‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 43 sur 69 · ARTICLE I · texte numérisé non relu

ARTICLE I

Sécrétion de la lymphe.

§ Ier. Après avoir ainsi établi des généralités sur là raison organico-mécanique des sécrétions , revenons maintenant à l’étude spéciale de l’appareil sécréteur de la lymphe.

OEUVRES DE STAHL

Par le même motif que les anciens n’ont eu aucune connaissance de la lymphe , de même ils n’ont jamais pu avoir la moindre idée ni de la nature, ni de X usage réel du système glandulaire qui préside à ce genre de sécrétion. C’est aux modernes que l’on est redevable de cette découverte; ce sont eux qui , les premiers, ont sérieusement observé , ou, comme on le dit, qui ont , à posteriori et véritablement par un pur hasard , découvert l'existence de ces organes et leurs fonctions particulières.

C’est Th. Bartholin qui, le premier, a fait publiquement la description des vaisseaux lymphatiques du mésentère; après lui , Warthon dota la science d’un travail plus complet sur Xadénographie , c’est-à-dire sur les glandes lymphatiques de cet organe ; plus tard , Pecquet découvrit le canal thoracique, réservoir qui porte aujourd’hui son nom; et Asellius , enfin , fit à son tour des recherches intéressantes sur les animaux touchant la principale glande centrale du mésentère.

§ II. Mais comme toute invention humaine ne peut , dès son principe , atteindre à la perfection, cette découverte resta long-temps au simple état rudimentaire , et la science attend encore aujourd’hui que de nouvelles investigations et des travaux consciencieux et intelligents viennent jeter un nouveau jour sur une question aussi intéressante 1 .

Th. Bartholin, et plusieurs autres anatomistes après lui, établirent une différence bien évidente entre les vaisseaux lymphatiques qui se distribuent dans le mésentère et les vaisseaux lactés que l’on observe dans cette même partie et dont l’existence était déjà connue de leur temps. C’est à peine si plus tard on a sérieusement observé cette mutuelle communication des mêmes vaisseaux lymphatiques qui , des-

1 Les travaux de nos grands anatomistes modernes ont comblé ce vide , et nous pouvons dire, à l’heure qu’il est, que la science a fait à cet égard des progrès immenses.

Cendant du foie, vont porter leur liqueur vers le canal thoracique , en se dirigeant vers le centre du mésentère , ou mieux encore en traversant cet organe vers sa partie centrale.

Dans la suite , Ruysch et Rudbeck ont découvert une multitude de ces mêmes vaisseaux lymphatiques dans presque toutes les parties du corps , et en ont décrit exactement les nombreuses ramifications.

§ III. L’appareil organique particulièrement destiné à la sécrétion de la lymphe et à recevoir cette humeur déjà sécrétée , se compose d’abord de glandes et puis de vaisseaux spéciaux, qui, pour ce motif, ont reçu le nom de vaisseaux lymphatiques, nom consacré par l’usage.

Un nouveau travail incombe encore ici aux spéculateurs modernes , puisqu’ils prétendent vouloir faire remonter plus haut cette antique opinion , que les glandes ont une structure semblable à celle des éponges qui pompent les substances liquides et légères. Us soutiennent que toutes les glandes en général , et chacune d’elles en particulier, peuvent être comparées à des pelotons de fil , composées de petits tubes filiformes et très-déliés repliés une infinité de fois sur eux-mêmes par mille tours et détours et roulés sous une forme sphéroïdale , de telle sorte que celle des deux extrémités qui commence à pénétrer la glande soit l’extrémité d’une artère quelconque qui , diminuant de plus en plus de calibre et acquérant une extrême ténuité , prend la forme d’un tube capillaire très-long qui se pelotonne sur lui-même par un nombre infini de contours et constitue ainsi la glande. Quant à l’autre extrémité de ce tube délié , c’est de là que partent ces vaisseaux dits lymphatiques qui , d’une consistance très-délicate , vont en se développant de plus en plus et sont chargés enfin de transporter et de charrier la véritable lymphe.

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§ IV. Quoiqu’on puisse trouver une certaine preuve de l’opinion des modernes, soit dans une certaine analogie de structure des testicules de l'homme, soit même dans celle des testicules des gros rats de notre pays (l’on voit , en effet, dans ces deux cas , que le canal déférent n’est autre chose que la continuation des vaisseaux ou conduits séminifères efférents ) , il serait cependant bien téméraire de prendre , sans réflexion , une ressemblance générale pour une vraie et absolue identité, alors surtout qull n’existe aucune raison nécessaire capable de persuader et de convaincre de la certitude de tous ces faits.

Dans l’affaire qui nous occupe présentement , la simple conception d’une consistance spongioso- poreuse suffit, au point de vue des glandes, pour rendre plus facile et plus aisée l’intelligence de la séparation de la lymphe plus ténue , du sang plus épais qu’elle , et de la sécrétion du sérum plus ténu encore de la lymphe plus consistante que lui.

Ce n’est pas cependant que nous voulions en cette occasion faire un procès à qui que ce soit , mais nous tenons à faire remarquer qu’il n’est pas improbable ( bien loin qu’on puisse le nier absolument) que la structure des glandes soit telle que nous venons de l’indiquer. Néanmoins, abstraction faite de la similitude qui nous porte à penser qu’il en est ainsi , il n’y a pas plus de raison de probabilité, qu’il n’existe une réelle nécessité d’établir ainsi notre croyance.

Nous ne pensons pas, d’ailleurs, qu’il soit bien important pour le médecin de trop se préoccuper de ces sortes de choses , attendu qu’il suffit simplement de savoir pourquoi (to on) les glandes sont des organes destinés à la sécrétion de la lymphe , afin d’être capables ensuite de reconnaître X influence fâcheuse réciproque de la lymphe sur les glandes et des glandes sur les humeurs 1 .

Voy. T. VIII , Comment. LXI.

§ V. La structure des vaisseaux lymphatiques nous est beaucoup plus connue : il y a ici , en effet , deux circonstances bien remarquables , savoir : la grande délicatesse de leur texture , et la multiplicité de leurs valvules.

La ténuité et la délicatesse des vaisseaux lymphatiques est vraiment si grande , que si on les dépouillait avec soin des enveloppes que forment autour d’eux les tissus à travers lesquels ils se divisent , le plus léger attouchement du doigt pourrait les altérer.

Cependant , comme malgré leur étonnante délicatesse , ces vaisseaux ne sont pas moins étroitement annexés aux parties consistantes du corps , il se présente ici une double considération particulière et bien remarquable.

Cette disposition anatomique fait clairement comprendre , en effet , d’une part , comment il arrive que la rupture des vaisseaux lymphatiques , d’ailleurs si probable , est si rare en elle-même ; en second lieu , elle nous fait comprendre aussi la raison pour laquelle ces vaisseaux sont d’une contexture si frêle et si délicate ; l’on peut concevoir, enfin, quelle est l’admirable et véritable convenance toute spéciale qui concourt dans cette exquise et si étonnante délicatesse de structure.

§ YI. Néanmoins , au point de vue de cette première considération , la constitution toute spéciale de ces vaisseaux chez l’homme donne lieu à une nouvelle réflexion particulière, savoir: que, quoique les vaisseaux lymphatiques soient, dans l’espèce humaine plus que chez la brute , consolidés par l’enveloppe fibreuse d’autres tissus , cependant l’hydropisie , que l’on croit généralement provenir de la rupture de ces vaisseaux , est bien plus fréquente chez l’homme que chez la bête. C’est pourquoi , mettant de côté pour un instant cette dernière considération hypothétique, nous sommes autorisés à conclure que cette délicatesse, partout égale,

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des vaisseaux lymphatiques, paraît avoir été positivement faite pour la sécrétion ultérieure d’une sérosité aqueuse plus déliée , plutôt que pour toute autre fin éventuelle.

§ y II. D’après cela, que penser de cette manière de raisonner de ceux qui prétendent que , si les vaisseaux lymphatiques ont une texture aussi délicate , c’est parce qu’ils sont suffisamment consolidés par la texture fibreuse et membraneuse qui les enveloppe, et que, par conséquent, ils n’ont nullement besoin d’une force de consistance à eux propre? En effet, si, comme' nous l’avons fait observer déjà, la remarquable délicatesse de ces vaisseaux a été ainsi établie plutôt d’après une juste et sage intention de la nature que par l’effet d’un oubli ou d’une négligence réelle , et si cette conformation est vraiment le résultat admirable d’un acte positif plutôt que celui d’un oubli; ne devons-nous pas aussi voir en cela un véritable avantage en rapport avec les fonctions qu’ont à accomplir ces vaisseaux , et ne sommes-nous pas en droit de conclure que notre opinion , à ce sujet , est beaucoup plus vraisemblable que ne l’est le système de ceux qui voient là dedans une négligence coupable , un vice réel dans la structure de ces vaisseaux ?

§ VIII. A dire vrai, le phénomène universel de la lymphe n’est pas pour la médecine d’une importance assez directe pour que , ou la lymphe elle-même , ou les altérations qu’elle peut éprouver, deviennent l’objet de profondes méditations et réclament un secours direct de la part du médecin.

Car l’étendue du système lymphatique en lui-même n’a pas des rapports aussi immédiats avec la vraie pathologie médicale qu’avec la pathologie naturelle ou physique , c’est-à-dire avec 1 étiologie, capable peut-être de nous initier à la connaissance des divers modes de production des maladies de

ces parties organiques , plutôt que de nous fournir de véritables indications médicales et d’éclairer notre jugement.

Nous ne nous appesantirons donc pas sur ce sujet, et nous croyons plus convenable de nous occuper de la lymphe au point de vue de l’utilité de la continuation régulière de sa sécrétion.

§ IX. Il est certain que, comme la lymphe a une consistance peu épaisse , gélatineuse et presque muqueuse , qui , avec le sérum de nature saline et bilieuse , peut produire une substance muqueuse ressemblant à de la glu , il importe de prendre garde à ce que ces sortes de matières , par leur commerce perpétuel et leur inséparable communication , ne tendent à dégénérer mutuellement. C’est là ce que fait la nature qui , par une incessante et constante séquestration ou séparation des éléments, prévient et éloigne ce fâcheux résultat qui pourrait naître d’un inévitable et continuel mélange de ces matières.

Nous avons de ce fait des preuves à posteriori, lorsque dans le foie, dans le mésentère ou dans la peau, les glandes sont toutes conjointement et successivement obstruées : dans ce cas, en effet, ne communiquant plus naturellement entre elles et la séparation des humeurs étant impossible , Xhydropisie en est la conséquence. 11 y a alors un épanchement manifeste d’une mucosité aqueuse , lÿmphaticoséreuse , moins gluante et moins tenace que pulpeuse, semblable à ce qu’on obtient par une légère solution de gomme adragante dans l’eau.

Il est donc bien certain que, par cette alternative et incessante sécrétion des humeurs , la nature prévient leur épaississement, et fait par là que la lymphe devenant peu à peu plus pure reprend pour ainsi dire son état normal et se renouvelle; tandis que les parties du sérum qui pendant ce temps pourraient se dissoudre profondément, sont expul-

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sées de toute part à l’aide des divers émonctoires propres à cet effet.

§ X. En outre , abstraction faite de la capacité toujours croissante des vaisseaux lymphatiques, depuis leur partie la plus étroite jusqu’à leur extrémité la plus large , si l’on en excepte encore les valvules qui empêchent le retour des humeurs des vaisseaux les plus grands vers les plus petits; si l’on met enfin de côté ce mouvement tonique universel par lequel , à l’aide d’une certaine pression , les humeurs contenues sont forcées d’avancer , il faudra bierï convenir que la pulsation des artères est elle- même un très-grand auxiliaire pour opérer le retour de la lymphe vers les parties profondes de l’économie corporelle à travers les conduits ou vaisseaux qui lui sont propres. Pour faire concevoir l’utilité de cette pulsation , nous devons faire observer que les vaisseaux lymphatiques , par un artifice d’autant plus admirable qu’il est simple et ingénieux, non-seulement sont apposés à côté des artères dans tout leur cours, mais encore sont toujours placés à côté et le long de fibres membraneuses solides, ou renfermés par les membranes plus ou moins résistantes qui enveloppent les artères : ils y sont étroitement resserrés afin qu’à chaque pulsation artérielle ils soient fortement frappés , et que la lymphe qu’ils contiennent soit , au moyen de cette pression , chassée par la voie qui s’ouvre devant elle , c’està-dire qu’elle revienne ainsi en arrière vers les organes intérieurs du corps.

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