ARTICLE VIII
Sécrétion de la salive.
§ 1er. Il nous reste à parler enfin de la sécrétion d’une humeur particulière que les anciens ont regardée comme simplement excrémentitielle , et à l’excrétion de laquelle ils ont cependant accordé , d’une manière fortuite , une certaine utilité bien minime et purement passagère. Mais les observations des modernes et des appréciations plus exactes à ce sujet ont fait présumer avec raison que cette humeur est d’une utilité plus grande et plus digne pour l’économie animale. C’est de la salive que nous voulons parler.
§ II. Ce n’est guère que vers ces derniers temps que l’histoire de la liqueur salivaire a été mieux connue. C’est presque de nos jours , en effet , qu’on a découvert non-seulement les glandes qui la fournissent , mais encore les divers
1 Stahl juge ici en profond physiologiste; et, tout en admettant une communication entre les vaisseaux mammaire et épigastrique, il proclame bien haut que telle n’est pas la raison physiologique de la formation du lait. C’est pour lui un acte providentiel , c’est-à-dire une fonction naturelle exécutée Par la nature conservatrice dans le but de pourvoir à la nutrition de l’en-
*ant . C’est une sorte de métastase naturelle ; c’est une sécrétion établie
en vue d’une lin non mécanique , mais bien vitale et conservatrice.
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conduits et méats 1 dont plusieurs médecins célèbres se sont disputé l’honneur de X invention. On a été même jusqu’à attribuer à la salive une énergie spéciale pour préparer le bol alimentaire à une digestion facile, assertion qui, certes, n’est ni choquante ni invraisemblable.
§ III. Quoi qu’il en soit, et malgré ces intéressants travaux, la chose ne manque pas que d’avoir encore de nombreuses difficultés : 1° en ce que l’histoire de la salive , quelles que soient sa vérité et sa réalité physiques , n’offre qu’un bien petit intérêt au point de vue médical , vu qu’elle n’apporte aucun avantage direct à Y art de guérir, et qu’elle ne fournit même aucun enseignement pathologique pouvant de près ou de loin servir à la curation d’une affection morbide ; 2° en ce que c’est à peine si , dans cet exposé historique , l’on peut , par de simples paroles , bien loin de le pouvoir par une distinction réelle , établir une différence entre les diverses humeurs salivaires que l’on distingue et qui cependant, dans le fond, diffèrent entre elles d’une manière manifeste : nous voulons parler des différentes humeurs salivaires qui proviennent soit du canal de Sténon, soit des conduits sublinguaux deWarthon sous l’aspect d’un liquide ténu et limpide , ainsi que de cette humeur, un peu plus épaisse et de consistance presque muqueuse, qui coule de tout l’appareil glanduleux qui tapisse l’intérieur de la cavité buccale , sans oublier l’humeur plus visqueuse encore et plus consistante qui vient des amygdales. 3° Outre que l’historique de la salive n’est pas suffisamment connu , on ne s’est pas assez occupé aussi à donner des détails convenables sur cette abondante participation d’une humeur salivaire particulière qui provient du fond de X œsophage , ainsi que le prétend longuement
Sténon, Warthon, Rivinus, etc.
Geuder * . 4° De même que , selon l’opinion publique , la nature propre de ces fluides salivaires n’a pas encore été exactement déterminée , de même et pareillement l’histoire du suc 'pancréatique vient couvrir et envelopper ce fait d’une obscurité d’autant plus profonde que l’on a pris plus de soin à en dévoiler le mystère.
§ IV. En effet, bien que le suc pancréatique, sous quelque point de vue qu’on l’envisage , ne paraisse être rien autre chose qu’une simple humeur salivaire , cependant les physiologistes qui s’en sont occupés se gardent bien de parler ainsi, et le regardent simplement comme une humeur particulière , sui generis, bien loin de le confondre avec la salive.
Ce qui a surtout, à ce sujet, beaucoup plu aux demisavants , c’est ce que Sylvius avait jugé à propos de dire pour embellir sa fable , quand il voulait que le suc pancréatique fût saturé d’une acidité particulière ; car, quoique Sylvius n’eût donné de cette assertion aucune preuve ni à priori ni à posteriori , il suffisait qu’elle sourît à son illustre auteur pour que ces contes absurdes fussent colportés çà et là.
§ V. Pour ce qui regarde l’appréciation du mouvement de la salive , nous disons que, dans un organisme bien constitué , les glandes salivaires répandent dans la bouche une quantité suffisante et justement déterminée de salive , si bien qu’il s’en écoule sans cesse la quantité nécessaire pour humecter et lubrifier l’intérieur de la cavité buccale.
Mais lorsque l’on introduit dans la bouche des aliments ou des boissons savoureuses et qu’on procède à la mastication, la salive flue alors avec plus d’abondance et se mêle à ces substances pour constituer le bol alimentaire. Ce phé-
1 Geuder (M. -F. ) , médecin et physicien allemand, Diatribes contre les ferments... Amsterdam, 1669 , in-8°.
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nomène est si manifeste et si vrai , que tout le monde sait très-bien qu’à la me seule et surtout au simple toucher des substances savoureuses, — avant même de les déguster, la salive afflue abondamment et d’avance dans la bouche. On remarque , en outre , que l’effusion de la salive est non moins copieuse et spontanée quand on éprouve un sentiment d’aversion nauséabonde pour un objet quelconque, surtout quand on est sur le point de vomir.
§ VI. Bien qu’il soit certain et évident que la salive contribue , par son concours , au phénomène de la dégustation des substances alimentaires , il n’est pas moins vrai qu’elle est encore plus utile à leur digestion dans l’estomac. Il est positif, en effet, que la salive est de nature fermentescible, ainsi que le démontre la simple expérience de chaque jour; aussi est-il indubitable qu’une fois que la salive s’est mêlée aux aliments , qui ont besoin d’entrer aussitôt en fermentation pour la continuer dans l’estomac , cette humeur intervient pour beaucoup dans la production de cet effet.
§ VII. La salive, disons-nous, en se mêlant dans la bouche aux aliments qui subissent la mastication, prépare et facilite ainsi l’introduction de ces substances grossières dans l’estomac; mais c’est le suc pancréatique qui, comme une nouvelle provision d’humeur salivaire , prend , à son tour, une bonne part à une nouvelle et profonde dissolution de ces mêmes aliments. Ce qui , à priori, nous porte à penser que le suc pancréatique est une espèce de liqueur salivaire , c’est la texture de la glande qui le fournit , c’està-dire la texture du pancréas, ayant la plus grande analogie avec celle de la parotide, qui, composée de nombreux globules glanduleux , se loge au - dessous de l’oreille et va répandre dans la bouche une abondante liqueur salivaire au moyen d’un conduit assez volumineux : à posteriori, ce qui
YRAIE THÉORIE MÉDICALE.
confirme encore ce fait , c’est que la salive ne paraît pas destinée simplement à provoquer la fermentation naturelle des substances alimentaires , c’est-à-dire celle qui est nécessaire à la mixtion convenable de ces substances , attendu que cette fermentation pourrait bien avoir lieu d’ellemême , ou que du moins elle ne saurait avoir besoin d’une si grande quantité de ferment quelconque et qu’il lui suffirait d’un léger stimulant ; mais il nous semble , au contraire, que la liqueur salivaire est plutôt destinée à une nouvelle espèce de fermentation à laquelle elle prend part , ainsi qu’à provoquer une séparation spéciale et à faciliter l’association convenable et délicate d’une substance toute particulière , et , comme on le dit vulgairement, à imprimer enfin un caractère nouveau à ce bol alimentaire, au moment de son entrée dans l’estomac, et cela en y produisant, soit par l’interposition, soit par la transposition des parties constituantes, une nouvelle mixtion toute spéciale. — Un nombre infini d’exemples nous prouvent que , pour l’accomplissement de pareils phénomènes, l’intervention toute providentielle de phénomènes physico-chimiques fermentatifs est tout-à-fait nécessaire 1 . — 11 est donc entièrement vraisemblable que ce suc pancréatique de nature salivaire est éminemment utile pour renouveler, ou plutôt même pour restaurer matériellement et mettre en jeu cette œuvre toute naturelle et spéciale de mixtion animale.
De sorte que , bien que des aliments crus , non digérés , aient déjà éprouvé dans l’estomac une certaine impression de ce genre , il pourrait bien se faire cependant que , à cause de l’abondance d’aliments d’une nature particulière , l’impression des sucs gastriques fût insuffisante et vînt à cesser,
1 Comme on le voit, Stahl accorde une large part aux phénomènes physiques et chimiques, et n’en laisse pas toute la charge à son âme ou pi incipe de vie , qui ne peut agir dam et sur le corps que tout autant que l’organisme est apte à accomplir ces actes.
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et qu’au lieu d’une convenable fermentation vitale ces mêmes aliments fussent exposés à subir une fermentation naturelle et propre à leur caractère matériel , mais tout-à-fait contraire et étrangère à la erâse animale , si un ferment particuber, si le suc pancréatique, disons-nous, ne venait, par son influence fermentative , spécifique et virtuelle , arrêter et empêcher ce fâcheux résultat * .
Telle est la puissance et l’efficacité du suc pancréatique , et c’est ainsi qu’il mène à bonne fin ce que la salive et les sucs gastriques avaient déjà entrepris dans l’estomac ; mais s’il arrive que la fermentation matérielle et physique des aliments a déjà prévalu dans l’estomac, le suc gastrique demeure alors tout-à-fait impuissant 2 .
§ VIII. Les choses se passent effectivement ainsi par la transformation et la permutation très -spéciale de la mixtion des aliments en erâse animale, Ce qui prouve d’une manière évidente la vérité de ce fait, c’est la formation du chijle, résultat immédiat et naturel de la dissolution et de la digestion des aliments. Ainsi, bien que le chyle conserve encore les traces de sa primitive nature , végétale par exemple chez les herbivores , il porte cependant en lui-même les preuves les plus manifestes d’une certaine erâse nouvelle toute particulière , qui pénètre jusque dans les plus petites parties de sa mixtion , composée de particules graisseuses, mucilagineuses , terreuses et même
1 II est bien réel que , lorsque , par un motif quelconque, les aliments ne sont pas en d’heureuses conditions pour être digérés, ils sont livrés à l’action des lois qui président à la décomposition chimique des substances inorganiques , et entrent en une fermentation acide ou putride pouvant amener les conséquences les plus désagréables et parfois funestes à la santé.
2 Ce fait est la conséquence inévitable des assertions émises ci-dessus. Un aliment , une fois que sa première digestion est mal opérée , ne peut plus, par les simples moyens que possède la nature , devenir bon à la nutrition du corps ; aussi voit-on , en pareil cas , son expulsion spontanée ,••• <lu faut provoquer artificiellement si elle ne s’effectue pas naturellement.
salines, qui, à cause de leur caractère végétal beaucoup plus opposé, a, avec la crâse plus grossière del’urine, une affinité et une analogie infiniment plus prononcées que tout ce qu’on peut rencontrer dans les substances végétales. C’est là ce que nous avons déjà dit plus haut , en établissant certaines considérations plus étendues sur le chyle et le lait.
§ IX. L’un des phénomènes qui, dans le corps de tous les animaux , s’opère de la manière la plus constante , mais à l’étude et à l’appréciation duquel on a toujours apporté le moins de soins et de sollicitude , c’est la sécrétion de la graisse. Que peut, du reste, par elle-même l’observation attentive de ces petits sacs , de ces cellules que l’on observe dans l’ épiploon?.... Rien, sans doute, attendu que cet examen ne fournit et ne fait concevoir aucune probabilité sur la raison de sécrétion par laquelle la graisse se retire dans ces petits sacs , ni touchant le lieu où et la manière selon laquelle elle est prédisposée à cette sécrétion , ni comment elle peut être séparée ou préparée , dans une partie aussi frêle , avec tant de promptitude et une si grande abondance , ainsi que nous le démontrent les phénomènes dont nous sommes témoins. L’observation, enfin, ne pourra jamais démontrer par quelles voies et quels moyens cette substance adipeuse peut , de l’épiploon , être distribuée dans tout le reste de l’économie corporelle.
En un mot , comment se fait-il que la graisse soit, plutôt que toute autre sécrétion , dépourvue complètement, d’une manière directe et propre, de tout appareil organique sécréteur et des conditions ordinaires de sécrétion? Pourquoi n’existe-t-il pas pour cette substance un accès proportionnellement suffisant de matière? Oui , la graisse manque d’un appareil spécial quelconque de texture propre à l’acte particulier de la sécrétion , et l’on ne peut constater aucun
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moyen d’issue propre pour la matière qui se sépare d’elle plus tard; et, qui plus est enfin, il est impossible de trouver un rapport convenable entre l’étendue de son effet propre et la mesure de sa dimension jointe à toutes ces circonstances.
§ X. Nous ne tâcherons point d’énumérer ici toutes les espèces animales chez lesquelles on ne trouve aucune trace d’épiploon , et qui cependant sont très-susceptibles d’acquérir très-promptement beaucoup de graisse. Nous ne citerons donc que les oiseaux , sur lesquels les oiseleurs ont fait des observations particulières vraiment surprenantes , — à moins qu’on ne veuille railler et révoquer en doute leur constante affirmation. — Ils ont observé , par exemple, que Y alouette est extrêmement grasse si , après avoir bien mangé pendant le jour et s’être tranquillement couchée le soir , elle est prise et tuée cette même nuit ; tandis que si on ne la prend que quelques heures après dans la matinée du lendemain, elle est beaucoup plus maigre , et plus maigre encore pendant le jour qui suit cette nuit. Lorsque l’alouette est rassasiée au crépuscule et qu’elle va chercher le repos , en ce moment elle est un peu grasse , mais certes beaucoup moins que vers le milieu de la nuit , parce quelle n’a pas suffisamment digéré sa nourriture et que les sucs nourriciers n’ont pas encore été distribués dans tout le corps. Nous en dirons de même de ce petit animal que les friands désignent sous le nom d ’ ortolan : tout le monde sait , en effet , qu’en lui donnant abondamment à manger , cet oiseau acquiert en un seul jour un tel degré d’embonpoint , que non-seulement il est entièrement couvert de graisse , mais encore il est si gras que si l’on n’a pas la précaution de le priver de nourriture ou de le laisser voler librement , il succombe infailliblement sous le poids de sa graisse.
§ XI. Une chose bien remarquable aussi, c’est la facilité
et la promptitude avec laquelle les porcs , parmi les quadrupèdes, acquièrent ordinairement une si grande proportion de graisse , même en très-peu de temps , que , abstraction faite des os , des matières fécales et du sang , la graisse surpasserait de beaucoup en poids, sinon en volume, toute la masse de la texture charnue du corps de l’animal.
En présence de faits aussi concluants et aussi démonstratifs, il est évident que l’épiploon, quel qu’en soit l’organisme , ne peut point suffire à une sécrétion si prompte et si abondante de graisse 1 .
§ XII. A toutes ces difficultés, dont se trouve hérissée cette question , il s’en joint une autre non moins sérieuse , savoir: que , soit dans la présence de la graisse , soit même dans sa production si prompte et si copieuse, on ne peut voir aucune utilité réelle , loin d’y découvrir la moindre nécessité.
On n’y voit, disons-nous, aucune utilité, c’est-à-dire aucun avantage réel en vue duquel le corps devrait acquérir cette accumulation solide de graisse , constituée par une texture toute particulière.
§ XIIÏ. Mais il n’en saurait être de même de X usage de la graisse dans le corps : en effet , ou la graisse peut avoir et a véritablement dans le corps un usage réel pour tout le reste de sa crâse , à tel point qu’on peut dire qu’elle a été instituée dans un but final certain et manifeste ; ou bien elle
1 Ainsi que ledit Stahl , et comme l’ont prouvé surtout les travaux des modernes à cet égard, la graisse n’a point un organe spécial de sécrétion... C’est une sécrétion du sang, qui s’opère dans toutes les parties du corps, mais particulièrement sous la peau , près des reins , à la base du cœur, dans 1 épiploon , à la surface des muscles , à l’entour des articulations , etc. Les travaux de Raspail , Bussy, Lecanu , Orfila , Dupuy et de M. Chevreul surtout, ont jeté un nouveau jour sur la connaissance des propriétés physiques , chimiques et physiologiques de cette matière animale, dont la formation et la disparition sont parfois si promptes.
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est une sécrétion anormale due simplement au hasard; ou bien enfin on doit la considérer comme une substance récrémentitielle qui, selon les apparences, peut s’amonceler et être séparée comme telle. Loin de nous cependant une pareille supposition ! Car, bien loin d’être une substance récrémentitielle impropre à tout usage positif dans le corps, il est pleinement évident que la graisse provient d’une abondante et excellente nutrition, et qu’elle disparaît quand le corps ne reçoit que la quantité nécessaire d’aliments.
Mais à quoi donc sert la graisse et quelle est sa véritable utilité? Certes on ne saurait révoquer en doute que son usage réel ne soit de suppléer à un manque d’alimentation , car c’est là un fait bien évident et généralement connu de tout le monde. Il est certain, et nous l’avons déjà dit, que ce n’est point par son accumulation et sa consistance solide , ou même par sa position toute particulière autour de telles ou telles parties du corps , que la graisse est utile , mais bien par sa consistance tendre , molle et presque fluide , en vertu de laquelle elle se trouve interposée dans les parties les plus maigres et les humeurs muqueuses propres à la nutrition ; en sorte que ces parties amaigries acquièrent , par la présence de cette graisse , une souplesse convenable , et que le sang lui -même y puise surtout sa qualité sulfureuse.
On doit donc ne pas perdre de vue et bien peser cette observation de F. de Hilden1, quand il dit que la moelle disparaît des os chez les personnes mortes de faim.
§ XIV. La moelle des os mérite ici une mention particulière , attendu que non-seulement elle constitue à elle seule une substance graisseuse d’une nature toute spéciale, et qui , par un privilège que ne partage pas l’autre humeur adipeuse répandue dans tout le reste de l’économie, est
1 Fabrice de Hilden, Oper. omnia. Francfort, 1683.
constamment renfermée dans une partie déterminée et toujours la même chez toutes les espèces d’animaux , mais qu’encore elle paraît indiquer un peu plus clairement , par certains phénomènes particuliers , un mode spécial de sécrétion ou de retraite , du moins d’une manière plus réelle que cela n’a habituellement lieu pour la sécrétion de la graisse dans les autres parties du corps.
En considérant de près la substance médullaire, on s’apercevra facilement, surtout chez les animaux jeunes encore, qu’elle a des rapports immédiats avec le sang ; aussi voilà pourquoi on voit dans la moelle de ces jeunes animaux une teinte rougeâtre provenant d’une profonde inhibition du sang. Une pareille constitution se perpétue même chez les adultes jusqu’à un certain âge, de telle sorte que , du moins autour de la tête des os percée de petits pertuis et spongieuse, on voit d’une manière manifeste le sang entretenir un commerce intime avec la substance grasse de la moelle qui transsude.
En effet , quoique les vaisseaux qui portent le sang dans les os n’y pénètrent pas à travers le tissu spongieux de leur tête , — soit pour éviter tout froissement et toute violence facile dans ces parties exposées à des mouvements plus brusques, soit parce que les vaisseaux sanguins pénètrent dans le conduit nourricier et occupent la partie médiane des os , en traversant les muscles à leur extrémité tendineuse , — il n’est pas moins vrai de dire cependant que les ramifications de ces mêmes vaisseaux pénètrent jusque dans les extrémités spongieuses de ces organes ' .
§ XV. Il est vrai , du reste , qu’en médecine on fait en
Comme tous les anatomistes le savent , les vaisseaux artériels pénètrent ans les os (longs surtout) par le conduit nourricier qui se trouve à leur partie médiane, mais jamais à leur extrémité. Comme on le voit, Stahl n’a Pas perdu de vue ce fait important.
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général peu de cas de la substance médullaire des os; et quand même on en fît l’objet d’observations plus sérieuses nous retirerions trop peu de lumières sur la méthode et là raison de sa formation , pour que nous pussions nous étendre sur ce sujet * . Nous dirons cependant que nous regardons comme vraisemblable que la moelle est le produit naturel et direct de la graisse à l’aide de certaines séparations primitives qui s’en opèrent; nous ajouterons que la graisse est le principe générateur de la moelle, et que tout ce qu’il y a de surabondant dans cette opération se mêle à tout le reste de l’économie.
Ce qui le prouve péremptoirement , c’est que la graisse n’est pas un produit constant, certain et obligé ; tandis que, au contraire, la moelle fait réellement et positivement partie intégrante de la constitution matérielle du corps.
§ XYI. Il paraîtrait plus probable , sans doute , que la substance adipeuse , par une certaine raison plus naturelle de sécrétion , se sépare du reste de la masse sanguine. Une pareille opinion répugne d’autant moins au bon sens , que la séparation naturelle de la graisse d’avec la crâse universelle des humeurs paraît s’effectuer avec la plus grande facilité ; attendu que le fait de la séparation d’une substance vraiment graisseuse d’avec une autre simplement aqueuse, s’appuie sur des phénomènes très-connus de tous , touchant la prompte séparation naturelle de ces divers genres de substances.
Or, la graisse , ainsi séparée de son intime mélange avec toute autre matière , peut , par sa propre ténuité , pénétrer à travers les pores les plus fins , ainsi que nous en voyons un exemple frappant sur un morceau de papier ou de parchemin mis en contact avec une substance grasse. Nous ne
1 1 oy. T. VIII, Comment. LXVII; travaux des modernes à cet égard.
sortons donc pas de la vérité vraie des faits , quand nous disons que la graisse peut se séparer par transsudation de toutes les autres humeurs du corps plus épaisses qu’elle.
§ XVII. Ce qui vient singulièrement à l’appui de cette conjecture, c’est que cette sécrétion prompte, même copieuse et surtout si remarquable, de la graisse, s’effectue tant autour des vaisseaux sanguins les plus ténus qu’autour des vaisseaux lymphatiques, et principalement autour de ces derniers. Mais ce qui paraît seconder singulièrement cette naturelle sécrétion transsudatoire , ce sont ces membranes légères et ténues , qui entourent habituellement ces vaisseaux , si remarquables par la couche de tissu adipeux qui les entoure. En effet, tandis que ces vaisseaux , en vertu de cette densité particulière qui caractérise leur texture , et grâce à l’humidité naturelle qui humecte originairement et constamment leur enveloppe , ne laissent transpirer que les particules humides les plus déliées ; il arrive ainsi qu’après la transsudation simultanée des matières grasses et humides, ces dernières se répandent avec plus d’extension à travers les voies déjà entièrement imbues de cette même substance; tandis que les particules graisseuses, déjà privées des parties humides qui s’en sont séparées , demeurent en leur même place , attendu que sans une nouvelle impulsion plus puissante elles ne peuvent pénétrer plus avant et traverser les pores obstrués par l’humidité. C’est là ce qu’on voit dans le phénomène de la filtration.
§ XVIII. Quoi qu’il en soit de tous ces faits, il n’est certainement aucune théorie physico -mécanique capable par elle - même d’expliquer les véritables lois , tant de la sécrétion de la substance adipeuse , que de sa conservation après sa sécrétion , telles que la simple observation cadavérique nous les présente.
En effet , la graisse ne se trouve pas tout simplement et confusément distribuée et adhérente dans toutes les parties du corps ; mais on la voit renfermée , distribuée , divisée et logée séparément dans certains tissus particuliers. Elle ne tient certainement pas ce privilège d’elle-même , mais elle le doit spécialement à une autre cause capable de former et de fabriquer les tissus organiques. C’est ce qu’on voit évidemment, du reste, dans les tissus adipeux les plus grossiers , tels que le lard, qui ne présentent à l’étude de l’anatomiste qu’une masse confuse entourée d’une quantité innombrable de fibres extrêmement ténues.
§ XIX. Ce qui vient ici à l’appui de notre sentiment touchant le mode de sécrétion de la substance adipeuse accompagnée d’une légère aquosité qui en occasionne l’arrêt ultérieur et particulier, c’est ce phénomène remarquable que le tempérament phlegmalique est en général le plus propre à acquérir un développement plus marqué de graisse. Dans un pareil tempérament , en effet , ce résultat a lieu tant à cause de la crâse particulière des humeurs , que par la disposition naturelle plus aqueuse des parties ainsi saturées d’humeurs. D’après cette disposition, et surtout au moyen de cette légère et naturelle aquosité sus-indiquée , il est évident que la femme est beaucoup plus habituellement que l’homme sujette d’une manière plus particulière , nous dirons même plus spécifique, à acquérir non-seulement une corpulence plus délicate, plus développée, plus tendre, c’est-à-dire une texture plus humide et quelquefois contre nature, plus prompte à contracter soit des tuméfactions séreuses (œdème), soit de X amaigrissement , , mais encore un embonpoint graisseux ou , comme on le dit , une rotondité qui l’emporte de beaucoup sur celle de l’homme.
§ XX. Comme nous ne savons rien de positif sur la
génération et la production de la substance adipeuse dans le corps , moins encore connaissons-nous les lois naturelles et spéciales de sa conservation , à moins qu’on ne veuille se contenter de croire qu’elle est le simple résultat de la filtration perpétuelle de cette humeur aqueuse qui s’en échappe continuellement. Il est infiniment douteux, du reste , qu’il existe des vaisseaux particuliers proprement destinés à la sécrétion de la graisse , attendu que , ainsi qu’on l’observe chez les porcs , là où la substance adipeuse est extrêmement abondante, on ne saurait découvrir rien de semblable , et qu’on ne voit dans ces tissus que les vaisseaux sanguins et lymphatiques ordinaires , communiquant tant avec la peau qu’avec les principaux organes internes , et traversant plutôt cette même substance que la parcourant et s’y distribuant. Or, ils sont en bien petit nombre les vaisseaux qui paraissent se distribuer d’une manière spécialé et propre dans le tissu adipeux lui-même.
§ XXI. Il ne sera pas déplacé ici , nous pensons , de dire que les hommes qui sont d’un tempérament plus sec semblent , à cause de la plus grande capacité de tout leur système vasculaire en générai , moins sujets à cette sécrétion transsudatoire de la graisse dont nous avons fait mention cidessus , et chez eux la substance adipeuse a plus de force de cohésion avec le sang. Il se manifeste , en outre , chez ces individus, sur toute la surface cutanée, une certaine excrétion particulière ayant un léger caractère graisseux et s’échappant avec la sueur. Voilà d’où vient que ces derniers ont la peau comme plus luisante et prenant peu à peu , à cause même de la présence de la substance graisseuse , une teinte noirâtre qu’une forte lessive peut faire disparaître, mais contre laquelle est impuissante l’eau pure; d’où ce dicton allemand : « Je mehr sie sich waschen, je schwarszer * sie werden. — Plus ils se lavent , plus ils sont noirs. »
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§ XXII. Puisqu’il est question en ce moment de la couleur de la peau, nous dirons un mot en passant touchant la couleur spéciale et propre aux peuples de Y Éthiopie.
Il n’est guère plus personne aujourd’hui qui prétende que c’est à l’ardeur des rayons solaires qu’il faut attribuer la couleur noire des habitants de ces contrées, attendu qu’il est certain, dune part, que les Éthiopiens peuvent engendrer des enfants ayant cette même couleur, dans toutes les parties de 1 ’ Europe, voire même dans les contrées du nord ; que, d’autre part, il naît des blancs dans toutes les régions de l’Afrique, et que, d’une autre part enfin, sous toutes les latitudes de l’Amérique , tant sous X équateur qu’ailleurs, il existe une grande variété de Nègres et de Mulâtres. Il ressort évidemment de ces faits que la différence de couleur de la peau provient plutôt de la nature intime des races que d’une cause purement externe. Par ces motifs, on peut , ce nous semble , affirmer que cette couleur noire des Éthiopiens est l’effet d’une substance de plus en plus croissante, que le sang dépose peu à peu à la surface de la peau ; car enfin l’histoire nous rapporte que , dans ces contrées, les hommes ne naissent pas ainsi tout-à-fait noirs, mais qu’ils le deviennent plus tard quand ils vivent en plein air : nous savons au contraire qu’ils sont , en naissant , d’une couleur rouge foncé, et que cette teinte rougeâtre ne disparaît que peu à peu avec le temps , pour devenir de plus en plus sombre, et prendre enfin la couleur noire et luisante qui est propre à ces peuples.
§ XXIII. Ce qui précède a, du reste, une certaine importance , ne serait-ce que pour jeter de la clarté sur un cas qui , dit-on , est arrivé de nos jours : il s’agit d’une femme blanche qui mit au monde un enfant noir. Or, il s’élève un doute à cet égard pour savoir si cette femme a
conçu cet enfant par la simple vue d'un Nègre , ou par le commerce qu’elle peut avoir eu avec lui. Il est très-probable , en effet , que tout ce qui arrive de semblable par le fait seul de X imagination, acquiert , sinon son plus haut degré d’énergie , — ainsi que cela se passe si bien dans les autres cas à’ envies , — du moins un degré bien plus intense que celui qui est naturel et propre , en pareil cas, au moment de la naissance, chez les Nègres.
§ XXIV. Du reste , les hommes qui constituent la race blanche , c’est-à-dire les Européens d’une apparence de couleur vive, donnant sur le rouge, ont entre eux une différence telle , que les personnes qui sont dites sanguines sont les plus colorées ; après elles , viennent les individus d’un tempérament cholérique ou bilieux ; les mélancoliques ont un teint rose pâle , mais ils ont la peau d’un brun foncé. Ceux qui ont la peau blanche, mis en opposition avec les mélancoliques et les personnes pâles pour les distinguer d’avec celles qui sont un peu rouges, sont doués d’un tempérament phlegmalique.
§ XXV. Toutes les nations diffèrent entre elles par l’aspect varié de la couleur de leur peau , et il est plus que vraisemblable que l’ardeur du soleil d’un côté, l’intensité du froid d’un autre côté, exercent sur ces phénomènes remarquables une influence , tant positive dans le premier cas que privative dans le second. C’est ainsi , en effet , que Y Espagnol surtout , le Français ensuite , et Y Italien enfin , diffèrent par leur teint plus ou moins brun d’avec les peuples situés dans les régions septentrionales.
Or, de même que les peuples du Nord, mais principalement les individus qui , parmi eux , sont d’un tempérament plus sec, en vivant sous un soleil plus généreux et par le concours d’une sueur pour eux inaccoutumée , contractent
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en peu de temps la même couleur que les habitants du Midi; de même aussi, comme tout le monde le sait trèsbien, quand les Méridionaux vont dans des régions plus froides , ou bien lorsqu’ils évitent avec soin dans leur propre pays l’ardeur brûlante du soleil , ils ne le cèdent en rien aux autres peuples par l’éclat de la blancheur de leur peau.
§ XXVI. Il existe encore dans les yeux une diversité de Couleur bien plus remarquable et toute spéciale. Dans Y iris, en effet , ou bien dans la partie antérieure de la membrane choroïde, on peut constater chez les uns la couleur bleu de ciel ou azur, et chez les autres la couleur gris ou châtain foncé.
Ce qu’il y a de bien vrai ici , c’est que les Méridionaux et les Orientaux ont plus particulièrement les yeux bruns foncés ; tandis que les hommes du nord et de l’occident de l’Europe ont les yeux bleus. Cependant , ainsi qu’une expérience récente vient de le prouver, de Y union des Blancs d’Europe avec les Nègres d'Afrique est sortie une race ayant les yeux verts foncés, et du mariage entre les individus ayant les yeux bruns ou châtains foncés et ceux qui ont les yeux bleus , il n’en résulte pas toujours une progéniture dont les yeux aient une couleur intermédiaire et comme résultant du mélange des deux couleurs primitives des parents ; mais , parmi les enfants issus de ce genre d’union , les uns ont les yeux bleus et les autres les ont gris foncés ou bruns.
§ XXVII. Ce qu’il y a encore de bien remarquable, enfin, c’est cet exemple tout spécial et particulier de certaines familles et même des nations qui en sont issues , lesquelles, par leur pure et simple propagation exempte de tout mélange avec les races étrangères pour lesquelles elles éprouvent une profonde répugnance , conservent entre
elles, dans leur progéniture, un type particulier, une ressemblance de famille toute particulière , surtout en ce qui concerne les yeux. A l’appui de ces faits, nous citerons la race très-célèbre des Juifs, qui portent en eux quelque chose de si singulier quils sont aisément reconnus des indigènes. Entre autres observations faites à leur égard , on a particulièrement observé que presque pas un Israélite n’a les cheveux châtains clairs, mais bien au contraire noirs ou rouges.
Les Chinois présentent pour signe distinctif une petitesse particulière des yeux, tant au point de vue de leur ouverture que sous celui du développement de la cornée.
Les Éthiopiens ont le nez camus et les lèvres épaisses fortement repliées en dehors ; quelques historiens en attribuent la cause aux manipulations arbitraires des mères. Cette dernière supposition pourrait bien ne pas être fausse en ce qui concerne les narines ; mais elle est purement gratuite et erronée pour ce qui regarde la forme des lèvres, et pour ce qui est surtout de la couleur et de la forme des cheveux, puisque, parmi tous les peuples Nègres, les Éthiopiens sont ceux qui les ont les plus courts et les plus crépus.