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Examen plus exact de l'excrétion sanguine.
§ Ier. Puisque, ainsi que nous l’avons fait remarquer plus haut , ce phénomène des excrétions sanguines , même dans le sexe masculin , mérite , par son apparition assez fré-
quente , la plus sérieuse considération , il est très-important de fixer notre attention sur la constitution du sang dans ces mouvements réguliers et tolérables dans X ordre naturel , et en tant que cette humeur est disposée à produire ce phénomène excrétif. Ce n’est que par anticipation que nous parlons ici de ce qui concerne la quantité du sang , attendu qu’il serait plus convenable peut-être de n’en faire mention que lorsque nous exposerons la théorie de la nutrition. Cependant , comme cette franche et régulière excrétion — des menstrues — , que les femmes , d’après le sentiment unanime des médecins, éprouvent naturellement, nous fournit l’occasion d’examiner ici ce fait de la quantité du sang, en tant que facilitant surtout cette sorte d’excrétion, nous ne croyons pas inconvenant de parler de cette condition, mais simplement par anticipation.
§ II. Comme la préservation du sang, et même la conservation vitale du corps, au milieu de tous les dangers divers que court la vitalité de l’économie , consiste fondamentalement dans les perpétuelles et convenables fonctions naturelles de sécrétion et d’ excrétion, et qu’il est nécessaire pour cela que la circulation du sang s’exécute d’une manière libre, régulière et continue; il est de la plus grande évidence que tout ce qui est relatif à ce libre mouvement circulatoire et transitif du sang doit s’exécuter le plus normalement possible ; car, dans le cas contraire , on peut s’attendre inévitablement à des embarras réels et à des dangers imminents. Il faut , en outre , que ce mouvement progressif soit sans cesse librement et convenablement accompli , afin que le sang possède et conserve toujours , ainsi que sa qualité propre , une quantité absolument proportionnée aux besoins de la vie.
§ III. D’abord, pour ce qui est de la proportion quan-
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titative du sang , il se présente une double considération des plus importantes. En effet, on doit considérera priori le rapport convenable de la masse et du poids du sang avec la mesure de son énergie motrice ; attendu qu’il est juste et raisonnable que , surtout avec des voies d’une certaine capacité bien proportionnée , cette masse , ce poids et cette abondance du sang , éprouvant une certaine résistance , exigent plus d’énergie pour être mus et pour franchir les .obstacles naturels qui se présentent.
§ IV. Mais en deuxième lieu, et sous le point de vue, pris à posteriori , d’une conséquence ultérieure d’autant plus grande, il faut considérer qu’une juste mesure dans la quantité du sang se trouve absolument indispensable. En effet, s’il arrivait que le sang, soit par un défaut de propôrtion dans la capacité de ses vaisseaux, soit par un vice d’énergie des mouvements vitaux chargés de son impulsion notoire , vînt à ralentir un peu trop sa circulation , ce fluide subirait par-là, dans sa qualité propre , un dommage réel et une altération naturelle, ainsi qu’une singulière disposition à contracter les divers inconvénients qui pourraient résulter d’une pareille perturbation si propre à favoriser le dérangement , nous dirons même X altération aussi prompte que certaine et profonde du mouvement progressif du sang. Car, de même que la mobilité du sang se maintient surtout à l’aide d’un mouvement qui lui est propre , et en vertu duquel , transporté à travers les parties spongieuses , il se trouve ainsi dans une incessante et puissante agitation : — et cela s’exécute avec d’autant plus de facilité que sont plus courtes les périodes de son perpétuel retour vers ces mêmes lieux et vers les organes propres à lui imprimer cette impulsion ; périodes qui sont notablement retardées et troublées par une quantité trop copieuse de sang ; — • pareillement aussi , il peut résulter d’une trop languissante
circulation de grandes incommodités , un vice réel des fonctions naturelles et successives du sang qui peuvent avoir pour conséquence de nombreux et très-graves dangers ultérieurs , c’est-à-dire X épaississement de la masse des humeurs.
§ V. Puisque donc une juste mesure dans la quantité du sang est de la plus haute importance , il convient de bien observer quelles sont les circonstances naturellement les plus ordinaires qui donnent lieu à une pareille constitution de ce liquide , afin de bien en régulariser la quantité désirée et nécessaire à la vie , ou de pouvoir facilement mettre bon ordre aux dérangements qui peuvent survenir dans la masse de l’humeur sanguine.
Un axiome dit : Un bon régime fait le bon sang; c’est pourquoi , comme la qualité des aliments a de l’analogie avec la qualité du sang , de même la quantité de ce dernier répondra parfaitement à la quantité des substances alimentaires.
§ VI. Il nous semble que c’est ici le lieu de rechercher si une nourriture trop succulente et copieuse peut produire une plus grande quantité de sang que le corps lui-même ne demande , ou plus qu’il ne lui est nécessaire ; ce qui est encore plus en rapport avec la question importante qui s’agite en ce moment.
En général , depuis l’antiquité la plus reculée , les médecins sont d’accord sur l’affirmative, et appuient leur sentiment sur ce double document à posteriori, savoir : 1° que le fait lui-même prouve positivement cette vérité par l’apparente abondance affluente du sang ; 2° que , surtout avec une pareille constitution apparente , les évacuations et les diminutions du sang sont supportées individuellement sans qu’on éprouve la moindre incommodité , puisque , au contraire , elles procurent plutôt un bien-être et un soulagement sensibles.
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Le petit nombre de ceux qui nient la chose se fondent de leur côté sur cet argument douteux d’abord et peu acceptable dans sa seconde partie : Dieu et la nature ne font rien en vain. Certes, pour ce qui est de la puissance et de l’infaillibilité du Créateur de l’univers , nous adhérons pleinement , et nous croyons que Dieu ne fait jamais rien en vain; mais peut-on en dire autant pour ce qui regarde la nature humaine dont il est ici question , ainsi que toute nature animale ? Et quel est l’homme assez insensé pour croire que la nature humaine ne fait rien en vain , elle qui , comme personne ne l’ignore , est sujette à de si nombreux et de si profonds écarts ?
§ VII. Il nous semble donc que l’on doit faire subir aux termes de cette proposition une complète inversion , afin d’en changer absolument la forme. Cependant, pour éviter d’accuser gratuitement à’ erreur et d ’ écart la nature , nous préférons donner à priori quelques preuves en faveur de X affirmative.
Il est certain , en effet, et avéré de tous 1° que le corps humain , à partir du moment de sa naissance , nous dirons même de sa formation , doit s'accroître et augmenter de volume, c’est-à-dire détendre et se développer ; 2° que le sang entre pour la plus grande part dans l’accomplissement de cette œuvre d 'extension et de développement, et participe aussi , par sa présence , à entretenir l’acte incessant de la nature ; 3° enfin , que par son afflux copieux le sang favorise , active et provoque même ce développement du corps.
C’est pourquoi, comme cette expansion, dans un corps dont X accroissement est régulier , non-seulement augmente et croît tous les jours , mais encore peut être accrue par le concours expansif du sang ; de même aussi , il paraît conforme à la raison de penser et de reconnaître qu’il y a dans cette circonstance une quantité suffisante , convenable
et naturelle d’un sang qui non -seulement est si analogue à la capacité actuelle du corps et suit exactement son développement successif, mais encore qui est en parfait rapport avec l’extension et le développement ultérieurs du corps , aux besoins duquel il fournit et pourvoit , à tel point que , par son active influence , il sert admirablement et concourt d’une manière remarquable à son entier développement.
§ VIII. Cette masse abondante de sang paraissant, selon son but final indiqué, remplir son rôle seulement durant le temps où l’extension et le développement organique du corps s’accomplit ; ce qu’il y a cependant de bien remarquable , quoique ce terme d’accroissement se prolonge jusqu’à la vingt-cinquième année, c’est que l’espèce humaine soit si promptement susceptible d’une habitude purement intentionnelle , mais devenant aussi motrice par l’effet de cette dernière intention.
Nous pensons que cette preuve suffit , et nous sommes préalablement en droit de conclure qu’il peut y avoir naturellement dans le corps surabondance de sang , c’est-à-dire une plus grande quantité qu’il n’en faut absolument pour la sustentation actuelle et immédiate du corps ; car cette masse est surtout destinée aux besoins ultérieurs de l’économie animale.
§ IX. Dans cet état, il peut, à priori, se manifester un excès dans la masse sanguine , plutôt par une sorte de ménagement pour une intention quelconque, selon une appréciation purement morale, que naturellement et selon une proportion mécanique indispensable. Cependant, pour ne point paraître avoir émis une opinion simplement gratuite sur des faits qui ne sembleraient dès-lors que probables, mais non appuyés sur un véritable témoignage , nous allons étayer notre assertion sur une preuve péremptoire, à posteriori.
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Or, pour que notre argumentation et notre démonstration paraisse dans toute sa force et ne laisse plus aucun doute il convient avant tout de faire l’exposé de la thèse qui devient l’objet de nos raisonnements , savoir : que tout ce qui sert à l’entretien du développement du corps lui est facilementet promptement fourni avec abondance, et même au-delà de ses besoins présents et de ses actuelles nécessités.
§ X. La sécrétion de la graisse fournit l’exemple le plus évident de ce fait. Il est démontré , en effet , soit par ce que d’autres auteurs ont déjà dit à ce sujet , soit par ce que nous en avons dit nous-même , que chez divers individus la nature accumule en grande quantité la graisse , la dispose avec soin et précaution, et veille constamment, par son action conservatrice et vitale , à ce qu’aucune espèce de corruption ne vienne jamais l’atteindre et l’altérer.
C’est pourquoi , pour parvenir à un tel but , la nature entreprenant , dans sa sollicitude , des actes ayant pour tendance finale les besoins futurs du corps et une nécessité absolue ; il n’est ni surprenant ni douteux que cette même nature ménage et favorise avec tant de soins , avec tant de profusion même, l’abondance de ce sang pour les grands et perpétuels besoins auxquels elle doit sans cesse veiller avec sollicitude et amour.
Mais à cette intention primitive qu’a la nature d’augmenter la masse du sang , vient aussi se joindre une sorte de défectuosité de ce liquide; car, tandis qu’un régime copièux et succulent et une santé actuelle très-florissante favorisent et augmentent la production de plus en plus abondante du sang, une vie nonchalante et -oisive, empêchant la consomption nécessaire de ce liquide, en détermine] Y accumulation, — privative comme on dit, — qui gêne j sa libre circulation.
§ XI. Cette preuve pourrait suffire pour démontrer d’une
manière certaine 7 tant à priori qu’à posteriori, la possibilité de l’abondance du sang. A l’appui de ces raisons vient se joindre encore la vérité des faits qui se manifestent journellement à tous les âges et surtout à l’époque de la jeunesse : nous n’en exceptons même pas les personnes les plus avancées en âge , à la -condition néanmoins que , dans leurs jeunes ans , elles aient éprouvé habituellement une diminution ou perte de sang par des évacuations naturelles ou violentes et qu’elles aient vu se réparer facilement cette perte. 11 en est de même aussi des personnes qui, livrées à des travaux pénibles du corps , ont été toujours dans la coutume de subvenir à l’affaiblissement journalier du sang , au moyen d’une nourriture plus abondante et plus capable de restaurer leurs forces.
§ XII. Bien certainement, en effet, comme nous le dirons en son lieu quand il s’agira de l’ habitude, il est évident que la nature , tant dans un cas de perte naturelle et directe de sang que dans un cas de diminution médiate par consomption, — ainsi que nous l’avons démontré en parlant de la production du sérum, — il est évident, disons-nous, que la nature s'habitue non-seulement à réparer d’une manière prompte et convenable toute déperdition du sang, mais encore à prévenir ces effets au moyen d’un mélange opéré comme par anticipation.
C’est aussi à la suite de pareils effets que se manifeste quelquefois une quantité de sang plus grande et plus abondante qu’il ne paraît simplement nécessaire , ou que le reste de l’économie organique ne peut réellement le supporter sans inconvénient.
§ XIII. Voilà pour ce qui est de cette habitude de la quantité du sang, au point de vue des lois de son efficacité : il convient maintenant de la considérer sous le rapport de la tolérance, c’est-à-dire d’examiner ici comment cette
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copieuse quantité de ce liquide peut , par un accroissement indéfini , faire éprouver au corps un malaise remarquable , l’exposer à un péril imminent.
Nous devons faire observer cependant que l’on rencontre parfois bon nombre d’individus affectés d’une notable abondance de sang, et qui , néanmoins, supportent cette constitution avec assez de tranquillité, sans éprouver ni embarras ni malaise sensible dans leur santé , bien qu’ils soient sujets le plus souvent aux divers inconvénients ci-après.
§ XIV. a. Les individus à tempérament pléthorique fortement prononcé , qui se livrent volontairement à des exercices du corps , se sentent généralement trop pesants et trop lourds pour pouvoir suffire à un travail long et continuel , et sont spécialement plutôt fatigués que d’autres. Voilà aussi pourquoi , à moins que de vouloir s’exposer à de graves inconvénients , ils se voient forcés de renoncer à de telles occupations s’ils tiennent à leur santé.
b. Lorsque , assez imprudents pour ne pas reculer devant de semblables difficultés , ces sujets se livrent témérairement à des travaux trop pénibles , ils s’échauffent beaucoup plus vite et plus fortement que d’autres : de là , cette dilatation importune de leur sang, ainsi que ces opplétions , ces tensions et ces pressions internes occasionnées par la turgescence de l’humeur sanguine.
c. Lorsque la chaleur ambiante, modérée d’ailleurs, devient plus intense , et que ces individus pléthoriques font un usage abusif du vin , ou se livrent avec emportement soit à la colère, soit aux plaisirs de X amour, soit enfin à de trop longues veilles, les résultats les plus ordinaires de ces sortes d’excès sont des lassitudes opplètives , des agitations, des effervescences vagues, des douleurs de tête et X insomnie. Il arrive aussi bien souvent à ces mêmes individus que , pour peu qu’ils s’échauffent , ils ressentent aussitôt cer-
tains picotements désagréables à la peau , semblables à ceux quelles éprouveraient par une violente percussion avec les poils d’une brosse. Nous dirons enfin que ces personnes, douées d’ime trop grande abondance de sang , sont aussi plus exposées que tout autre non -seulement à bien d’autres malaises extraordinaires, mais encore aux douleurs aiguës de la tête, des yeux, des oreilles, des dents, de la gorge, de la poitrine , des lombes , des intestins et des reins , aux inflammations promptes et graves pour, les causes les plus légères , ainsi qu’aux fièvres aiguës , aux fièvres intermittentes chaudes et aux affections anormales les plus dangereuses qui se manifestent sous l’influence de la contagion.
§ XV. Mais lorsque tout se passe normalement chez ces individus pléthoriques , ce à quoi ils sont préalablement plus sujets , ce sont les éruptions sanguines franches , ou , en d’autres termes, les hémorrhagies ou flux hémorrhagiques.
Sans perdre de vue le fond de notre présent objet , qui est de traiter de la constitution du corps en tant que normalement constante , c’est-à-dire suivant les lois naturelles ou physiologiques ; cependant , comme nous avons dû parler de l’excrétion du sang qui s’accomplit régulièrement chez la femme , et que cette excrétion est généralement reconnue comme un phénomène naturel , qui a indispensablement lieu ; — car lorsque les choses ne se passent pas d’une manière normale , la tranquillité du corps court un inconvénient réel ou du moins un danger imminent : — comme , du reste, cette excrétion n’est ni plus ni moins qu’un phénomène identique aux autres hémorrhagies naturelles , s’appuyant absolument sur les mêmes principes ; il nous paraît juste et raisonnable de parler d’une manière plus générale et plus circonstanciée de cette loi , à laquelle sont soumises tant les hémorrhagies utérines de la femme que toutes les autres hémorrhagies simples et spontanées.
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§ XVI. II s’agit, en effet, de démontrer que cette loi on condition hémorrhagique est, dans le corps humain, non- seulement commune, mais encore, sous certains rapports , absolument naturelle et même nécessaire à l’un et à l’autre sexe. C’est de la pléthore que nous voulons parler ici , c’est-à-dire de cet état de surabondance sanguine qui , lorsque X accroissement du corps ou sa consomption par le travail ne s’exécute pas d’une manière énergique , — car Yinertie , ou le repos absolu , ne convient ni à la constitution finale , ni même au but de la vie de l’homme , — cet état , disons-nous , non-seulement occasionne , par l’accumulation du sang, un désordre notable et fâcheux dans toute l’économie corporelle qu'elle surcharge, et gêne de plus en plus la libre exécution des mouvements volontaires du corps , mais encore il expose tout l’organisme à des dangers positifs, aussi nombreux que graves.
§ XVII. D’après ces faits, personne n’osera prétendre sans doute que la raison générale des mesures prises par la nature contre de semblables désordres ne soient pas les mêmes chez l’homme que chez la femme , bien que le lieu d’excrétion soit différent. Cependant il faut encore , sous ce même point de vue, tenir compte de cet état naturel de tolérance , et il convient d'examiner avec soin ce que nous avons dit touchant cette prompte ataxie de la crâse du sang perdant sa ténuité naturelle , à cause même de sa propre abondance et de la suspension de ses mouvements énergiques.
On conçoit cependant la possibilité de cet épaississe ment du sang coexistant avec un certain degré de santé générale , et la faculté qu’a l’économie de le supporter assez long-temps sans éprouver do sérieux dérangements et sans courir de graves dangers ; nous devons donc faire
observer que , à raison de cette santé même et de cette abondance du sang , il peut , ainsi que cela arrive habituellement, survenir d’une manière directe et progressive diverses affections morbides et des obstacles insurmontables qui mettent la vie en péril.