‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 40 sur 69 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

Des tempéraments.

§ Ier. Parmi les opinions traditionnelles des anciens se présentent en foule des raisonnements tronqués et étran-

cette partie de la physiologie pathologique comme purement spéculative et peu significative. Les études faites par l’École de Montpellier sur le pouls la placent une fois de plus au premier rang des écoles médicales. Il y a dans cette partie de la séméiologie une source intarissable de précieuses indications.

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gers même au sujet , mais qui , considérés soigneusement nous fourniront souvent un puissant argument , nous dirons même un précieux document qui nous initiera à la connaissance des observations et des considérations diverses des anciens sur la physique et la médecine : cette connaissance, embrassant à son tour des choses plus évidentes et plus utiles , nous fera concevoir et admettre plus aisément les choses moins importantes.

§ IL De ce nombre est la doctrine des anciens touchant les tempéraments, autrement dit touchant les complexions, pour parler le langage des auteurs des siècles derniers qui ont écrit selon l’esprit et le sens des Arabes.

Ceux qui se sont servis du mot tempérament ont entendu désigner, par cette expression , des qualités vulgairement appelées élémentaires , telles que le froid, le chaud, l’humide et le sec. Ils ont cherché des conditions dans le sujet lui-même , en partie dans les humeurs, en partie dans les solides ; ils les ont cherchées ensuite , mais par une simple curiosité très-frivole , dans chacune des parties solides en particulier, auxquelles ils assignaient toutes ces différences de tempérament ; ils sont allés enfin jusqu’à faire application de ces mêmes conditions physiques , corporelles et constitutionnelles à la disposition naturelle de l’esprit. C’est ainsi que ces auteurs ont réellement prétendu que l’esprit est chaud ou ardent ; froid, paresseux et engourdi; humide, relâché, flexible et mou; ou bien enfin qu’il est sec, dur, pesant, ferme et stable.

§ III. La plus grande partie de cette doctrine , principalement en ce qui concerne les tempéraments des divers organes du corps , se trouvant tout-à-fait stérile et dénuée de tout fondement , l’opinion de ceux qui admettent une raison universelle de tempérament ou de complexion

générale du corps, c’est-à-dire embrassant la disposition naturelle du corps entier, est extrêmement invraisemblable aussi bien que les opinions ordinaires sur les diverses manières d’être particulières de l’esprit , comme conséquences de ces dites conditions physiques ou corporelles de l’organisme.

On ne saurait nier cependant que les diverses parties du corps possèdent une structure différente , X autopsie cadavérique en rend un témoignage éclatant; tout le monde sait encore que le moral , chez l’homme , varie suivant la diversité de la texture des tissus organiques. Aussi , quoique l’on ne puisse se refuser à penser ici , avec les anciens , qu’en de pareilles circonstances la mixtion particulière des humeurs joue réellement un rôle important, il est, néanmoins, bien évident que l’on doit prendre en sérieuse considération cette vérité relative , savoir : que , d’après la comparaison raisonnée des parties solides avec les fluides qui composent toute l’économie corporelle, on peut dire, en parlant des dispositions naturelles du corps , qu’il est plus humide ou plus sec, plus chaud ou plus froid.

§ IV. Mais comme il reste encore quelques observations à établir sur cette constitution des humeurs, que les anciens n’ont pas suffisamment étudiée et démontrée , nous pensons qu’il faut, avant tout , faire à ce sujet un exposé et une appréciation convenables.

Les humeurs sont connues sous le nom générique de sang ; elles peuvent être constituées de quatre manières différentes au point de vue du mélange de leurs éléments. 1° En effet , les humeurs qui contiennent une quantité notable de matière sulfureuse dans leur composition, non -seulement sont légèrement fluides et très-aptes à un prompt échauffement , mais encore elles sont très-propres à contracter d’une manière violente et subtile toute espèce de fermentation T. UI. 8

corruptive. 2° Contrairement à ce qui précède , les humeurs dites aqueuses sont beaucoup plus fluides , et ne sont presque pas sujettes, ni aux violentes inflammations, ni même aux fermentations ; tandis qu’elles sont singulièrement prédisposées à toute dégénérescence saline et putride. 5° Les humeurs peuvent, en conservant un terme moyen entre ces deux modes , se trouver dans un état de fluidité convenable et jouir d’une vivacité, d’une couleur et d’une douce chaleur naturelles. 4° Enfin, lorsque les humeurs du corps acquièrent ou possèdent une trop grande consistance , elles s'épaississent , perdent de leur fluidité normale S4^pnt moins sulfureuses et deviennent plus terreuses et plus merles. t

Dans le premier de ces cas , le tempérament ou mélange des humeurs est dit colérique ou bilieux ; dans le second , il est appelé phlegmatique ; dans le troisième, sanguin ; dans le quatrième, enfin , il est dit mélancolique.

§ V. Voici le moment de parler d’une manière toute spéciale de l’état général du corps touchant sa texture, c’est-à-dire considéré à l’état solide ; car cet état varie aussi suivant les différences du tempérament, ou selon la variété de la constitution matérielle des humeurs.

C’est ainsi que les personnes d’un tempérament sanguin sont douées d’une structure et d’une texture lâche, extrêmement poreuse et spongieuse. Cette structure, en effet , est d’une texture si spongieuse et si délicate dans les parties solides ayant une certaine mollesse (comme le tissu charnu par exemple) , que le sang, bien qu’abondant, circule à son aise et avec la plus grande liberté dans les mailles d’un tissu lâche et diffus. C’est pourquoi les corps construits dans de telles conditions et ayant de pareilles dispositions naturelles possèdent un système vasculaire de petit calibre, de telle sorte que le sang, occupant un très -grand espace

dans X étendue de ces parties poreuses, doit être contenu en moins grande quantité dans les vaisseaux mêmes.

Et comme le sang , dans les corps ainsi constitués , est naturellement très -fluide, il résulte de cette espèce de mobilité proportionnelle du sang s’harmonisant si bien avec la facilité des voies à parcourir , une prompte et favorable progression du mouvement circulatoire , qui se maintient et dure assez long-temps. C’est pour cela que chez les individus sanguins et chez lesquels il existe une parfaite analogie mutuelle entre les humeurs et les parties , non-seulement la circulation ou mouvement progressif des humeurs s’accomplit tranquillement et librement , mais encore les sécrétions et les excrétions , ainsi que l’acte universel de la vie , s’opèrent de la manière la plus régulière et la plus satisfaisante.

§ VI. Chez les sujets doués d’un tempérament colérique ou bilieux , la texture corporelle est comparativement plus serrée, plus consistante, moins diffuse, moins lâche, moins épaisse et moins spongieuse dans les parties charnues surtout. Voilà d’où vient que ces parties paraissent plus amaigries, quoiqu’elles soient cependant assez pleines et d’une couleur quelque peu vermeille.

Mais comme le sang des personnes bilieuses est extrêmement subtil et légèrement fluide, une petite capacité des pores et des méats suffit à son mouvement et à sa circulation. Du reste, une impulsion plus forte du sang à l’aide d’une plus énergique contraction du cœur propre à ce genre de tempérament , supplée à cette étroitesse des voies circulatoires; d’ailleurs, en pareil cas et avec une semblable constitution , les vaisseaux sanguins ont une capacité plus grande ; c’est-à-dire que , la masse sanguine occupant chez ces individus une moins grande étendue dans toutes les parties du corps, il faut nécessairement qu’il soit contenu

en plus grande quantité dans les vaisseaux eux-mêmes. Toutes les fonctions vitales se passent du reste assez régulièrement dans de pareilles constitutions , et tout ce qui s’éloigne du type normal est aussitôt réparé par un acte vital d’autant plus énergique qu’il est ordinaire et même propre et particulier à ce genre de tempérament ; en sorte que le mouvement du pouls reçoit effectivement une nouvelle et plus énergique impulsion.

§ VII. Chez les sujets lymphatiques, dans lesquels le sang est mêlé à une substance plus aqueuse et est par conséquent léger et peu consistant, il arrive aussi que tous les autres tissus solides sont d’une molleste telle , que par elle on peut aisément comprendre quel est Y accord, le rapport intime et naturel qui existe entre les parties solides et les fluides. En effet , quoique ceux qui ont pour partage une fluidité trop aqueuse du sang aient aussi tout le reste de l’économie corporelle d’une texture extrêmement lâche et très-poreuse, de telle sorte que les voies soient largement ouvertes à la matière fluide ; il arrive cependant , en de pareilles circonstances , que les tissus de ces mêmes parties sont doués d’une mollesse intime et particulière , en vertu de laquelle les fibres qui composent ces tissus sont profondément et abondamment imbibés d’une humidité aqueuse. Voilà d’où vient que , lorsque de pareils tissus se gonflent , ils conservent une sorte de mollesse toute particulière , et que ces parties dans un tel état de gonflement, se comprimant les unes avec les autres , offrent au passage du sang épaissi une résistance d’autant plus grande que le gonflement est plus marqué. Or , c’est là ce qui procure à ces personnes lymphatiques , outre ce gonflement , cette mollesse des tissus , cette diminution de la chaleur naturelle du corps, ainsi que cette couleur pâle si remarquable qui est si commune et comme propre et particulière à ces sortes de tempéraments.

De pareilles constitutions organiques ont des vaisseaux sanguins étroits et resserrés; et, chose vraiment remarquable qu’on ne doit pas oublier ! une pareille crâse sanguine et une semblable structure et texture du corps favorisent, beaucoup plus que tout autre genre de tempérament , une abondante collection de la graisse', c’est-à-dire X embonpoint.

§ VIII. Les sujets dits mélancoliques ont les tissus de leurs organes plus épais et à l’abri de toute espèce de mollesse, soit physique, soit morale ou vitale. Les parties poreuses , plus denses que dans tout autre tempérament , offrent un aspect plus serré, ou , comme on le dit vulgairement , une constitution plus sèche et comme plus amaigrie. C’est précisément pour ce motif que les individus doués d’un pareil tempérament paraissent avoir les chairs plus denses et plus fermes et les os plus développés que les autres personnes.

En outre , la consistance et la densité des tissus se refuse à laisser circuler aussi facilement et aussi profondément le sang àèjktrop consistant par lui-même; à peine pénètre-t-il jusque dans les mailles étroites de la peau, mais non pas suffisamment pour lui communiquer une couleur tant soit peu vermeille. Aussi , voilà pourquoi les mélancoliques sont généralement d’un teint pâle , livide , tombant même sur le noir.

En revanche , les individus qui ont une pareille constitution , sont doués , en dédommagement d’une texture si dense, d’une capacité considérable des vaisseaux; leur pouls est un peu lent, mais énergique et très-développé.

§ IX. Ces quatre genres de tempéraments sont généralement indiqués et admis par les auteurs comme étant les principaux types de la constitution corporelle ; ils se présentent, du reste, parfois dans toute leur simplicité et

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dans un parfait état de pureté , mais on les observe le plus souvent comme mélangés entre eux chez le même individu, et l’on voit un tempérament donné se mêler à un type approchant : c’est ainsi que des sujets chez lesquels le tempérament sanguin prédomine peuvent acquérir peu à peu une tout autre constitution. Ce n’est cependant pas à tort qu’on appelle ce tempérament sanguin, puisque, s’il a mérité de recevoir ce nom , c’est parce que c’est lui qui s’accommode le mieux aux mutuelles nécessités de l’économie corporelle et qu’il constitue la disposition matérielle la plus naturelle à l'homme ; c’est-à-dire , parce qu’il a été regardé comme répondant véritablement et comme étant le plus en rapport direct avec la nature du corps humain.

D’où il est évident que ce genre de tempérament correspond fort bien à l’ordre naturel des choses corporelles , en sorte qu’il y prédomine le plus souvent ; et , pour parler d’une manière plus catégorique , ce n’est que très-rarement qu’il subit certaines modifications, en affectant un caractère différent.

Quoi qu’il en soit, on ne peut nier qu’il y ait des enfants qui jouissent en naissant, et d’une manière assez manifeste , des apparences ordinaires des individus doués d’un tempérament sanguin ; mais bientôt après , à mesure que leur corps prend de l’accroissement , ils se rapprochent de plus en plus de la constitution de leurs parents, et par cela même ils contractent peu à peu dans la suite le caractère de leurs propres parents , comme conséquence naturelle de leur similitude dans la texture ou constitution matérielle.

§ X. S’il est vrai de dire que les anciens n’étaient point à même d’apprécier franchement cette chose, c’est-à-dire la proportion réciproque qu’il y a entre les humeurs et les voies et méats du corps, ainsi que leur marche progressive plus ou moins précipitée à travers ces conduits naturels (et

cela d’autant mieux qu’ils ignoraient complètement la circulation ou mouvement progressif du sang); il n’est pas moins réel que les modernes ne possèdent à cet égard aucune connaissance positive , puisqu’en général ils ont regardé la doctrine universelle touchant les tempéraments comme n’offrant rien de vrai et d’utile sous aucun point de vue , et qu’ils l’ont repoussée comme une invention purement fictive et imaginaire. 11 résulte inévitablement de là que les physiciens et les médecins, aussi bien que les physiognomonisles , n’ont pu assujétir leur esprit à l’étude et à l’appréciation d’un fait si curieux, si commun par lui-même , d’une application si utile et si variée. Ce qui revient à dire que les modernes considérant d’une manière légère et indifférente la question des tempéraments, ne pouvaient parvenir à comprendre et à découvrir quelle est la conspiration qu’il y a réellement dans les proportions qui existent entre les humeurs et les méats ; proportions ou rapports qui constituent les tempéraments proprement dits et que l’on saisit parfaitement bien; rapports et proportions, enfin, indiquant toujours et d’une manière invariable la relation qui existe entre les mœurs de l’esprit et les divers modes de tempéraments , c’est-à-dire les diverses manières d’être proportionnelles des humeurs et des méats.

On ne saurait trop louer et trop vanter encore aujourd’hui le zèle infatigable et éclairé de Galien , en ce qu’il a su déjà de son temps bien apprécier la chose en elle-même , qu’il en a bien observé le pourquoi, et qu’il a transmis à la postérité ses idées à cet égard. Mais, en revanche, on ne pourrait jamais blâmer assez la négligence de ceux qui sont venus après lui , et auxquels on peut reprocher plutôt une insouciance volontaire qu’un simple oubli à l’égard de cette question si intéressante des tempéraments et de la mutuelle réciprocité de rapports entre les humeurs et les voies du corps, etc.

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§ XI. Les personnes sanguines , dont il est ici question, ont des mœurs bien variées , qu’elles empruntent aux divers autres tempéraments, mais qui sont néanmoins comme propres au tempérament sanguin; en voici le type.

Les sujets sanguins jouissent d’une liberté complète d'esprit ; ils sont naturellement gais, calmes, voluptueux ; ils aiment à se procurer abondamment les choses qui leur sont agréables, et savent se les ménager habilement; ils aiment le repos ; ils sont parfaitement aptes aux affaires de peu d’ importance , avides d'honneurs, recherchant la gloire, surtout quand ils peuvent l’acquérir sans trop de difficultés ; naturellement sincères, francs, sans ruse ni astuce, ils ne sont ni portés ni propres à la dissimulation ; ils sont les défenseurs de X équité et de X égalité; impropres aux affaires difficiles, et hésitant devant les choses qui demandent une prompte décision , ils manifestent même de la crainte et de l 'inquiétude en face d 'obstacles subits et graves, desquels peuvent surgir certains dangers; incapables de donner un sage avis dans les moments pressants qui font pressentir un péril imminent, ils se livrent au désespoir aussitôt qu’il se présente; mais ils sont tout rayonnants de gloire et de bonheur s’ils peuvent se sortir d’une mauvaise affaire. En d’autres termes, ils exaltent avec emphase leur habileté et leur valeur une fois qu’ils ont surmonté une difficulté ; mais ils sont d’une timidité extrême lorsqu’ils éprouvent la moindre contrariété, tandis que , aussitôt après que le danger s’est dissipé , ils prônent bien haut leur génie et sont complètement rassurés.

§ XII. Les personnes à tempérament bilieux jouissent aussi le plus souvent du libre essor de leurs facultés intellectuelles ; ils sont même assez calmes pour ne pas manifester de la crainte au moment du danger, et attendent avec assez de résignation ce qui peut leur arriver de fâcheux ;

aussi sont-ils vigilants, alertes et vifs; ils sont aptes etprompts aux affaires , et manifestent surtout dans leur administration une vivacité, une adresse et une habileté sans exemple ; peu patients quand il surgit des embarras, emportés et violents par nature , ils sont toujours prêts à résister et à lutter avec opiniâtreté contre tout obstacle qui vient renverser ou contrarier leurs projets ; intrépides dans le danger, ils sont ardents et fougueux dans l’emploi des moyens propres à le dissiper ; ils sont actifs et laborieux dans le besoin , et si parfois il leur survient quelque chose de très-fâcheux , ce n’est pas là pour eux un motif de devenir timides : ils acquièrent au contraire de X audace, ils deviennent même téméraires, et portés à trouver une excuse de leur défaite dans la grandeur des dangers qu’ils s’exagèrent plutôt que de ne pas en tenir compte. Ils sont, par cela même, glorieux, fiers, méprisant et dédaignant facilement les autres; naturellement courageux , ils ont en horreur X oisiveté ; toujours prêts à agir, ils persistent résolument dans leurs entreprises, jusqu’à ce qu’ils aient atteint le but qu’ils se sont proposé.

§ XIII. Les sujets phlegmatiques , au contraire, sont indolents, lâches et engourdis ; ils jouissent sans doute des plaisirs et des biens qu’ils possèdent , mais en manifestant à cet égard une satisfaction des plus insignifiantes , provenant évidemment , non d’une profonde appréciation , d’un sentiment intime du peu d’importance de ces objets , mais bien certainement plutôt d’un jugement froid et d’une sensibilité complètement engourdie .

Ils poussent X esprit de sécurité et X amour du repos jusqu’à X oisiveté et à X engourdissement le plus absolu ; ils sont lents, apathiques et négligents dans toutes leurs actions ; généralement ennemis du travail, se dégoûtant facilement de leurs travaux ordinaires , et se montrant enfin languis-

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sants et exténués de fatigue à la moindre occupation ; impropres à toute affaire, ils sont sans soucis, avares pardessus tout, dans la crainte principalement qu’en perdant les biens présents, ils ne soient forcés de se livrer à de nouveaux travaux.

Ils sont méticuleux, timides et inquiets à la moindre difficulté qui surgit dans leurs affaires ; se livrant facilement au désespoir dans les dangers pressants , ils affectent une plus parfaite tranquillité d’âme dans les moments extrêmes (comme par exemple à l’instant de la mort) que dans les épreuves dangereuses moins graves, mais par lesquelles ils sont si profondément impressionnés.

§ XIV. Les mélancoliques, d’ordinaire assez confiants et rassurés à l’égard des choses présentes , sont continuellement dans le doute pour X avenir , dont ils se défient sans cesse , car ils sont naturellement défiants et soupçonneux.

Ils pèsent et apprécient les choses avec justesse et discernement, sans haine et sans passion ; ils font preuve d’un jugement droit et sain dans X estimation des choses utiles et agréables, fâcheuses ou contraires , incertaines et dangereuses, à moins que leur esprit ne soit absorbé et sans cesse attentif à ce qui peut leur arriver de pire que le mal qu’ils éprouvent déjà et dans lequel ils sont tombés.

Voilà pourquoi ils sont circonspects, vigilants, prévoyants et pensifs ; d’une assiduité rare , ils sont toujours prêts à des travaux modérés, et attentifs à ceux qui sont nécessaires ; industrieux , soucieux, pleins de sollicitude et de vigilance , ils sont infatigables, à moins que la crainte et le tremblement qui en est la conséquence ne viennent , dans les choses dont les résultats sont douteux , abattre et saper leurs forces. Dans les évènements sérieux et hérissés de grandes difficultés , ils sont moins faciles à se désespérer , que prompts à prendre une détermination extrême en vue

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des maux qui leur paraissent d’une imminente gravité , et qu attentivement appliqués à parvenir à leur but. Les sujets mélancoliques sont , en outre, fermes dans leurs résolutions, attendu surtout qu’ils n’entreprennent jamais rien sans raison valable et majeure , mais alors seulement que la chose leur a paru très-importante. Ils sont ennemis de la fraude, si ce n’est lorsqu’ils croient nécessaire d’user de ruse et d’adresse ; amis de la justice et de Y équité , ils abhorrent par cela même la fourberie et la dissimulation lorsqu’ils connaissent franchement la vérité 4’ on mensonge . Véridiques autant qu’il est donné à l’homme de l’être , ils sont généralement des juges intègres et incorruptibles ; ils sont de sincères et fidèles amis, mais difficiles à se laisser aller et peu confiants. Généralement équitables et bons, ils ne sauraient avoir, à leur tour, confiance en la justice des autres ; car ils sont naturellement soupçonneux , et voient toujours les évènements sous un aspect fâcheux.

§ XY. Nous pensons qu’on doit rapporter la cause de tous ces phénomènes à cette proportion organique qui existe entre les méats et les humeurs , ainsi qu’au mouvement également analogue et proportionné à ces conditions organiques selon lesquelles il est convenablement réglé et administré. Comme le mouvement du pouls et de la circulation du sang est continuel , incessant , qu’il n’a aucune espèce d’interruption et doit être regardé comme le mouvement par excellence par son rang et sa dignité , il est essentiel que le corps existe et soit même vivant , avant que Yâme puisse agir soit sur lui , soit en lui , soit enfin par lui : — « Quandoquidem esse prias, et vivum » quidem esse utiquè debet corpus, quàm anima sive in illo, » sive per illud agere usquàm possit 1 . » Il résulte de là que

1 Stahl émet ici une pensée qui , révoquée en doute par ceux-ci', rejetée par les autres , est admise par quelques-uns. Quant à nous , nous croyons

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la nature, d’après cet acte important si primordial qu’elle exécute pour la première fois , et sur la notion de la proportion nécessaire qu’elle en acquiert , se forme un type auquel elle s’habitue et se familiarise dans la mesure proportionnée de toutes ses autres actions, afin sans doute qu’elle conforme tous ses actes à ce même type de proportion selon lequel elle a commencé et s'est accoutumée d’exercer ce mouvement vital primordial et perpétuel qu’elle ne doit plus désormais cesser d’accomplir; ou, en d’autres termes, afin que la nature accomplisse et ne cesse d’exercer ses fonctions d’après ce type primitif, c’est-à-dire d’après ce prototype de proportion à l’aide de cet acte et de ce mouvement vital.

§ XVI. De là vient, par exemple, que l’on appelle sanguins les individus dont le sang est extrêmement fluide, et qui possèdent, en outre, des vaisseaux et des méats aussi étendus que nombreux et libres. Chez de pareils sujets, non-seulement il suffit d’une médiocre impulsion pour obtenir des résultats satisfaisants et avantageux ; mais encore, dans un pareil ordre de choses , il n’y a rien à craindre de fâcheux pour l’avenir, à moins qu’il ne survienne du dehors ou d’autre part quelque chose de subit et d’inattendu.

De telles personnes appliquent un pareil type , c’est-àdire suivent un mode analogue d'action, tant dans toutes leurs autres intentions d’agir que dans tous les divers

que primitivement l’âme a été unie à un corps ayant la vie en puissance, c’est-à-dire pouvant exécuter toutes les fonctions vitales et animales , en vertu de lois , de conditions physiques , chimiques et organiques qui lui sont propres et inhérentes , lois et conditions posées et mises primitivement en jeu par le Créateur, et maintenues en acte durant toute la vie à l’aide d’une force supérieure à ce corps. En effet, au moment où Dieu eut plastiqué tous les organes du corps humain, ce dernier jouissait d’une vie propre que le souffle et la puissance de Dieu soutenaient, et que l’âme fut destinee a maintenir en veillant à l’exécution des fonctions possibles et nécessaires à la vie.

procédés et moyens qu’elles emploient dans les actes de leur vie.

Les personnes qui jouissent de ce tempérament sont habituellement douées du libre exercice de leurs facultés intellectuelles ; elles se font remarquer par une sécurité et une égalité d’humeur toutes particulières, ne regardant jamais les choses que sous leur point de vue aisé et facile ; elles n ont aucun souci de V avenir, et , loin de s'inquiéter de tous les obstacles et des difficultés qui peuvent surgir dans les affaires, elles n’y pensent même pas.

§ XVII. Les sujets bilieux ayant un sang vermeil ont aussi , pour cette raison , des vaisseaux et des méats moins amples et moins ramifiés, mais plus étroits et plus resserrés que les individus sanguins ; aussi ont-ils besoin , pour réparer cette défectuosité naturelle , d’une plus puissante énergie dans X impulsion imprimée aux humeurs, résultat généralement obtenu avec le plus grand succès vu la fluidité remarquable de la masse humorale.

Cependant, comme il pourrait arriver que, par l’effet d’une trop lente et trop faible impulsion , le sang , retenu quelque part en stase à cause de X étroitesse des méats , ne finît par s’y corrompre, il était entièrement indispensable que la nature prévînt ces funestes inconvénients , et leur vînt en aide au moyen d’une vigilante et incessante énergie impulsive, particulière à ce tempérament.

A ce type spécial des mouvements vitaux correspond, comme d’une manière inévitable et nécessaire , un état moral particulier, c’est-à-dire un autre type spécial aussi, intentionnel et proportionné à l’égard des actions morales de l’individu. C’est ainsi que les personnes à tempérament bilieux sont promptes à agir, vigilantes, actives, alertes, laborieuses et pleines de circonspection ; ne doutant jamais de rien et n’ayant aucune crainte au point de vue du succès de leurs

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entreprises ; toujours prêtes à tenter la fortune et à scruter l’avenir, et cela, plutôt par des déterminations et des actions promptes et vigoureuses que par de lentes spéculations et de tardives réflexions.

§ XVIII. Les mélancoliques offrent un mode contraire dans leur action vitale ; chez eux , en effet , Y étroitesse des vaisseaux se joignant à X épaississement du sang, cette circonstance particulière requiert une direction toute spéciale dans le mode d’impulsion , ou , si l’on veut , une pression assez puissante et assez énergique. Quoique tout s’exécute naturellement ainsi , il existe néanmoins chez ces sujets des dangers imminents qui menacent continuellement l’économie , à la faveur surtout de cette constitution intime du sang, toujours disposé à cet épaississement. Cette constitution est singulièrement favorisée à son tour par le prompt et funeste concours de causes externes propres à augmenter cet épaississement de la masse sanguine, à faciliter les fâcheux résultats des stases et à produire enfin la corruption et la mort.

Si nous étudions maintenant ces sujets au point de vue moral , nous verrons qu’ils sont extrêmement méticuleux et craintifs, qu’ils redoutent beaucoup l’avenir; ils sont soupçonneux et défiants dans toutes leurs actions. Actifs et propres à tous les travaux, ils s’appliquent néanmoins et persistent avec plus A assiduité et plus de complaisance quand il s’agit de perfectionner leurs propres ouvrages , qu’ils ne le font quand il est question d’une entreprise de peu d’importance ; iis sont indifférents pour les choses difficiles, embarrassées et frivoles , n’aimant pas d’ailleurs de s’occuper de plusieurs choses à la fois. Les mélancoliques, enfin, réfléchissent long -temps et sérieusement sur les choses qui peuvent être faites ; ils sont extrêmement méfiants au point de vue de leurs propres affaires et de leur propre personne ;

ils aiment la modération et la régularité en toutes choses ; ils recherchent le certain et le positif avant tout. Dans les affaires difficiles, périlleuses et embarrassées, ils ne s’alarment pas devant une médiocre difficulté, mais ils sont épouvantés quand le péril ou l’embarras est très-grand.

§ XIX. Le sang des individus doués d’un tempérament lymphatique est, en général, extrêmement ténu et d’une faible consistance; et, comme cet état de fluidité favorise singulièrement la circulation , il n’est ni nécessaire ni même utile que la nature déploie en cette occasion une force impulsive trop grande.

Quoiqu’un pareil sang soit exposé à la corruption par suite d’une trop grande viscosité, ou d’une profonde disposition à une facile dissolution, on a cependant rarement à craindre une semblable conséquence , attendu que l’invasion ultérieure de la fermentation corruptive n’est point aussi prompte, aussi active et autant à redouter dans ce cas pour l’économie corporelle que dans une autre circonstance et avec un autre tempérament.

Une contexture aussi molle et aussi lâche offrirait , du reste , à cause de la trop grande humidité aqueuse des parties organiques , un double et grave inconvénient à l’action d’un mouvement plus énergique , parce que 1 0 pour imprimer un mouvement rigoureux à des parties flasques et lâches il faudrait un degré d’impulsion bien plus fort que quand il s’agit de parties un peu raides et consistantes; parce que 2° une telle constitution matérielle serait bientôt ruinée et détruite par suite d’un mouvement et d’un usage trop violents.

Il n’est donc pas surprenant que de pareils sujets soient naturellement nonchalants, aimant le repos et la tranquillité, sans soucis et confiants sur leurs propres affaires pour lesquelles ils ne se mettent jamais en peine ; ils sont tous en

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général ennemis des mouvements violents et pénibles, ils en sont bien plus vite fatigués que d’autres ; leurs forces physiques s’épuisent facilement, et ce n’est que par un repos indispensable qu’ils peuvent parvenir à les réparer.

§ XX. Voilà bien suffisamment démontrées, nous l’espérons , d’une manière catégorique et claire , l’existence réelle et la véritable importance de l’identité proportionnelle qui règne entre les actes tant vitaux et animaux que moraux. Ces sortes de rapports entre le physique et le moral de l’homme ne sauraient avoir d’autre raison que cette idée fixe et invariable que l’âme intelligente se fait du type ou mouvement des humeurs à travers des méats d’une certaine dimension proportionnée ; type imposé d’abord à 1’ action vitale première et fondamentale , primordiale, perpétuelle, incessante, et que l’âme prend (à son tour comme le prototype fondamental de toutes les actions qu’elle doit désormais exécuter dans le corps, sur le corps et par son intermédiaire. Dans toutes ses actions vitales, animales et morales, l’âme est si fidèle à ce type primitif, elle le suit avec tant d’ordre, de mesure et de précision , qu’elle le regarde comme le type par excellence, le premier entre tous, dans l’usage incessant qu’elle en fait , et qu’il est toujours présent à son intention, comme faisant l’unique objet de son idée fixe et invariable (idée véritablement intellectuelle, mais non remémorable et ne pouvant être représentée J!... «Ut.... hâc ratione jugiter in intenlione et velut immobili idœâ (intellectuali nimirim, non memoriali aut figurabili) habeat. »

§ XXI. La connaissance réelle et approfondie des tempéraments offre encore un très-grand avantage au praticien en lui apprenant à savoir bien distinguer les dispositions particulières et variables des individus aux nombreuses et diverses affections qui proviennent habituellement , tant d’un défaut

ou vice de mesure , ou d’une trop grande abondance d’une matière se prêtant difficilement au mouvement , que d’une ataxie réelle ou d’une véritable confusion survenue dans T impétuosité , X ordre, la marche, la continuité et X issue naturelle des mouvements eux-mêmes.

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