‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 56 sur 69 · DES AFFECTIONS DE L’AME · texte numérisé non relu

DES AFFECTIONS DE L’AME

ç. § Ier. Les anciens ont, avec juste raison, mis au nombre des choses non naturelles , c’est-à-dire de celles sans lesquelles l’homme ne saurait prolonger plus long -temps son existence, les diverses affections de l’ame *, auxquelles, pour notre part , nous reconnaissons le droit d’occuper cette place , étant même disposé à étendre plutôt qu’à restreindre leurs limites. Nous ajouterons encore cette distinction, qu’un homme qui vit plus long-temps éprouve , sans aucun doute , des affections plus nombreuses , non-seulement en ce qui regarde simplement et directement la raison, mais en ce qui concerne proprement la vie.

Car, bien que les affections de l’âme, ainsi que le reconnaissaient toutes les écoles médicales , aient plus naturelle-

1 Stahl parle ici le langage de la vieille École ; car les Galénistes disaient, en parlant des choses non naturelles : « Res non naturelles dicuntur, quia » eorum usu moderato sanitas conservatur, immoderato usu morbi gignun- » tur ; quare nunc salubres , nunc insalubres vocantur, in quibus moderandis » pars artis medicœ , de tuendâ sanitate , c onsistit. » Ces mêmes choses prenaient en pathologie le nom de causes procatarctiques.

2 L’étude historique des diverses opinions émises à ce sujet méritant la plus haute considération , nous renvoyons le lecteur à notre T. VIII , Comment. LXXV, où nous donnons les détails les plus complets et les plus curieux à cet égard.

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ment pour objet les actes de la raison , ou même principalement les actes de la sensibilité rationnelle ; pour notre part, nous déclarons qu’en dehors de la sensibilité ou de son influence , de telles affections sont capables de causer des troubles réels dans les actions vitales , tant générales que spéciales

§ II. Comme personne ne révoque en doute la première de ces deux propositions, c’est-à-dire que lJ esprit humain ne saurait subsister sans éprouver diverses altérations ; de même aussi , si l’on veut y prêter son attention , il sera également évident que tous les hommes , et chacun d’eux en particulier, sont originairement disposés à affecter constamment certains types moraux et certains mouvements de l’âme, en tout conformes et proportionnés à la constitution du corps , à l’état des humeurs et à leurs divers degrés de mobilité. Nous avons déjà donné, à ce sujet, un large développement en traitant des tempéraments; nous avons dit, à ce propos , comment les mœurs de l'esprit se conforment au tempérament du corps.

§ III. Mais tout ne se borne pas là; il est encore une certaine catégorie d’actes vitaux qui exercent une si notable influence sur les mouvements de l’esprit , que , selon que le corps se trouve bien ou mal disposé, l’esprit est sensiblement alerte ou languissant ; et même, selon que les lésions corporelles sont plus ou moins profondes , l’esprit est sujet à de plus ou moins grands désordres : ce qui devient évident dans les différentes espèces de délire , surtout chez les personnes mélancoliques.

De plus , il est une autre considération également importante touchant l’influence réciproque des affections de l’esprit sur les actes vitaux eux -mêmes; si bien que les affections morales actuelles les plus légères ont un grand

retentissement dans l’organisme et y produisent quelquefois des effets très-fâcheux , provoquant tantôt un excès , tantôt un défaut dans les mouvements vitaux.

§ IV. Une preuve physiologique très -péremptoire et bien évidente de ce fait , c’est qu’une joie subite, un transport de colère , une grande frayeur provoquent un changement soudain et notable dans l’acte circulatoire et modifient singulièrement les battements du pouls.

On a vu encore un soudain transport de joie provoquer un mouvement anormal de resserrement du pouls et même la mort chez certains individus : accident qui s’est manifesté plus fréquemment encore après une violente terreur. On a vu enfin , à la suite d’une vive colère, et même au milieu des alarmes et des inquiétudes de la peur (malgré la ferme intention de résister, de lutter fortement ou de se hâter de fuir), les mouvements toniques vitaux tomber dans de graves et soudaines exacerbations nerveuses convulsives.

§ V. Les preuves de ces faits sont d’autant plus évidentes chez les individus naifs, qui offrent partout une plus notable conspiration réciproque entre les actes vitaux et les actes rationnels, de même qu’ils présentent aussi d’une manière plus violente des désordres considérables détermiuant des effets plus graves sur l’organisme , avant même que l’âme n’ait profondément ressenti ces violentes impressions.

Tels sont les individus qui possèdent une plus grande simplicité d’esprit, et qui sont comme naturellement et plus étroitement liés aux fonctions vitales , c’est-à-dire aux affaires de la vie : dans cette catégorie peuvent se ranger les enfants,- les femmes, tous les hommes qui n’exercent pas beaucoup leur raison et qui ne l’ont pas aguerrie contre les cas fortuits. Mais ce genre de disposition affective est surtout

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évident chez les enfants; l’expérience nous apprend, en effet, que lorsque ces frêles créatures sont au sein de leurs mères, les affections de l’esprit se traduisent habituellement chez eux par des effets perturbateurs survenus dans l’économie vitale.

§ VI. Ce n’est pas ici le moment de répondre à bien des questions frivoles sur ce sujet , et de dire en vertu de quel principe ou de quelle manière ces affections paraissent arriver dans l’esprit , ou bien encore comment leurs effets semblent retomber sur le corps. Entre autres futilités, on éprouve une sorte de répugnance à s’occuper de ces misérables interprétations des modernes , touchant la question de savoir comment les objets extérieurs peuvent , soit par le rayon visuel, soit par le frémissement auditif, soit par le chatouillement des organes sensitifs, produire un pareil effet sur ce petit nombre ou cette poignée d’esprits vitaux , en y imprimant leur propre figure; de sorte que ces esprits disposés ou réunis en telle ou telle forme , arrivant jusque dans le cerveau même , non-seulement y impriment (dans sa partie substantielle la plus molle) l’image ineffaçable de leur ressemblance , mais encore y excitent sur les nerfs moteurs un semblable désordre, etc. Il nous répugne, disons-nous , nous serions même honteux de nous appesantir plus long-temps sur de pareilles absurdités.

§ VII. Qu’il nous suffise donc d’exposer cette assertion moins subtile et moins extravagante qui attribue au mouvement tumultueux des esprits les effets des affections de l’âme sur les actions vitales du corps. D’après de pareilles théories, on suppose que l’âme, indécise au milieu du tumulte et se livrant avec précipitation à des actions intempestives et immodérées, mais seulement à des actes du domaine dé son intelligence et de sa volonté, quoi qu’en

dise Van-Helmont ; on suppose, disons * nous , que l’âme, dans cette situation anormale , pousse plus violemment ces esprits qui lui sont familiers à des actes raisonnables insolites et désordonnés , et que ce trouble de l’âme , réagissant vivement sur tous les esprits , soit vitaux soit même animaux, provoque dans la sensibilité un profond ébranlement, tel que ces esprits, dans cet état de violente surexcitation locale, amènent par la suite une grave perturbation dans les mouvements vitaux.

§ VIII. Avec de semblables interprétations , on pourrait sans doute se rendre compte de certains ébranlements généraux les plus universels, et l’on pourrait donner une raison, par exemple , de ce tremblement et de cette puissance palpitante qui s’empare de tout le corps au moment d’un grand effroi , ainsi que de ces mouvements convulsifs dont les membres sont atteints dans les graves transports de colère. Mais des explications aussi générales ne sauraient rendre raison des circonstances plus spéciales et même spécifiques des diverses affections de l’âme : circonstances qui indiquent une tout autre raison d’être , et surtout telle , que , s’accordant évidemment avec l’intention de l’âme {intention positive et spécifique sous l’influence d’une affection quelconque ), elle indique suffisamment qu’elle dépend d’une pareille intention passionnelle , comme d’une cause qui , dans ce cas , n’agit pas indirectement , mais bien d’une manière tout-à-fait directe.

§ IX. Afin de pouvoir se faire une juste idée et acquérir, . autant que possible , une notion réelle des affections de l'âme , il est absolument indispensable de savoir : « que les » affections de l’âme ne peuvent être autre chose que cer- » taines déterminations intempestives et prématurées qu’elle * prend , soit d’après l’aperception des objets sensibles , soit

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» d’après une simple fiction formée sur les données fournies » parla mémoire, dans une convenable appréciation de toutes «les circonstances, dû moins les plus importantes et vrai- « ment rationnelles, et en les soumettant aune simple appré- » ciation morale plutôt qu’à un examen direct des sens. »

Lorsque l’âme prend ainsi une détermination sans réflexion et d’une manière prématurée , il en résulte des intentions ou des volontés intempestives et des mouvements volontaires en tout identiques et analogues au but final de ces intentions. Par exemple : les mouvements impétueux et les efforts que l’on fait dans la colère pour s’emparer d’un objet , pour le renverser, pour le repousser et le vaincre, etc.; dans la terreur, cette anxieuse intention de prendre la fuite ou du moins de se mettre à l’abri en se cachant , ou bien , lorsque le danger est très-imminent , un certain déploiement de force et de courage pour tâcher de résister et pour résister en effet , etc. ; dans le désir, ces regards sans cesse tournés vers l’objet aimé ou du moins vers le lieu qui renferme cet objet de notre espoir, la tendance et les efforts vers cet objet pour le saisir, pour le posséder et en jouir, etc. : on peut voir les preuves naturelles de ce fait dans Yardeur que les enfants montrent pour atteindre l’objet de leur désir, etc.

§ X. Dès-lors, si l’on considère ces effets qui résultent visiblement des affections de l’âme , même à l’égard des actes vitaux; à l’égard, disons-nous, de ces actes qui paraissent n’avoir aucun rapport manifeste avec les intentions et les directions quelconques de la volonté , on s’apercevra sans doute que les excitations particulières et insolites des actes vitaux, sous l’empire de semblables affections de l’âme , sont en parfaite harmonie avec les autres actes et mouvements volontaires qui dépendent clairement et directement d’une intention positive et bien arrêtée.

Ainsi donc , dans un transport de colère , que peut signifier cette invasion que fait le sang dans toute l’étendue du corps et dans les parties musculaires , et cet état de tonicité palpitante qui va presque jusqu’à la raideur, sinon une préparation du corps à déployer une plus grande force et une plus grande vigueur dans les mouvements volontaires les plus énergiques et les plus violents? Bien plus, il se manifeste même des mouvements convulsifs coïncidant parfaitement avec ces luttes violentes qui quelquefois tourmentent les personnes en proie à une très -vive colère, tout en s’efforçant d’en retenir et d!en arrêter l’impétueux transport. Ce qui mérite encore d’être remarqué, c’est que , lorsque la colère est pleinement satisfaite d’après les sentiments qui agitent l’âme et qu’elle ne laisse aucune espèce de regret ou de repentir, elle ne nuit en rien au corps ; tandis qu’au contraire , lorsqu’une violente colère est seulement apaisée sans avoir pu faire explosion , un long ennui et une haine cachée s’emparent de l’âme ,1e corps éprouve dans la digestion et dans h nutrition de profonds désordres accompagnés de langueur et d’ ataxie, ainsi que de graves perturbations dans les actions vitales ; l’on voit même quelquefois , en pareil cas, survenir le délire accompagné de convulsions 1 .

§ XI. Ce qu’il y a encore de bien remarquable et digne de notre attention en ce genre de phénomènes, c’est, à l’égard des choses morales et vitales , cette parfaite égalité d’intention qui se manifeste lorsqu’il n’est pas possible d’exercer et d’assouvir directement sur l’objet de sa colère actuelle le violent emportement de l’âme, et que ce transport

1 Personne n’ignore combien peut être préjudiciable la concentration d’un sentiment profond de haine , de vengeance , de langueur, etc., et surtout de colère; les plus cruelles affections peuvent en être la conséquence. Ce qu’il y a de bien positif au contraire , c’est qu’un transport de haine , de vengeance et de colère , assouvi ou pleinement satisfait, ne laisse après lui ordinairement aucune trace.

retombe sur le premier objet qui se présente , mais qui est déjà depuis long-temps un objet odieux et un* juste sujet de tourment. C’est ordinairement sur un pareil objet de haine et de rancune que se porte et que s’assouvit la colère , dans le but d’en faire sa victime.

§ XII. Comme nous possédons, à cet égard , des preuves bien notoires de l’égalité d’intention au point de vue de nos actes volontaires tant privés que civils , nous ne comprenons pas pourquoi l’on voudrait séparer de l’intention bien arrêtée de faire cette efficacité énergique de la colère sur l’organisme , attendu qu’il est bien positif que c’est en vertu de cette efficacité que se manifestent des paroxysmes violents à la suite d’un accès de colère : telles sont , par exemple , les douleurs vives des affections calculeuse, hypochondriaque , hystérique, arthritique, goutteuse, etc., etc., qui se manifestent à cette occasion ‘.

§ XIII. Or, de même que, dans ces sortes d’affections , il est évident qu’il existe un parfait accord entre ces espèces de commotions pathétiques ou mouvements passionnels, même dans les actes vitaux , et l’intention directe de Y âme elle-même et de la raison, de la pensée, ainsi que de la volonté ; de même aussi, sans nous arrêter à de simples probabilités , comme si nous n’avions pas pour nous la certitude des faits , nous citerons comme péremptoire et enlevant toute difficulté à ce sujet, le phénomène pathétique de l’âme qu’on nomme communément nausée. Certes, on ne saurait supposer ici aucun désordre des esprits , attendu qu’il est manifeste que dans la nausée il n’y a aucun écart

1 C'est en cette circonstance que , suivant les anciens, l’on peut regarder les affections de l’esprit comme causes procatarctiques ou prédisposantes à une infinité de maladies plus ou moins dangereuses selon l’idiosyncrasie des sujets... Stahl oublie dans son énumération les éruptions cutanées, les congestions cérébrales, pulmonaires et abdominales , etc.

de la raison, et qu’il n’est k redouter en ce cas aucune perturbation secondaire. Il est donc évident que la raison ne peut, dès-lors, porter le trouble et le tumulte dans les parties qu’occupent ces esprits vitaux.

Car, ces mouvements ne s’exécutant pas, dans ces circonstances d’une manière désordonnée , mais seulement d’une manière toute particulière sur une partie spéciale du corps , il eût été bien facile d’en faire une convenable appréciation.

§ XIV. Ce qui démontre clairement que la nausée simplement imaginaire est une affection réelle de Y âme, c’est qu’elle consiste dans une appréciation provenant d’un simple préjugé touchant des choses , soit contraires et désagréables au goût et à la mastication , soit répugnant particulièrement à la déglutition, tels que les poils, les substances gluantes et poisseuses , les matières pulvérulentes , sèches et rudes, etc. Lorsqu’il arrive, en effet, que quelqu’une de ces substances est introduite dans la bouche et dans le gosier, ce n’est ni au gosier, ni à Y œsophage, ni à Y estomac , qu’il faut attribuer ce profond dégoût , et , comme on dit , le soulèvement de cœur, mais bien certainement à ce principe dont le propre est de sentir et de juger à l’aide des sens et d’après eux , ainsi que de conformer habituellement son jugement et sa volonté sur les données de la sensation. Puisque donc ce principe a la plus grande part d’action dans ce phénomène important , c’est-à-dire dans cette appréciation imaginaire des choses , — comme par exemple lorsque , à l’occasion d’un poil qu’un autre individu a trouvé dans son assiette, ou même au simple récit de choses dégoûtantes, on se laisse aller à de telles susceptibilités; — il paraît plus raisonnable d’attribuer à ce même principe toutes ces excitations , ainsi que ces directions et cette continuité de persistance nauséeuse en parfaite harmonie avec les fins et les intentions de l’âme elle-même.

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§ XV. Il paraît si évident qu’en cette affaire rien n’est l’effet d’un désordre ou de certains mouvements fortuits , que tout ce qui s’y passe répond exactement à cette intention naturelle qui se manifeste en ce même instant dans l’ensemble des idées que l’imagination et le raisonnement font naître dans l’esprit. Au nombre des preuves évidentes que l’on peut donner de ces faits , la plus notoire de toutes , c’est que , ainsi que nous l’enseigne l’observation , la nausée ou envie de vomir provient le plus souvent d’un simple souvenir ou d’une réminiscence plus vive ; nous dirons même de la simple me , ou encore de la simple mention touchant ces matières qui sont le sujet d’une telle aversion.

§ XVÏ. Nous espérons que cet exemple démontrera d’une manière claire et précise que les affections de l’âme ne sont pas tout-à-fait étrangères à la raison , mais seulement qu’elles perdent le caractère de leur énergie rationnelle dans l’acte d’appréciation comparative de toutes les circonstances concurrentes. Il deviendra non moins évident par ce fait que les commotions , soit volontaires , soit involontaires ( à l’égard des actes vitaux subséquents ) , sont entreprises et administrées sans trouble ni confusion , mais seulement d’une manière véritablement conforme à des destinations non contraires ou étrangères à une appréciation rationnelle et à une sage intention vers un but final certain , positif et raisonnable.

§ XVII. Ce qui confirme encore ces faits en tout point , c’est que , comme tous les hommes ne sont pas en général également sujets aux passions de l’âme , de même aussi ils n’ont pas, chacun en particulier, une égale disposition à leurs effets sur l’économie des mouvements vitaux , attendu qu’ils y sont plus ou moins ou même nullement sujets. Cette différence provient du plus ou moins grand exercice habituel

auquel on soumet la raison , ainsi que de l’usage tranquille ordonné ou précipité qu’on en fait pour procéder avec ordre, justesse et modération , à la classification , à la comparaison des idées et au jugement qu’on en déduit.

§ XVIII- Nous sommes ainsi naturellement conduit par ces considérations à dire un mot ici de l’ habitude , comme devant être mise au nombre des affections de l’âme pouvant être regardées comme exerçant une influence très-efficace sur les actions tant vitales et animales que raisonnables. Pour nous , l’habitude est une certaine disposition naturelle , facile et prompte , tant pour entreprendre que pour exercer normalement et convenablement différentes actions.

En effet , comme l 'habitude exerce généralement son influence sur les actions , c’est-à-dire sur les mouvements qui ont lieu dans l’économie corporelle , ainsi que sur leurs directions ; de même il est positif et réel que l’habitude a pour objet, d’une part, d’entreprendre, d’accomplir et de mener à bonne fin certains mouvements , ainsi que de dédaigner, de redouter, de négliger, d 'éviter d’autre part ces mêmes mouvements , et d’exécuter de préférence d’autres mouvements contraires 1 .

§ XIX. Nous venons de dire que l 'habitude consiste dans une certaine disposition plus ou moins facile ou prompte , tant pour entreprendre que pour accomplir convenablement différentes actions. Or, comme les mouvements sont en réalité des actes entrepris régulièrement en vue d’une fin vers laquelle ils sont dirigés avec proportion et convenance ,

1 Cette dernière assertion complète la définition de l’habitude, surtout au point de vue vital ; car il est bien évident que la nature , par l’habitude , parvient à accomplir des actes inaccoutumés et anormaux , tout aussi bien qu elle abandonne certains autres actes naturels et jusque-là réguliers. C’est dans ce sens que Galien ( Opéra ornnia : Venise , 1548 ) a dit avec Hippocrate : Consueludo velut acquisilitia natura.... Consuetudine molleseil animœ irrationalitas.... etc.

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on peut assurer qu’il y a dans une pareille disposition et dans une semblable exécution une intention primitive bien arrêtée d’entreprendre , une certaine volonté de perpétrer l’acte. Une foule d’exemples journaliers nous montrent évidemment combien l’habitude est puissante en cela, surtout si nous les prenons dans les choses qui doivent être exécutées avec le concours manifeste d’une appréciation exacte de l’intellect, comme quand il est question de saisir une araignée ou un serpent : en ce cas , en effet , une fois que l’esprit est dégagé de tout préjugé, de toute crainte mal fondée, il n’existe plus d’entrave ni pour la volonté ni pour l’exécution de l’acte. Mais, pour si peu qu’il y ait de l’hésitation dans l’entreprise , la détermination et l’exécution volontaire de l’acte , dès-lors , ou l’action ne s’exécute pas du tout , ou elle ne se fait qu’avec appréhension et précipitation , selon la répugnance qu’on éprouve à saisir l’objet.

Contrairement aces faits, dès qu’une chose est prise en habitude , après une certaine série d’épreuves basées tant sur l’expérience que sur le raisonnement , l’esprit devient prompt dans son intention et sa détermination à agir : l’acte est aussitôt résolu , sans balancer, avec une inclination particulière de l’âme à exécuter l’action ; et toutes les fois que l’occasion se présente , l’effet suit promptement et de près la résolution de l’acte.

§ XX. Cette habitude de soudaineté d’ intention, c’est-àdire cette promptitude de la volonté à agir ou à ne point agir, est de la plus haute importance dans l’appréciation des faits moraux. C’est effectivement ainsi qu’on peut observer tous les jours, relativement à la frayeur, comment, par l’effet de l’habitude , on n’éprouve plus les mêmes impressions à l’égard des mêmes objets pour lesquels on ressentait habituellement autrefois une certaine aversion accompagnée de frémissements et de tremblements spontanés; si bien que

l’on est désormais disposé à tourner en dérision les anciens préjugés qu’on se formait sur ces choses qui , en toute occasion , provoquaient habituellement naguère nn sentiment de frayeur et X intention de fuir.

g XXI. C’est ainsi que, par l’habitude, cette promptitude dans l’exécution de l’acte imprime un type particulier, tant , au point de vue moral , à la méthode et à l’ordre que suit la nature pour agir conformément à la fin qu’elle se propose, que, sous le rapport corporel, à l’agilité nécessaire aux organes pour exécuter cet acte 1 . En effet , de même que , par un usage souvent répété , la nature adopte dans ses actes une méthode , un ordre , une combinaison de plus en plus arrêtés , si bien qu’elle finit par ne plus errer, relativement à la mesure et à l’opportunité de l’acte ; de même aussi les organes , s’habituant insensiblement à l’exécution de l’acte , l’accomplissent peu à peu avec plus d’exactitude et d’aptitude , ainsi qu’on peut le voir par l’exemple de certains instruments.

§ XXII. Ce qu’il importe de considérer et de bien observer encore ici, c’est que Y esprit est souvent lui-même sujet à contracter Y habitude dans les actes purs de la pensée. En effet, sans chercher à établir sur des raisonnements ces faits dont nous avons parlé en traitant des affections de l’âme , et de sa simple et naturelle habitude d'apprécier et de juger les choses , ce qui confirme la réalité de notre assertion , c’est cet universel axiome , savoir : que même les actes pour ainsi dire absolus de Y esprit doivent , par un naturel usage , c’est-à-dire par une répétition réitérée , par un long et fréquent exercice , parvenir enfin à un certain degré de perfection et arriver progressivement à une plus grande promptitude, je veux dire à Y habitude elle-même.

1 Consuetudo est signum naturalis cujusdam proprietatis . (Galien, De consuet. lib. mus, p. 427 [21]; Oper. omn. : Venet., 1548.)

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§ XXIII. Nous devons ensuite faire remarquer que la méthode , la marche et l’ordre des actions vitales ne sont nullement sous la dépendance d’une raison mécanique des organes : c’est là un fait d’une vérité incontestable , attendu qu’aucune partie du corps , pas plus qu’aucun autre instrument, ne peut d'elle -même et de son propre mouvement ni entreprendre de produire un acte quelconque , ni le continuer d’une manière convenable , ni même le conduire avec une juste proportion à quelque fin spéciale , à moins , toutefois , que cet acte ne soit dirigé par une cause supérieure vers de tels résultats, dans un ordre parfait, avec une juste méthode.

§ XXI Y. On attribue ordinairement à un certain stimulus particulier de la matière la faculté de déterminer le moment favorable de l’acte. Mais d’aussi absurdes prétentions sont anéanties par les circonstances d’un grand nombre de phénomènes très-remarquables : nous n’en citerons que deux, l’un général , et l’autre plus spécial.

Le phénomène général, c’ est l’habitude d’agir en suivant des périodes précises de temps. Cette habitude est arbitraire dans les différents cas , même dès les commencements; elle est telle d’ailleurs, qu’elle ne peut supporter aucune comparaison avec les choses physiques et corporelles, desquelles elle diffère visiblement.

Quant au phénomène spécial, les paroxysmes de la fièvre nous en fournissent une preuve , attendu que , à tout âge et quel que soit le volume du corps , l’accès revient à la même heure et à des intervalles égaux : phénomène qui doit nécessairement avoir lieu comme conséquence des proportions matérielles , et se trouvant parfaitement en harmonie , tant avec la quantité si variée des humeurs , qu’avec les proportions si diverses de leurs mouvements et l’étendue de leur circulation , ainsi qu’avec la grande multiplicité des causes

occasionnelles, survenues pendant le traitement de ces fièvres 1 .

§ XXV. Notre intention n’étant pas d’entrer dans de plus longs détails à ce sujet , nous bornerons là nos exemples et nous nous contenterons d’en citer un seul , comme nous l’avons fait déjà en parlant du sommeil.

Personne n’ignore combien est commune cette habitude de s’éveiller toujours à la même heure , si bien que , après avoir répété quelquefois seulement l’expérience , on finit , suivant la vivacité du caractère , par se réveiller, soit volontairement , soit même involontairement à cette heure-là, et par contracter Y habitude de s’éveiller ensuite tous les jours ; précisément à cette même heure , quelque profond et tranquille que soit le sommeil.

§ XXVI. Voici un fait dans toute son exactitude. Supposez que , plongé dans un profond sommeil , un homme d’un caractère vif et agile , mais ennemi de toute sollicitude , et n’aimant ni les tumultes ni les soucis du monde , et d’un caractère assez tranquille, se trouve couché dans une chambre de la partie la plus basse du logis ; supposez , en outre , que ce lieu de repos soit à peine élevé de quelques centimètres au-dessus du niveau du sol , et que la rue adjacente soit , dès le plus grand matin , le théâtre d’un va-et-vient continuel de pesantes et lourdes charrettes dont le bruit et les violentes secousses ébranlent les murs de la maison ; joignez à cela le vacarme bruyant des hommes et le piétinement des chevaux, rien cependant n’éveille notre homme endormi d’un paisible sommeil; mais, quand vient Y heure matinale à laquelle il a coutume de se lever pour vaquer à ses affaires , il se réveille exactement ou à peu près au

1 Consueludo itaque curationis ralionem indicat , per corporis naluram intercedentem , etc. (Galien , Oper. omn ■ : Tenet., 1548; De melhod. med., P- 903 [37].)

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moment où l’horloge sonne , et précisément alors que le silence et la tranquillité régnent au -dehors comme audedansdu logis.

§ XXVII. Mais ce n’est pas tout, et nous pouvons, pour notre part, en raison de ce que nous éprouvons très-fréquemment , attester que lorsqu’on s’éveille ou qu’on est éveillé à une certaine heure , soit par occasion , soit à la suite d’une impression quelconque des sens , si l’on prend la détermination de se lever afin de se livrer aussitôt et gaîment à des occupations ordinaires d’esprit et de corps , il s’ensuit le plus souvent que pendant plusieurs jours de suite on s’éveille à la même heure, et même qu’on sort du sommeil le plus profond presque à la même minute ; en sorte qu’on peut être sûr de s’éveiller en entendant sonner l’heure sur laquelle s’est déjà fixée l’habitude. D’où nous concluons que c’est se livrer à de bien futiles spéculations que d’invoquer ici des théories , prétendant expliquer ces phénomènes à l’aide de causes corporelles et de certaines dispositions matérielles dans X atmosphère, qui reviendraient , tous les jours et à un instant précis du jour, exercer leur même influence.

§ XXVIII. Nous avons déjà exposé plus haut que l’habitude consiste non-seulement à agir, mais encore à s'abstenir d’action et à se reposer après l’action même. Ce qui peut nous fournir une preuve de ces faits, ce sont, d’une part, ces mouvements qui se manifestent ordinairement à la suite des affections de 1 ’âme, et d’autre part, ces autres mouvements simplement vitaux ou animaux qui agissent sur h sensibilité. Ainsi , par exemple, il arrive que l’habitude des mouvements cesse devant la crainte terrifiante de divers objets; qu’elle est réprimée par la satiété des regrets et des désirs, et qu’elle diminue l’énergie des transports de la colère. En outre , par l’habitude on finit par tolérer la saveur des substances peu agréables au goût et difficiles à digérer, ainsi que l’usage

de substances pour lesquelles on avait de l’aversion et qui provoquaient naguère la nausée. L’habitude fait résister plus facilement aux effets du vin et du tabac; elle nous préserve contre la vertu enivrante et stupéfiante de ces substances 1 . Par l’habitude on devient moins sensible aux impressions du froid et du chaud ; par elle aussi , notre sommeil finit par ue plus être troublé, malgré le bruit qui peut se faire autour de nous

§ XXIX. Nous devons faire observer d’ailleurs que , si par l’habitude nous parvenons à ne pas nous formaliser des choses qui nous inspiraient auparavant du dégoût et de la crainte, nous pouvons aussi , par un long usage et un grand exercice, rendre légers et supportables les mouvements les plus pénibles, et disposer le corps à les entreprendre de nouveau. Cela est si vrai, que c’est précisément contre cet écueil que viennent se briser les frivoles opinions des modernes, qui assignent à ces faits des causes matériellement semblables ; puisque plus l’habitude a pris de force, plus prompte est l’exécution de l’acte sous les plus légères influences des anciennes causes matérielles. C’est là ce qui arrive , et ce dont nous avons des preuves manifestes , tant dans les affections de l’âme que dans les notables et remarquables variétés des actions vitales.

§ XXX. La force de l’habitude est réellement très-puissante , et c’est dans l’espèce humaine plutôt que dans toute autre espèce animale que l’on peut reconnaître de prime abord l’efficacité de cette promptitude d’action sus-mentionnée. On a une preuve de ce phénomène chez les jeunes enfants , dès le ventre de leur mère : il est vulgairement reconnu , en effet , que les enfants qui , à cause du

1 Consuetudo ad dyspathiam haud exiguam vim habet. (Galien, Oper. omn.: Venet., 1518; de Consuet., p. 427 [59].)

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caractère et de la délicatesse de leur mère , pendant la grossesse, sont habitués à une trop délicate sensibilité, deviennent , après leur naissance , tellement sujets à cette même et inévitable délicatesse , qu’ils sont extrêmement impressionnables à la moindre influence d ’un air tant soit peu froid; ils sont aussi très-sensibles au froid qu’éprouvent leurs nourrices , et ressentent même les mauvais effets des aliments et des boissons peu convenables dont ces dernières font usage; à tel point qu’il est très -difficile de leur faire contracter d’autres habitudes moins délicates , tandis que les autres enfants sont , à tous égards , mieux portants et plus vigoureux.

§ XXXI. Nous devons encore, avant de terminer ce chapitre , faire remarquer combien est opiniâtre le souvenir de l’habitude; et si on veut y faire sérieusement attention, on s’apercevra que l’influence de certaines habitudes anciennes est si grande et se perpétue si bien , que , quoiqu’elle ne s’exerce pas durant un long espace de temps, il arrive cependant que , après un intervalle quelquefois assez considérable, lorsque certaines occasions se présentent, les vieilles habitudes reprennent aussitôt leur influence primitive.

Les principales preuves de ce phénomène se voient dans les efforts hémorrhagiques, non pas tant rapportés que différés de l’âge de la première enfance et de l’adolescence à l’âge viril et même jusqu’à la vieillesse; de sorte que dans ce dernier temps les hémorrhagies reparaissent de nouveau, non avec le même type spécial qu’elles affectaient jadis, pas même en suivant le même mode général de succession , mais avec des indices ou appareils extérieurs généralement connus, bien qu’elles se présentent et s’accomplissent en des régions et en des parties spécialement différentes 1 .

1 Que de riches et fertiles conséquences découlent de ces grands principes physiologiques!... Quels enseignements peuvent y puiser la pathologie et la

§ XXXII. Ce n’est certes point d’une manière futile et vaine et pour établir simplement un fait historique, que nous avons dit que les affections de l'âme, ses volontés trèspositives et ses intentions formelles exercent une puissante influence sur ( économie vitale et animale; mais nous n’avons avancé une pareille assertion que pour en faire ressortir toute l’utilité en pathologie.

Attendu que , dans les affections morbides auxquelles la nature doit veiller avec plus de sollicitude et donner une exacte direction aux mouvements vitaux , afin de parvenir par sa vigilance au rétablissement du corps, de subites et turbulentes distractions de l’esprit, plus vivement tourné vers d’autres objets, non-seulement attestent, renversent et changent la vigueur, la marche et le but entier des présentes actions vitales indispensables , mais encore leur effet est généralement très-efficace , profond et opiniâtre : si bien que, dans un tel désordre, il est ordinairement difficile de faire revenir les mouvements vitaux dans leur bonne voie , et de rappeler, après une pareille aberration d'intention, la nature à ce degré d’attention qui lui est particulièrement nécessaire ici pour l’administration de ses actes.

On voit par là combien de semblables écarts sont dan-

thérapeutique!... En effet, sauf quelques modifications amenées par les circonstances de l’âge , des professions et des idiosyncrasies , n’a-t-on pas toujours affaire , dans le fond , à la même affection , au même type pathologique, lorsque, pour ne parler ici que des affections hémorrhagiques, l’on a à traiter une épistaxis chez un adolescent, une hémoptysie chez un jeune homme , une congestion cérébrale chez un homme à l’âge viril , des hémorrhoïdes et une hématurie enfin chez des personnes ayant atteint l’âge mûr et même la vieillesse?... Les indications thérapeutiques, sauf encore quelques variétés dépendant du siège du mal , ne sont-elles pas toujours les mêmes?... Le clinicien, en un mot, n’a-t-il pas à traiter, à 16 comme à 25, à 30, à 40, à 60 ans , l’élément hémorrhagique ? N’a-t-il pas aussi, en cela , à se conformer aux lois thérapeutiques indiquées par la nature elle-même?... Le molimen hœmorrhagicum n’est-il pas toujours son unique point de mire? etc.

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gereux dans les affections aiguës ayant surtout un caractère de malignité 1 .

§ XXXUI. De même que les affections de lame, en général , portent facilement un obstacle parfois sérieux à la perpétration régulière de ses actes ordinaires, de même aussi nous ne craindrons pas de dire que l’habitude doit être regardée comme capable de provoquer, aussi bien que toute autre affection de l’esprit , un désordre réel dans ses autres actes. Il arrive, en effet, parfois, que l’habitude peut retarder l’accomplissement prompt et facile de certains actes indispensables d’ailleurs, et peut provoquer, même dans la suite , l’arrêt subit de ces actes en cours d’exécution.

Le degré d’application qu’exige un acte habituel quelconque est moins énergique que toute autre affection de lame , attendu que cette tendance naturelle a plus de rapport avec les autres nécessités présentes de la vie. La raison en est que l’acte de l’habitude ne porte en sôi rien d’insolite , rien de fâcheux, et qu’il exécute même avec une sorte de régularité , d’une manière paisible et tranquille , tout ce qu’il produit d’anormal dans l’économie. Les autres affections de l’âme s’éloignent généralement de ce type : i° parce qu’elles se produisent simultanément et avec plus de violence, comme pour procéder à un acte nouveau ; 2° parce qu’elles s’arrêtent plus long- temps et avec plus de ténacité sur le même fait 2 .

1 Vehemenles animi perUirbationes non minus quàm immodicœ corporis exercilaliones nos lœdunt, etc. ( D. Liddel.. Scott., 1634.; Oper. omn. Lugd.)

2 L’habitude , disait Stahl , s’insinue d’une manière si paisible , qu’elle n’exige aucune perturbation pour prendre droit de domicile chez la personne qui s’y livre ; elle finit cependant par exercer un tel empire sur l’ensemble de l’économie vitale et sur l’âme elle -même , qu’elle parvient nonseulement à modifier, à changer, à intervertir la marche des actes vitaux, mais encore à subjuguer l’âme et l’esprit, c’est-à-dire soumettre l’esprit à la matière par la passion... Je ne citerai ici que l’affreuse et cruelle habitude de l’onanisme,'... qui, insensible d’abord,... arrive à ruiner le corps en

§ XXXIV. Disons encore ici un mot, en passant et d’une manière générale , de l’habitude touchant les autres affections de l’âme. C’est en vertu de l’habitude, en effet, que ces affections modèrent leur impétuosité et finissent par ne plus affecter le même caractère de violence et d’irrégularité à l’occasion d’objets devenant , par ce moyen , moins étranges et moins inusités ; dès-lors, l’esprit ne s’y arrête pas avec autant d’opiniâtreté et n’est pas aussi distrait de ces autres intentions. Une chose très - importante que nous avons signalée en pariant de la colère , c’est que , lorsqu’elle est satisfaite, elle occasionne une moins grande perturbation dans l’exécution et la continuité des autres actions.

§ XXaY. D’après tous ces faits, il ne faut plus s’étonner que parfois et assez fréquemment même X abandon subit des plus mauvaises habitudes puisse causer des désordres sensibles dans l’âme , et même dans le corps. On en a une preuve évidente dans la cessation, soit des transports de colère, soit de l’ivrognerie , soit des plaisirs vénériens , même abusifs : un fait non moins notoire , c’est que lorsque des individus depuis long-temps habitués à un régime grossier l’abandonnent tout-à-coup pour passer directement à un genre de vie beaucoup plus doux et plus agréable , ils s’en trouvent toujours plus mal , et éprouvent pour l’ordinaire les désagréments des mauvaises digestions et des crudités d’estomac.

§ XXXVI. On voit, en outre , les effets modérés des affections de l’âme et leur bon usage même , comme , par exemple , la gaîté ou la joie qu’on éprouve lorsque , après beaucoup de peine , on parvient au but de ses désirs, faire renaître et conserver dans l’économie corporelle , et

perdant l’âme et pervertissant l’esprit.... La santé, la vie,.... l’amitié et 1 amour,.... Dieu lui-même, sont sacrifiés à cette honteuse habitude ..... à cette dégradante passion t...

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dans l’âme , considérée dans ses rapports avec le corps , la vivacité , Y ordre et la tranquillité qui leur sont naturels ». Mais il en est bien autrement de l’a&ws de ces mêmes affections ; car il porte le trouble et le désordre dans le corps et dans Y âme, avec plus (Y efficacité et Y énergie, que ne peuvent le faire n’importe quelles lésions matérielles ou altérations corporelles.

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