DU MOUVEMENT ET DU REPOS
y. § Ier. On doit, en troisième lieu , mettre au nombre des choses non naturelles les états alternatifs de mouvement et de repos. « Quiconque ne travaille point ne doit pas manger » , a dit le grand Apôtre , et cette sentence paraît s’accorder parfaitement avec la nature ; elle s’applique surtout à un régime de vie un peu trop abondant ou grossier. Ce qu’il y a même de positif, c’est que Y oisiveté est tellement nuisible aux mouvements progressifs du sang, que ces mouvements , se succédant avec trop de lenteur ou d’inégalité, s’exécutent toujours mal , et qu’on peut ainsi s’attendre à quelque désagrément.
§ II. En effet, un exercice modéré seconde admirablement une distribution uniforme et convenable des humeurs ; il favorise leur compression et leur filtration à travers les tissus, et conséquemment Y atténuation , la sécrétion
OEUVRES DE STAHL
et X excrétion de ces mêmes liquides animaux ; il conserve X agilité et la souplesse des parties du corps , il les rend même et les maintient de plus en plus agiles et flexibles. Bien plus, comme le mouvement est spécialement utile à l’homme pour exécuter ses actions naturelles , aussi bien qu’il l’est généralement à tous les animaux , il n’est possible d’arriver à cette facile exécution des mouvements que par l’exercice du corps. C’est donc à ce point de vue que nous disons que le mouvement est indispensable.
§ III. Comme d’après l’observation tout se passe paisiblement , avec tranquilité et modération dans l’économie corporelle , même au milieu des mouvements qui se succèdent dans toutes les parties du corps , il est pareillement trèsnaturel que le mouvement volontaire corresponde à un type semblable de tempérament ; car il n’est ici question que du mouvement imprimé par la volonté. En effet , bien que la vie tout entière repose sur le mouvement (mais sur un mouvement purement involontaire, vu qu’il se produit en dehors de toute intention de la 'pensée et qu’il a lui aussi ses lois àe direction ou d’accroissement ); nous ne voulons cependant parler en ce moment que de cette sorte de mouvement qui s’accomplit dans et sur le corps avec plus de force , et qui se trouve sous la direction immédiate de la volonté.
§ IV. La mesure de ce mouvement dépend de ces deux circonstances principales , savoir : qu’il doit être plus modéré dans sa vitesse et plus long dans sa durée, poussée jusqu’à une légère fatigue. Car un mouvement impétueux agite le sang d’une manière trop soudaine, trop inégale, et même trop violente ; d’où provient une mauvaise et fâcheuse disposition dans la crâse du sang , ainsi que des actes désordonnés toujours prêts à nuire. Mais aussi , comme un
mouvement trop court n’est en général que de peu d’utilité, il arrive, dans l3 espèce, que, ne s’exerçant pas également sur toutes les parties du corps , il lui devient moins avantageux.
§ V. Ce qu’il y a de bien positif, c’est que les différentes proportions des corps déterminent de la manière la plus précise le mouvement volontaire ; attendu que des organes plus étendus en dimension et d’une contexture plus lâche , doivent, dans ces conditions, être soumis à une impulsion motrice plus sage et plus modérée , car ils supportent cet acte de mouvement avec plus de difficulté que des parties grêles , ténues et plus agiles ; bien que , là où les humeurs abondent, un mouvement convenablement tempéré soit effectivement utile et même nécessaire. Il faut, en pareil cas, que la nature emploie dans la direction de ses actes une telle circonspection , qu’elle doit veiller à ce que, en agitant les humeurs avec trop de violence et d’une manière inégale, elle n’occasionne des troubles graves dans l’économie.
§ VI. Il existe cependant plusieurs genres de mouvements vraiment utiles et profitables au corps, soit que, naturels et innés, ils se manifestent différemment dans les membres et le tronc, soit que, adventices ou acquis, ils affectent, de mille manières, le corps entier ou ses diverses parties. Du premier genre, sont les différentes espèces de déambulations, tantôt en plaine, tantôt en gravissant les collines, avec un plus ou moins grand effort ; les courses plus ou moins précipitées ; les diverses manières de plier, de courber, de fléchir le corps avec plus ou moins de souplesse ou de fatigue (comme quand on fend péniblement un morceau de bois avec un coin, qu’on y enfonce fortement un clou, ou qu’on le coupe à grands coups de
OEUVRES DE STAHL
haches ); la sonnerie, à haute volée, des cloches; l’exercice à la balle, ou aux grosses boules, ou au ballon, etc. Du second genre de mouvements, sont l’équitation et les secousses qu’elle donne ; le cahotage des voitures ; les fardeaux qui exercent si diversement le corps, etc. Ces dernières espèces de mouvements ont des avantages précieux , surtout contre les dispositions morbides actuelles : à cet égard , il est bon de lire ce qu'a écrit Sydenham , touchant l'efficacité de l’équitation dans les affections de langueur.
§ VII. En toute occasion, un mouvement modéré peut avoir ses avantages : d’où surgit cette question , naturellement relative aux tempéraments délicats, savoir : Leur est- il avantageux ou nuisible de se livrer à un mouvement violent immédiatement après le repas? La réponse devrait être faite ici par les gens de la campagne , par les ouvriers et par tous les hommes qui , gagnant leur pain à la sueur de leur front , passant tout simplement des travaux les plus pénibles à leur repas , et revenant gaîment de la table à l’ouvrage , se portent le mieux du monde. Pour ce qui concerne une bonne santé , en tant qu’elle se fonde principalement sur la liberté du mouvement des humeurs, nous pouvons dire qu’en général, la signification des mots latins, potus et motus , justifie ce fait. En effet, la boisson facilite éminemment la motilité ; le mouvement en favorise l’effet et en provoque les /ms naturelles , c’est-à-dire les sécrétions et les excrétions convenables.
§ VIII . Nous avons d’ailleurs souvent fait remarquer jusqu’ici que, dans le corps humain, ainsi que chez les animaux, tout a été établi et disposé pour l’obtention de résultats paisibles bien ordonnés; nous pouvons dire de même pour ce qui regarde la question actuelle , que l’on ne peut s attendre à de bons résultats qu’à la suite de mouve-
ments paisibles et successifs. C’est sous ce même point de vue que le repos doit succéder au mouvement ; conformément à cette pensée poétique : « Quod caret alterna requie, durabilenon est.— Il n’y a de durable que ce qui passe alternativement du mouvement au repos. » — Nous ne voulons point nous étendre longuement ici sur la question du repos, attendu qu’il suffit de le considérer dans un sens relatif à la cessation de tout mouvement , et de le distinguer d’une nonchalante oisiveté.
§ IX. A ce propos, il est une chose importante dont il convient de faire mention ici : c’est que , relativement au délassement que l’on est obligé de prendre , il faut bien se garder de passer plus brusquement qu’il ne faut et d’une manière immédiate du mouvement au repos; l’on doit d’autant plus se tenir sur ses gardes , que de diverses manières de se livrer au repos peuvent résulter certains inconvénients. C’est effectivement ainsi que , chez les individus d’une sensibilité excessive , un repos soudain , après de violentes secousses, peut , au milieu de l’agitation du sang, en occasionner une distribution inégale dans la circulation , et provoquer certaines congestions , du moins temporaires , mais presque inévitables.
§ X. Ce qui mérite encore d’être remarqué, c’est cette influence , bien reconnue de tout le monde , d’un repos pris à contre-temps. En effet, lorsque, par exemple, une personne peu accoutumée à la marche , ou qui même en a une grande habitude , parcourt rapidement à pied une certaine distance , et que , vers le milieu de sa course , elle s’arrête un peu trop long-temps pour prendre du repos , elle se sentira ordinairement bientôt après accablée de lassitude , ou du moins saisie de raideur et d’engourdissement , au point d’éprouver beaucoup plus de difficulté pour se remettre
en mouvement et poursuivre convenablement son chemin. On peut invoquer la même raison à l’égard de cette grande lassitude ou même de ce brisement des' membres que l’on ressent lorsque , sans en avoir la coutume ou après en avoir perdu l’habitude , on entreprend de se livrer à un mouvement trop pénible , soit à pied , soit à cheval , soit même sur une méchante voiture mal suspendue , dans une longue et fatigante route, etc. Il est bien certain que, si après d’aussi violents exercices on së livre immédiatement à un indolent repos , il s’ensuivra infailliblement un malaise si grand dans le corps , que le lendemain on se sentira comme harassé de fatigue.
§ XI. Pour exprimer notre pensée en peu de mots, nous disons qu’il convient qu’il y ait une juste proportion entre le repos et le mouvement volontaire, et que cette proportion doit principalement consister en ce que le repos ne soit jamais d’une plus longue durée que le mouvement. C’est pourquoi il faut qu’un mouvement modéré et peu à peu ralenti soit le premier degré du repos, et qu’à un mouvement trop violent succède un repos d’autant plus long ; mais , autant que possible , il ne convient pas qu’un repos subit succède immédiatement à un mouvement, trop violent surtout.