DES LOIS ORGANIQUES QUI PRÉSIDENT A LA CONSERVATION VITALE
§ Ier. C’est ici le lien d’étudier et de décrire ce mode, aussi remarquable que varié , par lequel l’acte vital s’exécute instrumentalement .
Ce mode consiste en trois appareils suprêmes de mouvement, dont chacun constitue séparément un système particulier d’opérations diverses.
Le premier d’entre ces appareils, c’est l’incessant et universel mouvement progressif et circulatoire de la masse universelle des humeurs, vulgairement appelée sang, et d’où résulte ce mouvement dont je veux parler, c’est-à-dire la circulation du sang.
§ II . Il est incontestablement vrai et certain que les anciens, à cause de l’ignorance où ils étaient de ce mouvement progressif , furent dans l’impossibilité absolue d’arriver à une plus parfaite théorie, soit de la physiologie, soit de la pathologie : je veux dire à une plus exacte connaissance de X histoire et de X étiologie médicales.
Mais ce qui est aussi d’une évidence frappante , c’est que la science n’a encore retiré aucun profit réel de l’emploi légitime et de l’examen comparatif de cette découverte, quelque heureuse qu’en ait pu paraître d’ailleurs la bonne fortune.
Et cela est si peu douteux , que si nous établissions ici certaine comparaison , on verrait que , par cela même qu’ils n’ont ni mieux compris, ni mieux expliqué, ni mieux appliqué leur propre invention, les modernes ont bien moins
de mérite que les anciens, à qui l’on ne peut nullement imputer la négligence ultérieure d’un phénomène qu’ils ont totalement ignoré.
Il est évidemment incontestable encore que la négligence d’une considération ultérieure de l’application du phénomène découvert est, à 'posteriori, une preuve que ce phénomène de la circulation du sang doit sa découverte plutôt au hasard qu’à la sagacité et au génie investigateur des modernes.
§ III. Mais avant d’aborder l’étude directe de la circulation, je pense qu’il est convenable d’en donner, au préalable , un aperçu historique.
Les anciens pensaient que le sang est enfermé dans ses vaisseaux, de telle manière qu’il ne jouit du mouvement dû à sa fluidité naturelle qu’à l’instar des eaux stagnantes des marais 1 ; mais ils ne croyaient pas que , dans son mouvement progressif, constant et habituel, le sang se portât dans toutes les parties du corps ; à moins , disaient-ils , que par suite des nécessités de ces diverses parties , et selon que la chose l’exige , l’âme n’en dirige çà et là les mouvements avec plus d’extension.
C’est en de pareilles circonstances qu’ils soutenaient , en principe, que l’âme, par le ministère des esprits vitaux , peut diriger d’une manière spéciale ce mouvement , ou, comme ils le disaient, remplir ces diverses et spéciales missions.
Ce qui contribua surtout à les maintenir dans cette opinion, ce fut l’observation remarquable qu’ils firent à l’occasion de cet afflux sanguin vers les parties atteintes d’une vive et sensible irritation externe , mouvement que l’on observe journellement s’opérer d’une manière si prompte et si puissante , par exemple : dans les cas de piqûres d’épines, dans les blessures par instruments piquants ou contondants
1 C’est-à-dire , à l’aide d’un simple mouvement d’oscillation.
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accompagnées d’un profond sentiment de douleur, dans les brûlures, et même encore dans les simples cas de stases sanguines de peu d’importance.
C’est ainsi qu’ils furent encore amenés à résoudre cette autre difficulté , savoir : comment il se fait que le sang , regardé par les médecins les plus éclairés comme dépérissant et se consumant peu à peu , pouvait être restauré par la nourriture , et comment cette nourriture pouvait parvenir jusque dans les vaisseaux sanguins. Ils arrivèrent à ce résultat en supposant qu’il s’opérait une sorte d 'attraction, ou succion , au moyen de laquelle les vaisseaux sanguins euxmêmes sucent et absorbent les humeurs nécessaires à la nutrition.
Or, comme les anciens avaient assigné aux esprits vitaux ces susdites missions, ainsi que la consistance intime et naturelle du sang et la conservation surtout tant de sa fluidité que de sa crâse tout entière; ils crurent devoir attribuer aussi à ces mêmes esprits médiateurs et les sécrétions et les excrétions, tant des humeurs superflues que de celles qui ont déjà fait leur service et de celles qui sont étrangères à l’économie.
§ IV. Les modernes ont paru néanmoins comprendre toutes ces choses d’une autre manière , depuis qu’ils sont parvenus à découvrir le mouvement progressif et perpétuel du sang , d’abord du cœur dans les vaisseaux et ensuite de ces derniers vers le cœur.
Us ont dû très-évidemment cette découverte à deux phénomènes principaux constatés par eux , l’un dans le corps vivant et l’autre dans le cadavre.
Le premier de ces phénomènes résulte de l’expérience faite sur les corps vivants par la ligature des vaisseaux encore pourvus du mouvement vivifiant du sang. En pareil cas, en effet, tant que le cœur bat avec sa force et sa
vigueur naturelles , les artères liées se gonflent dans leur partie qui se trouve entre le cœur et la ligature , tandis quelles se vident , à partir du point de la ligature , jusqu’à leurs dernières ramifications, et conséquemment jusqu a l’extrémité des organes. De ce fait il a résulté pour eux la preuve , qu’en sortant du coeur , le sang est poussé au moyen des artères vers toutes les parties du corps.
Contrairement à ce qui précède , les modernes ont aussi constaté qu’en cas de ligature des veines, celles-ci se vident dans l’espace compris entre la ligature et le cœur, tandis qu’elles se gonflent et se gorgent de sang depuis cette même ligature jusqu’à leurs dernières divisions ; ce qui prouve évidemment que le sang , par le moyen des veines , reflue de toutes les parties du corps vers le cœur.
Quant à la seconde preuve de ce mouvement du sang . dans tout le corps , ils l’ont tirée des phénomènes qui se passent à l’occasion des valvules c ainsi appelées à cause de leur usage , et dont la présence peut être constatée dans les plus petites des ramifications , tout aussi bien que dans le cœur lui-même , ainsi qu’à V orifice des gros vaisseaux.
D’une part , en effet , dans les artères , ces valvules sont destinées à faciliter l’entrée et le passage du sang du cœur dans ces mêmes artères , ainsi qu’à s’opposer au retour de ce même sang des artères dans les cavités du cœur , et cela, au moyen d’une simple occlusion et interception.
D’autre part, au contraire, par le fait d’une disposition et d’un effet tout opposés, les valvules, dans les veines, laissent au sang un libre accès dans les cavités du cœur, et lui servent à’ obstacle pour qu’il ne puisse point refluer du cœur dans ces mêmes veines.
On rencontre même çà et là dans les veines ces sortes de valvules , auprès , surtout , des anastomoses et de leurs ramifications , afin de s’opposer et de mettre un obstacle
1 Valuœ, battants de porte.
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mécanique au retour du sang des plus grandes veines dans les plus petites.
Eh quoi ! puisque le cœur , à chaque diastole, reçoit dans ses ventricules une certaine quantité de sang qui, à son tour, en est expulsé à chaque systole subséquente ; la raison ne démontre-t-elle pas que, dans un tel mouvement de succession et de progression qui s’exécute dans une proportion une et identique , il existe autre chose qu’un simple et aveugle flux et reflux de sang?
§ V. C’est avec juste raison que les modernes ont appelé non-seulement progressif, mais encore circulaire, ce mouvement du sang.
Il est dit progressif parce que , en vertu d’une fluidité et d’une chaleur spéciales et propres, le sang conserve son mouvement naturel ; il est dit circulaire enfin , en ce que , moralement parlant, le sang décrit réellement un cercle dans son cours. On appelle, en effet, circuler ou tracer une ligne circulaire , le mouvement que l’on fait lorsque , partant d’un point donné , on s’en éloigne indéfiniment pour y revenir par une autre voie.
ARTICLE 1er.
De la circulation des humeurs avec le sang.
§ Ier. Afin de rendre plus évident le caractère spécial de ce fait, c’est-à-dire du mouvement progressif du sang, nous devons considérer : 1° la masse humorale qui est entraînée dans la circulation ; les conditions nécessaires que ces humeurs doivent apporter pour que ce mouvement circulaire puisse s’effectuer, ainsi que les effets que cette même masse peut et doit même obtenir ordinairement de ce mouvement progressif et circulaire ; 2° la manière d’être des instruments au moyen desquels ce mouvement est évidemment
mis en jeu ; l’état habituel des parties vers et à travers lesquelles ce mouvement est dirigé , exécuté et transféré, ainsi que la participation organique et motrice de ces mêmes parties ; 3° enfin , nous devons considérer le véritable usage et l’ effet réel de ce mouvement progressif aussi évident à posteriori que nécessaire à priori, non-seulement d’une manière toute spéciale pour la crâse des humeurs , mais aussi d’une manière générale pour toute l’économie vitale.
§ II. Et d’abord, pour ce qui regarde la masse humorale, nous dirons que le sang, qui, à cause de son mouvement circulaire , a donné lieu à cette expression commune de circulation du sang , n’est autre chose qu’un liquide composé d’éléments hétérogènes provenant de trois genres de fluides.
Le premier de ces fluides , le sang proprement dit , est une substance de couleur rouge, très-apte d’elle-même à la siccité, plus même que les autres liquides qui concourent avec lui à former la masse humorale. Cette aptitude du sang est telle , que dans la masse des autres fluides il ne paraît s’y rencontrer que sous la forme d'une très-subtile poussière , bouillonnant légèrement dans ces liqueurs à travers la crâse sous-muqueuse. C’est pourquoi à l’aide d’un bon microscope le sang paraît être une liqueur diaphane , avec des globules rouges nageant dans la masse , et qui ne sont autre chose que ces corpuscules strictement appelés sanguins 1 .
§ III. La lymphe nourricière concourt avantageusement en deuxième ligne à former la masse humorale ; elle n’est autre chose qu’une liqueur légèrement gélatineuse, contenant un épais mélange de corpuscules de même nature ,
1 Stahl ne parle ici que du cruor, constitué par les globules sanguins nageant dans la niasse humorale : c’est le plasma.
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qui concourent , à l’état libre , à former dans chaque partie du corps une mixtion proportionnée avec ces mêmes parties, et avec lesquelles elle ne doit se trouver que plus tard en état de connexité ou de mélange réel.
Or, cette lymphe paraît provenir plus immédiatement du chyle , qui , avant d’être métamorphosé en lymphe, coule en état de mélange dans un milieu grossier et humide , jusqu a ce que peu à peu et d’une manière graduelle il devienne lymphe nourricière.
§ IV. Le troisième, enfin, des fluides qui constituent la masse des humeurs (communément appelée masse sanguine ), c’est le sérum .
Celui-ci n’est autre chose qu’un nouveau mélange d’humeurs , qui , par leur constant usage , par leur concours matériel , ou , comme on le dit , par leur introduction dans l’économie , ne prennent aucune part à la nutrition et ne sont d’aucune utilité pour la formation , soit du corps ou de ses parties , soit du sang ou de la lymphe , mais qui , au contraire, sont très-propres à appesantir le corps, et sujettes à subir différentes décompositions pouvant facilement se communiquer aux autres parties.
C’est pourquoi ce sérum, par le mode d’agrégation des éléments qui le composent , étant inutile et pouvant même devenir dangereux pour le corps , a reçu le nom d ’excrémentitiel.
Le sérum , en effet , au lieu d’être retenu dans le corps , bien loin de lui être de quelque utilité ultérieure , est , tout au contraire , destiné à une prochaine excrétion.
Ce fluide tire son origine en grande partie des aliments que l’on prend, et ensuite du sang lui-même qui a déjà éprouvé un commencement de dissolution et d 'épuisement dans sa mixtion.
Il est très-aqueux de sa nature, et renferme quelques cor-
puscules très-agiles, faciles à être vaporisés dans leurs mouvements excrétoires , fermentescibles , salins, mucilagineux et enfin oléagineux.
Les corpuscules qui constituent ce mélange , sont , suivant l’ordre que je viens d’indiquer, dans une proportion de plus en plus grande, bien que l’eau y soit le principe dominant.
§ V. C’est là cette masse universelle et confuse des humeurs , qui , par suite à’ un mouvement intérieur et perpétuel, constitue et représente un seul et même mélange (xpctptx) homogène. Quelquefois cependant il se manifeste uue séparation spontanée , légère et sensible dans les éléments constitutifs de ces humeurs.
C’est ainsi, en effet, que cette humidité séreuse se sépare promptement et subitement , soit quand le sang s’échappe d’une manière spontanée et goutte à goutte de quelque partie du corps 1 , soit lorsqu’il y a une émission de sang opérée d’une manière quelconque , et cette sérosité surnage en d’autant plus grande quantité que l’émission de sang est plus abondante ; tandis qu’au contraire , lorsque le sang tombe goutte à goutte sur un linge grossier ou sur un papier -brouillard un peu épais , on voit alors cette portion séreuse du sang s’imbiber et s’étendre en surface autour de ces gouttes , abandonnant peu à peu et laissant à part la portion la plus compacte composée de cruor ou de gélatine.
Or, si par suite de cette séparation subite et spontanée
1 Chose que j’ai vue souvent , surtout chez Grès , notaire de Montpeyroux , alors à Cette. Chez cet intéressant malade , en effet , atteint d’une affection extrêmement grave de la poitrine , il se déclarait deux ou trois fois par jour une hémorrhagie nasale assez abondante. Frappé par la pâleur du sang qui s’écoulait du nez , j’engageai le malade à recevoir le liquide dans un vase,... et puis sur un linge. Dans le premier cas, 100 grammes de liquide ne purent fournir que 10 grammes de caillot ,... et le linge imbibé , une fois sec, laissait à peine apercevoir quelques traces de cruor,... tant la partie aqueuse du sang était abondante !
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opérée dans les parties qui constituent la masse sanguine on obtient la dessiccation de la substance rouge et gélatineuse, qui reste seule , par l’évaporation ou la distillation de cette substance au moyen d’une chaleur douce qu’on augmente peu à peu ; il n’en reste à la fin qu’une très-minime partie , vu la réduction de cette substance à la neuvième et même à la dixième partie de son poids et de son volume primitifs.
Le reste de la masse humorale , au contraire , réduite en simple substance aqueuse , suit les lois ordinaires de l’évaporation et s’échappe dans une légère transpiration.
§ VI. Cette masse confuse et fluide , qui a reçu communément le nom de masse sanguine, prend , dans son mouvement , une direction circulaire , de sorte qu’après s’être répandue du cœur dans toutes les régions du corps , elle est sans cesse ramenée , par son mouvement circulatoire , de ces mêmes régions vers le cœur.
Le sang artériel renferme en général une plus grande proportion de tous ces éléments , comparativement au sang veineux, à celui surtout qui provient des viscères internes et principalement à celui qui reflue des viscères abdominaux.
En effet, dans les diverses parties du corps, et notamment dans le système viscéral , il s’opère une séparation d’une partie de la lymphe qui se trouvait en trop grande abondance dans sa mixtion avec le sang artériel, et qui, par une voie différente de celle que suit le sang veineux , est entraîné plus près du cœur dans des vaisseaux qui lui sont propres.
Cette séparation s’opère cependant de telle sorte qu’il en reste une quantité notable dans le sang veineux.
§ VIL La crâse ou constitution matérielle du sang proprement dit contient beaucoup de matière oléagineuse , vulgairement nommée sulfureuse, et , dans sa mixtion, le sang
renferme une plus grande proportion de cette substance que toutes les autres parties du corps, la graisse exceptée.
On ne saurait donner une raison plausible et suffisante de l’usage et de la cause toute spéciale d’une pareille mixtion ; à moins qu’on ne veuille invoquer la vraisemblance apparente de cette double raison , savoir : 1° au point de vue de cette crâse, la disposition particulière du sang à acquérir de la chaleur; 2° l’aptitude naturelle des éléments sulfureux et de la chaleur à produire et à conserver le phénomène de consistance des parties molles du corps , à les maintenir dans leur état normal de ténacité et à les garantir et les préserver de l’influence émolliente d’une trop grande humidité, à laquelle cette consistance paraît être d’ailleurs singulièrement exposée.
§ VIII. Quoique nous ne puissions donner de la chaleur actuelle, d’ailleurs si remarquable, du sang, une raison suffisamment démonstrative sur sa crâse ou sur son mouvement, il est assez probable cependant qu’une matière capable de s’échauffer très-facilement et même de s’enflammer par le mouvement , il est probable , disons-nous , qu’une telle matière , que l’on rencontre dans toutes les substances propres à acquérir directement de la chaleur, et qui en constitue chez elles le principal sujet immédiat , n’est autre que le soufre, et que c’est sa présence dans le sang qui y produit un effet identique.
§ IX. L’expérience vulgaire et journalière prouve clairement que c’est par son mouvement que le sang acquiert de la chaleur. N’est-ce point, en effet, au moyen d’un exercice forcé que tout le corps et le sang en entier acquièrent une chaleur proportionnée à la force et à la rapidité du mouvement? Et, qui plus est encore, quoique toutes les parties du corps se trouvent dans le repos le plus complet , lorsque le sang , par suite d’une très- vive impulsion , est
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emporté plus rapidement dans sa circulation , ne voit-on pas une augmentation proportionnelle de chaleur accompagner inévitablement ses mouvements précipités ?
§ X. Quoique confuses, vagues et perplexes , les opinions des anciens nous sont néanmoins bien connues à ce sujet. Ils ne pensaient certes pas que ce fût la chaleur , mais bien le chaud qui fût inné chez l’homme.
Ils considéraient, en effet, le chaud ou calorique comme une substance physique particulière qui , par son efficacité sur le corps comme sur le sang , excite en eux , y constitue même la chaleur, et qui , par sa mixtion intime et permanente, par son intervention et même par son agitation intérieure , produit tout à la fois dans le sang la fluidité et la ténuité qui lui sont propres , ainsi que la chaleur qui lui convient.
De là , ils attribuèrent à une différente quantité de calorique et à son influx divers une température différente et des degrés variés de chaleur , dans les diverses parties du corps et presque dans chacune d’elles.
S’il est quelqu’un, du reste, qui ait assez de loisir, de patience et de sagacité surtout , pour faire un sérieux examen de ces notions et de ces rapports métaphysiques , nous le renvoyons aux œuvres de Gasp. Hoffmann1. On verra dans son Traité du chaud inné et des esprits comment les savants de cette époque ont si diversement échoué , en cherchant à comprendre ce point douteux et à peine ébauché de la physiologie , et en s’efforçant d’en donner une explication convenable.
Mais Hoffmann lui-même, que fait-il de ce calorique inné, sinon proprement des esprits? Si les choses devaient se passer réellement ainsi , à quoi bon toutes ces dénominations superflues et perplexes, ainsi que cette confusion et
* Gasp. Hoffmann, Ue calid. innat. et de spiriüb.
cette multiplicité inutile de conceptions, réelles ou non, qui en sont la conséquence?
§ XI. Nous traiterons plus tard ce sujet ; mais, pour le moment , nous devons déclarer et soutenir notre opinion , juste selon nous , bien que contraire à celle des autres écoles médicales , touchant l’influence de la respiration à l’égard de la chaleur.
L’école ancienne , de laquelle ne se sont point séparés les modernes , a constamment enseigné que le sang est si positivement et si essentiellement chaud , qu’il a besoin d’une certaine condition qui vienne le tempérer et même le refroidir.
Tous les anciens s’accordent à reconnaître que la chaleur est principalement renfermée dans le cœur ; la plupart lui donnent pour principe les esprits vitaux, dont le siège est le cœur lui-même.
Willis , professant ces mêmes idées , établit dans le cœur (ceci soit dit sans équivoque) une véritable petite flamme ardente , dont l’attribut n’est pas tant d’échauffer le sang que d’y introduire , abstraction faite de toute métaphore , certaines étincelles incandescentes, etc.
Les anciens pensaient encore que le sang échauffé dans la rapide impétuosité de son mouvement progressif doit être refroidi jusqu’à un certain point , afin qu’il ne nuise pas aux organes ; ils croyaient même que du sang s’exhalent librement au-dehors certaines vapeurs fuligineuses , prétendant que ce phénomène s’opère par la respiration ou l’attraction d’un air plus froid.
§ XII. Un phénomène tout contraire m’a paru bien plus vrai , savoir : que , pendant son passage dans les poumons , le sang acquiert plus de chaleur que dans toute autre partie du corps ; nous pouvons le prouver de plusieurs manières , tant à priori qu’à posteriori .
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En premier lieu , il est impossible que , dans son passage plus difficile à travers les parties du corps non-seulement plus tendues , mais même plus agitées par un mouvement volontaire , le sang poussé avec plus de force et de vitesse qu’à l’ordinaire ne s’échauffe pas plus que de coutume. Ce qu’il y a encore de certain , c’est que le mouvement respiratoire des poumons est aussi intense que celui de tout autre organe : en effet , l’intensité motrice de l’organe pulmonaire est aussi considérable que celle qui résulterait de l’effort commun de plusieurs muscles pour soulever un poids de 100 livres (50 kil.).
Outre cela , il est vrai de dire que la force impulsive du cœur considérée dans le ventricule droit , qui est le plus faible si l’on tient compte de la brièveté du parcours , ne le cède en rien à l’énergie du ventricule gauche, dont les puissants effets s’étendent si loin : ce qui prouve évidemment que les résultats d’actions en tout égales sont égaux entre eux.
En second lieu et à posteriori, d’après une expérience bien connue des personnes qui y ont apporté quelque attention , les orateurs , les chanteurs et les déclamateurs éprouvent un échauffement aussi positif qu’évident, à la suite d’un exercice prolongé et pénible, par les efforts d’une respiration aussi profonde que soutenue , bien que le reste du corps jouisse d’un parfait repos.
A propos de cela , non par une pétition de principe , mais pour donner une démonstration plus vraie du fait , nous attestons, comme preuve et même comme principe doctrinal de notre assertion , que tout animal qui respire a le sang chaud. Mais on ne saurait accepter cette conversion: Tout animal à sang chaud respire ; c’est-à-dire pour se refroidir.
§ XIII. Ce ne serait point assez de citer les exemples
pris soit dans les cas de fièvres, soit dans ceux où le sang échauffé par une rapide circulation ou par des mouvements précipités et pénibles occasionne ordinairement une respiration plus vite et plus fréquente ; car, lorsque la respiration vient se joindre à un sang échauffé d’ailleurs , elle doit alors contribuer davantage à sa réfrigération , puisque , en effet , échauffé par une autre cause que la respiration , le sang s’échaufferait encore plus. Mais nous signalerons ici la diversité de ces circonstances que subit la circulation du sang, et qui se rapportent à sa chaleur : ainsi , lorsque toute la masse du sang est emportée par les mouvements rapides de la circulation , ce fluide , à son passage à travers les poumons , doit augmenter proportionnellement de vitesse , vu que c’est là la source et comme l’origine du reste de la circulation.
Or, comme le passage du sang dans les poumons serait impossible s’ils ne se dilataient suffisamment par le seul acte de la respiration , il faut donc certainement que , dès que toute la circulation est en jeu et que le sang va passer par les poumons , la respiration augmente de vitesse et de force.
§ XIV. Pour donner de ce fait une raison plus évidente et plus logique, il suffit de bien apprécier que Y augmentation qui a lieu en pareil cas dans la respiration en provoque la fréquence, et non une violence en rapport. En effet, la chaleur intime du sang dans tout le corps ne provient pas d’un léger mouvement quelconque du sang, mais bien d’autres mouvements plus forts et plus rapides ; car, dans cette vitesse , les parties solides se contractant avec plus d’énergie repoussent le sang non-seulement avec plus de violence vers les pores des autres parties , mais encore , en agitant plus fortement le sang dans ces parties rigides par une espèce de frottement, lui font acquérir un
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mouvement intérieur qui en augmente la chaleur. C’est là aussi ce qui se passe dans les poumons alors que , par leur moyen , le sang s’échauffe d’autant plus qu’ils sont plus profondément et plus vivement gonflés , et que , étant ainsi plus souvent et plus violemment agités , ils fouettent le sang avec plus d’énergie et d’intensité.
D’après ces faits , on comprendra que , dans les exemples cités ci-dessus de la précipitation de la respiration observée dans les fièvres surtout, et même après une course, la respiration est dite fréquente dans l’un et l’autre cas , mais elle est aussi courte et non profonde ; de sorte que , les poumons ne prenant pas toute leur ampleur, l’acte respiratoire se fait avec plus de raideur et d’une manière saccadée , et ce médiocre développement de l’organe pulmonaire est moins propre à pousser profondément le sang qu’à lui faciliter simplement le passage. Il est évident, d’après cette raison et sous de telles conditions , que la respiration satisfait à l’accroissement de la circulation du sang ; mais elle n’est point en rapport direct avec une plus forte intensité particulière de chaleur. La respiration n’augmente donc pas sensiblement la chaleur du sang , et conserve son degré ordinaire d’efficacité ; tandis que quand la respiration devient plus fréquente, elle perd d’un autre côté son énergie et son impétuosité : c’est néanmoins dans cette fréquence que consiste proprement , au moyen d’un mouvement plus intense, cette énergie virtuelle de la chaleur du sang.
§ XY . Il nous reste encore quelques observations , plutôt physiques que médicales, touchant la circulation du sang dans les régions du cœur et celles des poumons.
Disons, en premier lieu, que le sang ne se précipite nullement dans les ventricules , mais qu’il y est poussé avec une certaine mesure; car il est d’abord reçu dans les oreillettes, et de là repoussé dans le cœur proprement dit.
Après être sorti du ventricule droit au moyen de l’artère pulmonaire , le sang est ramené vers le ventricule gauche du cœur au moyen de la veine pulmonaire , où il est d’une couleur plus vermeille qu’il n’était , soit dans la veine cave, soit même dans le ventricule droit, soit enfin dans Y artère pulmonaire elle-même. Cette vive couleur rouge du sang lui vient de ce que la lymphe dans une plus intime agitation s’est épurée dans toute sa substance.
La véritable spumescence du sang est vulgairement attribuée, d’après l’exemple des autres écumes, à la simple mixtion de l’air, et c’est pour cela qu’on attribue à cette spumescence l’affaiblissement de la chaleur dans le corps.
Mais quoique nous n’ayons pas l’intention de nier ici d’une manière absolue qu’une faible partie d’air pénètre dans le sang au moyen de la respiration , nous ne pourrions néanmoins trouver, que nous sachions , aucüne raison suffisante pour reconnaître un tel et si grand phénomène de l’air.
Depuis quelque temps, certaines personnes (ainsi que cela arrive aujourd’hui ) soutiennent la même opinion que nous avons déjà émise il y a vingt-deux ans , savoir : que la respiration échauffe le sang ; mais elles veulent rejeter le mode purement mécanique que nous avons imaginé, pour y substituer un mode physique. Ainsi, ces personnes prétendent que Y éther 1 , séparé de l’air par l’acte de la respiration , sert ainsi à augmenter matériellement la chaleur du sang. Mais ce fait-là n’est pas une démonstration à priori; il nous semble au contraire que , à posteriori, il est tout réfuté , par cela même que , dans une partie quelconque du corps , telle que les bras , l’humérus et l’omoplate faisant ,
1 L’oxygène ne fut découvert qu’en 1174 par Priestley, et ce ne fut guère qu’à cette époque que la théorie de la respiration fut bien étudiée.
Les anciens physiciens appelaient éther, une matière subtile et fluide qu’ils supposaient répandue dans l’espace et formant une sorte d’atmosphère dans laquelle se meuvent les corps célestes.
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par un effort commun , fonctionner une scie , avec la main serrée , les muscles fortement tendus et vivement agités , la même chaleur se fait soudain sentir dans ces parties : c’est là une expérience dont chacun peut facilement vérifier l’exactitude.
C’est pourquoi , de l’identité simplement mécanique des mouvements, et de leurs effets dans les autres parties quelconques du corps , nous pouvons inférer, par une conséquence aussi juste que logique , la même identité de mouvement et d’effet mécanique dans le jeu des poumons ; car, pour attirer cette sorte d’éther, nous n’avons nul besoin d’aspirer un air grossier.
Nous croyons digne de remarque et d’une juste observation cette circonstance de l’évaporation d’une certaine quantité d’humidité rejetée dans l’air à chacune de nos expirations. Mais la raison peut-elle attribuer ce phénomène d’un changement immédiat en eau , à quelques parties de l’air lui-même , par le simple acte de l’expiration ?
Néanmoins, nous ne croyons pas moins digne d’une sérieuse observation ce moyen de rejeter les impuretés vaporeuses ou parties récrémentitielles réduites en vapeurs, surtout alors que ce rejet a lieu continuellement, sans diminution et par la même voie.