ARTICLE II
Sécrétion du sérum.
§ Ier. Nous allons nous occuper dans le présent article de la sécrétion du sérum. Comme nous l’avons déjà dit, le sérum est le résultat du mélange de diverses substances
liquides; il ne saurait donc être le fait de la sécrétion d’un seul et même organe , mais bien au contraire le produit de l’élaboration de plusieurs et différents organes, selon les divers éléments qui le constituent.
Afin de faciliter l’intelligence de ce fait, nous suivrons, dans cet exposé , un ordre méthodique, et nous procéderons du plus au moins , passant des éléments qui s’y trouvent en plus grande quantité à ceux qui y sont en quantité moindre, Nous parlerons: 1° de sa portion aqueuse et très-ténue; 2° de sa partie plus consistante et mêlée à une substance saline ; 3° de sa portion plus épaisse et de nature visqueuse ; 4° enfin, de la matière bilieuse , âcre et sulfureuse qui concourt à sa composition. Nous ferons remarquer aussi , qu’avec sa partie aqueuse très-déliée , il s’exhale une certaine quantité de matière s’approchant de la nature halitueuse et orgastique.
§ II. Ainsi que nous l’avons dit dans le chapitre précédent , les organes à travers lesquels passent les matières à sécréter se trouvent en parfait rapport avec ces dernières , par la capacité ou la grandeur naturelle de leurs pores : nous avons une preuve évidente de ce fait dans ces conduits colateurs et dans ces émonctoires qui sont destinés à la sécrétion et à l’excrétion de la partie la plus ténue de l’humeur séreuse.
Qui oserait nier, en effet, que la peau, dans sa texture, ne soit le plus dense de tous les organes à travers lesquels doit s’écouler une certaine quantité de liquide aqueux , ou chargés de transmettre au-dehors une évacuation immédiate? N’est-ce pas précisément à travers la peau que s’opère la séparation des substances liquides et légères d’avec celles qui sont plus épaisses? N’est-ce point par elle que s’accomplit peu à peu l’émission plus prompte, l’excrétion immédiate de la partie aqueuse la plus déliée des humeurs du corps?
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§ III. Ce n’est pas cependant que la peau, considérée en général, laisse uniquement et absolument un libre passage à ces humeurs aqueuses si déliées; attendu que l’on sait , par l’exemple quotidien d’une trop forte scarification , comment à la surface de la partie ainsi scarifiée transpire à travers la peau une humeur gélatinoso-lymphatique assez vite et assez abondamment pour qu’il s’y forme une croûte épaisse et dure.
Mais il existe une cause principale, au moins de cette dernière excrétion organique, dans l’épiderme, c’est-à-dire dans la dernière couche du tissu cutané formant sa voûte et sa partie la plus dense. Il n’est cependant pas douteux que tout le reste de peau — le derme et le corps muqueux réticulaire — ne contribue aussi à l’acte sécréteur, et ne prépare même le dernier degré d’une dernière excrétion trèslégère ; comme aussi , d’après ce phénomène de scarification, il est permis de conclure que, à moins d’une plus profonde incision , il ne transpire par la peau qu’une simple substance limpide , alors surtout que l’on n’aura touché qu’à la superficie de 1 ’ épiderme.
§ IV. Il est incontestable que la peau possède dans l’épaisseur de sa texture un très-grand nombre de petits vaisseaux sanguins extrêmement ténus, ainsi qu’une énorme quantité de glandes d’un volume excessivement délié. Or, de même que ces vaisseaux capillaires servent au passage des humeurs desquelles la partie séreuse doit se séparer, et que trèsvraisemblablement les petites glandes sont destinées à recevoir la partie de la lymphe qui doit être ramenée dans le réservoir commun ; de même aussi il est tout-à-fait probable que le reste du tissu cutané , dans toute son épaisseur , est destiné à une simple et naturelle émission de cette substance aqueuse si déliée qui transpire à la surface de la peau , et cela cependant de telle manière, que toute cette partie
de la contexture de la peau reçoit des humeurs tout ce qu’il y a de plus ténu et de naturellement plus fluide une fois séparé des parties les plus épaisses , jusqu’à ce qu’enfîn les parties les plus déliées et les plus subtiles puissent s’échapper au-dehors à travers les membranes fines et déliées de la peau.
§ V. Il est bon cependant de faire remarquer que l’excrétion du sérum ne se fait pas habituellement et pour l’ordinaire sous une consistance fluide , mais bien plutôt sous une forme halitueuse , c’est-à-dire par une sorte d’évaporation , ou , comme on le dit vulgairement , par une transpiration insensible. Il peut, néanmoins , facilement et assez fréquemment survenir que , à l’occasion de légères commotions capables d’augmenter la chaleur des humeurs et des organes , cette excrétion du sérum s’exécute avec tant d’abondance , qu’elle conserve réellement une consistance aqueuse fluide et constitue la sueur, qui, lorsqu’elle s’accomplit assez tranquillement, a l’apparence d’une humeur aqueuse très-légère,
§ VI. La sueur possède en elle un caractère de mobilité et de volatilité telles , que , sous une atmosphère chaude , le linge imbibé de sueur se sèche beaucoup plus promptement que tout autre linge imbibé d’eau. Quand la sueur coule plus vite et plus abondamment , on peut facilement constater qu’elle entraîne avec elle un mélange de substances salines, en raison de ce qui s’en trouve dans le sang de la personne.
Il arrive encore quelquefois que, par le relâchement anormal des méats sudorifères , la sueur entraîne avec elle des matières plus épaisses, telles que de la lymphe gélatineuse , une substance jaune , bilieuse , ictérique , etc. ; mais ce n’est pas ici le lieu de traiter de ces matières
§ VII. Or, bien que les voies et les organes de la sécré-
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tion et de l’excrétion du sérum s’étendent bien loin sur toute la surface du corps humain et sur tous ses points , on les rencontre encore et principalement dans les parties charnues qui se trouvent sous la peau, et desquelles émergent les nombreux vaisseaux sanguins qui vont se distribuer dans l’organe cutané. Ce n’est pas là néanmoins la seule voie de sécrétion et d’excrétion de cette espèce d’humeur aqueuse et. déliée; car elle trouve un passage et une issue à travers une autre surface, certainement très-spacieuse si l’on veut se donner la peine de considérer la chose avec une sérieuse attention.
§ Y III. Je veux parler ici de ces surfaces internes des vésicules 'pulmonaires, possédant une extension assez remarquable si on les considère dans leur étendue réelle. C’est, en effet , à travers ces petites membranes fines , délicates ' et pourtant résistantes , que transpire doucement cette humeur si subtile. Non-seulement cette sorte d’humidité transpire et est séparée des autres humeurs plus denses , mais encore elle est excrétée sous forme de vapeur, non en petite quantité, mais bien au contraire en une quantité assez notable dans son incessante et perpétuelle émanation.
§ IX. Ce mode de transpiration possède certaines prérogatives ayant une grande différence avec les conceptions anatomico-mécaniques modernes. En effet, il n’y a, selon ces dernières théories , de convenable et de réel pour l’excrétion du sérum , que les méats et conduits ordinaires par lesquels les humeurs sont transportées , à travers les vaisseaux, vers ces parties au sein desquelles elles coulent directement ; et c’est de là seulement que peut se former toute espèce d 'écoulement ultérieur. Nous disons donc, pour ce qui regarde la nature constitutive de cette trans-
piration , qu’elle possède le privilège de pouvoir s’exhaler en certaines parties dans une simple direction transversale et de se rendre en vapeurs.
Ce fait est prouvé particulièrement par l’exemple des lésions non naturelles. En effet, lorsque, dans une fissure du crâne, on pose sur la partie affectée une légère couche de limon qui puisse se sécher après une ou deux heures ; quand on enlève ensuite ce limon , on le voit tout-à-fait sec, même en la partie qui touchait immédiatement au crâne ; mais , dans toute la longueur de la fissure et dans toute la dimension de cette fente , on aperçoit sur ce limon même une empreinte linéaire d’humidité.
Mais d’où provient donc ce phénomène , sinon de ces exhalations humides qui ont pénétré directement la tunique épaisse des téguments de la tête , ou qui du moins dans leur cours rapide ont fourni et provoqué ce même phénomène.
§ X. Ces sortes d’effets se manifestent aussi dans certaines affections de la poitrine , alors surtout que , chez des individus sensibles, un refroidissement extérieur et direct occasionne une oppression humide de la poitrine. On peut voir encore , chez les jeunes enfants , l’application d’une substance visqueuse sur la peau de la poitrine produire , en obstruant les pores de cette partie , une semblable humectation assez copieuse dans l’intérieur de l’organe pulmonaire.
De même et pareillement , les lotions et les frictions avec une substance graisseuse sur les téguments de l’abdomen peuvent provoquer un état d’humidité ou de fluidité dans l’intestin , etc. Cette sorte d’effusion et cette exhalation de substances aqueuses subtiles ne s’exécute donc pas seulement et uniquement à travers la surface extérieure du corps ; mais elle a aussi lieu sur toute la surface interne de
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telles ou telles parties qui n’ont pas entre elles le moindre rapport de connexité dans leurs fonctions : telles sont la poitrine et Y abdomen.
Il n’est donc pas étonnant que toutes ces parties du corps se sentent mutuellement et sans cesse imbibées et saturées d’une moiteur perpétuelle, qui s’étend sur toute leur surface muqueuse.
§ XI. Nous avons une autre preuve de la réapparitiôn , ou , comme par droit de retour, de l’insinuation nouvelle de cette sorte d’humeur déjà évacuée , soit dans l’acte de sa transsudation interne , soit également dans sa résorption réitérée par le système veineux commun , véritable véhicule du sang. On voit encore un exemple de ce fait dans les eaux des hydropiques , qui peuvent être transvasées en assez grande quantité ; puisqu’en effet , ces eaux , à l’aide de spécifiques et puissantes purgations, sont parfois simultanément et une fois pour toutes résorbées par les vaisseaux et transférées dans les intestins ou dans la vessie par de puissants diurétiques : ce qui prouve combien est puissante et grande la force de résorption de ces organes.
L’autre substance qui se sécrète conjointement avec cette matière aqueuse très -ténue, s’éliminant sous une forme tout-à-fait halitueusé , s’en sépare d’une manière successive, car elle est véritablement de nature halitueuse et vaporeuse; si bien que c’est sous cette forme subtile qu’elle s’était d’abord insinuée dans l’intérieur du corps, ce qui arrive le plus souvent dans les cas de fièvres contagieuses. Nous avons une preuve de ce fait dans les odeurs qui s’exhalent ordinairement avec la sueur ou avec toute autre transpiration abondante. C’est ainsi, du reste, lorsque les choses se passent régulièrement , que , dans les exhalations halitueuses , des maladies contagieuses ont lieu par les mêmes voies des évacuations inappréciables aux sens.
§ XII. Or, quoique dans un corps sain et bien constitué tous les phénomènes de la vie aient une marche tranquille , uniforme et régulière , afin que les évacuations des matières s’exécutent d’une manière convenable sur tous les points de l’économie corporelle , nous devons néanmoins faire remarquer la direction particulière qu’imprime la nature à ces évacuations dans les fièvres contagieuses malignes. Alors, en .effet , dans le but de provoquer une évacuation convenable et de pousser la matière maligne , dans le plus bref délai , avec la masse universelle des humeurs, vers cette voie de transpiration , la nature resserre avec une plus grande sollicitude les méats intérieurs, principalement les conduits accoutumés à recevoir une plus grande quantité de matières séreuses impures , les intestins surtout ; et cela , afin que , toute issue se trouvant ainsi fermée , l’évacuation ne puisse s’accomplir que vers ce seul point.
§ XIII. C’est principalement dans les reins qu’est sécrétée une portion aqueuse du sérum un peu plus épaisse , ou du moins rendue plus consistante par le mélange d’une plus grande quantité de particules salines sous-muqueuses.
Nous croyons donc qu’il ne sera pas hors de propos de tracer ici une courte description de cet organe : je veux dire des reins.
C’est par la partie médiane de l’organe rénal , de forme presque ovale , que s’irradient , comme d’un point central , les vaisseaux sanguins qui en pénètrent la substance et vont se porter après de nombreuses subdivisions jusqu’au dessous de sa surface externe ; et c’est de là , sous la pression habituelle du sang qui y passe , que les parties ténues salino-aqueuses du sang sont de nouveau poussées par une sorte de filtration vers le centre de cet organe semi-ovale. Il est aisé de se convaincre de cette consistance épaisse
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de la texture rénale, qui depuis la surface externe de l’organe va toujours en augmentant de plus en plus jusqu’à la partie médiane ; de telle sorte que les reins ayant une consistance moindre à l’extérieur, à cause de leur contexture plus molle , perdent de plus en plus cette flaccidité, en gagnant vers leur point central où ils acquièrent une densité et une consistance réelles.
Il est donc plus qu’évident que les parties les plus ténues se séparent des plus épaisses par les conduits , qui se rétrécissent successivement et insensiblement de plus en plus.
§ XIV. Murine, considérée au point de vue de sa convenable et naturelle consistance, est un liquide composé d’une grande quantité d’eau légèrement saline, abondamment saturée d’une substance mucido-adipeuse de nature saline.
Dans son état le plus normal , l’urine est d’une couleur jaune citrin, limpide et transparente. Chez les individus d’une constitution saine , robustes et doués d’une chaleur vitale plus marquée, accoutumés même à des boissons copieuses et tempérantes, l’urine se conserve aussi claire et limpide qu’au moment de son émission, et ne se décompose entièrement qu’au bout de quelques jours ; tandis que chez ceux qui sont habitués à manger beaucoup, qui ne possèdent pas une grande chaleur vitale et qui sont enfin d’un tempérament lymphatique , on observe le plus souvent que l’urine se trouble peu de temps après son éjection et laisse au fond du vase un dépôt appelé, pour cette raison, sédiment. Cependant, malgré ces divers modes de décomposition, l’urine conserve toujours sa couleur citrine et sa limpidité naturelle , depuis le moment de son émission jusqu’à ce qu’elle perde sa chaleur.
§ XV. Néanmoins, lorsque l’urine au moment de son
éjection est d’un aspect trouble, c’est-à-dire qu’elle n’est point transparente et limpide comme à l’ordinaire , suivant la nature et la variété de l’affection morbide , non-seulement elle dépose une matière plus abondante , mais encore le sédiment qu’elle laisse au fond du vase est beaucoup plus épais une fois qu’elle s’est refroidie. D’où l’on peut conclure, avec connaissance de cause , que les méats des reins ne conservent pas toujours le même mode de constriclion qu’ils présentent dans leur état naturel.
On voit aussi d’autres cas extraordinaires dans lesquels il arrive qu’à travers les méats des reins rendus plus étroits par une sorte de condensation du parenchyme de l’organe , il est sécrété une liqueur aqueuse et très-ténue , bien différente de la consistance naturelle de l’urine , soit par la consistance qui lui est propre alors , soit par la teinte pâle de sa couleur.
Il ne saurait donc être douteux que les reins se prêtent à un mouvement par lequel s’opèrent à propos , et leur dilatation, et leur constriction, et la condensation de leur parenchyme.
§ XVI. Nous avons déjà fait connaître plus haut quelles opinions se sont fait la plupart des physiologistes modernes relativement aux pores servant de couloirs au passage des humeurs , et nous avons signalé en même temps ce qu’il y a d’absurde dans ce système.
D’autres médecins ont encore, à ce propos, établi une autre supposition : ils ont imaginé , en effet , une sorte de ferment particulier qui , par une simple transmutation , produirait quasi directement l’urine et lui fournirait ses éléments si remarquables d ’ odeur et de consistance.
Bien qu’il soit évident que l’urine est naturellement portée à fermenter et à entrer en putréfaction , tant s’en faut néanmoins que ces novateurs soient d’accord sur la manière
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dont ce mode de fermentation doit s’accomplir, et si l’urine provient réellement et immédiatement de cet acte fermentatif; si elle en provient d’une manière immédiate, et si le phénomène se passe dans les reins eux-mêmes. Nous ne saurions néanmoins douter que le phénomène universel du sérum et de toutes les parties qui le composent provienne d’un certain concours général d’un acte, d’une sorte de mouvement intérieur de fermentation ; mais il n’est pas question ici de ces phénomènes singuliers qu’un seul homme peut éprouver individuellement et observer dans son urine comme dans tout le système de ses autres humeurs.
Quoi qu’il en soit donc à cet égard , nous avons sous la main des preuves évidentes que de semblables transmutations spéciales s’accomplissent dans toute la masse confuse des humeurs , et qu’il serait dès-lors absurde de leur imputer dans telle ou telle autre partie du corps quelque chose de spécial et de distinct, comme quand on parle des chiens habiles à trouver par V odorat la piste de leur maître.
§ XVII. C’est par un mouvement vital incessant et non interrompu que s’accomplit la sécrétion des urines, qui des reins est transportée jusque dans la vessie au moyen des uretères. Ces derniers sont des conduits membraneux, assez étroits par leur structure naturelle ; leurs fibres denses et consistantes peuvent néanmoins subir une certaine dilatation et acquérir parfois aussi une capacité assez considérable.
Un fait bien digne de l’attention du médecin au point de vue physico-mécanique , c’est le mode d’insertion des uretères dans la vessie, en vertu duquel il est absolument impossible que la plus légère quantité du liquide contenu dans la vessie puisse refouler dans ces conduits.
Cette intéressante découverte est due aux recherches des anatomistes modernes. Les uretères pénètrent d’abord à
travers les fibres charnues et fortes de la tunique postérieure et externe de la vessie , et , après un certain trajet , vont traverser sa tunique interne et membraneuse pour s’ouvrir enfin dans la cavité de cet organe , en formant en cet endroit un petit mamelon, de telle manière cependant que cette papille possède une petite vésicule qui la surmonte et qui est percée d’une très-petite ouverture. Or, cette vésicule, légèrement élastique , se comprime aussitôt par l’effet de la moindre pression exercée de l’intérieur de la cavité vésicale, à tel point que rien ne peut jamais refluer de la vessie dans les uretères; tandis que le liquide qui coule de haut en bas des uretères dans la vessie , en distendant ces conduits , se fraie facilement un libre passage à travers ce pertuis et se répand ainsi peu à peu et goutte à goutte dans la vessie.
Cette structure des uretères est entièrement semblable à celle du canal cholédoque chargé de déverser la bile dans le duodénum.
§ XVIII. Certaines personnes, bien portantes d’ailleurs, mais qui ont absorbé de copieuses boissons le soir , éprouvent de profondes douleurs tensives depuis la région lombaire Jusqu’aux os des îles et au pubis, lorsque , soit pendant un profond sommeil , soit même par paresse , elles ne satisfont pas à un besoin pressant d’uriner : ce sentiment de plénitude et de tension des parties se calme et cesse dès le moment qu’il y aune large émission d’urine.
Un pareil phénomène démontre pleinement que , dans ces sortes de cas , la vessie se trouvant complètement remplie , et les uretères étant également distendus par l’abondance de l’urine qui se distille des reins et qui ne peut point parvenir jusque dans la vessie , il se produit un sentiment profond de malaise , provenant de la tension des organes occasionnée par la présence d’une trop grande quantité d’urine.
§ XIX. Faisons remarquer cependant, qu’en pareil cas, il survient un singulier relâchement dans la tonicité des fibres des parties chargées de servir de réservoir aux humeurs sécrétées , et notons spécialement ici , l’atonie de la vessie , au point de vue de l’urine qu’elle doit recevoir et garder.
Ce que nous avons dit plus haut d’une manière générale est donc parfaitement applicable au cas présent ; c’est-à-dire que la vessie elle-même, dans un plus long espace de temps, peut toujours laisser filtrer à travers ses parois une assez grande quantité d’une substance aqueuse très -ténue, qui est de nouveau absorbée par les vaisseaux veineux , ne laissant dans la vessie que la partie la plus consistante de l’urine.
§ XX. De même qu’avec l’urine (eu égard à l’économie interne du corps) se sécrète aussi la substance saline du sérum , de même aussi un pareil phénomène a lieu pour les substances chargées de principes salins qui nous servent de nourriture et que l’estomac digère.
Nous avons un exemple de ce fait chez les enfants encore à la mamelle ; car, lorsque les nourrices se gorgent d’aliments trop salés , non-seulement l’urine de leurs nourrissons est fréquente et copieuse , mais encore elle est âcre , saline , et corrode la peau tendre de leurs cuisses 1 .
L’on peut en dire autant des substances huileuses et âcres : en effet , de même que l’on rencontre dans l’urine une matière bilioso-oléagineuse , de même aussi il arrive que les parties oléagineuses et âcres des aliments sont sécrétées par les voies urinaires et sont enfin rejetées au-dehors. Ce qui rend ce fait plus évident encore , c’est que l’huile de
1 C’est là un fait que j’ai souvent observé dans ma pratique médicale , principalement chez les enfants appartenant aux familles où règne l’abondance, et où les nourrices, tenues dans une complète inaction , sont littéralement gorgées de mets trop succulents. Ces enfants ont rarement une bonne santé, et l’on ne saurait trop veiller à l’hygiène des nourrices.
succin et de térébenthine prise à haute dose, non -seulement stimule la miction et provoque une large émission d’urine , mais encore imprime à cette occasion une odeur particulière de violette, alors même qu’elle est prise en très -petite quantité 1 . Contrairement à ces faits , nous savons enfin, par l’usage des amandes , que les substances légèrement oléagineuses calment l’acrimonie des urines, tandis que celles qui sont un peu âcres l’augmentent : le premier effet est produit par les amandes douces , le second est le fait des amandes amères.
§ XXI. Nous dirons, enfin, qu’il existe dans les reins mêmes un certain mouvement tonique , capable tantôt de resserrer ces organes, tantôt de les dilater; ce qui est prouvé par l’exemple de la néphrite, où il y a non-seulement une grande diminution , mais même souvent une notable suppression d’urine. Dans cette espèce de phlegmasie locale , il n’y a guère qu’un seul rein d’affecté, et c’est plus particulièrement le rein gauche ; tandis que , par une sorte de consensus , l’autre comprimé et épaissi par un resserrement tonique ne fournit que peu ou point d’urine , sans qu’il subisse pour cela aucune autre espèce de lésion.