‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 51 sur 69 · DES CHOSES NON NATURELLES · texte numérisé non relu

DES CHOSES NON NATURELLES

§ Ier. Les physiologistes des derniers siècles ont fait mention dans leurs écrits de choses qu’ils appelaient non naturelles, et, à côté de celles-ci, ils en plaçaient d’autres qu’ils nommaient naturelles. Le vrai sens de ces diverses dénominations se fonde sur ce qu’ils se persuadaient que certaines choses appartiennent absolument à la constitution intérieure et à X existence propre du corps , et en constituent la nature ou en font partie intégrante : ce sont là les choses naturelles ; mais que , d’autre part , il y a des substances qui ne se rapportent qu’à la subsistance de l’économie corporelle, et que celles-ci ne doivent être considérées que comme fournies par le concours et la rencontre de choses étrangères au corps : c’est là ce qu’ils ont appelé choses non naturelles.

C’est donc en ce sens que ces médecins se sont livrés à l’étude des premières , en les regardant comme profondément enracinées , innées , infuses et inhérentes au corps , ainsi qu’à l’observation des secondes, qu’ils considèrent

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comme associées, surajoutées, fournies par surcroît et concurrentes. Ainsi, il n’y a donc plus lieu de s’étonner de cette expression quasi négative, et qui semble exprimer que ces choses non naturelles ne peuvent nullement se trouver ensemble dans la nature humaine.

§ II. Les inventeurs de pareilles dénominations ont dû avoir bien de la peine , en effet , pour s’expliquer dans leur pensée la véritable signification de ces mots : non naturel, hors nature et contre nature. Aussi Galien avait-il raison de dire : « In verbis simus faciles. — Soyons clairs »et faciles en notre langage.»

Yoici donc ce que l’on doit proprement entendre par ces mots non naturel : c’est tout ce qui n’appartient pas simplement et directement à l ’ essence intérieure du corps , ou bien , selon la formule ordinaire de la science , tout ce qui n’entre pas dans la constitution essentielle de l’économie corporelle, mais qui peut néanmoins contribuer à sa conservation et qui est d’une nécessité absolue pour son maintien et sa durée.

§ III. Nous ne saurions dissimuler que, dans les considérations établies par les anciens à ce sujet , on ne trouve assez nettement distincts et séparés les rapports sous lesquels le corps est considéré , ou simplement en soi , ou au point de vue de sa plus longue durée , c’est-à-dire de sa propre conservation pour le temps. Bien qu’en effet les anciens aient établi une distinction convenable entre la nature et la vie, ils n’ont cependant nullement attribué à la nature , prise dans ce sens et distincte de la vie , tous les actes qu’ils ont appelés naturels, ou bien ils les ont séparés, comme ils le disent , de toute la masse générale des actes vitaux.

Dans cette acception vulgaire , les actes naturels se résument , pour la plupart des physiologistes , dans l’appareil vital de la nutrition, puisque la nature, en tant que

distincte de la vie , doit être plutôt regardée comme la constitution du corps , et , pour parler leur langage , comme son entière et absolue perfection. C’est comme si l’on disait que , lorsque nous concevons ou que nous nous représentons l’homme dans une constitution naturelle , telle que fut , d’après notre foi , celle d’Adam le jour qu’il sortit des mains de son Créateur, non-seulement dans toute l’intégrité de tempérament , d’équilibre et de conformation parfaite de son corps , mais même dans toutes les dimensions et la consistance convenable de toutes ses parties, parfait et accompli dans tous ses organes et propre à exécuter n’importe quelles actions possibles , l’on doit appeler nature humaine la constitution parfaite du premier homme , telle qu’il nous est donné de la voir tout d’abord , ou qu’elle se présente à notre esprit. Quant à nous, nous avons l’habitude de désigner et d’indiquer clairement ailleurs cette nature humaine sous les noms et les conceptions de vrai caractère naturel et de constitution intime et absolue.

§ IV. Mais, comme on ne doit plus aujourd’hui considérer l’homme de cette même manière , et que , pour accomplir et perfectionner l’universalité de sa nature , c’est-à-dire pour acquérir toute l’agilité et le développement de son corps ainsi que l’activité de son esprit , il a absolument besoin d’un temps pendant les intervalles successifs duquel la vie d’un côté et la nutrition de l’autre s’exécutent et s’entretiennent d’une manière efficace, afin de fortifier le corps et de compléter son accroissement ; il est évident par là que les choses non naturelles ont un rapport intime et direct avec les choses naturelles, qu’elles sont destinées non -seulement à conserver, mais même à constituer et à conduire à leur perfectionnement.

§ V. La chose devient encore bien plus manifeste dans la production et la formation de l 'âge , que les anciens

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économistes ont mis au rang des choses naturelles. Car puisque l’âge suit en tous points les choses non naturelles et que le cours ainsi que la succession de ces choses constituent l’âge, on doit aussi, avec plus de raison, faire rapporter l’âge aux choses non naturelles. De même, en parlant de la vie considérée dans son acte propre, nous dirons qu’elle appartient plutôt et plus franchement à l’ordre des choses non naturelles , tandis que la vitalité est du ressort des choses naturelles. Nous entendons par là, qu’on nous passe le mot, cette vivacité , cette faculté de rester vivant , cette aptitude , disons-nous , et cette disposition en tout directement propre à maintenir et à «ontinuer la conservation du corps.

§ VI. Les anciens auteurs comptent généralement six espèces de choses qu’ils nomment non naturelles, savoir : 1° Y air; 2° les substances alimentaires, solides et liquides; 3° le mouvement et le repos; 4° le sommeil et la veille ; 5° les passions de Y âme ou affections de Y esprit; 6° enfin, les humeurs qui doivent être excrétées. Nous allons traiter successivement chacune de ces choses .

a. Pour ce qui est de Y air, bien qu’il ne soit pas absolument nécessaire à la vie , ce qui est démontré par l’existence du fœtus dans le sein de sa mère , sans qu’il ait aucune communication avec Y air atmosphérique, il devient cependant d’une absolue nécessité à l’homme après sa naissance , c’est-à-dire que la conservation de l’homme complet et capable de bien remplir ses fonctions, une fois de ce monde , comme aussi toute sa constitution , même au point de vue de ses propres fins , nécessitent absolument , tant pour lui que pour les animaux qui respirent, le besoin de se trouver toujours en contact avec l’air atmosphérique.

Ainsi, quoique l’air, dans son acception commune,

n’entre pas dans l’essence intime et propre de l’homme , — car de tout ce que racontent les modernes sur Y introduction de Y air dans le sang, il n’y a rien de vrai , — et quoique son concours puisse ne pas paraître d’une absolue nécessité pour comprendre l’homme, il est néanmoins tout-à-fait indispensable à sa durée et à sa conservation ultérieure.

§ VII. L’homme et tous les autres animaux habitués à vivre en plein air ont avec ce dernier un double rapport bien remarquable : 1 0 par la respiration, 2° par Y atmosphère ambiante et par son contact perpétuel avec la surface externe de tout le corps. Or , bien que l’appareil de la respiration et tout ce qui le concerne soit plutôt du domaine de la physique , et n’ait , par conséquent , qu’un certain rapport éloigné avec l’observation vraiment médicale , nous pensons cependant pouvoir rappeler en peu de mots les traits principaux de son histoire.

§ VIII. Ce qui avant tout mérite d’être pris en sérieuse considération , c’est à l’égard des trois viscères — le foie , h rate et les poumons — qui comprennent dans leur texture un nombre infini de vaisseaux , et qui même se composent en très-grande partie de rameaux vasculaires bien différents ; c’est , disons-nous , cette ingénieuse et admirable diversité de contexture si propre à fournir un moyen d’ appui à ces innombrables ramifications , afin qu’elles ne se confondent pas entre elles.

Dans le foie , par exemple , on rencontre interposées entre les nombreuses divisions vasculaires , une masse de petites glandes arrangées de manière que ces ramifications ne puissent jamais adhérer ensemble.

Dans la rate , il est on ne peut plus curieux de voir comment se fait cette distribution d’innombrables rameaux suspendus et attachés par des fibres particulières à des

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pores d’un nombre incalculable , ainsi que leur enlacement mutuel et leur intime rapport , sans que cependant il puisse exister la moindre confusion entre eux ; bien qu’il semble que l’agencement de ces fibres soit tel , que leur organisation ait été laissée en suspens.

La texture de l’organe pulmonaire est celle qui offre la plus grande et la plus admirable complication. On distingue , en effet , dans le tissu des poumons , trois ordres principaux de vaisseaux et de méats : les artères, les veines et les petits conduits aériens provenant de la division de la trachéeartère. Quant à la lymphe , il est probable qu’elle n’y circule pas en aussi grande quantité que dans le foie , qui est un organe ou viscère entièrement glanduleux.

§ IX. Les innombrables ramifications de la trachéeartère dans le parenchyme pulmonaire occupent le premier rang , et méritent une mention toute spéciale au point de vue de leur utilité dans la structure de l’appareil respiratoire , qu’elles constituent proprement et dont elles complètent et parachèvent la merveilleuse organisation.

Une chose vraiment digne d’admiration , c’est ' que de même que la trachée-artère et ses divisions bronchiques les plus considérables possèdent une contexture composée Panneaux cartilagineux bien distincts placés les uns audessus des autres et unis entre eux par une membrane fibreuse, de même aussi les dernières et les plus profondes ramifications des bronches, c’est-à-dire leurs plus petits ramuscules, sont des tubes membraneux d’une extrême exiguité et pourtant d’une résistance notable , en tout comparables à de petits fourreaux fabriqués avec un fil de soie excessivement délié ; et ces infiniment petits tubes aérifères sont si bien distincts entre eux , que toutes les fois que dans l’inspiration leur membrane est distendue par l’introduction de l’air, il se forme, par cette dilatation, une

sorte de petite vessie dans chacun de ces petits culs-de-sac membraneux.

Par le fait même de cette dilatation , ces conduits destinés à porter l’air dans les poumons , acquièrent une plus grande dimension tant en longueur qu’m largeur; mais aussitôt que cesse ce gonflement , ils reprennent leur primitive dimension , et diminuent beaucoup par ce moyen l’expansion de toute la masse pulmonaire renfermant un nombre infini de ramifications bronchiques ; de même qu’ils en dilatent et en augmentent le volume à chaque nouvelle inspiration.

§ X. Les ramifications sans nombre tant des vaisseaux artériels que des vaisseaux veineux s’avancent , en quantité égale , d’une manière constante et progressive , avec ces conduits aérifères , en pénétrant dans les profondeurs du parenchyme pulmonaire. Quand ces tubes bronchiques, dont il vient d’être question , se compriment par le fait de X expiration, ils se racornissent, se rident, s’affaissent pour ainsi dire sur eux-mêmes , et parviennent par ce moyen , dans leurs nombreux tours et détours, à crisper, à raccourcir et rétrécir les vaisseaux sanguins.

11 arrive de là que le sang n’a plus d’issue à travers les artères ainsi comprimées dans toute la longueur de leurs immenses plis et replis; tandis que le sang se porte au contraire avec une sorte d’impétuosité à travers les veines des plus petites ramifications , jusque dans les troncs les plus volumineux , et cela par le seul fait de l’affaissement de l’organe pulmonaire sur lui-même.

§ XI. A cette occasion, de X affaissement des poumons dans le moment de l’expiration , nous dirons un mot de la part que prend toute la paroi thoracique à l’acte respiratoire , c’est-à-dire de sa participation active à l’expansion

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et à X oppression de la poitrine pendant la respiration. En effet , le soulèvement du thorax attire l 'air atmosphérique dans les poumons, et à mesure qu’il se relâche et que toute sa masse antérieure s’affaisse de nouveau et de tout son poids , comme suspendue à l’épine dorsale son centre de gravité, dès-lors aussi la contraction des parois thoraciques entraîne , par le poids notable de cette masse , l’affaissement de la poitrine,

§ XII. C’est ainsi qu’une observation convenable de toutes ces circonstances nous montre clairement comment , au moment de X inspiration , il arrive dans tout le système pulmonaire que : 1° par suite de X expansion de tout l’appareil respiratoire , les vaisseaux sanguins qui parcourent les poumons , quittant tout-à-coup la forme plissée et rugueuse qu’ils avaient prise pendant la compression de l’organe , se dressent tout-à-coup en une certaine direction , et , semblables dès-lors à un arbre avec tous ses rameaux , ils ouvrent une voie facile et un libre accès à la circulation des humeurs ; phénomène qui ne pourrait certainement pas avoir lieu pendant cet état d’affaissement des poumons, alors que ces vaisseaux offrent une surface interne profondément plissée et rugueuse ; 2° pendant la dilatation des vésicules pulmonaires , les vaisseaux sont fortement comprimés sur tous les points de leur étendue , attendu qu’ils sont eux- mêmes adjacents et comme accolés aux deux côtés des tubes aérifères qui dans la respiration se dilatent en un nombre infini de vésicules, qui , en vertu de cette forte expansion vers leur extrémité, compriment énergiquement les vaisseaux sanguins. Alors , comme rien ne peut être rétrogressivement poussé des vaisseaux artériels dans le ventricule droit , il se fait une forte et violente pression de ces vaisseaux dans les veines , et des divisions capillaires de celles-ci dans leurs grands

rameaux jusqu’au ventricule gauche du cœur où vont se rendre les deux troncs principaux des veines pulmonaires ; 5° enfin, cette répression sur et à travers les vaisseaux veineux , augmente dans le moment qui succède à Y inspiration, c’est-à-dire pendant Y expiration , en vertu de laquelle , ainsi que nous l’avons déjà dit , par le seul affaissement des parois thoraciques il s’exerce une forte compression sur l’appareil pulmonaire dilaté et sur les vaisseaux fortement distendus.

§ XIII. Tels sont les effets directs et primitifs de la texture spéciale des poumons , ainsi que de la distribution de ces sortes de vésicules , dilatables et tubulaires servant de passage à l’air atmosphérique et accompagnées dans tous les points par les vaisseaux sanguins qui parcourent cet organe. Les effets secondaires de la respiration et de la circulation pulmonaire sont , d’une part , l’augmentation de la chaleur du sang , ce dont nous avons déjà parlé en plusieurs circonstances ; et , d’autre part , cette excrétion halilueuse , qui s’exhale en vapeurs s’effectuant au moment de l’expiration , et dont nous avons également parlé plus haut.

§ XIV. Encore quelques mots touchant cette énergie si remarquable en vertu de laquelle l’acte respiratoire s’accomplit. Schwamerdam a démontré fort ingénieusement la constitution mécanique de cette fonction ; il a fort bien indiqué comment les poumons ne peuvent, par aucun mouvement qui leur soit propre , se dilater absolument d’eux-mêmes ; mais qu’il leur est simplement donné de suivre l’élévation de la poitrine , qui s’exécute comme à l’aide d’une traction faite par en haut sur les parois du thorax, et qui favorise ainsi Y expansion de la cavité thoracique. Personne que nous sachions n’avait découvert et reconnu , avant nous , cette autre raison organique particulière , pour T. III. 47

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laquelle ce soulèvement du thorax , surtout vers le point opposé au sternum , s’exécute au moyen de la tête même des côtes , à l’endroit où elles s’articulent avec les vertèbres dorsales ; de sorte que toute la masse des parois thoraciques doive être soulevée et entraînée à son autre extrémité par une sorte de levier très-compliqué. Or, c’est à l’aide des muscles longs - dorsaux et transversaires -épineux, — les muscles grands dentelés n’y entrant absolument pour rien , — que s’exerce l’élèvement des côtes par leurs têtes 1 .

§ XV. D’après l’observation de ce fait à posteriori, on peut très-bien se former une opinion générale , touchant la puissance de cette énergie , bien qu’il n’y ait pas lieu ici à une considération spéciale. Ce qui nous fournit une preuve encore plus frappante de la grandeur de cette énergie , c’est cette expérience que l’on fait , quand on pose sur le sternum un poids de cinquante livres ; pourvu néanmoins que la plus grande partie de ce poids ne porte pas sur les parois abdominales trop peu résistantes. Malgré la pression, en, effet, exercée par ce poids, la respiration s’exécute avec une égale facilité et avec autant de liberté qu'auparavant , en sorte que celui qui est soumis à l’expérimentation n’est nullement incommodé par ce poids , quelque lourd qu’il soit.

Ce poids surajouté à X effort spontané de la respiration en augmente si peu la difficulté , que nous sommes portés à croire que le degré d’énergie qui est ordinairement déployé pour respirer, dépasse de beaucoup la force qu’il faudrait pour soulever un tel objet.

§ XVI. D’après une pareille considération, il est bien évident, que nous devons particulièrement fixer notre

1 Fait anatomico-physiologique aperçu et reconnu d’abord par Stahl.

2ol

attention sur cette puissance , si efficace , capable de provoquer la chaleur du sang dans l’acte même de la respiration ; puisque c’est par une force d’impulsion , égale à celle qui soulèverait un poids de cinquante livres, que le sang est poussé dans toutes les parties charnues du corps et y acquiert une chaleur remarquable dans sa violente agitation.

Nous ne tâcherons pas d’expliquer inutilement ici les difficultés qui recouvrent ces faits, touchant la nécessité d’augmenter cette énergie, selon les variations atmosphériques indiquées par le baromètre. Nous dirons seulement à ce point de vue que , par un temps pur et serein , plutôt que sous une température très-humide et avec un vent de sud , les parois de la poitrine se trouvent resserrées et comme emprisonnées sous la pression d’un poids équivalent à 200 livres.

Cela suffit pour montrer , jusqu’à l’évidence , la grande et prodigieuse activité du mouvement respiratoire.

§ XVII . L’effet de la respiration à l’égard des vaisseaux sanguins distribués dans le parenchyme pulmonaire, est d’un caractère tel, que la respiration, dans son acte propre, les dilate et les soulève dans un sens si direct, que les vaisseaux se dressent pour ainsi dire , et sont dans un véritable état d’érection, de manière que par ce moyen la circulation du sang peut promptement et facilement prendre sa direction. Dans sa suprême et dernière tension, cette expansion des poumons comprime plus fortement les vaisseaux et pousse, avec une d’autant plus énergique intensité, le sang à travers les sinueux détours des ramifications capillaires les plus déliées : c’est précisément de ce mouvement impulsif que provient l’augmentation de la chaleur du sang. Le troisième et dernier effet produit directement par la respiration , c’est, à l’aide de cette puissante et subtile pression, la douce et favorable agitation si remarquable de la lymphe

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avec le reste de la masse sanguine , phénomène dont nous avons déjà parlé.

§ XVIII. Nous dirons en passant que Y air même que nous aspirons dans nos poumons , naturellement chauds . vient par son introduction augmenter (plutôt dune manière mécanique que physique) la chaleur ordinaire de cet organe, et que cet air, ayant acquis une plus grande élasticité expansive, produit alors, par un soudain gonflement des vésicules pulmonaires et avec une plus grande intensité , une pression beaucoup plus énergique.

Ce qui démontre clairement que , dans les lieux trèschauds : comme , par exemple , quand on entre dans une étuve fortement chauffée , on sent aux premières aspirations comme si le souffle ou Y haleine manquait; et même durant tout le temps que l’on demeure dans le bain , il semble que la respiration devient de plus en plus embarrassée et pénible, comme si elle allait cesser.

§ XIX. De même que Y air concourt assez évidemment et contribue d’une manière seulement formelle, ainsi qu’on le dit , à produire tout le phénomène de la respiration ; de même aussi nous sommes parvenus à connaître quelque chose touchant son influence matérielle, c’est-à-dire à savoir si, où, de quelle manière et en quelle proportion l’air peut paraître contribuer matériellement au phénomène de la respiration. Bien qu’il soit positif et certain, de quelque manière que l’on considère la chose, que cette participation, quelle qu’elle soit , n’est ni bien grande , ni bien évidente et palpable ; on ne saurait cependant affirmer que la constitution naturelle de Y air atmosphérique , telle qu’elle devrait être nécessairement , si elle était chargée de fournir matière à la respiration, soit absolument étrangère à 1 accomplissement de cet acte. Quant à nous, nous croyons

que ce phénomène est dû plutôt à la présence d’un principe phlogistique dans l’air 1 , à l’intervention de quelque élément primitif capable de fournir de la chaleur : bien que cependant sur ce fait on ne saurait trop se hasarder à nier ou à affirmer sérieusement la moindre des choses. En effet, sans nous étendre d’avantage à ce sujet , nous dirons que ce principe ne se trouve pas en si grande quantité dans Y air, pour que , à chaque mouvement respiratoire , il puisse produire quelque effet remarquable sur le sang et lui communiquer une propriété particulière ; assertion qui devient manifeste , à posteriori, par ce fait , que cette substance inflammable ne peut entrer qu’en très-petite quantité dans une très- grande masse d’air, même dans un lieu où il en pénètre un assez notable volume, comme cela arrive dans l’embrasement des substances inflammables 2 .

Quoi qu’il en soit , et bien que toutes ces considérations soient fort curieuses et intéressantes en elles-mêmes , il n’y a cependant là rien de bien important pour l’art médical. Nous n’y consacrerons pas un plus long temps.

§ XX. On ne saurait certainement nier l’efficacité réelle et variée de l’air ambiant sur le corps. Elle agit, en effet , et tout d’abord d’une manière directe et visible sur la sensibilité générale; et puis elle a, en dernier lieu, une influence non équivoque sur la crâse des humeurs. Ce n’est pas tant en vertu de son caractère naturel et propre que l’air , en tant que tel , produit de pareils effets , et parce qu’il éprouve facilement des modifications élastiques;

1 Ce fut à cette occasion que Stahl établit sa grande et belle théorie du phlogistique ; il ne connaissait pas encore l’existence de l’oxygène , qui ne fut découvert qu’en 1174 seulement par Priestley, etc.

2 Stahl a le mérite d’avoir prévu l’existence de l’oxygène qui est réellement la partie respirable de l’air, et qui ne s’y trouve en composition que pour 0,21. C’est, en outre, aussi l’oxygène qui provoque, excite et entretient la combustion des substances inflammables.

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mais c’est seulement parce qu’il subit lui-même les mutations variables du froid et du chaud, qu’il s’impreigne facilement de vapeurs humides qui lui donnent une consistance nébuleuse plus grossière et qu’il livre ainsi le corps à toutes les atteintes fâcheuses des intempéries des saisons.

§ XXI. Une chose bien digne de remarque , et qu’il ne faut pas manquer de noter , c’est que le sentiment de la chaleur, du froid et de Yhumide, si la perception en est égale et constante, nous est infiniment plus supportable que l’impression inaccoutumée quoique peu énergique d’états atmosphériques contraires , comme par exemple le passage subit du chaud au froid et surtout au froid humide. Il n’est rien , en effet , qui affecte et accable plus le corps que le froid humide , alors surtout qu’il en est atteint d’une manière subite au moment où il se trouve dans une douce chaleur, qu’il perd aussitôt sous cette influence. L’expérience prouve , en effet , que c’est dans cette fâcheuse circonstance , c’est-à-dire sous l’impression du froid humide que s’engendrent dans l’économie corporelle les altérations sensibles les plus soudaines et les plus profondes.

§ XXII. Les phénomènes que produisent habituellement et sensiblement sur le corps de pareilles constitutions atmosphériques , provoquent dans l’économie certains mouvements toniques très-variés.

Lorsque l’on éprouve, en effet, une impression de froid intense, il se manifeste aussitôt sur toute la surface du corps une sorte de mouvement constricteur par lequel les humeurs sont repoussées vers les parties les plus intimes de l’économie ; tandis que sous la douce influence d’une chaleur tempérée , les mêmes humeurs sont , au contraire , rappelées et affluent vers la surface cutanée par suite du relâchement de cet état de constriction tonique.

D’après ces faits, il arrive : dans le premier cas, une

pâleur générale de tout le corps , l’aspect d’un resserrement subit des pores (vulgairement appelé chair de poule)', l’invasion soudaine du froid , la disparition apparente des vaisseaux sanguins de l’organe cutané; le sentiment, enfin, d’une certaine tension gravative. Les effets consécutifs du chaud, au contraire, sont une chaleur vive, une couleur vermeille de la peau , une sorte de dilatation de tous les organes, la plénitude des vaisseaux , la gaîté enfin et la vigueur du corps. Mais un excès de chaleur peut, à son tour, provoquer une sensation tensive ou opplétive des tissus, ainsi qu’une fatigue accablante.

§ XXIII. Que si nous voulions considérer et apprécier quelle est la raison des variations de ces mouvements toniques, certes nous ne saurions prétexter ici cette fameuse hypothèse de certains modernes , qui supposent que l’on doit rapporter ces phénomènes à la gravité ou pesanteur spécifique de l’air. Pourrait -on jamais imaginer un fait plus absurde et en même temps plus opposé à la véritable histoire des phénomènes barométriques ? Puisque effectivement ce degré remarquable de pression élastique , — que l’on a prise jusqu’à ce jour, fort mal-à-propos, pour de la pesanteur, — a lieu précisément pendant que l’atmosphère est froide mais sèche et non humide ; et cependant , il est bien avéré qu’une température froide et sèche est de beaucoup moins apte et propre à produire les fâcheux résultats sus-indiqués , qu’un temps humide et froid. Cela est si vrai , que c’est évidemment par un temps de sud , vers la fin de l’hiver , alors qu’a lieu la fonte des neiges et que le baromètre descend le plus bas possible , que cette impression sensible et importune du froid incommode le plus notre organisme. Cela suffit, nous espérons, pour prouver l’erreur de l’opinion des modernes à ce sujet ' .

1 Voy. T. VIII, Comment. LX1X.

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§ XXIV. Il existe encore, au point de vue des lois barométriques , une erreur beaucoup trop grossière : c’est que , à cette énergie élastique et compressive , qu’on attribue simplement à la pesanteur de l’air , viendrait se joindre quelque chose de si universel que son influence se ferait sentir dans des contrées entières avec une égale intensité. En pareil cas, l’atmosphère ne serait pas sujette d’elle -même à varier à une distance de quelques pas , même en plusieurs lieux à la distance d’un pied et à tout instant , bien qu’il soit réel cependant qu’elle puisse être modifiée à volonté.

Par exemple, si l’on passe d’un lieu humide et froid dans un autre lieu où se trouve un poêle, et qu’on y reste quelque temps, tout l’effet qu’avait sensiblement opéré le froid sur le corps se dissipe aussitôt. Mais si, au contraire, on abandonne cet appartement ainsi chauffé , sans néanmoins sortir de la maison et que l’on s’expose à un courant d’air , la chose se passe bien autrement à l’égard du corps déjà chaud et en moiteur.

Une autre raison semblable de ce phénomène , c’est que ce n’est pas tant cette sorte de constitution universelle , de froid humide, qui provoque des effets si imminents ; mais ils sont produits surtout par l’influence passagère des vents sur le corps. Toutes ces choses et chaque fait en particulier détruisent l’opinion systématique des modernes, auxquels il n’est plus permis désormais d’alléguer avec quelque dignité ce ridicule argument, savoir: que, dans l’affaire de la pression atmosphérique, ou, comme ils le disent, de h pesanteur de l’air, l’efficacité d’une chaleur sèche et celle d’un froid sec produisent des résultats analogues. Personne, du reste , croyons-nous , n’a ressenti des effets identiques provenant de cette hypothétique compression si vague et si variable du corps.

§ XXV. C’est pourquoi , comme il faut nécessairement chercher ailleurs d’autres raisons de ce phénomène , nous dirons quelles ressortent évidemment d’une certaine efficacité des diverses constitutions atmosphériques , tant sur les humeurs de l’économie corporelle , que sur les parties fibreuses des organes, ainsi que d’une destination vitale et d’une réaction convenable contre de semblables effets.

Il est de notoriété publique que , sous l’influence du froid et surtout du froid humide , les humeurs ont une singulière tendance h s'épaissir, d’une manière lente, il est vrai, mais énergique et tenace ; et tout le monde sait aussi qu’une semblable température , alors surtout qu’elle persiste, contribue à ramollir et à relâcher les fibres des parties charnues et solides.

Lorsque le corps a été déjà atteint d’une manière subite et violente, ou qu’il a été fréquemment l’objet de l’invasion réitérée et opiniâtre des insultes atmosphériques, il est prudent et raisonnable d’en prévenir les suites fâcheuses. Ce qui peut être fait de mieux en pareille circonstance , c’est que les humeurs soient mises à l’abri du contact de la substance qui leur nuit ainsi , et que , comme par une sorte de mouvement plus vigoureux, elles soient dirigées vers les parties les plus profondes du corps. Pour parvenir à ce résultat , il faut que les fibres organiques soient contractées par un mouvement tonique plus énergique que d’ordinaire , afin que cette humidité atmosphérique accidentelle ne puisse s’introduire profondément dans nos tissus , où elle ne manquerait pas d’exercer des ravages notables.

§ XXVI. Nous devons admirer la justesse et l’excellence de ces intentions de la nature répondant d’une manière si exacte à la constitution matérielle du phénomène, et si absolument conformes au but final conservateur de la vie. N ont-elles pas du reste la plus parfaite analogie avec

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X étiologie de cette efficacité , plus encore que toute autre conception. Il est , en effet , entièrement convenable et nécessaire de fixer ici sérieusement notre attention, au point de vue des faits qui concernent la conservation vitale du corps , afin de pouvoir reconnaître que , de même qu’à priori , la constitution de ces choses exige, par une sorte de nécessité finale , des actions de ce genre , pareillement aussi ces mêmes actions , parviennent à cette fin en se conformant à cette intention et par une méthode d’invention telle , qu’elles sont en rapport avec un pareil effet , qu’elles y satisfont, qu’elles y tendent sans cesse par une sorte de direction et de destination vraiment surprenantes.

C’est là ce que nous avons voulu faire comprendre et démontrer dans ce paragraphe , attendu que dans l’affaire qui nous occupe on sent réellement qu’il y a de la part de X esprit ou de la volonté une certaine répugnance , c’est-àdire une certaine intention 1 générale d’éviter et de fuir une pareille constitution atmosphérique.

§ XXVII. Il nous reste encore à faire sur la respiration une dernière réflexion , savoir : comment se fait-il que l’enfant qui est encore dans le sein de sa mère n’ait pas besoin de respirer pour vivre; mais qu’aussitôt qu’il est né il respire et soit dans la nécessité absolue de respirer continuellement jusqu’à la fin de ses jours?

Bien que nous avouions volontiers qu’il ne nous est pas donné de bien reconnaître , à priori , la cause de la nécessité absolue de respirer où sont tous les animaux qui vivent

1 Stahl est conséquent ici avec lui-même, et, d’après les principes qu’il a posés dans son Traité sur les tempéraments , il conclut légitimement qu’à la répugnance raisonnée et consciente de l’âme intellective voulant fuir et éviter tout ce qui peut nuire à la santé de son corps, doit correspondre de la part de la nature, de Y âme végétative et sensitive , de la part du principe vital enfin, un acte instinctif affectant le même type intentionnel, capable d’éviter ces choses nuisibles et de prémunir l’économie animale contre leurs funestes effets.

en plein air ; il nous est cependant beaucoup plus facile , à posteriori, de donner la raison pour laquelle, une fois qu’un animal ou qu’un homme a commencé de respirer, il ne peut plus , sans un grave danger et même sans un péril inévitable, cessér désormais de le faire .

En effet , avant que l’enfant respire , les grands vaisseaux pulmonaires sont encore tout simplement dans un état de connivence et ne reçoivent pas de sang; les poumons euxmêmes se trouvent dans un état de plissement et de flaccidité. Mais , au premier acte respiratoire et à la première expansion de l’organe pulmonaire , dès que le signal de la vie extra -utérine est donné, ces vaisseaux se dilatent, et, comme par un acte de succion, ils aspirent et attirent à eux le sang qui dès-lors est progressivement poussé de plus en plus profondément par le battement du cœur.

Le sang une fois introduit dans les artères pulmonaires, jusque dans leurs dernières ramifications capillaires, ne pourrait plus rétrograder vers le cœur par un seul et même acte vital naturel, sans qu’une certaine et même une assez notable quantité de sang ne restât adhérente et frappée d’inertie dans les méats les plus profonds , à moins que de temps en temps l’acte de la respiration ne fût continué : car il faudrait s’attendre bien certainement à ce que , une fois que ce sang aurait séjourné dans les méats, ainsi que nous venons de le dire , il tombât en corruption et causât infailliblement la mort.

§ XXVIII. Ce fait pourrait trouver encore une autre explication plus naturelle, en ce que le canal, qui chez le fœtus ménage une communication entre l’artère pulmonaire et 1 ’ aorte, permettant au sang de passer par cette ouverture de l’aorte dans l’artère pulmonaire , ce canal , disons-nous , appelé canal oblique 1 , s'oblitère et se ferme

1 Trou de Botal.

OEUVRES DE STAHL

entièrement peu à peu dès la naissance de l’enfant. En effet tandis que s’opère la dilatation du poumon , l’artère pulmonaire est si fortement tendue en haut , que non-seulement la situation oblique de ce canal varie jusqu’à un certain point , mais encore son ouverture ou entrée se trouve tellement resserrée par cette forte tension qu’exerce l’artère pulmonaire ainsi énergiquement dirigée en haut , qu’elle perd la liberté de son passage. Mais, quoique toutes ces choses se passent de cette manière , il n’est pas cependant bien évident qu’il y ait là quelque raison ou conséquence mécanique, en vertu de laquelle le trou ovale , à l’aide duquel, chez l’embryon, le sang peut, pénétrer immédiatement du ventricule droit dans le ventricule gauche , soit ensuite fermé , lorsqu’une fois est ouverte au sang une libre issue à travers les poumons.

§ XXIX. Une chose bien remarquable que ce trou ovale offre à l’observation, c’est cette disposition circulaire et rugueuse de sa double valvule , qui paraît ménager un plus prompt et plus facile passage de X oreillette droite à 1 ’ oreillette gauche, et qui présente un certain détour apparent qui communique , en arrière , de l’oreillette gauche dans l’oreillette droite. Toutefois, comme la forme anfractueuse et en quelque sorte circulaire de cette ouverture n’a pu , pendant la vie intra-utérine , mettre obstacle à un libre et régulier passage du sang de l’oreillette droite dans l’oreillette gauche à chaque mouvement systaltique , de même on ne voit pas ce qu’il a pu survenir de remarquable dans cette partie aussitôt après que l’enfant a commencé de respirer, à moins qu’on n’admette que l’arrivée du sang de la veine pulmonaire dans le ventricule gauche , en passant par l’oreillette du même côté , ne produise quelque phénomène particulier : phénomène qui pourrait bien assurément être contrarié par la contraction du cœur, qui l’emporte de beaucoup en énergie sur cette pure et simple descente du sang.

§ XXX. On pourrait néanmoins donner à ce sujet l’explication suivante : le trou ovale ayant, ainsi que le démontre l’observation anatomique , une forme circulaire membraneuse telle qu’elle semble produire de gauche à droite et d’avant en arrière une certaine dépression qui obstrue toute espèce de libre communication, il arrive que, lorsque le sang est une fois poussé de la veine pulmonaire dans le ventricule gauche, à travers l’oreillette gauche adjacente à ce trou ovale, non-seulement cette forme circulaire est comprimée de gauche à droite vers le ventricule opposé , mais encore lorsque , une fois rempli de sang le ventricule gauche s’est contracté , cette tension se propage et se répète du côté gauche au côté droit du cœur.

Ce phénomène a lieu évidemment par un double mouvement successif (de systole et de diastole). En effet, l’injection du sang de l’oreillette gauche dans son ventricule presse et comprime d’abord cette membrane contre la paroi adjacente et opposée de l’oreille droite ; cette pression se continue ensuite avec plus d’énergie encore pendant toute la durée de la contraction du ventricule gauche ou systole. C’est là ce qui peu à peu provoque l’oblitération de ce trou de Botal qui n’était déjà, à la naissance , qu’un simple canal oblique.

Au reste , comme cette question n’apporte aucune lumière à l’observation vraiment médicale, nous devons mettre de côté toute curiosité inutile à ce sujet, et ne pas insister plus long-temps sur une pareille étude.

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