ARTICLE III
Sécrétion du mucus.
§ Ier. Le mucus, substance d’un aspect mucilagineux , doit être excrété lorsqu’il est inutile et même incommode au corps. Cette humeur devient intolérable dans l’économie lorsque , ayant perdu sa nature déliée, gélatineuse et fluide ainsi que sa consistance molle, elle passe à un état de viscosité tenace. Alors, en effet, au lieu d’être utile et favorable
1 L’absorption par l’odorat suffit même pour cela.
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aux sécrétions , elle devient un obstacle fâcheux à leur libre et naturel accomplissement.
§ II. Le mucus est ordinairement sécrété parles glandes et les villosités intestinales , ou du moins par l’un de ces deux organes. Voilà pourquoi la surface interne de la muqueuse intestinale est sans cesse lubrifiée par la présence de cette humeur : c’est cette lubrifaction qui protège la surface intestinale contre les atteintes des substances dures et grossières auxquelles elle peut livrer passage, et qui favorise encore la circulation successive de ces mêmes substances. En outre, le mucus pénètre ces matières, s’y incorpore , et , par ce moyen , contribue à rendre leur consistance plus grande , les fait adhérer entre elles et les colle pour ainsi dire ensemble ; tandis que, d’un autre côté, c’est encore lui qui les conserve dans le même état de mollesse, les empêche de se sécher et de durcir.
§ III. Ce n’est que fort rarement, et certes non sans danger, que l’on voit cette sécrétion du mucus s’élaborer ailleurs, comme, par exemple, dans le fond du larynx, dans la trachée-artère et surtout dans les vésicules pulmonaires elles-mêmes , nous dirons même dans les narines, dans Yinfundibulum et même dans le pharynx au moyen des amygdales. En effet, quoique cette sécrétion soit facile et abondante dans ces parties, elle ne saurait cependant y avoir lieu sans incommodité et même sans un danger réel , dans la poitrine surtout.
§ IV. L’urine est chargée d’une certaine quantité de cette substance muqueuse, attendu que la surface interne de la vessie s’en trouve continuellement enduite, et c’est ce liquide qui , par sa nature onctueuse et lubrifiante , protège cet organe contre l’action irritante de l'urine.
§ V. Ce qu’il y a d’extrêmement remarquable en ceci , c’est cette énergie efficace et cette très-grande utilité que la nature sait tirer avec tant de simplicité et de sagesse de la sécrétion de cette matière. En effet, c’est au moment même où cette substance excrémentitielle (le mucus) est sur le point d’être rejetée du corps comme lui étant inutile et même intolérable, qu’il est si avantageusement utilisé; car alors il sert merveilleusement à faciliter l’expulsion d’autres matières plus grossières , dont l’excrétion serait d’ailleurs si pénible et si dangereuse même sans l’intervention de cette mucosité lubrifiante. Or, ce n’est pas seulement à prévenir et à dissiper les inconvénients qui pourraient résulter de la présence et du passage des matières fécales que se borne l’utilité de ce mucus , soit en -humectant et lubrifiant les résidus des substances alimentaires , soit en se mêlant intimement à eux et en conservant leur état de mollesse , afin d’éviter par là qu’ils ne se dessèchent et ne durcissent; mais cette sorte d’humeur met encore les intestins à l’abri de toute influence fâcheuse de l’âcreté naturelle de la bile, qui , en pénétrant trop profondément dans la tunique intestinale interne , fournirait occasion à diverses irritations particulières, et entraînerait après elle des constrictions et divers états spasmodiques de ces parties.
§ VI. On voit un exemple frappant de ce fait dans le corps des petits enfants, alors qu’ils sont encore dans le sein maternel. En effet , comme chez eux la bile se sécrète aussi du sang et va se déposer, suivant sa voie ordinaire , contre les parois intestinales ; de même, quelque inoffensive qu’elle pût être, elle aurait certainement toujours une force d’action suffisamment stimulante proportionnellement à la faiblesse des intestins de ces pauvres petites créatures ,
. si le mucus n’intervenait à propos pour y mettre obstacle.
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Cependant , comme le mucus , qui doit , lui aussi , être sécrété dans les intestins eux-mêmes pour en être excrété plus tard , ne trouve pas en ce moment une voie ouverte à cette sécrétion, il sert, pendant le temps qu’il séjourne dans l’intestin, à tempérer Y acrimonie de la bile, afin qu’elle puisse être tolérée sans danger aucun dans l’intestin , jusqu’à ce qu’enfin le fœtus venant au monde expulse au-dehors ce résidu ou magma auquel on a donné le nom de méconium, et qui n’est, en réalité, qu’un résidu composé de bile et de mucus excrémentitiel.
ARTICLE iv.
Sécrétion de la bile.
§ Ier. Les hommes de notre époque, s’étant appliqués à répandre quelques opinions nouvelles sur tout ce qui a rapport à l’économie du corps humain , n’ont pas manqué de propager certaines idées singulières touchant la bile.
Quelques-uns même ont osé prétendre que ce fluide n’est nullement le produit d’une sécrétion particulière du sang, faite pour subir une excrétion ultérieure ; assurant, au contraire , qu’il n’est autre chose que la partie immédiate la plus subtile , la plus pure et la plus vive des aliments, qui, par le canal cholédoque , passe dans la vésicule du fiel.
§ II. Personne cependant ne sera assez peu raisonnable pour penser que la bile , cette matière si pure dans ,sa nature , puisse s’exprimer ainsi de la masse confuse des aliments à peine broyés, et qu’elle se sépare par un certain conduit du fond de cette masse , au lieu de subir une véritable sécrétion. Tout ce vain système s’évanouit devant la structure réelle du canal cholédoque au lieu de son insertion à l’intestin. Ce conduit, en effet, avant de se faire jour dans la cavité du duodénum, pénètre dans sa tunique externe , et
descend, dans un trajet d’un pouce environ, en rampant entre les fibres de sa tunique musculeuse ou externe et sa tunique interne ou muqueuse , recouverte de villosités au milieu desquelles il vient, s’ouvrir ; cet orifice est muni d’une petite vésicule de forme sphérique , percée d’un petit trou à sa partie médiane. C’est pour cela que lorsqu’il y a un épanchement de bile venant de la vésicule du fiel , le canal cholédoque en entier et la petite vessie qui se trouve à son extrémité intestinale s’emplissent , et la matière contenue s’échappe ainsi peu à peu par cette petite ouverture.
§ III. D’après ces dispositions anatomiques, il est donc de toute impossibilité qu’une substance quelconque puisse jamais pénétrer de l’intestin dans le canal cholédoque et remonter par ce moyen jusqu’à la vésicule du fiel.
Ce canal , en effet , à moins qu’il ne reçoive quelque liquide qui vienne d’en-haut , a ses parois comprimées dans son trajet entre les deux tuniques duodénales , au moment surtout où la cavité intestinale se trouve dilatée par les sucs alimentaires , et que la membrane muqueuse , refoulée en dehors par cette dilatation , comprime le conduit biliaire contre la surface interne des fibres musculaires , qui , dans leur distension , exercent sur les parois de ce canal une compression telle que tout passage y est complètement obstrué, et que rien ne peut s’y introduire, à moins que ce ne soit un liquide qui vienne de la partie supérieure.
§ IV. A cette occasion , Sylvius établit une supposition qui , pendant long-temps , a prévalu parmi la plupart des médecins : il disait que la bile descend directement de la vésicule du fiel , mais il ne la considérait pas tant comme un liquide excrémentitiel que comme une substance devant servir à de grandes et nécessaires fonctions , c’est-à-dire à provoquer la séparation du chyle utile à la nutrition du
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corps d’avec les autres parties des aliments grossiers et inutiles à cette même fin.
Mais, comme cette interprétation tombe aussitôt d’ellemême , attendu que , dans le corps humain , la bile , se mêlant d’une manière immédiate avec le suc pancréatique avant de parvenir dans l’intestin et avant de se mêler suc cessivement avec les matières alimentaires, perd ainsi par ce mélange toute cette vertu purement hypothétique de précipitation ; de même aussi nous voyons tomber toute l’importance et la force qu’il y avait au fond de cette opinion, sur laquelle nous nous proposons de revenir plus tard quand nous traiterons de l’ élaboration du chyle.
§ Y. D’autres physiologistes , prenant la bile pour un baume particulier du corps , prétendent que, de sa vésicule, elle se répand dans l’intestin , moins pour se mélanger avec les excréments que pour se mêler de nouveau avec le chyle et se répandre dans la masse des humeurs.
Mais cette hypothèse renferme , tant à priori qu’à posteriori, diverses contradictions. Et. d’abord, à priori , ces physiologistes prétendent que cette vertu balsamique de la bile consiste principalement à préserver les humeurs d’un épaississement muqueux ou d’une corruption exhalante qu’ils considèrent comme le principe AeYhydropisie et de l’œdème.
Or, la chlorose, cette affection si commune chez les jeunes femmes, réfute et renverse cette opinion , puisqu’elle marche très-ordinairement de concert avec une constitution cachectique, c’est-à-dire avec un léger gonflement œdémateux ; et cependant on ne saurait douter , dans ce cas , de la constitution bilieuse de la maladie , à en juger seulement par la couleur jaunâtre et pâle de la peau.
Au surplus, on ne voit jamais dans X ictère, dans celui surtout qu’on nomme ictère noir, se manifester cette prétendue puissance de la vertu balsamique de la bile sur les autres
humeurs ; phénomène qui , d’après l’hypothèse , devrait cependant avoir lieu d’une manière nécessaire et proportionnée aux besoins.
§ VI. Les partisans de ces opinions ne distinguent pas assez bien si c’est toute la bile, ou seulement une certaine partie de cette matière , qui soit propre et destinée à cet effet; car ils n’ont jamais nié que ce ne fût pas la plus faible portion de la bile qui est rejetée au- dehors avec la défécation.
Ils n’ont jamais supposé , ces hommes savants et érudits, qu’il y eût dans la bile deux substances bien distinctes , dont l’une, inutile , est purement et simplement excrémentitielle , et l’autre , vraiment utile , selon l’hypothèse , constitue la partie balsamique.
Et cependant ils ne démontrent logiquement nulle part que toutes les parties de la bile jouissent de cette perpétûelle énergie balsamique et peuvent se prêter à cet usage , ou bien quelles peuvent indifféremment. servir, soit à cet usage, soit même à une simple excrétion. C’est précisément sous ce point de vue que cette opinion donne lieu irrévocablement à de véritables implications difficiles à résoudre.
§ VII. Ce qu’il y a de vrai néanmoins, c’est que la bile donne aux excréments la couleur qu’ils ont, et qu’elle est expulsée avec eux. Ce fait devient évident par le défaut ou absence de la bile , lorsque , à l’occasion de l’obstruction du canal cholédoque, les excréments sont de couleur blanchâtre comme ceux des chiens; ou bien encore par l’excès de cette humeur, ou par son état de corruption: de là ces déjections alvines bilieuses de différente nature , tantôt jaunes et gluantes comme les jaunes d’œuf, tantôt prenant la couleur duvert de gazon ou du vert-de-gris ou enfin celle du bronze, comme si ces matières étaient imprégnées de cette couleur
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bleue qu’on extrait de cette plante nommée pastel pour teindre en couleur d’azur.
§ VIII. Outre que c’est là un phénomène très-remarquable et commun chez les jeunes enfants , on peut prouver aussi, par une triple raison, que la teinte verdâtre de leurs excréments provient, aussi bien que celle du méconium, de la présence de la bile. 1° Il est certain que chez les enfants les âcre tés putrides de la bile sont engendrées par une violente colère de leurs nourrices ; circonstance qui , chez lès jeunes gens, occasionne aussi une trop abondante effusion ou épanchement de bile. 2° On peut , par une imitation toute artificielle , produire ces altérations de couleur de la bile , en mêlant , par exemple , des acides avec cette humeur — en dehors des conditions naturelles ; — mais, comme le lait des nourrices s’aigrit de lui-même, ainsi que cela arrive aussi ordinairement aux personnes qui usent de lait , voilà pourquoi , fermentant avec la bile , il doit lui communiquer une acidité très-prononcée , manifestée par une odeur particulière et caractéristique. 3° Il est généralement reconnu par tout le monde que les chiens qui mangent avec avidité les excréments des enfants à lamamelle, n’éprouvent jamais ces symptômes d’affections bilieuses.
Nous avons encore des exemples de ces aigreurs acides des excréments bilieux dans ces ardeurs ( xâvtjsiç ) , ces arrosions , ces excoriations de l’anus qui , tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, font éprouver de si vives souffrances aux jeunes enfants dans la défécation, à tel point que le seul contact des langes est aussi intolérable à ces parties que si elles étaient imbibées de substances corrosives.
§ IX. Nous devons cependant rendre hommage au sentiment de ceux qui enseignent que la bile , par son effusion dans les intestins, les dispose jusqu’à un certain point et
les excite à l’excrétion normale et régulière des matières fécales, dernier résidu des aliments.
En effet, de ce que la bile possède en général une propriété irritante qui stimule fortement les intestins, et que , d’autre part , les lavements pris avec la bile des animaux facilitent et excitent la défécation , il est très-raisonnable de penser que la bile humaine produit dans les intestins un effet proportionnellement semblable, dans ses conditions ordinaires de sécrétion et d’excrétion.
article v.
Des matières fécales.
§ Ier. Les diverses espèces d’excrétions dont nous avons parlé jusqu’ici , non-seulement s’exercent sur les matières domestiques et propres à l’économie corporelle , mais encore elles agissent sur les matières étrangères au corps , en tant qu’elles lui sont inutiles , et en raison de la nécessité actuelle : c’est là ce que nous démontrent journellement et nous enseignent les phénomènes de la vie organique , tels qu’ils se produisent naturellement.
Les matières de ce dernier genre les plus remarquables et les plus grossières sont les matières excrémentitielles, c’est-à-dire celles qui demeurent dans les intestins , une fois que les parties nutritives les plus subtiles ont été séparées des parties les plus grossières et solides de nos aliments.
§ IL Ces sortes de matières ne sont soumises à aucune espèce de travail sécréteur, si ce n’est d’une sécrétion 'privative, en vertu de laquelle tout ce qu’il y a encore d’utile et de bon en est séparé pour être charrié dans le torrent des humeurs ; opération qui rend plus facile leur excrétion naturelle.
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Cette sécrétion a lieu à l’aide d’un mouvement intestinal, auquel on a donné le nom de mouvement péristaltique ; c’est-à-dire, par un mouvement qui s’exerce de haut en bas, et par une compression des intestins se faisant de la périphérie vers la partie interne , de manière à resserrer l’espace contenant ces matières et à les chasser au-dehors.
Mais il ne faut pas perdre de vue la modération avec laquelle s’exécute ce mouvement particulier; elle est telle, en effet , que ce même mouvement n’est ni altéré ni changé par la présence de substances qui n’ont pu être digérées , et qu’il conserve dans toutes les circonstances son mode ordinaire de progression. Cette action progressive du mouvement péristaltique s’accomplit de manière que, dans les 24 heures, le résidu des aliments absorbés est rendu par les selles.
§ III. Le mouvement successif d’expulsion des matières fécales dans toute la longueur des intestins , qui chez l’homme est assez considérable , — bien qu’il soit beaucoup plus grand encore chez les herbivores, — se fait avec la plus étonnante régularité , d’une manière douce et tranquille , ne provoquant aucune espèce de sensation dans les organes chargés d’exécuter ces fonctions.
Néanmoins ce mouvement est exposé aux variations de l’ habitude, ce qui fait que chez les uns l’excrétion des matières fécales a lieu une ou même deux fois par jour, et chez les autres , au contraire , à peine une fois tous les deux jours.
Ce qui contribue beaucoup à faciliter ce genre de fonction , c’est une suffisante boisson délayante et un mouvement modéré du corps ; tandis , au contraire , qu’une vie sédentaire et oisive empêche et arrête le libre cours des selles , tout aussi bien qu’une privation et une négligence volontaire d'un régime quelque peu stimulant.
§ IV. Les matières fécales ne sont pas rejetées au-dehors dans le même état que sont les substances alimentaires au moment de leur absorption ; mais elles subissent , au contraire , une réelle et notable altération , ce qui est prouvé surtout par l’odeur fétide que répandent ordinairement les excréments, et qui ne tient pas simplement à la putridité. Ce phénomène est encore démontré par le fait journalier que nous pouvons observer dans les diversités de couleur, d’odeur, etc., des matières fécales de Yhomme, du chien, du chat, du porc , bien qu’ils se nourrissent à peu près tous de pain et d 'eau. Tout le monde, nous le pensons, a pu constater la grande différence qu’il y a dans la couleur, X odeur et la consistance de ces matières suivant l’espèce animale.
§ Y. Il est vraisemblable que la hile contribue pour quelque chose à cette diversité des matières fécales , attendu qu’il n’est point irraisonnable de penser que le soufre est la base principale de ces odeurs et de ces saveurs ; ce qui nous porte à soutenir qu’il est de la plus grande absurdité et tout -à- fait irraisonnable de vouloir que ces sortes de variétés proviennent d’une certaine fermentation ordinaire des matières stercorales, et de supposer qu’un ferment particulier se trouve toujours présent dans l’intestin pour modifier ainsi et non autrement les déjections alvines.
Ce sont là des opinions complètement inadmissibles , et il est plus naturel de penser que ces différences ne sont dues qu’à certaines prédispositions éloignées et spéciales , en sorte que telle ou telle dernière corruption des matières fécales n’est due à aucune cause essentielle et directe, mais bien à la simple conséquence naturelle des choses.
§ VI. 11 nous semble que, tant au point de vue physique qu’au point de vue médical, ce fait ne mérite pas
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d’être pris en sérieuse considération; aussi devons-nous peu nous préoccuper du siège et du lieu précis où s 'élabore cette espèce de ferment supposé. A ce propos, il convient de dire cependant que l’intestin cæcum, même chez les animaux où il est extrêmement développé, ne semble participer en rien à ce phénomène de diversité stercorale , et ne paraît uniquement réservé qu’à retenir les aliments , afin de favoriser par un dernier retard leur digestion complète.
C’est ce que l’on observe encore chez tous les herbivores et les granivores, chez ces derniers surtout qui ont un double cæcum , dont la capacité dépasse , à lui seul , toute la partie supérieure de l’intestin, D’après ces circonstances , il ne paraît pas possible d’attribuer avec quelque raison et d’assigner d’une manière absolue des effets si différents , soit à l’influence d’un seul et même cæcum chez les unes, soit à la présence de plusieurs cæcums chez les autres espèces animales.
§ VII. Nous avons déjà parlé plus haut, en traitant de la sécrétion , de cette facilité avec laquelle les matières prêtes à subir une prochaine excrétion peuvent encore perdre quelque chose de leur substance trop liquide , qui est de nouveau absorbée et est reçue dans le reste de la masse des humeurs , pour être rejetée plus tard par une autre voie d’excrétion. Ce fait est encore prouvé par l’exemple réciproque d’un flux diarrhoïque trop violent; attendu que dans cette affection , où l’émission de l’urine est si rare , il arrive fréquemment que ce liquide est chassé par les selles avec les matières séreuses abondantes qui sont rejetées dans ce flux morbide.
§ VIII. On ne saurait nier qu’une administration toutà-fait providentielle préside avec une extrême sagesse au grand phénomène des mouvements vitaux à l’aide desquels
s’opère l’excrétion des matières fécales contenant des substances solides qu’avalent habituellement , non sans danger, certains individus , tels que ces mangeurs de verre , que l’on rencontre assez souvent ; tels encore ceux qui avalent les noyaux entiers de pruneaux, etc . , sans qu’il leur sur¬
vienne presque jamais le moindre accident dans les gros intestins.
§ IX. A côté de ces faits , nous devons faire remarquer ici une variété d’action dans la modération de ce mouvement , en vertu de laquelle non-seulement le phénomène peut s’accomplir ou s’exécute communément avec violence ou lenteur , mais encore il peut être complètement interverti , selon la diversité des sujets. C’est ainsi, en effet, qu’au lieu de se diriger comme à l’ordinaire de haut en bas , le mouvement a lieu , au contraire , de bas en haut , ainsi que cela se passe et dans le vomissement ordinaire et surtout dans le vomissement iliaque : c’est là ce qu’on est convenu d’appeler mouvement anti-péristaltique.
Certains exemples de diarrhées et de dysenteries prouvent aussi que ce mouvement excréteur peut en très-peu de temps éprouver des perturbations vers les parties inférieures ; car il n’est pas rare de voir dans ces sortes d’affections que les boissons que l’on prend sont rejetées par les selles dans moins de demi-heure.
§ X. On ne doit jamais oublier d’ailleurs que ces sortes d’excrétions s’opèrent à l’aide de mouvements , c’est-à-dire qu’elles sont accompagnées de contractions et de compressions des intestins : d’où nous paraît fort étrange le langage de l’ancienne École , alléguant en pareil cas une faculté rétentrice affaiblie , tandis qu’ici il faudrait , suivant leur manière ordinaire de parler, accuser une propriété expulse par surexcitation.
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Convient-il , en effet , d’accuser, dans ces cas de perturbation des parties inférieures des intestins , la faiblesse des organes , ou de dire , comme quelques-uns , qu’ils sont trop relâchés, légers et glissants? Et ne doit-on pas préférablement y reconnaître une trop grande sensibilité ou hyperesthésie » locale et actuelle , d’où dérive réellement la précipitation de ce mouvement excréteur? Qu’on ne s’y méprenne pas cependant , nous n’entendons pas parler ici de cette sensibilité physique qui va jusqu’à la douleur ; car tout le monde sait très-bien qu’on peut éprouver des douleurs intestinales sans que ces mouvements déréglés se manifestent , et, vice versa , que ces derniers peuvent avoir lieu sans que le patient ressente la moindre douleur.