindre trace des molécules composant cette mixtion adipeuse en acte, et qui de là , par leur assimilation , doivent sans doute se transformer naturellement et constituer la crâse végétale, n’est-il pas plus probable que cette mixtion soit l’œuvre de cet agent plastique qui doit nécessairement posséder, ou du moins se procurer, s’il ne l’a pas à sa portée , et élaborer cette matière propre à sa structure ?

§ VII. Dès- lors, si, d’après cette dernière considération, on jette un regard attentif sur le règne végétal, on y découvrira une diversité manifeste et sensible d 'odeur et de saveur, qui caractérise tant de milliers d’espèces, et qui prend son origine surtout dans ce principe adipeux convenablement chargé de sels ; si ensuite on considère le règne animal , on y découvrira plus facilement encore , dans chaque espèce, et même dans chaque individu, cette même diversité Codeur et de saveur. Qui ne sait , en effet , que les chiens suivent les traces de leurs maîtres à l'odeur, et que les petits des animaux, les agneaux par exemple , savent fort bien reconnaître leurs mères au milieu d’immenses troupeaux , tout aussi facilement qu’ils en sont reconnus sans aucune erreur?

Prétendre, à cause de cette diversité, assigner les déterminations les plus spéciales des mixtions à cette panspermie aérienne , qu’on prône tant , et d’après laquelle de telles matières, formellement présentes dans l’air, pourraient être assimilées, ce serait là un fait difficile à concevoir, quoique ayant en lui-même quelque chose qui parle aux sens.

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Cette considération, cependant, augmente encore la difficulté de cette question , savoir : sous quel nom , pour quelle cause , sous quel aspect et par quelle puissance instinctive tel ou tel corps prend , reçoit ou acquiert de quelque manière telle ou telle particule qui lui est spécialement propre et différant absolument de toute autre.

§ VIII. Malgré les nombreuses difficultés qu’éprouve l’esprit humain à concevoir ces choses , si l’on suppose l’existence occulte soit d’une agrégation de libre choix et comme arbitraire, ainsi que d’une attraction assimilatrice particulière bien différente des autres, soit enfin d’une nouvelle mixtion ou composition de même espèce devant être convenablement modifiée par la suite , les faits paraîtront d’une plus facile conception que si l’on admettait que de tels corpuscules atomiques d’une pareille mixtion vont précipitamment s’assimiler à chaque individu de telle ou telle espèce, et, qui plus est, dans toute la structure, avec cet ordre, cette proportion numérique et même cette position toute spéciale, dont on sent ensuite l’à- propos et la convenance.

§ IX. Or, de même qu’il n’existe aucune analogie entre ce but intentionnel et l’hypothèse prétendant qu’au moyen de pores d’une invisible et incroyable exiguité dont seraient profondément empreints les végétaux déjà formés, ces corpuscules destinés à être absorbés , se trouvant en parfaite coïncidence, dans une exacte et absolue proportion, avec ces mêmes pores , subiraient l’effet d’une assimilation intime ; de même aussi ce système purement fictif est entièrement renversé par un exemple universellement reconnu vrai chez tous les animaux et principalement chez l’homme , savoir : que la structure du corps reçoit dans sa forme une prompte modification sous l’influence d’une simple et frivole imagi-

nation de la mère qui se passionne pour un objet. Cette modification a lieu non-seulement d'une manière tout autre qu’il ne convient à toute l’espèce, mais encore elle se trouve en parfaite harmonie avec Y intention ou imagination de la mère au moment même qu’elle a lieu.

§ X. Le choix d’une mixtion convenable dans le genre , et de chacune des particules d’un mélange nécessaire dans l’espèce, même la plus particulière , pour la formation d’une partie quelconque du corps , petite ou grande , méritant de notre part une juste appréciation , quelque origine que l’on suppose à la matière qui subit ce travail de formation; nous devons considérer, avec une attention non moins sérieuse, tant le nombre que la situation de ces particules , qui , par leur apposition , concourent à la structure des diverses parties du corps.

Pour ce qui est du nombre, il est positif que cette apposition des corpuscules qui fervent à la formation du corps se fait par des infiniment petits, et par la connexion intime d 'un seul atome imperceptible avec un autre atome ; ce qui devient surtout évident d’après l’accroissement si bien proportionné de chacune des parties au système universel du tout, que ces parties conservent mutuellement entre elles , tant individuellement que collectivement , une exacte proportion dans leur étendue.

Quant à la situation, il convient de la regarder comme étant propre à telle ou telle partie , ainsi qu’à la configuration spéciale de celle-ci ; de sorte que les particules constituantes de chaque partie du corps sont de point en point si bien disposées, que non -seulement c’est lorsque ces particules ont acquis leur plus grand volume , leur plein développement , leur dernière proportion , que les organes prennent leur forme naturelle ; mais encore , dès le début même de la formation, quel qu’ait été le développement

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organique , chaque partie affecte et conserve , d’une manière invariable , cette forme naturelle , ce type qui lui est propre et qui doit persister même au-delà du terme de son dernier accroissement.

§ XI. La situation d'ensemble des particules qui constituent les organes, et la position respective de chacune d’elles , présentent une analogie beaucoup plus minutieuse et plus exacte encore. Cette analogie , cette proportion consiste réellement et toujours dans ce susdit dernier accroissement de chacune de ces particules, en rapport avec le tout.

Cette proportion existe d’une manière bien plus spéciale, plus exacte et plus délicate , dans la disposition toute singulière qui établit le rapport entre le côté droit et le côté gauche.

Or, pour peu qu’on soit doué dé discernement et qu’on veuille y prêter son attention , on se gardera bien de confondre toutes ces choses , et chacune d’elles en particulier, dans une même catégorie , et de leur assigner certaines causes très-générales et grossières.

§ XII. Il est, certes, très-important de considérer avec la plus grande attention tous ces divers phénomènes ; mais il importe encore bien plus d’observer sérieusement dans ces mêmes faits 1 ’ analogie proportionnelle toute spéciale de structure , indispensable aux fonctions organiques.

Car, de même qu’un instrument quelconque devient inutile et ne mérite pas ce nom s’il . n’est parfaitement conforme à l’usage mécanique auquel on le destine , pareillement il convient de prendre en plus sérieuse considération cet acte par lequel ces instruments organiques sont si habilement construits et si bien appliqués à leurs usages tout spéciaux , que certainement il ne serait pas permis de

soupçonner, soit dans le nombre , soit dans la disposition des matières , rien qui fût exécuté avec plus de délicatesse et plus de perfection.

De l’ensemble de toutes ces circonstances , nous devons enfin conclure que la structure du corps humain n’a d’autre agent régulateur qu’une puissance évidemment et tout particulièrement privilégiée.

§ XIII. A ces divers faits se rattache cette juste considération déjà mentionnée, savoir: que cet agent qui se trouve habituellement en rapport avec ces organes pour l’exécution de ses actes et opérations particulières, doit certainement avoir, selon toute vraisemblance conforme à la raison , une notion exacte des proportions mécaniques de ces mêmes organes , destinés à exécuter des actes ou mouvements propres à telles ou telles fins 1 .

De là nous devons penser que ce concours et cet ensemble de circonstances peuvent fournir une preuve assez naturelle , ou plutôt un système de preuves qui permet de conclure d’une manière péremptoire que c’est I’ame ellemême qui est ce principe actif , concevant , réglant tous ses mouvements d’action , ainsi que chacun d’eux en particulier, gérant même l’action tout entière et X exécutant enfin selon ses vues finales.

Pour ce qui nous reste à dire de plus spécial à ce sujet, nous nous proposons d’en donner un plus ample développement alors que nous traiterons de la nutrition.

1 Évidemment Stahl exagère ici. Voy. à ce sujet, T. VIII, Comment. LX.

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