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CHAPITRE VI

DE LA SÉCRÉTION ET DE L’EXCRÉTION , VÉRITABLE DERNIER ACTE FORMEL ORGANIQUE DE LA VIE.

§ Ier. L’acte vital qui accompagne et suit de plus près la circulation du sang, c’est la perpétuelle et incessante sécrétion des diverses humeurs que nous avons déjà signalées plus haut , de la lymphe surtout , et des différentes parties du sérum qui s’en sont séparées.

La lymphe, en effet, tire si bien sa principale origine du sang et de son sérum excrémentiliel desquels elle se sépare, que , après un certain séjour dans la substance corporelle , elle revient à sa pureté naturelle pendant ce laps de temps remarquable après lequel elle se mêle encore avec le sang lui-même , et rentre de nouveau dans le torrent de la circulation, pour être charriée avec lui dans toutes les parties du corps.

§ IL Signalons ici les circonstances particulières d’après lesquelles cette sécrétion de la lymphe du reste de la masse sanguine peut s’opérer , c’est-à-dirg le mécanisme vraisemblable à l’aide duquel s’effectue cette sorte de séparation , et le but final en vue duquel la nature entreprend cet acte important. L’on peut d’abord raisonnablement considérer ce mécanisme spontané et naturel de la sécrétion des humeurs comme un acte vital général, et même comme un acte plus spécial.

Au point de vue de la constitution générale de ce mécanisme , se présente ici une opinion paradoxale admise par quelques médecins, savoir : que toutes les sécrétions humorales qui ne sont pas destinées à subir d’une manière directe

et naturelle une excrétion complète et successive de l’économie corporelle, comportent avec elles une séparation habituelle de la partie la plus consistante des humeurs d’avec leur partie la plus subtile et la plus ténue ; de telle sorte que la portion la plus épaisse de ces humeurs est censée être reçue et se retirer à travers des conduits excessivement étroits dans des organes destinés à les contenir, tandis que ce qu’il y a de plus dégagé et de plus subtil en elles paraît être exclu de ces méats , comme impropre à être reçu dans ces organes.

Quant à nous, nous pensons que c’est là un véritable paradoxe mécanique , attendu qu’il est plus aisé de comprendre et plus en rapport avec les principes de la vraie science mécanique, que les parties subtiles des humeurs doivent pénétrer plus facilement et plus promptement dans des voies étroites et resserrées, que les parties plus consistantes qui en doivent être exclues, au contraire , d’une manière absolue.

§ III. Dans le but de résoudre et d’aplanir les nombreuses difficultés de cette opinion purement hypothétique , l’on a eu recours à divers moyens aussi difficiles à apprécier qu’incompréhensibles dans leurs modes d’ exécution.

C’est ainsi qu’on a voulu assigner à chacune des particules humorales les plus petites , et à chaque méat ou pore livrant passage à ces humeurs, certaines formes déterminées et spèciales, de telle sorte que la capacité de ceux-ci correspondrait d’une manière invariable et absolue à la dimension et à la proportion exactes des particules humorales. Avant de démontrer ce qu’il y a d’absurde et d’inadmissible dans ces sortes d’opinions , nous allons tâcher de faire comprendre comment la sécrétion des humeurs s’accomplit ordinairement sans gêne , sans difficulté réelle et même avec une convenance remarquable.

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§ IV. Ce qu’il y a de bien notoire d’abord, c'est que, dans le perpétuel et incessant mouvement progressif des humeurs, les vaisseaux et les méats sont continuellement dans un certain état d z plénitude; de telle sorte qu’il n’existe pas un libre et direct passage entre l’extrémité capillaire des artères et les dernières ramifications veineuses, de manière à faire communiquer par ce moyen les troncs veineux avec les dernières divisions artérielles. Mais il y a en cette circonstance un certain retard et un certain effort de résistance, jusqu’à ce que , par le retrait d’une quantité quelconque de sang de l’extrémité des dernières ramifications veineuses , il soit permis à une nouvelle quantité d’humeurs de "pénétrer dans la cavité de ces petits vaisseaux veineux et de rentrer ainsi dans le torrent de la circulation ; de manière que ces humeurs, — entraînées avec le sang, — après avoir subi entre les extrémités artérielles et veineuses une espèce de balancement , trouvent enfin accès dans les extrémités capillaires des veines.

Durant cet intervalle de temps, les humeurs, secouées et comprimées entre les parties molles poreuses et criblées de méats, ont pu facilement devenir de plus en plus légères et subtiles, et aptes à s’échapper à travers les méats extrêmement exigus des parties plus compactes. Alors, une fois que ces humeurs se sont ainsi distribuées çà et là , le reste du sang , quand il est enfin poussé dans les veines, a acquis nécessairement un plus haut degré de consistance ; ce qui démontre d’une manière très-évidente la raison naturelle de ce phénomène énoncé ci-dessus sous forme paradoxale.

§ Y. On pourrait certainement appliquer ce même mode de sécrétion aux autres humeurs , comme par exemple à la sécrétion de la lymphe, du sperme , du lait , etc. ; mais il

convient , avant tout , de considérer ici la raison mécanique et naturelle à l’aide de laquelle ce phénomène de sécrétion s’accomplit avec une aussi grande facilité. En effet, bien que l’on puisse supposer que ces diverses liqueurs secrétées , la lymphe surtout , ne sont pas plus légères et plus ténues que le sang , il est clairement démontré cependant , par leur propre consistance se rapprochant de la diaphanéité, que le fait contraire a lieu.

Delà, ces humeurs , légèrement épaisses , s’introduisent dans les réservoirs qui leur sont propres , sous une consistance assez fluide et délayée, c’est-à-dire mêlées avec une assez notable quantité de sérosité aqueuse. Mais, comme elles n’y pénètrent pas en traversant les tissus avec une violence et une impétuosité arbitraires , et que la nature apporte dans cet acte une lenteur remarquable , jusqu’à ce que ces humeurs , après avoir traversé certains méats, parviennent dans leurs conduits propres et naturels; c’est alors , et uniquement par ce moyen , que s’opère une nouvelle séparation d’une humeur plus ténue d’avec les parties les plus épaisses.

§ VI. Ce qui démontre de la manière la plus évidente la réalité de ces faits , c’est 1 0 la si petite quantité des humeurs épaisses relativement à la quantité des autres humeurs ; 2° la délicatesse de texture des vaisseaux lymphatiques, telle qu’au travers des mailles qui forment leur tissu , une certaine quantité d’humidité aqueuse et légère peut encore se séparer des parties les plus épaisses de la lymphe par une sorte de transpiration ; 3° l’observation exacte de la vraie consistance du lait, telle que l’expérience nous la présente. 11 est évident et certain, en effet, que lorsque l’on tire trop abondamment ou trop souvent le lait , ou que l’on ne met pas un assez long espace de temps entre ces fréquentes émulsions, il devient de plus en plus ténu et aqueux; tandis

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qu’il est d’autant plus épais et consistant qu’on met un plus long intervalle entre ces mêmes opérations.

§ VII. L’on peut encore trouver des preuves évidentes de ces mêmes faits dans les exemples des substances excrémentitielies , attendu qu’il est démontré que lorsque l’éjection de Y urine a lieu bientôt après l’absorption de liquides , elle est beaucoup plus abondante et plus limpide; tandis que lorsqu’elle s’effectue long-temps après que l’on a bu , elle est alors en bien plus petite quantité , plus consistante et plus chargée en couleur.

Nous pourrions répéter les mêmes preuves en nous appuyant sur la nature des excréments eux-mêmes , et dire qu’ils sont d’autant plus liquides que les selles sont plus souvent répétées ; tandis que la dureté de ces matières correspond toujours à un retard plus ou moins prolongé de la défécation , à tel point qu’elles ne sont rejetées qu’avec peine et sous forme de petites boules dures et sèches après un long séjour.

Ces faits sont si bien connus , qu’on peut en faire l’application aux légers cours de ventre dans lesquels on rend par les selles des matières fluides : dans ces cas , en effet , si l’on parvient à arrêter les évacuations alvines pendant un certain temps, ces mêmes matières s’épaississent peu à peu et se durcissent même quelques heures après.

§ VIII. De même que la vérité de l’acte sécréteur ressort pleinement, à posteriori, des faits mêmes; de même aussi il devient aisé de concevoir , même à priori, le mode à’ exécution et de succession de ces phénomènes, lorsqu’on connaît la capacité naturelle des méats et des réservoirs dans lesquels les particules les plus épaisses peuvent être entraînées , délayées et humectées à l’aide d’une humidité beaucoup plus ténue ; tandis que, dans leur long trajet et dans les nombreux

détours qu’elles suivent , les parties humides et plus légères progressent lentement dans leur marche directe , opèrent ainsi leur exsudation dans tous les sens à travers la texture extrêmement ténue des vaisseaux , s’insinuent et se répandent enfin par ce moyen dans d’autres réservoirs propres, en abandonnant peu à peu et livrant à elles-mêmes les portions humorales plus consistantes , de sorte que c’est dans cet état d’épaississement naturel qu’elles s’avancent vers le lieu de leur excrétion.

Cette méthode de sécrétion se recommande par la grande simplicité , par l’excellence et surtout par l’extrême facilité avec laquelle la nature procède en cette circonstance , puisque, ainsi que le prouvent la facilité et la simplicité actuelles de ce même phénomène , la méthode invoquée ci-dessus ne s’appuie , à priori , sur aucune espèce de nécessité , et que de nombreuses difficultés se présentent dans son exécution.

§ IX. En effet , si ces sécrétions devaient être accomplies en vertu de cette absolue proportion réciproque et purement hypothétique des particules humorales et des pores colateurs , il faudrait nécessairement :

a. Que les particules d’une humeur quelconque passassent absolument et simplement une à une à travers les pores de leurs conduits naturels. Il découlerait de cette supposition que si plusieurs particules pouvaient passer en même temps par le même méat , il serait absurde et inutile d’alléguer la configuration spéciale des matières et des voies, attendu que , si l’on suppose X ouverture des pores d’une dimension deux fois plus grande , cette forme particulière qu’on avait assignée à ces méats destinés à livrer passage à chacun des corpuscules , cette forme, disons-nous, devient dérisoire et sans usage réel.

Du reste , cette première hypothèse se trouve d’abord en opposition flagrante avec le caractère et le mouvement de la

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fluidité même ; car , puisque le caractère essentiel et propre de la fluidité est que les parties qui constituent tout fluide forment un véritable agrégat, il est évident qu’il serait bien difficile de comprendre comment le mouvement et la marche progressive des particules humorales pourraient s’effectuer une à une et séparément. Cette séparation supposée des particules une à une ne saurait s’accorder avec le temps ordinaire consacré aux diverses sécrétions , ce que prouvent d’une manière péremptoire les exemples de diabètes , de diarrhée et de sueurs , etc.

§ X. b. Dans le précédent paragraphe, nous venons de signaler une difficulté tirée du nombre des particules humorales; dans celui-ci, nous devons en faire remarquer une autre non moins sérieuse , fondée sur la situation ou position de ces mêmes particules par rapport aux méats. En effet , il serait absolument nécessaire , d’une part , que , suivant la forme angulaire ou oblongue des particules , les méats affectassent à leur tour une variété pareille , au moment où par une sorte de conspiration mutuelle ils devraient livrer passage aux humeurs ; d’autre part , il serait également indispensable , pour que l’opération s’accomplît normalement , que les aspérités angulaires des corpuscules correspondissent d’une manière exacte et constante à X extrémité angulaire des pores colateurs, dans leur position respective.

Mais n’est-ce point là une chose invraisemblable , et ne s’éloigne -t -on pas de toute probabilité mécanique quand on suppose que , dans le mouvement naturel et si précipité des humeurs, ces phénomènes puissent avoir ainsi lieu simplement en vertu d’une condition absolument mécanique ? — Qui pourrait jamais croire , en effet , que , parmi les nombreuses espèces des innombrables corpuscules , si dissimilaires , réunis sous forme d’ agrégat fluide , chacun de ces corpuscules , d’une espèce différente , pût

naturellement et par un mouvement précis et direct progresser, agir ou faire des efforts? Chacun pensera avec nous , au contraire , qu’il est bien plus vraisemblable que le fluide suive un mouvement simplement fortuit , et qu’irrésistiblement entraînée , chacune de ses particules suive l’impulsion qui lui est propre.

Il serait indispensable , dans l’hypothèse , d’admettre la présence d’un être nouveau, capable d’imprimer à tout moment à chacune de ces particules une direction particulière , si bien proportionnée à la capacité et à la forme des pores , que , dans son incessant mouvement , chaque particule humorale devrait exactement coïncider avec la forme des pores, angle à angle, sommet à sommet, etc. Si les choses ne se passaient pas réellement ainsi , il pourrait arriver qu’une particule quelconque , arrêtée à l’ouverture d’un pore par suite d’une fausse manœuvre , d’une impulsion vicieuse et d’une mauvaise direction , en obstruerait l’entrée , et pourrait ainsi enrayer la circulation totale et ultérieure de la masse humorale. Or, si, par une nouvelle multiplication à’ êtres , on plaçait à l’entrée de chacun des petits pores un agent directeur particulier de même nature que celui ci-dessus , — car ce serait trop exiger que de vouloir charger le même du soin de la direction de chaque particule, — cette multiplicité d’agents serait la cause d’un nouveau retard , occasionné par le ralentissement nécessaire à l’entrée de chacun des innombrables petits conduits répandus dans tout le corps , pour que chaque corpuscule en particulier pût pénétrer à travers l’ouverture qui lui est propre ; et ce retard serait si grand , qu’il ne pourrait correspondre , à posteriori, à la marche successive et évidente de toutes les sécrétions.

§ XL c. Ici se présente encore une nouvelle difficulté, découlant de cette même hypothèse. D’après cette suppo-

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sition purement mécanique , il serait , en effet , absolument nécessaire que , par ses prétendus pores , il ne passât jamais d’autres particules ayant une forme différente , étant d’une autre espèce, et ne pouvant pas surtout trouver d’issue à travers tels ou tels pores : tels seraient , par exemple, les atomes de forme conique, pyramidale et cubique qui devraient passer en diagonale, etc.

Cette difficulté nécessiterait l’intervention d’un directeur nouveau chargé d’empêcher l’approche des corpuscules étrangers, ou bien nanti d’une énergie inconnue capable de diriger les corpuscules appropriés ; elle exigerait aussi un autre agent, différent du premier, ayant la puissance d’écarter immédiatement les corpuscules étrangers, à moins qu’il ne veuille s’exposer à entreprendre un travail bien plus pénible encore pour chasser de nouveau les particules qu’il avait laissé s’approcher par négligence .

§ XII. d. De ce que toute figure qui s’écarte de la forme des polyèdres ronds est impropre à tout mouvement fluide, et que toute forme plane est tout-à-fait incapable de se prêter à ce même mouvement, il s’élève ici une autre difficulté contre cette hypothèse.

En effet , puisque l’on doit regarder avec raison l’entrée des pores comme formant une surface plane quelconque , et que les polyèdres sphériques n’ont leur plus grande étendue que dans leur section exactement diamétrale , — les polyèdres n’ayant pas toujours en ce cas une forme parfaitement sphérique ; — comme , d’un autre côté , tous les autres segments, du moins ceux qui sont parallèles au diamètre et qui n’ont rien de commun avec la raison exacte de la figure qui correspond au grand segment, ont une étendue beaucoup moindre, nous ne devons pas nous en occuper ici.

Que si , cependant , dans ces sortes de polyèdres sphé-

roïdaux, on concevait une section à l’aide d’une autre ligne diamétrale divergente, c’est-à-dire s’éloignant du diamètre, ou si l’on supposait simplement l’inclinaison d’un corps sphéroïde , il y aurait par cela même un changement dans la figure ; il s’ensuivrait, dans ce cas, la nécessité d’un nouveau genre de direction , qui devrait pousser vers l’ouverture du pore , ainsi proportionnée à tel polyèdre sphéroïde quelconque qui se présente dans cette position diamétrale très - spéciale , la seule qui, entre mille autres positions différentes , — pour un seul et même corps et même pour plusieurs autres , — puisse convenir uniquement et simplement à l’ouverture du pore.

D’après l’ensemble de ces conditions , on voit clairement qu’il serait absolument nécessaire ici de la présence d’un agent directeur très-spècial, ainsi que d’une très-sage et habile direction élective.

§ XIII. e. Une cinquième et très -grande difficulté se présente encore ici sous forme d’un simple paralogisme : elle est tirée de la figure des globules proportionnellement à leur dimension. Dans l’hypothèse, en effet, les corpuscules choisis comme convenables à une forme particulière de pores devront affecter la même forme que ces derniers et avoir la même grandeur, soit dans un sens diamétral, soit dans un. sens diagonal, ou bien avoir une forme et une grandeur différentes. S’ils sont d’une égale dimension, tous les corpuscules polyédriques qui auront peu de faces pourront passer à travers les pores destinés aux corpuscules polyèdriques , et ceux-ci à travers les pores des corpuscules sphéroïdaux. Si , au contraire , ils sont d’un moindre volume , avec une forme semblable , les corpuscules plus petits pourront pénétrer à travers les ouvertures destinées aux plus grands; tandis que des corpuscules plus grands ne pourront pas , à leur tour, être introduits dans les méats

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réservés aux petits , non à cause de leur figure propre , qui est semblable , mais bien à cause seulement de leur dimension, qui est plus grande.

§ XIV. f. Mais pour que le paralogisme que nous venons d’énoncer puisse facilement faire disparaître les ingénieuses difficultés soulevées , nous allons citer un fait pratique connu de tous et capable d’éclairer la question.

D’après cette hypothèse forcée , il serait tout-à-fait indispensable qu’il ne se séparât du sang, dans l’acte de la sécrétion , que des humeurs homogènes. Cependant on peut dire , contrairement à cette supposition, que , pas plus dans un cas que dans l’autre , il n’existe dans aucune des humeurs du corps aucune espèce d’homogénéité ; à tel point que l’on a fort bien reconnu que , même dans les excréments , on rencontre une assez notable quantité d’humeurs les plus précieuses à l’économie animale.

§ XV. Rejetant donc ces vains et inutiles travaux et ces hypothétiques opinions , il est bien plus convenable de se rendre à l’évidence et à la certitude d’autres faits fondés sur une différence réelle dans la dimension des divers méats ou conduits sécréteurs du corps. Cette différence peut seule nous faire comprendre comment certains pores ou méats peuvent servir de passage aux corpuscules les plus ténus, et d’autres aux seuls corpuscules les plus consistants ; car, de même que la diversité de consistance des humeurs sécrétées concorde parfaitement avec une opération vitale spéciale , de même aussi , basés sur cette distinction , nous pourrons acquérir plus aisément la conception de cette méthode naturelle indiquée ci-dessus , et à l’aide de laquelle les portions subtiles de nos humeurs sont séparées des plus épaisses. L’expérience , avons-nous dit , confirme ce fait à posteriori. Il est on ne peut plus vrai, en effet, que la

lymphe est réellement moins consistante que le sang, et que le sérum est beaucoup plus ténu que la lymphe ; que la salive et le crachat sont moins épais et consistants que la bile ; que le mucus intestinal est encore plus clair que la bile elle-même, et que Y urine, d’une consistance très- variable d’ailleurs , est néanmoins plus dense que la sueur, etc.

Pour ce qui est, enfin, du lait et du sperme, bien que ces liqueurs animales paraissent suffisamment consistantes , nous ferons remarquer cependant qu’elles sont entraînées dans les conduits qui leur sont propres sous une apparence plus liquide et plus délayée, et que là , par une soustraction successive des parties qui leur servaient de véhicules et qui se portent vers d’autres points , ces liqueurs animales acquièrent et subissent un plus haut degré de consistance.

§ XVI. Parmi toutes les circonstances qui se rapportent à l’acte vital des sécrétions , nous placerons au premier rang celle du temps ; nous ferons également observer cette autre circonstance particulière , que les organes divers contenant une liqueur sécrétée destinée à être excrétée sont , pour la plupart, d’un très-petit volume, et qu’ils accomplissent néanmoins des évacuations assez fréquentes et assez abondantes.

Une chose vraiment remarquable encore au point de vue du petit volume de ces organes sécréteurs, c’est qu’ils accomplissent habituellement leurs fonctions sécrétoires avec lenteur, d’une manière successive, et opèrent aussi de rares excrétions : ce qui démontre la corrélation intime qu’il y a entre la mesure du temps et la proportion de ces actes successifs de sécrétion.

Cependant , pour expliquer comment il se fait que , dans un très-court espace de temps, une très-grande quantité de matières est sécrétée par des organes aussi petits, — tels que par les reins sous l’influence d’une copieuse boisson insolite et dans le diabétès, ainsi que par les glandes intes -

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finales dans les cas de diarrhée , — il faut considérer, dune part, le relâchement spécial de la tonicité des parties affectées en ce moment à ces sortes d’actes d’abondante sécrétion, et , d’autre part , il convient de fixer son attention sur la ténuité des matières ainsi sécrétées et excrétées, bien différente de la consistance que ces mêmes matières ont habituellement.

Cependant, comme le peu de volume de l’organe sécréteur ne suffit pas pour expliquer la véritable raison d’une sécrétion tardive, on pourrait invoquer à l’appui la proportion des vaisseaux , qui , sous une telle constitution et une semblable proportion des parties , sont trop peu nom, breux et trop petits pour permettre un afflux considérable , et fournissent une raison à la nécessité d’un plus long espace de temps, qui permet ainsi à la matière sécrétée de se former peu à peu à travers les longs et nombreux détours que fait le sang.

C’est ainsi que les choses se passent au point de vue de la structure et de la proportion anatomique des organes sécréteurs affectés à ces matières, qui n’en disparaissent jamais complètement et qui n’en sont jamais chassées définitivement, mais qui s’y produisent d’une manière successive et qui ne nuisent jamais , soit naturellement , soit par leur trop prompte arrivée ; en sorte qu’il suffit à la nature d’en diminuer la quantité pour en empêcher la trop grande affluence : il n’est jamais nécessaire d’en épuiser la source par un court et violent procédé.

§ XVII. Il nous reste encore un mot à dire de cette opinion systématique de certains modernes touchant le système mécanique, comme ils l’appellent, d’après lequel ils supposent que les matières qui doivent être séparées à l’aide delà sécrétion, provoquent, parleur configuration, dans les organes sécréteurs , une irritation telle , que ces organes ,

subissant par ce moyen une espèce de constriction , expulsai et chassent ainsi au-dehors ces mêmes matières.

Mais, outre que cette absurde supposition d’un pareil genre d’irritation ne saurait trouver une application mécanique raisonnable , l’expérience , de son côté , prouve que les choses se passent d’une manière tout opposée.

C’est ainsi , par exemple, non - seulement que Y urine, infiniment plus ténue après une abondante boisson et différant à peine de la limpidité de Y eau , est promptement et largement sécrétée , mais encore , et contrairement à l’hypothèse des mécaniciens , que lorsque, comme cela se passe chez les sujets hydropiques atteints de fièvre lente , elle se trouve plus chargée de sels , elle est sécrétée en quantité bien moindre.

Nous croyons devoir ne pas nous appesantir sur cette prétendue translation des médicaments purgatifs à travers les intestins , alors que ceux-ci ont été introduits dans la circulation par un moyen simplement chirurgical , et nous ne saurions nous arrêter sur ces sortes d’ habitudes coupables , de provoquer ces évacuations à certaines heures du jour et de la nuit , soit que les matières existent en plus ou moins grande quantité , soit qu’on les suppose plus ou moins saturées et capables ou incapables d’éveiller une irritation quelconque.

Il n’existe , en effet , aucune espèce de corrélation entre ces faits et les hypothèses que nous avons signalées.

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