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CHAPITRE VIII

DE LA DIFFÉRENCE Dü CORPS ET DES ACTIONS SUIVANT LE SEXE.

§ Ier. Nous n’avons parlé jusqu’ici que de ce qui touche directement à la subsistance vivante et incorruptible du corps humain considéré en lui-même ; il nous reste encore à dire un mot de la différence qui existe entre les deux sexes.

Le mâle et la femelle diffèrent notamment entre eux ,

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non-seulement par la diversité manifeste des organes qui leur sont spécialement propres pour accomplir l’acte de la génération ; mais ils diffèrent encore sous divers autres rapports circonstanciels qui ne sauraient échapper à l’œil investigateur du physiologiste.

§ II. D’après ces faits , il est certain qu’il existe chez la femme une sensibilité , tant physique que morale, de beaucoup supérieure à celle de l’homme.

La sensibilité organique comprend diverses affections de plaisir et d’agrément dans l’ordre naturel, et, en dehors de cet ordre , elle constitue le fond des commotions vitales extraordinaires , plus promptes et plus violentes que d’habitude, mais trop puissantes pour éloigner et dissiper les embarras et les périls qui menacent la vitalité des mouvements distributifs et progressifs du sang. Voilà aussi pourquoi les femmes sont plus soudainement , plus violemment et plus impétueusement atteintes que les hommes de commotions hypochondriaques et spasmodiques , instituées dans le but unique de dissiper les obstacles qu’éprouve la libre et naturelle circulation du sang.

§ III. La sensibilité morale est encore bien plus grande chez la femme que chez l’homme, et Tonne saurait révoquer en doute que les personnes du sexe ne soient plus promptes et plus faciles à éprouver une impression quelconque. Les femmes sont, en effet, plus timides et plus craintives; elles sont plus naturellement portées à un genre de vie tranquille et oisif qu’à l’agitation de la vie et au travail. Or, comme ces divers modes de sensibilité corporelle paraissent correspondre parfaitement au caractère de l’esprit, voilà pourquoi, chez la femme , cette grande et étonnante susceptibilité des mouvements spasmodiques paraît être subordonnée à une plus craintive et plus prompte appréciation des dangers qui menacent son économie vitale et organique .

§ IV. Qu’il nous soit donc permis d’examiner la raison éloignée de tous ces modes affectifs de la femme , et de la facilité avec laquelle son sexe délicat en subit l’influence : on ne saurait chercher cette raison ailleurs que dans le but final du sexe féminin , c’est-à-dire dans sa destination , en un mot dans la génération.

En effet, la source des affections de l’esprit, chez la femme , est triple dans sa nature , et peut être considérée sous trois points de vue principaux , qui sont le plaisir, la crainte et X inconstance.

Et d’abord, le plaisir, ainsi que tout ce qui s’y rattache, paraît être fondé sur une intention d’amour et de son résultat suprême, ayant pour but la génération. En second lieu, la timidité et la crainte , chez la femme , semblent avoir une véritable raison d’être , non-seulement dans un but de vigilance et de souci pour elle-même , mais encore dans le but évident de veiller soigneusement et spécialement sur un autre être infiniment délicat et qui n’est pas elle , afin d’écarter du fruit de son amour , qu’elle porte dans son sein , les dangers graves qui peuvent lui venir du dehors et quelle a tout lieu de redouter dans sa tendresse maternelle Troisièmement, enfin, Y inégalité de caractère, la versatilité d’esprit et l’ inconstance , ordinaires aux personnes du sexe, semblent avoir quelque analogie avec la pluralité des fœtus à concevoir, attendu que la femme a été faite et destinée pour concevoir non une seule fois , mais bien un nombre de fois indéfini , quoique limité.

Voilà aussi pourquoi la femme préfère en général le repos, tant à cause des soins qu’elle doit à l’enfant qu’elle porte ainsi avec plus de tranquillité et de sécurité dans son sein , qu’à cause de la nécessité où elle sera plus tard de prodiguer à ceux qu’elle mettra au monde toute Y attention, la surveillance et la protection que doit une mère à ses enfants T. III. *5

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§ Y. Il ne faudrait, pas mettre au dernier rang des différences qui existent entre l’homme et la femme , celle qui repose sur la délicatesse, la mollesse et la faiblesse de la texture, bien plus remarquable chez les personnes du sexe féminin. Nous avons fait ressortir plus haut toute la réalité de ces faits en parlant des tempéraments ; nous avons spécialement démontré, en effet, dans cet article, que la délicatesse des tissus , leur consistance humide et leur caractère lymphatique sont plus considérables chez la femme que chez l’homme.

§ YI. Quoiqu’il existe dans l’accomplissement de l’acte générateur, par le fait même de la nutrition du fœtus , une très-grande différence dans les deux sexes , il y en a certes une bien plus grande et plus spéciale encore , qui consiste dans la direction toute particulière du sang vers X utérus chez la femme ; direction qui , hors des temps de la grossesse , n’accomplissant pas la destination qui lui est propre , provoque néanmoins à travers l’organe utérin des évacuations périodiques qui sont de véritables allègements et qui constituent une excrétion réelle de sang. A part cela , toute excrétion sanguine est une vraie anomalie dans un corps parfaitement sain d’ailleurs.

Mais les évacuations sanguines par l’utérus sont dans l’ordre des choses naturelles chez la femme, en dehors des époques de gestation et d’ allaitement , attendu qu’alors elle n’est pas chargée de pourvoir à la nutrition d’un enfant.

§ VII. Ce qu’il y a de bien particulier et de propre dans ce genre d’excrétion, c’est qu’elle se manifeste chez les jeunes filles à l’époque de la puberté , à cet âge de la vie où elles sont déjà nubiles et aptes à concevoir ; c’est que cette évacuation cesse et disparait à jamais chez les femmes quand elles ne sont plus capables d 'engendrer. Nous avons

exprimé notre sentiment à ce sujet, et nous avons dit qu’il ne faut pas croire raisonnablement que la femme perde ainsi la faculté de concevoir, parce qu’elle n’a plus ses menstrues , mais bien au contraire qu’elle n’a plus ses évacuations mensuelles , parce que la faculté intentionnelle de la conception manque en elle et est en défaut. Or , la vertu génératrice cesse et disparaît chez la femme , parce qu’elle a perdu la force et l’intention active de produire ultérieurement en son sein un corps réel et propre. C’est pourquoi , comme , une fois que cette intention formelle de procréer un corps a disparu , la femme voit aussi disparaître chez elle, par une espèce d’indifférence et de dégoût, l’intention de l’acte seul propre à favoriser la conception de cet autre corps ; de même et pareillement elle se voit dépouillée de cet appareil menstruel si nécessaire à l’accomplissement de la fonction procréatrice des êtres.

§ VIII. Voici en quoi consiste et de quelle manière s’exécute le phénomène naturel de cette excrétion sanguine par l’utérus. Les jpunes filles, vers l’âge de 13 ou 14 ans, éprouvent par le vagin et pour la première fois un écoulement de sang. Lorsque le corps se trouve dans un état satisfaisant de santé , la chose se passe tranquillement et avec modération; l’écoulement, en tant que tel, est naturellement peu copieux en lui-même , mais en somme son évacuation successive est ordinairement , au contraire , assez abondante, attendu que l’excrétion dure habituellement pendant quelques jours , six pour certaines femmes , sept pour d’autres , ni plus ni moins et toujours d’une manière normale.

§IX. Le flux menstruel se manifeste plus régulièrement , nous dirons même plus légitimement , à l’époque des phases les plus remarquables de la lune, c’est-à-dire pen-

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dant la pleine lune ou à la nouvelle lune , et cela périodiquement tous les mois lunaires1. Cette période est si bien observée, que les huit jours consacrés aux menstrues, joints aux trois semaines de repos, font exactement le mois entier ; de telle sorte que d’une évacuation à l’autre il y a un mois complet , en y comprenant les six ou sept jours de la durée du flux. Et c’est justement à cause de cette période d’un mois qu’on a donné le nom de flux menstruel à cette sorte d’évacuation sanguine.

§ X. Nous avons exposé ailleurs, dans un programme particulier , notre sentiment touchant cette périodicité, et nous avons dit qu’il nous semble que le retour périodique des menstrues porte en lui-même une raison ou caractère critique. Car, de même que les autres crises affectent habituellement une période de sept jours ( si bien que c’est précisément au septième et dernier jour que les matières nuisibles les plus gênantes sont expulsées du corps ; que c’est au quatorzième jour que celles qui ont une puissance moindre de nuire sont éliminées à leur tour, et qu’enfin celles qui sont le moins offensives sçnt évacuées le vingtième ou le vingt-unième jour) : de même aussi, comme ce phénomène de l’excrétion du sang menstruel suit et conserve en tout point la tendance constante et régulière à une évacuation , il n’est rien en dehors de ces conditions qui favorise ou provoque nécessairement cette évacuation , et nous croyons que les choses se passent ainsi , afin que cette crise soit établie suivant la mesure régulatrice de cette longue périodicité ordinaire , qu’elle doit conserver et suivre exactement.

§ XI . En effet , bien que l’on puisse constater un certain rapprochement entre le début de l’époque menstruelle et

1 Voy. T. VIII, Comment. LXVlîi.

les phases de la lune , cependant ce qui prouve que l’influence lunaire n’exerce point sur cette fonction une puissance absolue et constante , mais que ses phases ne font que correspondre purement et simplement à la mesure naturelle des septénaires, c’est que l’on voit un grand nombre de femmes qui sont réglées , non selon les phases lunaires, mais bien suivant l’ordre et le nombre de leurs jours menstruels , de sorte que l’éruption sanguine débute vers le commencement de la quatrième semaine durant laquelle l’écoulement s’accomplit et ne revient qu 'après trois autres semaines de repos : ce flux se renouvelle ainsi d’une manière périodique , quels que soient d’ailleurs les quartiers de la lune.

Ce qu’on ne saurait nier néanmoins , c’est que les évacuations menstruelles sont d’autant plus efficaces et régulières, qu’elles s’accordent et coïncident mieux avec les principales phases de la lune.

§ XII; Bien que les femmes ainsi réglées jouissent d’une excellente santé dans tout le reste de leur économie corporelle , et qu’elles Réprouvent en général qu’un malaise presque insignifiant dans tout le corps , il arrive cependant que ces sortes d’évacuations périodiques n’ont jamais lieu sans provoquer, à posteriori, une certaine sensibilité assez évidente. D’après l’observation , en effet , les femmes réglées sont, sinon avant le flux menstruel ou bien au moment de son apparition , du moins durant l’évacuation même , sujettes non -seulement à certains dégoûts et à certaines fantaisies, mais encore à de vives impressions alternatives de froid et de chaud qui parcourent tous leurs membres et les incommodent beaucoup.

§ XIII. Nous dirons cependant qu'il peut survenir en cette occasion certaines circonstances particulières portant

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obstacle à la libre excrétion du sang menstruel : c’est là en effet, ce qui arrive lorsque le sang acquiert une trop grande consistance. Ce vice matériel de l’humeur sanguine provient d’une trop grande abondance de ce liquide , due à une nourriture trop copieuse ainsi qu’à une vie trop oisive et sédentaire , chose assez ordinaire au sexe féminin: or, cet épaississement du sang se forme assez facilement et assez promptement pour porter le désordre et le trouble dans l’exécution normale et 'paisible de cette évacuation. C’est aussi pour cette raison que la nature entreprend des efforts plus intenses, à l’aide desquels le sang, moins mobile à cause de son épaississement , devient plus fluide et peut enfin être convenablement dirigé vers ces voies délicates et être expulsé au-dehors à travers les organes excréteurs.

§ XIV. Ce qui contribue le plus à soulager le corps en pareille circonstance et à enlever l’obstacle qui s’oppose au libre écoulement des menstrues, c’est le mouvement tonique vital des parties molles mobiles , dont nous avons déjà fait mention en parlant de la circulation du sang. C’est par ce moyen , en effet , que , poussé d’une région du corps vers une autre , le sang peut , par une sorte de pression vibratoire , être exprimé à travers les méats des parties voisines et contiguës.

La preuve de ces faits se manifeste avec une telle évidence chez les femmes ainsi constituées , qu’elles éprouvent dans toutes les autres parties de leur corps une condensation sensible qui met obstacle au mouvement des humeurs et les porte en plus grande quantité vers les organes internes. C’est ainsi que se passe ce phénomène , et que l’on voit se manifester en même temps une diminution de la chaleur naturelle de la périphérie du corps , une pâleur générale de toute la surface cutanée , un épuisement des vaisseaux sanguins dans ces parties , comme s’ils n’y existaient pas et

qu’ils en eussent disparu , de plus une sorte d’ affaiblissement, de langueur et de marasme général de l’économie corporelle ; tandis que dans l 'intérieur du corps il se passe des choses qui ne permettent pas d’ignorer que là il y a une influence réelle des mouvements vitaux toniques , se manifestant par des resserrements et des conslrictions de poitrine et par des douleurs tensives, pressives , pénétrantes et vibratoires dans la région intestinale , semblables à de violentes torsions.

§ XV. De tous ces faits il résulte d’une manière évidente que ce mouvement excréteur du sang vers les organes génitaux , chez les jeunes personnes ayant une constitution pléthorique , a réellement lieu par une force active. Ce qui le prouve manifestement , c’est cette périodicité si régulière dans le retour des époques menstruelles , en faveur de laquelle personne n’osera invoquer une simple cause mécanique, soit pour la quantité exacte , soit pour la qualité toute spéciale du sang excrété ; cause mécanique , disonsnous , de grumosité obstruante , par exemple , sans sortir des limites de la question actuelle touchant un temps périodique régulier et une machine telle que le corps humain ; — alors surtout que cette marche progressive et successive du sang, même avec ses dérèglements manifestes dans la quantité, n’en suit pas moins une allure égale et en quelque sorte régulière ; ce qui est clairement prouvé par une perte notable de l’appétit , et même par une abstinence complète accompagnée d’abondantes hémorrhagies spontanées ou de saignées artificielles préalables, etc.

§ XVI. Bien que cette périodicité de mouvement, imprimé à cette évacuation sanguine , prouve surabondamment qu’une certaine cause active est là , et que c’est elle qui dispose ainsi tout cet appareil pour Yexpulsion

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du sang menstruel ; néanmoins ce mode d’ activité propre à l’excrétion des menstrues est également démontré par l’expulsion particulière qui a lieu au moyen des pressions exercées par les parties qui y conspirent.

Ce qui vient encore confirmer cette grande vérité , c’est le but ou la fin pour lesquels les phénomènes de cette expulsion du sang paraissent avoir été institués. Certes, personne n’osera révoquer en doute que la femme n’ait été ainsi faite et organisée , au point de vue physique , dans le but tout providentiel de la propagation de l'espèce : assertion qui semble trouver encore son entière confirmation en ce que la femme saine et bien portante, c’est-à-dire ayant son corps dans un état de santé parfaite depuis l’époque de la puberté , est toujours propre à concevoir, à porter dans son sein et à nourrir de son lait l’enfant , gage de son amour maternel. Voilà aussi pourquoi la femme qui se trouve dans ces circonstances , a besoin d’une nourriture plus abondante que celle qui n’a purement et simplement à pourvoir qu’à sa propre sustentation.

N’est-il pas naturel , en effet puisque la mère est destinée à suffire à la nutrition de X embryon devenant plus tard fœtus et puis enfant, qu’elle ait réellement besoin d’une nourriture alimentaire proportionnellement assez abondante pour arriver à ces fins?

§ XVII. Mais lorsque la femme qui se trouve en dehors des époques de gestation et d’ allaitement , absorbe une abondante quantité d’ aliments , il arrive assez souvent, nous dirons même presque toujours , que la plus grande partie des substances alimentaires , c’est-à-dire que tout ce qu’elles contiennent de nutritif , se transforme en sang . Ainsi que nous le démontrerons bientôt, cette quantité excessive d’humeur sanguine porte un préjudice notable à la libre exécution de son mouvement vital ; il faut donc

que la nature possède une voie et une méthode simple et convenable , pour que cette substance qui se reproduit en si grande abondance puisse de nouveau disparaître au moyen d’une véritable et directe évacuation.

Mais, de même que cette substance qui contribue à augmenter la masse du sang , serait , pendant la gestation , destinée à l’utérus , même avant de devenir sang, — car, durant l’allaitement , elle est transmise aux mamelles dans un état encore très -éloigné de sanguification et simplement comme chyle ; — de même aussi , en dehors de ces époques , le sang formé de cette substance s’introduit dans l’utérus , afin d’éprouver dans cet organe une sorte d’exonération.

§ XVIII. Tout le monde connaît du reste quelles sont les absurdes suppositions des anciens touchant l 'impureté spécifique, directe et absolue du sang menstruel, et sa nature vénéneuse spécialement différente du reste de la masse universelle des humeurs. Mais le temps de ces rêves inconséquents est passé , depuis que la science a été dotée de la découverte de la circulation du sang, c’est-à-dire de ce mouvement circulaire qui porte le sang dans toutes les parties du corps. Nous soutenons, nous, que, ainsi que cela se passe souvent en physique , cette allégation , purement hypothétique , est tout-à-fait fausse et illogique ; nous ne craignons pas même de regarder comme inconséquente et erronée l 'interprétation que l’on donne à la loi de Moïse à ce sujet ; puisqu’en effet , le sens physique de cette loi ne renferme rien de moins raisonnable que cette autre loi identique, qui déclare impur tout écoulement ulcéreux, qui blâme sérieusement tout contact plus intime et trop passionné avec le sang , et qui proclame enfin comme coupable et criminelle toute cohabitation avec une femme à 1 époque de ses règles.

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Maintenant l’on comprendra aisément le vrai sens et le but moral des paroles du sage législateur qui défend de cohabiter avec une femme qui a ses menstrues. N’est-il pas évident, en effet, que pendant tout le temps que dure cette active expulsion du sang par l’utérus, tout ce qui peut résulter de la cohabitation devient notoirement inutile , et que cet acte est , pour le moins , frivole en ce moment ?

Nous ne voulons pas dire, par ces paroles, qu’à l’époque où le sang afflue dans l’utérus et sort abondamment de cet organe, certaines femmes, d’ailleurs plus passionnées pour Y acte vénérien, ne soient pas susceptibles d’éprouver certaines impressions d 'orgasme séminal à l’occasion d’une commotion quelconque ; certes non : mais nous ne saurions admettre non plus, avec trop de complaisance, toutes ces fables qu’on se plaît à débiter touchant ce prompt et violent désir immodéré du coït à l’époque des menstrues , ainsi que ce prétendu éréthisme organique. Comment, par exemple, une fille, pour si simple qu’elle soit, pourrat-elle jamais croire qu’une femme qui a ses règles a le triste privilège de ternir et d’altérer les miroirs par son regard corrupteur ?

§ XIX. Au reste , lorsque tout s’exécute normalement dans le corps de la femme, le flux menstruel suit cette règle constante , savoir : que , tant qu’une femme nourrit de son lait un enfant sain et bien portant , tant quelle suit elle -même un régime régulier et bien entendu, les évacuations menstruelles n’ont plus lieu , et c’est précisément pour atteindre les fins nécessaires à l’allaitement que les choses se passent ainsi.

§ XX. Bien qu'il ne soit pas dans nos goûts d’être prolixe et de nous répéter, nous ne pouvons cependant nous empêcher de recommander à la sage considération du

physiologiste ce que nous avons déjà dit , dans la présente section, touchant V énergie de la nature relativement à X époque où ces sortes d’évacuations cessent ; attendu que la cessation des menstrues, bien certainement pour les raisons que nous avons données plus haut , doit être regardée plutôt comme un simple effet que comme possédant l’énergie d’une véritable cause ; c’est-à-dire que , dès que chez la femme toute intention de concourir à la nutrition du fœtus disparaît, dès-lors aussi doit disparaître à posteriori tout appareil relatif à cette fin et tout résultat subséquent, puisque toute intention à priori n’existe plus.

§ XXI. Il nous reste enfin quelques mots à dire touchant les vaisseaux au moyen desquels cette excrétion paraît s’opérer.

Un grand nombre de physiologistes pensent que, puisque les excrétions menstruelles proviennent de la partie interne de l’utérus, l’on ne doit pas admettre que d’autres vaisseaux autres que ceux appartenant directement et simplement à cet organe puissent participer à cette fonction ; c’est pourquoi ils rejettent tout concours de la part des vaisseaux hypogastriques qui s’anastomosent avec les rameaux utérins et qui proviennent directement des troncs iliaques internes.

Mais comme , d’une part , l’utérus dans un état de vacuité est d’un volume très-petit, d’une consistance épaisse , dense et même dure, et que les vaisseaux qui , dans leur trajet , se dirigent vers cet organe et en arrosent la surface externe , sans pénétrer jusque dans l’intérieur de sa cavité exiguë, sont d’une très -petite capacité ; comme, d’autre part, il n’est pas d’exemple dans tout le reste de la texture du corps humain que le sang puisse , même dans un cas hors nature , pénétrer et faire irruption à travers un tissu aussi dense que celui de l’utérus : pour ces motifs , il est certai-

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nement bien difficile de croire que quelque chose de semblable puisse avoir lieu pour l’organe utérin seulement , alors surtout qu’il existe d’autres voies qui peuvent nonseulement manifester à 'priori une aptitude remarquable à intervenir dans cette importante évacuation, mais qui encore à posteriori paraissent , par les effets d’une réelle conspiration , donner des preuves d’autant plus vraies de leur destination et de leur utilité propres.

§ XXII. Les vaisseaux qui servent à l’accomplissement de cette fonction si remarquable , sont ceux qui , provenant de la veine hémorrhoïdale , vont se distribuer sur le col et la tête de l’utérus.

Ce qui prouve , en effet , que c’est par l’intermédiaire de ces mêmes vaisseaux que ces évacuations sanguines ont lieu , ce sont les divers phénomènes suivants :

1° 11 arrive assez souvent aux femmes, même enceintes, qu’elles éprouvent , sans aucun dommage pour leur foetus , des pertes de sang non-seulement paisibles , ainsi que cela se passe à l’époque des règles, mais encore copieuses et abondantes. Ce sont là des faits incontestables que nous ne tenons de personne et que nous avons eu lieu de constater nous-même.

2° On peut voir assez fréquemment , chez quelques femmes , des évacuations menstruelles avec des caillots de sang tels, que la capacité de l’utérus, dans son état normal, hors de la gestation , pourrait à peine en contenir la dixième partie , et que son orifice pourrait à peine les laisser passer. Tout le monde sait , en effet , qu’à l’époque des menstrues l’orifice de la matrice n’offre aucun accès au doigt qui le touche.

3° A posteriori, il existe une parfaite harmonie entre les hgpochondres et l’utérus ; et ce consensus est encore bien plus direct à l’époque des menstrues.

D’après toutes ces circonstances, il est tout-à-fait vrai semblable que le flux menstruel provient des veines hémorrhoïdales , qui se rattachent à la veine porte , plutôt , disons-nous, que des autres vaisseaux utérins.

C’est donc en nous appuyant sur cette mutuelle conspiration , que nous pensons que de ce consensus peut provenir non-seulement cette influence si grande qu’ont les embarras hypochondriaques sur les menstrues , mais encore , et par réciprocité , l’influence active d’une altération de l’évacuation menstruelle, qui, à l’aide de cette communication, réagit d’une manière fâcheuse sur l’intégrité et la régularité de la distribution du sang .dans les hypochondres.

§ XXIII. C’est pourquoi, de même qu’on ne saurait perdre de vue l’utilité et même la nécessité de cette évacuation franche et naturelle du sang ; comme on doit aussi prendre en considération le mode et le mouvement spontané de cet allègement que la femme éprouve habituellement et que l’on doit regarder comme étant naturellement indispensable; de même il n’est pas hors de propos de jeter ici un coup-d’œil sur ce qu’on a déjà dit touchant cette excrétion sanguine spéciale à la femme et sur l’explication qu’en ont donnée les auteurs : nous appuyant pour cela sur des raisons nombreuses et d’une très-haute importance , qui se feront clairement sentir à l’aide d’un raisonnement , comme à priori dans cette présente étude , ne traitant que de l’état conforme à la nature ; de même qu’à posteriori l’immense utilité, et plus encore l’absolue nécessité de cette observation , devient manifeste pour bien comprendre le premier degré de transition d’un état naturel à un état contre nature. Premier degré simple d’abord à son début, mais bientôt après très - compliqué et fécond eû divers changements déréglés de commotions ultérieures ; et tout cela enfin sous le rapport perpétuel et vrai avec un but

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salutaire et une fin vitale parfaitement en harmonie avec la disposition réfractaire de ces sortes de matières.

C’est là où se trouve le seul vrai et solide fondement de la véritable science pathologique du plus grand nombre des affections et surtout de la plupart des phénomènes morbides ; tellement que , en dehors de cette vérité , il n’est plus permis de concevoir et de reconnaître qu’erreur et mensonge sur le sujet qui nous occupe. C’est encore dans ces enseignements que l’on trouvera les bases les plus inébranlables d’une thérapeutique et d’une méthode de curation rationnelle et naturelle.

§ XXIV. Nous croyons enfin , sans sortir des bornes ordinaires de notre sujet, qu’il est de notre devoir de bien élucider ici ce phénomène si remarquable , et de démontrer d’une manière évidente que de réelles excrétions sanguines sont aussi , assez fréquemment , le lot du sexe masculin , en ayant le soin de noter dans quelles circonstances elles s’exécutent sans troubles; ou bien, quand il y a arrêt ou obstacle , comment il se fait qu’elles deviennent périlleuses et préjudiciables.

Nous nous contenterons cependant d’indiquer ici ces faits et de les poser simplement en thèse comme une réflexion , attendu que leur démonstration déductive, selon l’hypothèse , est du domaine doctrinal d’une constitution contre nature, et , par conséquent , du ressort de la pathologie.

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