‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 58 sur 69 · DE LA GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

DE LA GÉNÉRATION

§ Ier. Bien que, dans ses circonstances les plus générales, le phénomène de la génération ne diffère en rien de celui de la nutrition, il présente cependant des circonstances toutes spéciales qui méritent un examen sérieux. Mais nous devons prévenir, avant d’entrer en matière, que , comme de cet examen il ne peut résulter presque rien d 'absolument utile et indispensable au véritable but médical , ce ne sera qu’en vue des conséquences qu’on pourra retirer de cette étude , que nous allons entreprendre d’exposer , dans tous leurs détails, les faits qui ont un rapport direct avec notre objet1 .

§ II. Il est certainement hors de doute que, pour l’ac- -complissement de l’acte de la conception , il faut absolument , pour les diverses espèces animales qui ne vivent pas dans l’eau, l’union simultanée du mâle et de la femelle.

Nous devons donc rejeter avec mépris toutes ces vieilles fables qui prétendent faire accroire que les juments peuvent concevoir par le seul effet d’une aura, d’un souffle

1 Stahl ne veut pas dire par ces paroles que l’étude du phénomène de la génération soit inutile au physiologiste: ce serait se méprendre d’une manière étrange sur sa pensée, qui signifie seulement que toutes les recherches simplement spéculatives , au point de vue de l’acte générateur, n’ont nen d’immédiat et de direct avec la médecine-pratique. Tous les développements qu’il donne à cet égard sont néanmoins des plus intéressants, bien qu’ils manquent d’une certaine précision dans les détails. Nous tâcherons de compléter celte importante question par nos remarques et les appréciations que nous donnerons successivement.

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quelconque , et que la femme peut devenir mère , à son tour , par la seule puissance d’une vive imagination : pour ce qui regarde du moins une conception vraie, car, pour ce qui est d’une fausse conception , bien que les médecins aient en général soutenu la négative , la chose cependant ne saurait être démonstrativement mise hors de doute; à moins que par ces paroles , que ces phénomènes peuvent provenir proprement et uniquement de l’ imagination et non des vices des menstrues ou plutôt des hémorrhagies utérines, on ne consente à admettre cette distinction que , en pareil cas, on doit tenir compte de la puissante énergie d’une imagination fortement passionnée 1 .

§ III. Il faut penser néanmoins que l’accouplement d’un mâle et d’une femelle de la même espèce est plus réellement fécond que celui qui pourrait avoir lieu entre deux individus de sexe différent, mais non de la même espèce, surtojut quand ils u’ont entre eux aucune ressemblance de type.

En effet, si l’accouplement du cheval et de Xânesse ainsi que celui de 1 ’âne et de la cavale est également fécond , c’est qu’il n’existe entre eux que des différences d 'individus et qu’ils ont certains traits de ressemblance dans leur configuration. Mais ce qu’il y a de bien remarquable entre autres choses de ce genre , c’est que les animaux qui naissent de cet accouplement miccte sont ensuite impropres à la reproduction, c’est-à-dire absolument incapables de . produire et inhabiles à toute génération, selon les lois ordi-

i Ce passage , extrêmement difficile quant à la lettre , F est peut-être moins pour ce qui est de l’esprit ou de l’interprétation. L’auteur veut dire ici que, comme une imagination passionnée peut influer sur la régularité des fonctions menstruelles, et qu’à un arrêt du flux utérin pendant deux ou trois mois peut succéder un flux hémorrhagique violent , il ne faut pas prendre ce dernier pour un avortement,.... et supposer, par cela même, grossesse sans cohabitation.

naires de la nature : c’est là ce qu’on voit par l’exemple des mulets.

§ IV. Nous avons déjà prévenu dans la Ire section de ce traité, en parlant du sperme, qu’on ne peut connaître parfaitement la nature formelle de cette liqueur animale , ni savoir quels en sont les effets directs et immédiats , ni même quel est son mode de production.

Presque tous les physiologistes anciens et modernes ont principalement attribué au sperme du mâle une force plastique particulière , que d’autres , plus jaloux d’apporter plus de précision et de clarté dans leurs distinctions se sont plu à attribuer aux esprits : c’est ce qui a déterminé , non sans raison au point de vue général des esprits , le savant Mœbius 1 à supposer l’existence nécessaire d’un esprit génital spécial. D’autres pensent qu’il est plus commode d’attribuer la formation du fœtus à un esprit vital ; mais ils éprouvent bien des difficultés dans leur hypothèse , attendu qu’en prenant cette opinion au pied de la lettre , il faudrait attribuer le phénomène de la nutrition proprement dite , non pas tant à un esprit vital , insinué ou adventice , qu’à un esprit inné ou naturel dans chacune des parties du corps.

§ V. Bien que certainement la plupart des physiologistes

1 Mœbius (Godef. ), professeur de médecine à l’Université d’Iéna, et plus tard premier médecin de Frédéric-Guillaume électeur de Brandebourg, d’Auguste duc de Saxe, et de Guillaume duc de Saxe -Weimar, est l’auteur d’ouvrages fort estimés , dont un des plus remarquables avait pour titre : Fondements physiologiques de la médecine, 1678, in-4°. C’est dans ce volume que sont contenues les études de ce médecin sur la génération. 11 professait la doctrine de Van-Helmont, comme presque tous les professeurs de l’école d’Iéna à cette époque.

Long-temps avant Mœbius, bien des physiologistes avaient enseigné, avec les anciens , que l’embryon , participant de la liqueur des deux parents , était formé en vertu d’une faculté génératrice, qui, plus tard, fut appelée par d’autres esprit génital, etc.

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soient en l’étude de ces phénomènes aussi négligents qu’en toute autre chose (et ils sont en cela d’autant plus coupablés qu’ils veulent faire preuve d’habileté et de sagacité) ce qui cependant vient confirmer notre assertion, c’est cette opinion traditionnelle constamment et universellement admise par eux , savoir : que si les parties spermatiques ne se raniment pas ou ne se reproduisent pas , c'est à cause de l'affaiblissement de la puissance plastique primordiale.

Mais , nous le demandons , pourquoi ce mot de faiblesse ou d’affaiblissement?! l'égard de quoi cette puissance plastique faiblit-elle? Cette force ou puissance plastique seraitelle donc un être subsistant par lui-même? Serait-elle quelque chose de réel capable d’exercer une si grande activité sur la matière? Ou bien, est-ce simplement une force inhérente à un autre sujet ?

§ VI. Nous ne pousserons pas plus loin nos investigations à ce sujet ; qu’il nous suffise d’avoir prévenu que nécessairement cette force plastique n’est pas le propre d’un esprit vital influx ou insinué. En effet, puisque cet esprit survit, tandis que , au contraire , la force plastique disparait et meurt, il est donc évident et clair qu’une telle force ne peut convenir à un pareil esprit , en tant que simplement tel. Mais cette puissance plastique pourrait très-bien, ce nous semble , convenir à un esprit vital naturel et inné ; tellement que , inné dans chaque partie , né en même temps qu’elle et capable de pourvoir à tous ses besoins propres , c’est ce même esprit qui , possédant une connaissance parfaite de toute partie à former ou déjà formée , et sachant la conserver dans son état normal , peut seul lui donner aussi la forme qu’elle a, ou la disposer convenablement. C’est encore cet esprit qui produit , façonne et dispose d’une manière spécifique , comme en son lieu

propre , cet esprit influx dépourvu jusque-là de toute énergie formelle * .

i De tout temps, trois idées primordiales ont présidé à la propagation des systèmes que les savants théologiens, philosophes et médecins se sont formés sur la génération , sur la formation et le développement de l’embryon. Pour les matérialistes , c’est toujours , aujourd’hui comme à l’époque d’Épicurc et de Lucrèce, la matière qui d’elle-même s’engendre, se forme, se développe, et vit en vertu de ses propriétés physico-organiques ou mécaniques. Les vitalistes du double dynamisme veulent que la matière organisée soit régie, administrée, formée, développée et maintenue en vie par la puissance d’un principe, qui n’étant ni corps ni esprit (bien qu’immatériel) n’a reçu l'existence (que je sache) d’aucune puissance supérieure, mais n’en existe pas moins, doué d’une énergie extraordinaire, attendu qu’il forme le corps, l’entretient et le conserve, sans savoir ce qu’il fait ni dans quel but il le fait. Ce principe sait tout sans avoir jamais rien appris,... et, chose plus surprenante encore! comme, d’après les dualistes, l’âme en tant qu’ôtro spirituel ne peut rien sur la matière , ce principe qui n’est ni corps, ni âme, ni intelligence, ni matière, a la singulière propriété d’être le medium à l’aide duquel s’accomplissent les fondions qui sont du domaine mixte de l’âme et du corps:... telles, par exemple, les sensations exigeant une impression préalable des sens,... tels aussi tous les phénomènes de la sensibilité,.,. tels encore tous les faits physiologiques et pathologiques naturels et anormaux qui résultent de l’influence réciproque de l’âme raisonnable sur l’organisme et du corps sur l’âme... En un mot, d’après celle théorie, l’âme, intellect pur. serait reléguée dans un coin du cerveau (dans la glande pinéale ou toute aut.e partie de cet organe) , et ne pourrait manifester sa présence dans celte machine, fabriquée pour elle seule, sans l’intervention ou l’intermédiaire de ce principe vital , si habile, si puissant, et pourtant purement hypothétique , en tant qu’agent vrai, principal, et seul auteur dans le grand phénomène de la vie humaine.... La troisième conception, celle que partagent tous les spiritualistes purs, est la doctrine enseignée par l’École Hippocratique d’un côté, par Aristote, Platon, S. Thomas, S. Augustin d’un. autre côté: d’après celte théorie, la seule d’accord avec la tradition, la seicncc et la raison, l’âme humaine, esprit de vie et d’entendement, est le seul principe qui , subsistant par lui-même, soit capable de mettre en acte celte vie en puissance dans le genre humain; c’est elle seule qui, par sa faculté vitale toute de raison et non de raisonnement , est assez puissante pour saisir, comprendre le but de l’organisation , et, partant, apte à exécuter les lois posées par Dieu pour vivifier le germe , le plastiquer, le former, en surveiller le développement , le conserver pour ses usages et le mener à la fin désirée.

Si donc, pour nous résumer, nuus faisons ( sans préjudice de ce que nous apprennent la microscopie et l’anatomie comparée , à cet égard ) l’application de ces trois idées ou systèmes à la génération , nous verrons qu’il est formellement impossible et mathématiquement absurde que la matière , quelques propriétés qu’on lui accorde, puisse d’elle-même vivre et se déve-

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Mais ces derniers faits ne doivent pas avoir échappé aux fauteurs de pareilles doctrines. N’affirment-ils pas , en effet, que cet esprit inné ou insinué , en tant que matériel du moins , ne demeure pas , durant la vie , numériquement un et identique ? Ne soutiennent-ils pas aussi que Y esprit inné est susceptible d’être restauré par Y esprit insinué ou adventice ? D’autres ne disent-ils pas que l’esprit influx est fourni lui-même par la partie la plus subtile du sang, tandis que d’autres veulent que ce soit par Y éther et d’autres enfin par une influence sidérale que cet esprit insinué soit soutenu et vivifié, etc.? Mais, nous le demandons, une fois lancé dans ce champ hypothétique , n’est-il pas permis à chacun de divaguer comme il lui plaît ?

C’est comme si l’on disait , en effet , que cet esprit influx est peu à peu discipliné et formé par l’esprit inné , afin qu’il apprenne l’emploi qu’il doit exercer , la fonction qu’il doit remplir dans la partie qu’il occupera par la suite.

Les modernes auraient dit que des particules matérielles, (évidemment) rudimentaires de l’esprit influx, sont ébauchées et façonnées pour mieux être en rapport formel avec les pores des parties ; et selon eux , ce serait sans doute

lopper en vertu des lois physiques et mécaniques , et que le germe spermatique, en tant que simplement organique, puisse subsister et se développer. Nous, verrons, de plus, qu’une force plastique quelconque ne peut accomplir un acte générateur, formateur et conservateur, s’il n’est préalablement doué d’une énergie supérieure à la matière, s’il ne connaît les fins pour lesquelles cette organisation doit être formée, à moins qu’on n’admette comme les Malebranchistes , l'action permanente de Dieu.... Cette force ne peut rien si elle n’est douée d’intelligence,... en un mot, si elle n’est âme... Nous comprendrons, en outre, l’inutilité, le danger même de multiplier les forces-principes dans un seul et même être , lorsqu’une seule peut suffire pour en expliquer tous les phénomènes physiques et moraux Nous conclurons enfin que , pour toutes les raisons que nous venons de donner, l’intervention directe et le concours actif d’une substance immatérielle ayant, en propre , vie et intelligence , sont éminemment nécessaires dans le corps humain pour vivifier le germe, le former et le conserver durant un temps indéterminé , en vue des fins morales et physiques pour lesquelles l’Eternel Créateur a uni une âme immortelle à un corps organique périssable !.....

par la ■puissance de cette force innée , que tout cela s’opérerait dans la substance même des parties corporelles, etc. 1

§ VII. Tout homme doué de sens et d’intelligence verra facilement combien sont contraires à la raison toutes ces conceptions imaginaires, et il comprendra qu’elles accordent beaucoup trop à ces prétendus esprits , de quelque manière que les fauteurs de ces théories se plaisent à jeter à la face des ignorants cette dénomination grecque , yvûaei , afin d’apporter une plus grande obscurité dans cette question et de déguiser en quelque sorte la connaissance réelle des faits, c’est-à-dire la vraie science des causes et des fins.

On peut donc désormais s’assurer de la vérité de nos assertions; car, bien que les partisans de ces esprits , par les idées fantastiques qu’ils en ont conçues , quelque implicitement qu’ils l’aient fait et quelque obscures et contradictoires que soient leurs paroles , ils n’en ont pas moins évidemment assigné au phénomène de la génération un esprit génital plus particulièrement propre et destiné à ces sortes de fonctions.

§ VIII. Mais n’est-ee pas là multiplier vainement et sans aucune nécessité des êtres ou des choses imaginaires ? Pour nous , ce qui a été déjà une raison sérieuse de rejeter de

1 Descartes, qui avec juste raison ne croyait rien de ces prétendus esprits vitaux ou animaux, insinués ou acquis, naturels ou accidentels, mais ne pouvait s’expliquer le mystère impénétrable de la génération , admit avec les anciens que le germe humain procédait du mélange des liqueurs répandues par les deux sexes. Mais quand il arrivait au mode de développement de l'œuf, conséquent avec lui-même et ne voulant accorder aucune puissance à l’àme et rejetant tout medium ou force intermédiaire, il voulut expliquer tout par la mécanique , et osa soutenir en face du monde médical que c’est en vertu des seules lois du mouvement (physique) et de la fermentation que l’embryon se développe, et que c’est ainsi que se forment successivement un cœur, un cerveau, un nez, des yeux, etc. (Descartes, De l'homme, etc., p. 127.)

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pareilles idées et nous semble devoir en faire proscrire à jamais l’application , c’est cette considération si importante que nous nous sommes sans cesse efforcé de recommander à l’appréciation des savants , savoir • que l'âme elle même peut très-bien administrer toutes ces affaires, et qu'au surplus, à sagement penser, l'âme ayant seule le droit de jouir, c'est-à-dire étant l’usufruitière des avantages que promettent les fins et les usages de la structure du corps , elle doit et peut , mieux que tout autre agent , présider à tous les mouvements de /’ économie vitale elle-même. Mais l’âme doit très- vraisemblablement encore veiller à la libre exécution de tous ces actes , au moyen d’une certaine appréciation morale , attendu que c’est pour ses propres usages , ses fins et ses besoins particuliers , que tout est construit et fabriqué dans le corps humain 1 .

§ IX. Ce que nous allons dire ici touchant l’efficacité de la puissance de l’âme , nous l’avons déjà dit en bien d’autres circonstances , et si nous ne le répétons ici , c’est que , malgré notre insistance, on affecte d’ignorer ces faits , ou du moins on en néglige obstinément l’étude et l’appréciation. Si donc nous y revenons , c’est d’abord afin de diriger vers cette étude les hommes sensés et d’inculquer ensuite dans

‘ Pour ceux qui ne considèrent l’homme qu’au point de vue du physique, je dirai même de la physiologie expérimentale , il est clair que la présence d’une âme est inutile , sinon à charge. Mais pour les personnes qui veulent se donner la peine d’étudier le roi de la création comme un être éminemment intelligent et spécialement mis sur cette terre en vue d’une vie future, et qui regardent la vie comme un passage , une épreuve ; pour ces personnes , dis-je , il sera clair que le corps a été donné à l'àme comme un instrument, sicut organon , dont elle est le possesseur et (pour parler le langage de Stahl) la légitime usufruitière. Pourquoi donc aller charger du soin de la formation et de la conservation de son organisme une autre puissance ou force aveugle, qui peut, à chaque instant , compromettre l’existence de cette officine dans laquelle et par laquelle l’âme doit exécuter les actes propres à satisfaire, soninstinct , ses désirs et sa volonté

l’esprit des gens obstinés la vérité de ces faits méconnus jusqu’à ce jour : nous voulons parler de ces phénomènes si remarquables de métamorphose , de substitution, de dégradation et d’ altération dans la configuration ordinaire des parties constituantes du fœtus , sous la seule influence d’idées et d’intentions fantastiques de l’imagination maternelle. Or, ces phénomènes démontrent , à posteriori tous les jours, d’une manière péremptoire , non-seulement la puissance , mais encore et surtout un acte vrai et 1 ’ exercice réel de I’ame.

C’est là un argument et même un document qui l’emporte sur tous les calculs contraires, imaginés par le caprice de nos savants ; car on ne saurait donner une raison plausible , pour si abstraite qu’elle soit , ni un moyen quelconque , à l’aide desquels on pût expliquer comment une pareille communication de Y image, — conformément au type de laquelle la formation générative du fœtus doit s’exécuter , — peut avoir lieu , surtout d’une manière aussi prompte, entre Y âme raisonnable de la mère durant ses capricieuses fantaisies et cette prétendue force plastique , cet esprit génital matériel, si différent (d’après l’hypothèse) de la nature de Y âme.

§ X. Nous insistons sur ces faits et nous engageons vivement les physiologistes à porter toute leur attention sur celte circonstance que nous avons toujours regardée jusqu’ici, — non sans y avoir sérieusement réfléchi , mais en nous basant sur le véritable et l’invincible caractère du fait , — comme le point principal de la question, savoir : que Yidée-type , provoquant une nouvelle conformation insolite, prend son origine dans une âme raisonnable , se livrant simplement aux caprices de son imagination. Car une simple sensation ne saurait jamais fournir l’occasion d’un vice de conformation par l’imagination ; et il ne faut voir abso-

1 liment en ceci que le résultat d’une réelle appréciation particulière et la contemplation très -attentive d’un objet. Là seulement est la vraie cause de cette aberration. C’est ainsi que l’on est parvenu à comprendre et à s’expliquer ces phénomènes si communs de reproduction exacte (sur le corps du fœtus) d’objets même absents , tels que des fruits de la saison , par exemple , ainsi que cela se passe dans le cas d’épbélides congéniales , à la suite d’un simple désir de la mère. Ce qu’il y a de bien remarquable ici , c’est que , de quelque manière que l’on considère le phénomène , l’empreinte que porte le corps du fœtus est l’exacte reproduction , la fidèle image de l’objet qui a provoqué chez la mère ce profond sentiment de désir , de surprise , de convoitise, de crainte, d’ aversion, d’ admiration , etc., etc... 1

Quoiqu’il soit impossible d’expliquer ici comment cette sorte d’ image fictive, que d’autres appellent catégoriquement ens rationis ratiocinantis , être de raison qui raisonne, peut être communiquée par l'âme de la mère à l'âme du fœtus ; il est néanmoins généralement incontestable que , à l’égard des imaginations et des appréciations , il existe un mutuel assentiment, une réciproque communication entre des êtres faits pour penser, pour imaginer, pour apprécier et pour se comprendre , plutôt qu’entre des êtres — hypothétiques — absolument incapables d’avoir des pensées, d’établir une estimation quelconque , de former enfin

1 Cette question des éphélides congéniales, toujours palpitante d'intérêt malgré l’insouciance des uns et l’opiniâtreté des autres, a été diversement agitée depuis des siècles. Nous dirons simplement ici que les anciens physiologistes et philosophes ont fait de ces phénomènes des études très-minutieuses; mais leur imagination , secondée des croyances superstitieuses de l’époque , a donné lieu à diverses interprétations plus ou moins erronées. Au moyen-âge, cette question a excité l’intérêt des savants. Après le XVe siècle, enfin, nous voyons ce sujet devenir l’objet de recherches extrêmement curieuses. Nous nous proposons de faire l’exposé critique de toutes les théories émises à cet égard dans notre Tome VIII, Comment. LXXVII.

un jugement et de représenter des idées imaginaires et fantastiques.

§ XI. Nous ne connaissons pas de conception philosophique plus futile , plus vaine et plus inintelligible , que celle qui prétend que d’autres agents que l’âme possèdent la puissante énergie des mouvements, mais que l’âme est nantie seulement delà faculté de les diriger; car, comme ces prétendus agents vitaux, et même , dans une grossière acception , leur acte propre, c’est-à-dire le mouvement, sont supposés être de nature corporelle, la direction confiée à cette âme raisonnable, qui selon nos adversaires est un être métaphysique ou du moins pneumatique, est comme non avenue et ne saurait avoir aucune espèce d’utilité ni d’application possible.

§ XII. A une première question ambiguë et perplexe en succède une autre qui ne l’est pas moins, et enfin une troisième , ainsi de suite , à n’en plus finir.

Voici d’abord quelle est la seconde objection : « Si l’âme » humaine est destinée à construire et à façonner le corps , «comment peut -elle être transmise et communiquée avec » le sperme ?» — En voici une autre non moins spécieuse : « Peut-on juger et comment pourra-t-on établir que Y âme » soit divisible ? »

Bien que ces sortes de questions soient spécialement et formellement insolubles, elles ne peuvent plaire aux demisavants qui les font, que parce que , pour plus d’une raison, on ne peut y satisfaire d’une manière du moins générale.

Mais il nous suffit de savoir d’abord que le fait est vrai et réel en lui-même 1 , quoique , à l’égard de son mouvement et de son origine, il ne nous soit pas donné absolument de savoir aussi dans quel ordre spécial la chose se fait et

1 C’est-à-dire que c’est l’âme humaine qui préside à tous ces actes.

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s’exécute ; et n’est-ce point assez que de savoir aussi d’une manière réelle , à posteriori, que l’âme raisonnable réside dans le corps et qu’elle exerce sur lui sa puissance , nonseulement quand le corps est formé et entièrement achevé, mais même pendant sa formation, ainsi qu’on peut s’en assurer par la force de l'imagination ? En second lieu , il est aisé de convaincre ici d 'astuce et de malice ceux qui exigent une solution définitive et complète de ces sortes de questions ; car, faute de réponse , ils veulent vous contraindre à passer dans leur camp , alors qu’eux-mêmes n’en savent pas davantage, c’est-à-dire rien, absolument rien, à l’égard de ces mêmes questions. Il serait donc bien injuste qu’ils fissent peser sur nous tout le fiel de leur calomnie. En troisième lieu , pour ce qui est de la division des âmes, certes on comprend généralement que , comme X essence de l’âme , autant qu’on peut le saisir, consiste principalement dans X activité motrice, le mouvement consiste de même dans une perpétuelle division numérique; de sorte qu’aucun mouvement des différents instants de la vie n’est exactement le même avec l’instant précédent. Cette considération nous paraîtrait, jusqu’à un certain point, pouvoir s’appliquer, sans obstacle réel , à X agent moteur lui-même ; de sorte qu’il ne paraîtrait pas impossible que , puisque le mouvement est une chose vraiment divisible, le moteur pourrait bien aussi nous paraître divisible lui-même 1 .

1 Qu’on ne perde pas de vue que Stahl ne veut parler ici que de l’âme , agent vital, principe de mouvement dans le corps, et non de l’âme en fonction d’intelligence. S. Thomas a dit, et bien d’autres avant et après lui ont dit et répété , que l’âme des bêtes et la force plastique des végétaux meurt. C est en ce sens que Stahl dit que, de même que le mouvement est divisible eu égard à la durée du corps , de même son agent pourrait être regardé comme chose de même nature que cet effet. Mais tout le monde sait que Stahl regarde le mouvement- comme chose immatérielle, incorporelle, etc...., de même nature que l’âme, par conséquent, un, indivisible (physiquement), etc., etc.... Ce n’est donc ici qu’une simple appréciation hypothétique.

Mais gardons-nous bien de nous immiscer péniblement et à priori dans ces questions aussi stériles que réellement oiseuses ; qu’il nous suffise de les examiner à posteriori et sous leur véritable jour. Nous laissons à celui qui en a le loisir et le goût . le soin d’établir des commentaires sur la transmission des âmes ou leur création nouvelle par individu.

§ XIII. Quant à nous, il nous suffit , disons-nous , d’apprendre et de savoir , à l’aide du raisonnement et de l’expérience journalière , dont nous ne cessons d’invoquer le témoignage, que, non- seulement d’après la plupart des savants , mais encore d’après l’aveu de ceux qui s’obstinent à demeurer dans le doute , V âme humaine, seule capable de raisonner, d’apprécier et d’imaginer, est elle-même la puissance qui imprime des figures étrangères à la conforma lion du corps.

Mais que ce soit l’âme de l 'enfant lui-même qui reçoive d’abord ces idées de la mère , d’après lesquellee elle exécute une pareille configuration corporelle , c’est là un fait confirmé tant , à priori, par des preuves inébranlables , qu’à posteriori, par des exemples démonstratifs.

Pour ce qui est des preuves, nous dirons: 1° qu’aucun autre être ou agent , si ce n’est un agent ou un être de même nature que l'âme pensante , ne peut recevoir «Telle ces idées purement fictives ou imaginaires, se les approprier et les imiter, ou en suivre le plan ; et cela d’autant mieux , 2° que de pareilles idées , en tant que simplement telles , sont sans nul effet , et qu’elles ne peuvent avoir uniquement et positivement un résultat, que tout autant que l’âme de l’enfant non-seulement s’en sera fait une représentation, mais encore les aura examinées et comparées attentivement , et les aura soumises à une réelle appréciation morale.

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Attendu , en effet , qu’une simple idée ou une simple contemplation ne peut jamais produire aucun effet de ce genre , et qu’il ne résulte ordinairement de ces idées , purement contemplatives ou imaginaires, qu’un sentiment de crainte , de terreur ou même de vif désir « .

§ XIV. Quant aux exemples ou démonstrations à posteriori , on les trouve spécialement dans cette sorte ^efficacité des impressions maternelles sur Y esprit même de son propre fœtus ; en sorte que ce sont tantôt des désirs immodérés , tantôt d’insurmontables terreurs , des craintes , des inquiétudes qui naissent de cette même idée fantastique de la mère , d’après laquelle l’âme du fœtus imprime à son propre corps une forme hétéroclite , analogue à l’idée qu’elle a reçue de l’âme de sa mère.

Il ne faut pas non plus rejeter comme ridicule cette assertion vulgaire , savoir : que les femmes enceintes qui se plaisent à commettre des larcins , transmettent à leurs enfants ce désir et cette passion du vol; car, effectivement, entre ce fait moral, d’une intention, d’un violent désir de dérober furtivement un objet , de plus entre l’opinion d’un grand danger que l’on court et d’un dommage que l’on cause , et cette puissante et constante énergie d’une crainte

1 C’est ici que viennent se briser toutes les théories de tous les physiologistes qui veulent introduire dans le corps humain un tout autre principe formateur que lame. Comment peuvent-ils expliquer le phénomène de la représentation sur le corps du fœtus de l’objet désiré ou causant un sentiment de terreur à la mère ?... Ou le principe informant du fœtus est intelligent, ou il ne l’est pas. S’il est intelligent,, pourquoi multiplier les âmes chez l’homme, et n’en a-t-il pas assez d'une?... Si ce principe n’est pas intelligent , comment se fait-il qu’il perçoive l’impression faite sur les sens de la mère, et la sensation agréable ou désagréable qui en résulte?.... Comment se fait-il qu’il reproduise d’une manière exacte et fidèle l'objet sensible , avec ses formes , ses couleurs et ses variétés parfois si monstrueuses? — N’est-ce pas là, je le demande, le comble de la démence? Car, si ce n’est pas l’âme du fœtus qui préside à la formation, il faut du moins convenir que c’est l’âme de la mère, ou que le principe vital est intelligent.... Une chose ou l’autre !...

et d’une terreur innées, il n’existe aucune différence notable, au point de vue général 1 .

Mais combien sont vaines et frivoles les opinions de ces hommes qui , sous le faux prétexte de vouloir établir ici d’habiles distinctions, ne font autre chose que jeter le trouble et la confusion dans leurs théories! Ils confondent, en effet, les actions et la puissance de l'âme raisonnable , avec les actions et l’énergie gratuitement supposée , soit de prétendus esprits, soit même de prétendues autres âmes.

§XV. Van-Helmont, dont la doctrine n’a jamais formé école, s’est trouvé presque seul de son opinion, quand il a attribué la faculté même de raisonner à une autre âme qu’à l’âme vraiment humaine , et à laquelle il donne le nom de mens. On a vu cependant marcher sur les traces de ce savant médecin certains auteurs qui poussent si loin la distinction entre la <Jwyj5 et le r.v-vpx , c’est-à-dire entre lame et l’esprit , qu’ils assignent clairement à l’âme (rè l’acte universel du raisonnement. Certes , si ces auteurs sont franchement attachés à leur sentiment, ils ne nous trouveront pas difficile à nous ranger de leur avis , pourvu néanmoins qu’ils regardent avec nous cette âme raisonnable, à laquelle on accorde la faculté de raisonner ,. comme étant cet agent moteur dont il a été tant de fois question jusqu’ici, en quelque partie du corps qu’ils veuillent ou qu’ils paissent le placer, et à quelque usage qu’ils prétendent l’appliquer et le préposer.

§ XVI. Quoique nous comprenions que nous en avons

1 Ce que dit ici Stahl touchant de funestes penchants , de terreurs innées ou de vices honteux, n’est malheureusement que trop vrai, et nous avons eu l’occasion d’observer des cas bien regrettables de pareils résultats à la suite de grossesses, pendant lesquelles des mères parfaitement honnêtes d’ailleurs se livraient, sans raison connue, soit à des larcins, soit à l'onanisme, soit à la boisson, ou bien étaient devenues d’une sensibilité extraordinaire...

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déjà assez dit sur des matières aussi incertaines et aussi perplexes , nous ne pouvons cependant passer outre sans nous arrêter un peu sur une autre question non moins ardue, et qui, bien que s’appuyant davantage sur une circonstance corporelle , n’en est pas moins obscure : il s’agirait de déterminer quel est le sexe qui communique proprement ce principe actif, tel que l’âme ou force vitale. Est-ce uniquement et absolument le mâle ou la femelle ? Est-ce simultanément F un et l’autre, ou indistinctement tantôt l’un , tantôt F autre 1 ?

Malpighi 2 a essayé de démontrer que c’est du mâle que provient le principe vital actif; il va même jusqu’à affirmer avoir vu chez les ovipares, en prenant pour exemple ces œufs qui chez les gallinacés éclosent ordinairement sans aucun concours de la part du mâle, ces mêmes germes rudimentaires matériels qui, dans ceS œufs, subissent et prennent ces étonnants premiers accroissements d’une formation ultérieure , que l’on observe dans les œufs fécondés.

Les générations mixtes d’espèces si diverses prouvent , d’une manière évidente, que les deux sexes, mâle et femelle , concourent simultanément à l’acte générateur. Telles sont les productions si communes des mulets, bien que chez diverses espèces très-particulières de chiens il se manifeste aussi ordinairement un certain caractère mixte.

Ce qui paraîtrait cependant confondre et renverser jusqu’à un certain point cette dernière opinion, c’est cette remarque spéciale des muletiers et des maquignons qui prétendent que le sexe des mulets est déterminé par le sexe de l’individu de l’espèce cavaline qui a pris part à l’acte copulateur ; en sorte que du croisement du cheval et de 1 ’dnesse il naît toujours un mulet , tandis que de l’accou-

1 Voy. T. VIII , Comment. LXXVIII.

2 Voy. T. VIII, Comment. LXX1X. — Travaux de Malpighi sur la génération dans les espèces animales

plement de Y âne avec une jument il provient une mule. Mais il se présente ici une nouvelle difficulté à résoudre , savoir : Pourquoi une cavale ou jument qui de son croisement avec Y âne a produit une mule, si l’année d’après elle conçoit d’un cheval , produira-t-elle un poulain de race cavaline, mais ayant la bouche et les cuisses parfaitement semblables à celles d’un âne : « Ein hirsch-oder Esels-creutz, — ayant le train postérieur d’un âne ? »

§ XVII. Nous ne saurions encore passer complètement sous silence cette observation si commune dans l’espèce humaine, savoir : que l’enfant a le même sexe , les mêmes allures du corps et les mêmes inclinations intellectuelles et morales que celui des auteurs de ses jours qui a déployé une plus forte volonté , plus à’ énergie et une plus grande exaltation sensuelle dans l’acte générateur. Il arrive cependant, en ce fait , de singulières anomalies ayant un rapport tout particulier avec l’un des conjoints. En voici un exemple bien remarquable :

Obs. — En une certaine ville , la fille, déjà pubère , d’un citoyen distingué devint illicitement enceinte. Lorsqu’elle eut enfanté, sur la demande qui lui fut faite pour savoir quel était le père de son enfant , elle déclara que c’était son frère : or, celui-ci avait déjà disparu depuis plusieurs semaines sans aucun motif excusable. La jeune fille , toujours taciturne , était comme frappée de la foudre et accablée de tristesse ; cependant , pressée par de nouvelles questions sur le même sujet , elle finit par déclarer comme auteurs communs de sa grossesse son père et son frère. Pour appuyer sa déclaration sur des preuves évidentes en ce qui regardait son père , elle lui imputa la conformation particulière des pieds de son enfant , assurant que tous les enfants de son père étaient pareillement conformés. En effet, elle-même et son frère avaient les doigts des pieds joints entre eux par des membranes comme les oiseaux aquatiques , et le même phénomène avait lieu chez le nouveau-né illégitime. Mais après avoir fait l’examen des parties , on s’aperçut que le père n’avait rien de semblable sur son corps; qu’au contraire , c’était la mère de la jeune fille qui avait les pieds ainsi formés.

OEUVRES DE STAHL

D’où l’on conclut que , de même que la mère avait mis au monde des enfants semblables à elle-même au point de vue de cette anomalie , de même aussi la fille avait pu communiquer à son enfant le même signe congénial » .

§ XVIII. Ce serait en vain que l’on prétendrait donner de ces phénomènes une explication , une définition infaillible, tant que notre intelligence sera incapable de comprendre le mystère de cette communication de simples affections morales, comme on dit , non-seulement faites sur l’embryon pendant la grossesse , mais encore continuant leur puissance sur l’enfant après sa naissance , et tant qu’on ignorera comment il peut se faire que des communications ou des impressions qui n’ont été qxi adventices et passagères dans Y esprit maternel puissent se graver chez les enfants avec plus d’énergie et plus d’obstination.

§ XIX. Une antique tradition enseigne que c’est plutôt le mâle qui fournit le principe cle vie ou âme, et que c’est la femelle qui fournit les matériaux du corps de l’embryon. On dirait même que l’histoire de la création confirme un pareil fait: on lit, en effet, dans la Genèse qu’une âme spéciale fut proprement et immédiatement unie au corps du premier homme créé ; tandis que , d’après le texte sacré , la femme , formée de la chair vivante et animée d’Adam / semble avoir participé aussi à l’âme ou principe vital de l’homme 2.

1 Ce serait ici le lieu de faire une appréciation des doctrines des théologiens , philosophes , physiologistes et législateurs , au point de vue des monstres;.... nous renvoyons cette intéressante élude à notre Tome VIII, Comment. LXXX , où nous donnerons un historique complet des travaux faits jusqu’à ce jour sur les parturitions monstrueuses et prodigieuses.

2 Le texte de la Genèse porte (cap. H, v. 22) : Et œdificuvit Dominas t> Deus coslam, quam tulerat de Adam , in mulierem ; et adduxit eam ad » Adam. » L’explication est aisée , et il est évident, d’après ce passage, qu’une sorte de vitalité est inhérente à nos organes , ainsi qu’aux humeurs qu’ils sécrètent; il est évident surtout que ce germe vital que nous possédons en nous et qui est transmis par voie génératrice , n’a qu’une vie en

Une semblable transmission est surtout remarquable dans la génération des oiseaux , puisque , dans la famille des gallinacés , on voit très-bien que la femelle fournit librement de ses flancs, et sans aucune intervention du mâle, tout ce qu’il faut pour la nutrition et la formation du poulet. Car les poules privées, de nos basses-cours, commencent et continuent de pondre leurs œufs durant toute l’année sans avoir de coq.

D’autre part, Harvey a observé qu’un coq a , en une seule fois , vivifié un certain nombre d’œufs qui devaient éclore successivement à des jours différents. Néanmoins, le fluide spermatique de ces animaux est non - seulement en trèspetite quantité, mais encore il n’est simplement déposé qu’à X orifice de la vulve, c’est-à-dire à ïextrémité du conduit qui va à V utérus, et il effleure plutôt qu’il ne pénètre.

§ XX. Quoi qu’il en soit de toutes ces choses, bien qu’il demeure constant et positif que les femelles vivipares nourrissent leur fœtus depuis le premier instant de son existence jusqu’à son plus grand développement, il est cependant également hors de cloute qu’elles ne lui fournissent que les éléments matériels de leur nourriture, et que, par leur propre énergie , elles ne peuvent nullement achever la distribution, Y apposition et Y assimilation de ces éléments nutritifs proprement dits. Ce qui est une preuve de ce fait, ce sont , comme nous l’avons déjà dit , les œufs de poule qui , produits sans Y intervention du coq et privés par conséquent de cette énergie formatrice , ne possèdent aucune puissance nutritive l, bien que la matière y soit dans une parfaite intégrité. Mais si le mâle intervient préalablement

puissance, et qu’il a éminemment besoin de la présence de l’âme ou d’un principe supérieur quelconque pour subsister. Ce genre de vie . sans l’intervention de Y âme , s’éteint et meurt.. .. L’âme seule est un vrai principe de vie, existant et subsistant par lui-même.

1 Bien entendu , au point de vue de la formation ultérieure d'un fœtus.

une seule fois , cela suffît pour constituer le fœtus en entier dans un autre œuf.

Bien plus , on peut , par l’exemple des œufs , prouver surtout que le principe plastique du fœtus s’appartient à luimême , qu’il n’est pas adventice ou qu’il ne vient pas subsidiairement du dehors, puisque , en effet, il réside enfermé dans l’œuf et qu’il n’est pas absolument nécessaire qu’il soit secondé par une énergie spécifique. Nous voulons parler ici de la chaleur ou de tout autre moyen qui , par X incubation, pourrait favoriser la formation du poulet ; attendu que non-seulement des sexes différents, comme des chapons, des poules de différentes espèces , telles que celles de Calcutta , et des poules couvant des œufs de canard, mais encore une simple chaleur, telle que celle des fourneaux égyptiens, peuvent suffire au phénomène de l’éclosion1.

§ XXI. On comprendra facilement que tous ces raisonnements n’ont pas une grande importance dans l’esprit de ceux qui croient que notre corps se développe par une espèce de gonflement naturel ou de simple dilatation , et qu’il se meut ensuite comme une pure machine sans le secours d’une âme; car, s’il en est parmi eux qui accordent â ce corps une âme propre , ils n’en soutiennent pas moins que, de ce que fait cette âme brute et matérielle, selon eux, on ne peut rien conclure en faveur de X âme humaine, supposée immatérielle.

Pour nous, nous nous contenterons de recommander à ces sortes de personnes d’apprendre à étudier sérieusement quelle est la nature du mouvement et celle des agents directement moteurs. Mais comme, pour notre part, nous

1 Broussais, comme tout le monde le sait, fit, dans les derniers temps de sa vie, des expériences fort curieuses à cet égard il faisait couver les œufs de ses poules par un chapon auquel il dépouillait de ses plumes tout le ventre, etc....

reconnaissons et nous comprenons véritablement la présence d’une âme humaine dans le corps de chaque individu pris seul et en particulier, nous reconnaissons aussi et nous concevons sans erreur que toutes les actions de l’âme , quelles qu’elles soient , s’effectuent uniquement sur, dans et par les choses corporelles.

Nous osons donc espérer que les fauteurs de ces théories finiront par renoncer à leurs frivoles labeurs, ainsi qu’à leur vaine sollicitude pour des conceptions qui portent une réelle atteinte , soit à Y immatérialité de l'âme, soit à la puissance de l’âme immatérielle sur le corps auquel elle a été étroitement unie , soit à la convenance des actions qui , dans un tel corps , sont exécutées par Y âme, soit enfin à la nature de l'âme elle-même 1 .

§ XXII. Tout ce qui reste à accomplir dans le phénomène de la génération s’explique par la formation du corps, laquelle , dès la première ébauche rudimentaire organique , n’est autre chose désormais que la nutrition telle quelle s’effectue à partir de l’époque de la première formation jusqu’à la vieillesse la plus reculée. En effet, ce qui est une fois entièrement formé se conserve, du moins tel qu’il est, par un perpétuel renouvellement des parties ; et si par hasard quelque altération survient , il y est naturellement suppléé et pourvu par une immédiate réparation. C’est ainsi que le corps s'accroît de plus en plus et finit par se trouver réellement et entièrement formé dans toutes ses parties. Par ce moyen, une incessante assimilation accompagne Y apposition sur toute l’étendue du corps , et cette apposition s’exécute d’une manière si immédiate avec un tel ordre

1 Tout le monde peut apprécier ici les sentiments de Stahl à l’égard de l’immortalité de l’âme, et combien il était délicat sur ces matières. Qu’on vienne donc maintenant écrire encore que Stahl matérialise l’âme... A ceuxlà , qui sont du reste bien à plaindre , on peut leur dire sans crainte de les offenser : Lisez avant déjuger... ou sinon taisez-vous.

et une telle exactitude locale, que c’est en vertu de la méthode même d’aménagement moléculaire que l'assimilation se fait d’une manière positive 1 .

§ XXIII. Au point de vue de 1 9 ordre suivant lequel les parties se forment chez le fœtus , tout le monde connaît cette antique opinion d’Aristote touchant son •punctum » saliens. Personne n’ignore, en effet, qu’il voulait parler du cœur comme étant le premier organe formé et qui prend de l’accroissement 2. Mais, dans ces derniers temps, ■ l’œil armé du microscope a découvert que le cerveau ave<L \a moelle épinière et les nerfs réclament pour eux cette primauté. C’est ce dont s’est aperçu , un des premiers, Malpighi, dans son Examen des œufs couvés 3 : or, toutes ces observations fournissent une preuve irréfragable que ce!

1 Voy. T. VIII, Comment. LXXXI. — Étude critique des travaux des physiologistes anciens et modernes sur la formation et les premiers développements de l’œuf humain.

2 Avant Aristote, Hippocrate lui-mè, me, sans trop se lance? dans lgiclianip, des conjectures à cet égard, avait dit, avec la sagesse qui lui était ordinaire tlib. I, de dialâ) : « Cùm delincanlur partes simul omncs et aiiyenlur : nec vpriùs aliœ aliis nec posteriùs, sed majores nalurâ priores apparent minç- » ribus. Ac majores quidem non solùm mole, sed usu.... etc. » Le Père de la médecine ne pouvait mieux parler, et semblait indiquér par là aux hommes d’expérience la ligne de conduite qu’ils avaient à suivre. Les expérimentations des modernes ont prouvé l’authenticité de cette déclaration. Aristote (lib. III , de part, animal. , c. I) prétend que le cœur est le premier organe formé : « cor primum opyàvov formari. » Plutarque , à son tour, rapporte, en parlant des opinions des anciens à cet égard (lib. V, de placü. philosoph. , c. il) : « Aristoteles primùm lumbos in utero formari, ait, tan- » qmm carinam navis; Alcmœo (fils d’Amphiaraüs ) caput , partem scilicet » principalem ; Mediei cor, in quo sunl venœ et arteriœ ; alii magnum pedis » digitum; alii umbilicum. » On voit, d’après le rapport de Plutarque, que les descendants d Hippocrate avaient dégénéré et n’avaient pas suivi ces préceptes. Galien, Avicenne, Chrysippe, les médecins stoïciens, les péripatéticiens , J. l' ernel , And. Dulaurens , Th. Fienus , D. Sancla-Cruz , Willia, Mérindol , Vésale, Alph.A. Caranza, Fallope, Riolan, Harvey et une masse d autres savants, ont émis à cet égard des opinions que nous nous ferons un plaisir d’indiquer en leur lieu.

3 Voy. T. VIII, Comment. LXXX1I. — Travaux des modernes depuis Mal* pighi jusqu’à nos jours.

principe , qui déploie toute son activité dans le cerveau et par les nerfs , est aussi celui qui préside à la formation de tout le reste du corps. C’est effectivement pour cela que les parties qui constituent Tunique instrument immédiat de ses propres actions ont été formées les premières : ce qui est une preuve évidente que ce principe doit, ou du moins peut, par ces parties mêmes , opérer ses œuvres.

§XXIV. Les observations de Malpighi démontrent, au surplus , que c'est par les nerfs , c’est-à-dire en se servant des nerfs comme d’un instrument, que ce principe actif effectue et complète la structure de tout le corps et de chacune de ses parties séparément, et qu’au milieu de tous ces remarquables éléments rudimentaires du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs, on peut découvrir, à l’aide d’un bon microscope , deux petits globules qui sont reconnus devenir, avec le temps , les yeux. On peut voir à ce sujet la curieuse description qu’en fait Malpighi dans ses Observations sur les œufs couvés ou fécondés 1 .

Or, comme Y œil est un organe sensitif, dont la structure exige la plus grande délicatesse , et qu’il est , par le nerf optique, directement adhérent à la moelle allongée; il est certainement on ne peut plus vraisemblable que Yœil doit être un organe des premiers formés , et que cette formation est réellement l’œuvre de ce même principe actif qui agit par le moyen des nerfs.

§ XXY. Il est également évident que ce punctum saliens d’Aristote, c’est-à-dire ce petit viscère palpitant avec un mouvement notable et subtil , le cœur, enfin , est constitué avec une très-grande et bien manifeste perfection de structure 2 .

1 r oy. M. Malpighi, Op. omn. Amstelod. 1700, de la pag. 105 à la pag. 120. Object. et observât, de gallis.

2 On lit dans Mérindol (Ant.), professeur illustre de l’ancienne Université

OEUVRES DE STAHL

Mais si l’on ajoutait foi aux menteuses théories du jour, comment expliquer le mode de génération du sang? Parviendrait-on à cette connaissance en supposant que le sang se forme par l’écoulement spontané et le concours fortuit de particules qui ont entre elles un mutuel rapport ?

Quant à nous , il nous semble qu’il est assez conforme au sens commun et même très-raisonnable de croire que c’est toujours le même principe actif qui, disposant et harmonisant de point en point les parties solides, opère aussi , à l’aide d’un pareil acte , le mélange naturel de toutes les particules fluides.

§ XXVI. Le propre des êtres animés , c’est d’avoir des corps mixtes qui , non-seulement dans le genre , mais encore dans l’espèce, sont absolument, sujets à une prompte dissolution de leur mixtion ; qui plus est ., c’est qu’au pqjnt de vue même du peu de temps qu’ils ont à vivre, ces mêmes corps mixtes sont , chez la plupart des êtres animés , soumis à une incessante corruption ou décomposition activp , et doivent en conséquence , pour éviter ce fâcheux résultat , être intimement mélangés avec d’autres individus , par l’absorption de matières aptes à fournir d’une manière générale et éloignée une nouvelle crâse très-spéciale du même genre. Quant à la mixtion universelle des végétaux, il n’est pas du tout certain qu’elle existe formellement dans les substances dont ils se nourrissent ; car cela ne pourrait avoir lieu d’une manière si prompte , si abondante et si variée , — vu la diversité spéciale des végétaux et celle de leurs odeurs et de leurs saveurs, — à moins qu’un certain agent particulier ne, disposât toutes ces matières d’une manière proportionnelle aussi exacte que variée relativement au

d’Aix (en Provence) : « Aristoteles assignat cordi facullatem esse membrum » cui primo insideat anima; idcircà appellavit cor, primum vivons et ultimum » moriens organon.. .. ut punctum saliens fœtus. » (Voy. Mérindol (Ant.)* Ars medica, pars prior, p. 134, in-f°; Aix, 1631.)

VRAIE THÉORIE MDICALE. .579

nombre, à la situation et à ['espèce différente de ces mêmes matières.

§ XXVII. Mais ce qui apporte une véritable confusion dans les opinions émises touchant le concours spontané de mixtions si diverses et les rend inintelligibles, c’est de chercher à connaître la raison pour laquelle de si différentes mixtions ne se font pas pêle-mêle et sans ordre , mais bien d’une manière très-spéciale et- régulière dans chacun des individus formant des espèces si variées. Or, ce qu’il y a de bien certain et d’indubitable ici , c’est que cela s’exécute par le moyen du même agent qui produit les espèces : mais ce serait une pure pétition de principe de soutenir qu’une certaine force capable de rassembler des matières si spéciales, etc. , etc. , se trouve réellement dans la configuration et la situation très-spéciale de la structure des pores existant préalablement dans les germes eux-mêmes.

Tout homme intelligent et expérimenté comprendra, en effet , que nous en sommes toujours à chercher quel est l’agent qui, dans les semences, à partir de leur germe le plus rudimentaire, produit cette configuration et cette disposition des pores qui les rend aptes et convenables à cette espèce de matière. C’est ainsi , comme on le voit, que la chose tourne toujours dans un même cercle vicieux ; et, d’après cette hypothèse , l’on ferait mieux dè regarder comme arrivant par pur hasard , d’une manière conforme au temps et aux individus , ce que l’on croyait avoir été créé par nécessité et conformément à la matière 1 .

§ XXVÎII. Mais , disons-le, toutes ces opinions se réduisent à bien peu de chose et sont assurément renfermées

1 Les partisans aveugles du hasard ■, dit Stahl , seraient plus conséquents avec eux-mêmes que les matérialistes et les mécaniciens , en ce sens qu’ils admettraient au moins une cause , inconnue il est vrai , mais au-dessus de la matière , qui- né pourrait jamais se développer d’elle-même.

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dans ces différentes et bien frivoles dénominations de semences, de ferments, d'images fermentalives , d'idée opératrice de Platon , de force informante d’Aristote, de force ou puissant effort des modernes et d’appétit naturel des anciens , de nécessité de la matière et de mouvement imprimé à la matière par la volonté de Dieu, c’est-à-dire d’un mouvement simplement inhérent, immanent à la matière et inséparable d'elle.

Ge ne sont là, en effet, que de simples suppositions fictives par rapport au fond vrai de la formation des corps organiques ; car ces assertions erronées ne portent que sur une seule de ces circonstances, savoir : que , ou elles ne parlent simplement que de matière , ou elles n’expriment absolument aucun rapport de connexité avec l’arrangement et l’harmonie des diverses parties de l’agrégat en général, et avec leur structure en particulier, surtout dans un trèsgrand nombre d’espèces très -spèciales. Elles ont encore moins d’analogie avec la disposition propre de ces parties pour une fin organique ; ou bien enfin, dans l’acte même et dans la description réelle de sa constitution essentielle et propre , ces assertions supposent ou exigent une définition véritable de Verne , du moins en ce qui regarde la généralité du fait. Cependant elles apportent une grande confusion en cette affaire, et y introduisent je ne sais quoi d’étranger à la nature de Vâme ; elles montrent enfin par là qu’il n’y a rien de vrai dans toutes ces propositions contradictoires et contraires.

§ XXIX. Ce qui vient d’être dit pourrait suffire , attendu que les considérations dans lesquelles nous sommes entré fournissent une occasion d’examiner sérieusement, d’une part, au point de vue de sa qualité , de sa crâse ou mixtion elle-même et de sa quantité, si le sang se forme et prend ainsi de l’accroissement d’une manière spontanée , en vertu

d’une simple nécessité de la matière et par son concours fortuit; s’il se maintient et se développe par l’action dorâmes spécialement réservés à s’emparer d’une telle matière, aptes à la garder et à lui donner une forme quelconque lien déterminée et proportionnée à l’aide d’un acte mécanique de formation; ou bien, d’autre part, si tous ces phénomènes s’exécutent parle simple choix et Y active disposition d’un agent naturel et libre , — c’est-à-dire en vertu d’une activité plastique capable d’effectuer toutes ces choses d’après leur nombre, leur ordre et leur disposition.

§ XXX. Pour ce qui est donc de l’histoire de la génération du sang 1 , nous dirons que ce liquide a primitivement une couleur jaunâtre et comme ferrugineuse , qui devient insensiblement de plus en plus rouge dans l’acte de la circulation.

Ce qui se passe chez les ovipares est une preuve suffisante, selon nous, que le sang pur n’est pas immédiatement transmis au fœtus par la mère. Tout le monde sait, en effet, que non-seulement on n’aperçoit aucun vestige

1 Stahl , dans ce paragraphe , ne fait qu'exposer l’acte de la formation ou.génération du sang.... Selon lui, le vitellus contribue à la génération du sang, et l’albumen à la formation des parties exsangues.... L’expérience a prouvé depuis lors qu’il existe une membrane appelée prolifère (blastoderme), enveloppant le germe. Cette membrane n’est, dans le principe, qu’une simple accumulation de globules imperceptibles à l’œil nu; peu à peu cette membrane se sépare en deux feuillets destinés à servir, l’un au développement des organes de la vie animale , l’autre à la formation de ceux de la vio de nutrition.

Le premier, nommé feuillet externe ou supérieur, est appelé séreux;... c’est en vertu des transformations qu’il subit qu’on voit apparaître successivement les systèmes nerveux , musculaire , osseux , cutané , etc.

Le second , interne, nommé muqueux, est en contact avec la membrane vitelline; il sert à la formation des organes pulmonaires et abdominaux.... Peu à peu, entin , entre ces deux feuillets se manifestent de petites granulations, qui, par leur développement , constituent le feuillet vasculaire, premier rudiment du système vasculaire. L’appareil génital, enfin, se développe entre ces deux feuillets primitifs. Mais, comme le dit Stahl, le jaune et l’albumen concourent essentiellement , pour leur part, à ce développement.

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de .sang dans les œufs , mais qu’encore ce n’est qu’avec le temps que la masse du sang s’y forme par l'accroissement du cœur jusqu’au parfait développement du poussin : de sorte qu’on peut dire qu’il n’est en aucune manière besoin que la mère transmette naturellement et immédiatement le sang aju fœtus 1 .

Ce qui devient encore plus évident par la naissance des ovipares, c’est que la portion de matière qui , dans l’œuf, contient une notable quantité de graisse, devient aussi la principale et la vraie matière -du sang, par un nouveau mélange des éléments constitutifs : car, tandis que tout le blanc de l’œuf, qui s’y trouve en plus grande quantité, est peu à peu employé à la construction des parties exsangues du corps du petit animal, le jaune, chez lequel la présence de la graisse est démontrée par l’exemple vulgaire d’une substance huileuse contenue dans les œufs , le jaune, disons -nous, paraît destiné à la formation et au développement progressif du système sanguin. Ce qui chez les jeunes animaux donne encore une raison et surtout une preuve irrévocable de ces faits , c’est cette communication matérielle et directe qui existe entre la moelle des os et le sang , plutôt que leur concours mutuel.

| XXXI. Les frivoles hypothèses que nous venons de signaler ci-dessus et que nous avons appréciées à leur juste valeur, ne pourraient fournir une raison plausible de cette

1 Le secret de la génération sera toujours pour l’homme un mystère impénétrable ici-bas; mais ce qu’il y a de positif, c’est que si la science n’a pu plonger ses investigations jusque dans les profondeurs dé l’essence même du phénomène, elle est parvenue , depuis Slahl, à découvrit presque tout ce qu’il nous est permis de savoir. -Voij. T. Vlll , Comment. LXXXI1I, dans lequel nous faisons un exposé critique des travaux des savants expérimentateurs et écrivains sur ces matières , dont les principaux sont ceux dé Harvey. Haller, Spallanzani , Graaf, Wolff, Cuvier, Dulrochet, Prévost, Humas , Bœer, Burdach, Velpeau, Coste , Flourens, etc., etc.

circonstance singulière de temps si bien circonscrit dans une période invariable , relativement à l’absolue et parfaite formation du fœtus, jusqu’à son complet développement, non-seulement d’une manière générale jusqu’au jour de la naissance , mais en particulier au point de vue de l’énergie sensible des mouvements locaux ou animaux. 11 est bien positif qu’il existe à cet égard, chez les ovipares, un degré d’énergie bien différent que chez les vivipares ; mais l’évidence réelle de cette différence se manifeste mieux encore dans l’espèce humaine que chez toutes les autres espèces vivipares. Il est, en effet, dans l’espèce humaine, un phénomène que l’on rencontre bien plus fréquemment que chez les bêtes , savoir : qu’il est très-ordinaire de voir la même femme ayant déjà mis au monde un enfant robuste, bien développé, avec des membres grands et forts, produire dans d’autres circonstances des enfants petits, frêles, cacochymes, délicats et maigres. On voit encore différentes mères donner le jour, les unes à des enfants délicats, frêles et petits; les autres à des enfants d’une constitution robuste , grands et bien formés ; et pourtant la nature accorde à toutes les mères, et à chacune d’elles en particulier, non-seulement un seul et même espace de temps pour arriver à l’époque de la délivrance , mais encore , pendant la gestation , un moyen terme bien déterminé où le fœtus exécute ses premiers mouvements dans le sein maternel.

De semblables phénomènes ne pourraient avoir lieu de la sorte , si cette apposition plastique n’avait lieu elle-même que par un simple concours mécanique de la matière ; attendu qu’il est contraire à tout bon sens , non-seulement qu’un petit corps requière et exige autant de temps qu’un grand corps, pour la réunion et l’assemblage de ses parties, mais encore que tant les grandes Tuasses que les pluspe/f/es demandent pour leur formation une mesure exactement égale de temps.

OEUVRES DE STABL.

§ XXXII- Quant à la marche successive et au temps précis de la formation du corps humain, il est de toute certitude que la raison en est bien différente de celle que Malpighi a pu constater dans la production des ovipares 1 - On a observé , en effet , dans les avortements forces des femmes pléthoriques, que les embryons d’environ un mois .et quelques jours n’excèdent pas en grandeur une grosse fourmi, et l’égalent tout au plus. On peut néanmoins discerner à l’œil nu dans èe's Corpuscules1 embryonnaires. les membres , le tronc et la tête, de même que dahsTès ’fœtüs, avortons de 2 à 3 mois et n’ayant pas plus de 2 pouces de longueur, on distingue déjà tous les membres , les doigts, les narines, les lèvres, le sexe enfin. Mais laissons à Dalempace ces prétendues découvertès faites à l’aide du microscope dans le sperme de l’homme, où il observe, dit-il, ce petit linéament vivant, déjà depuis long-temps indiqué par Leuwenhœck, et qu’il décrit lui-même comme représentant, une fois dépouillé spontanément de tout ce qui lui est étranger, un corpuscule humain tout muni d’une tête, de membres et d’un tronc distinctement formés 2 .

1 J . Muller a fort ingénieusement fait observer que la génération de l’individu idaqs les diverses espèces animales ) se trouve en raison directedu mode1 ne génération et de formation du système cellulaire , qui a la vertu d,e convertir le fluide nutritif qu’il absorbe en une substance fluide élaborée et devenant la base de tous les tissus : on a donné le nom de eyloblast.es, à'cès’céîlules primitives'.

2 Dans le' courant de l’année 1752, il parut à Londres deux petites brochures , aussi excentriques par les opinions scientifiques qui y étaient émises, qu’indécentes au point de vue de leur teneur e.t des conséquences; fâcheuses qulelles auraient pu avoir pour les bonnes mœurs. Mais nos con-r frères d’Outre-Manche n’y regardent pas de si près.

La première de ces brochures, signée Abraham Johnson, est adressée

sous forme épistolaire à la Société royale de médecine de Londres

L’auteur s'efforce d’y prouver qu’une femme peut devenir mère sans avoir de commerce avec un homme ; elle est intitulée : Lucina sine concubilu ,,... Là deuxième, signée Richard Roc , est adressée en, réponse à l’auteur de la première brochure , et, sous ce titre : Concubitus sine lucinâ, Fauteur, fort spirituel il est vrai, mais faisant bon marché de la décence , s’efforce non-

§ XXXIII. Nous avons encore un mot à dire du sentiment de ceux qui prétendent que Dieu lui -même est l’auteur immédiat de X admirable structure de iiolre machine animée ; à cause , dit-on , de la grandeur et de X excellence de l’ouvrage. Nous serions, certes, bien volontiers de cet avis, mais ce serait plutôt par un pur sentiment de respect et de piété que par raison et réflexion ; cependant comme en partageant cette opinion nous ferions preuve de peu de bon sens, notre acte serait peu respectueux et partant peu méritoire.

Comment , en effet , oserait-on soumettre la Divinité à un état affectif aussi manifeste , et vouloir qu’elle règle l’énergie de sa puissance infinie selon le caprice et l 'imagination des femmes enceintes? Une pareille condescendance peut-elle paraître digne de Dieu ? Elle l’est certes d’autant moins , qu’il est on ne peut plus absurde de prétendre que le souverain arbitre de toutes choses a peut-être voulu punir les mères par l’apparition des éphélides congéniales sur le corps de leurs enfants ; puisqu’il est effectivement de toute certitude que souvent de telles mères donnent lieu à ces sortes (Xéphclides sans être coupables d’aucune méchanceté, ni d’aucune faute réelle envers le Tout-Puissant. C’est ce qu’on voit , par exemple , dans ces terreurs soudaines qu’une femme enceinte éprouve à la vue d’un assassinat sanglant ou des flammes d’un incendie, d’où résultent ces

seulement d’insinuer, par des raisons aussi absurdes que peu scientifiques, qu’il est possible qu’une femme puisse se débarrasser de son enfant avant le terme naturel et sans douleur, mais encore d'engager les jeunes filles et femmes à se livrer aux plaisirs de l’amour , attendu que , par son procédé , l’embryon sortait vivant après quelques jours. A. Johnson prétendait qu’il existe dans l’atmosphère une masse de petits animalcules mâles ou femelles, et que , suivant certaines conditions indépendantes de la personne , une fille ou femme pouvait devenir enceinte. Ceci n’était qu’absurde ; mais R. Roé avait, disait il , inventé un appareil d’incubation pour faire avorter la mère , à l’instant même s’il le fallait. — Voy T. VJ1I , Comment. LXXX1V.

OEUVRES DE SiAHL.

éphélides de couleur sanguinolentes et d’un rouge vif de flamme ou ignées : « JUut-und Feuer Mahl, — - taches couleur de sang et de feu » , en même temps que s’imprime dans l’âme de l’enfant une pareille crainte.

§ XXXIV. Nous répétons encore, et pour la dernière fois , qu’attribuer à lame humaine cette puissance de former le corps et de l’entretenir par une nutrition continuelle durant toute la vie , ce n’est point lui imposer une fonction plus difficile que celle que nous lui attribuons en lui assignant la puissance de régir et de diriger les mouvements du corps : c’est là, sans contredit, un fait dent lés sages appréciateurs de semblables phénomènes sont pleinement convaincus * .

Si nous revenons si souvent sur ces matières , c’est afin que l’on n’oublie jamais que le rôle principal appartient ici aux actions , et nullement aux matières , et que ces actions ne s’exécutent pas dans, mais bien sur ces matières; de telle sorte que ces dernières sont absolument passives,: généralement très - indifférentes à l’égard des actions et purement obéissantes à la disposition tout activé et à

1 C’est en vain que certains philosophes et physiologistes ont prétèhdu , qit Aristote reconnaissait l'existence de trois âmes; et certaines personnes poussant plus loiti leur erreur à ce sujet ont eu bien tort de soutenir que lé savant commentateur des écrits de l’illustre chef de l'École péripatéticienne, S. Thomas d’Aquin, a accepté et enseigné lui-même cette opinion. Non, il n’ên a jamais <5të ainsi : Aristote a été trop explicite à cet égard pour qu’on puissey trouver delà confusion. C’est, en effet, à cette occasion qu’il a dit : Anima forma est eorporis ,... vis informons. .. Les aines végétative , appétitive , ou sensitive et intelleetive , de S, Thomas, expriment trois étals divers de l’âme, force de vie et d’entendement... Depuis lors, mille utopies résultant des fausses interprétations d'Hippocrate, de Platon et d’Aristote, ont acquis, à droit ou à tort, un certain crédit dans la science anthropologique ;-mais ce qu’il y a de bien positif ici , c’est que, en dehors de f hypothèse d’une âme immortelle- formatrice et conservatrice, on ne peut émettre que des opinions erronées plus ou moins invraisemblables, conduisant toutes au panthéisme, au matérialisme ou au scepticisme; ce qui est à peu près la même chose en face de la vérité, qui est une.

\’arrangement qu’en fait 1 ’âme pour confectionner telle ou telle structure sous telle ou telle forme : c’est là ce qu’il importe de remarquer.

§ XXXV. La matière employée à la formation du corps doit être , ce nous semble , étudiée sous deux points de vue distincts : 1° en tant que matière primitive ou fondamentale ; 2° comme matière successive ou secondaire et accessoire ; de telle manière, cependant, qu’on doit considérer cette matière plutôt au point de vue de ses rapports avec la structure du corps, que relativement à la simple mixtion des parties ; c’est-à-dire que nous devons nous occuper ici de la matière rudimentaire servant à la première structure du corps , plutôt que de la simple matière corporelle proprement dite.

§ XXXVI. La plupart des anthropologues sont jusqu’à ce jour persuadés que , sous ces deux derniers points de vue , c’est la femme qui fournit la matière pour la formation du fœtus1 ; mais Leu wenhœck et ceux qui partagent ses opinions pensent que le principe matériel provient de 17iomwe2.Pour nous , nous sommes jusqu’à ce jour de l’avis des premiers ; nous nous fondons en cela sur une preuve ou plutôt sur un document ( m xà Bémv ) et sur un argument non moins important (x«t &paiv ) .

1 Les expériences fort curieuses de Graaf, Haller, Prévost et Dumas, Bœer, et surtout celles de M.Cosle, sur les mammifères, prouvent d’une manière concluante que le germe ou matière primitive vient de la mère, On sait généralement, en effet , aujourd’hui , que dans l’œuf des mammifères on découvre au microscope : 1° le chorion , ou membrane extérieure spéciale; 2° une couche granulée; 3° sa continuation, devenant la vésicule de Purkinge; 4" enfin , la tache de Wagner. Ce qui peut se résumer à une membrane externe spécialement décrite par Valentin : c’est le chorion; à une autre membrane , l’analogue de la vitelline des oiseaux , le vitellus enfin , ou masse d’un gris jaunâtre , granulée et semi-transparente.

2 Aristote avait dit à ce sujet : « Corpus quidem ex fernind venit, anima ex mare: anima enim (addit ) substantia eorporis alicujus est. ■> (Aristote, Ub. 2 de qen. anim., c. 4.)

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Ce document est celui que nous fournit l’observation de Malpighi , qui a constaté la présence de ce mêm ü linéament corporel ou rudimentaire dans les œufs de poule conçus et éclos sans aucune intervention du coq. C’est là ce qui prouve évidemment que , dans les œufs fécondés par le coq ■ c’est le môme linéament rudimentaire qui constitue lès premiers- éléments matériels de tout le corps du petit poulet dans ses accroissements visibles d’heure en heure et dé jour en jour.

Or, ce rudiment primitif constitué par le cervedu , la moelle allongée , la moelle épinière et enfin les nerfs, n’est effectivement autre chose que le premier et le principal organe ou instrument de l’âme elle-même.

C’est comme si l’on disait que la femme fournit la matière première qui doit directement recevoir l’âme , lui servir de demeure et de centre d’opération \ pour pouvoir dans la suite veiller et vaquer à ses propres affaires , et même faire servir d'une manière immédiate ces mêmes organes à l’exercice de sa puissance motrice, c’est-à-dire aux mouvements qu’ils sont destinés à exécuter durant toute la vie

Les observations modernes viennent à l’appui de cette opinion , surtout en ce qu’elles confirment assez clairement que les testicules des femelles vivipares sont les ovaires. Ces faits sont encore attestés par d’autres expériences qui, soit par le moyen de sections des parois abdominales , et plus souvent encore par une simple observation médiate, donnent à penser qu’une pareille raison n’est pas sans fondement : nous voulons parler d’une conception et d’une gestation découverte dans la trompe de Fallope, jusqu’au parfait développement du fœtus*. Car ces trompes de Fallope

* J’ai été témoin de deux cas pareils de grossesse : l’un de ces cas exigea l’opération césarienne , que pratiqua heureusement feu mon illustra maître

constituent , dans l’espèce humaine , les conduits à travers lesquels les ovules sont transportés des ovaires dans la cavité utérine, et tiennent exactement la place des trompes utérines des espèces bestiales qui produisent plusieurs petits à la fois , et qui , conservant ordinairement dans ces trompes non pas seulement un seul, mais plusieurs fœtus , les y portent jusqu a parfait développement et même jusqu’au jour de leur naissance.

§ XXXVII. Le second argument en question et qui rend bièn douteuse l’assertion de Leuwenhœck, c’est principalement cette riche fécondité de ces sortes de linéaments que ce célèbre physicien prend pour tout autant d 'individus vivants. Car , comme à l’aide de ces instruments microscopiques trèsrsubtils qu’il avait fabriqués lui-même, on ne pouvait apercevoir en une seule fois qu’un très-petit point tout au plus égal à la tête d’une épingle , et que , dans ce cas , une seule petite goutte de liqueur spermatique faisant l’objet de l’observation, introduite dans ces petits tubes microscopiques , prend néanmoins une grande extension et présente plusieurs particules ou animalcules , c’est-à-dire des petits vers d’une forme et d’une vivacité apparentes ; il résulterait de là que, dans une aussi grande quantité de sperme qu’il s’en éjacule en une seule fois , il existe un nombre immense de ces sortes de petits filaments ou corpuscules vivants. Or, il nous est impossible de croire que les choses se passent réellement de cette manière, et que, à priori, d’une si énorme multitude d 'individus humains, un seul et unique individu puisse et doive voir le jour 1 .

Lallemand ; l’autre fut observé à l’amphithéâtre , alors que j’étais aideanatomiste. La science en possède bien d’autres.

1 L’objection présentée ici par Stahl est on ne peut plus sérieuse; certains physiologistes modernes se sont trop légèrement prononcés à cet égard. — Voÿ.T. VIII, Comment. LXXXV, nos appréciations sur ce point.

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§ XXXVIII. Mais, si d'une part, nous admettons comme vraisemblable que la femme fournisse le premier et immédiat réceptacle corporel de ce principe actif qui dans là suite forme le corps et travaille d’une manière incessante à sa structure ; nous ne saurions douter, en outre, que la femme ne fournisse toute l'autre matière indispensable à la formation et au développement entier de toute la masse du fœtus. C’est là ce que prouve évidemment l’exemple des ovipares , dont nous allons dire un mot pour confirmer que, chez eux, et principalement chez les gallinacés domestiques, cette petite lentille, dans laquelle est contenue et se développe cette matière filamenteuse ou ce filament, — - que Malpigtii appelle proéminence , cicatricule ou rudiment embryonnaire *, — et de laquelle proviennent les premiers principes élémentaires de la formation , du cerveau et de la moelle épinière avant tout, phénomène qu’on peut constater au moyen du microscope, est fournie par la poule ellemême et lés 'autres femelles des oiseaux. D’où nous tirons1 cette conséquence assez évidente : que .cette lentille est si étroitement liée au jaune ou vitellus 2 par deux solides filaments entrelacés en spire 3 , qu’il paraît presque incroyable que , quelle que soit la vertu du sperme communiqué par le coq, cette liqueur puisse en si peu de temps trouver dans l’œuf les principes d’un si prompt et si solide accroissement. Car, de même qu’il est au-dèssus de toute croyance qu’une

1 Oétte lenliUeia reçu différents noms; suivant les observateurs. Ainsi, après Malpig.hr, . les modernes l’ont» appelée tour-à-tour noyau de lu cicatricule ou blastoderme (Pander) , cumulus ( Baër) , vésicule germinative’ (Purkinge ) , macula ou tache geiwinalive>.( Wagner ) , blaste, etc:... Maistoutes ces diverses dénominations . simplement imaginées pour la plus facile conception du phénomène générateur, désignent simplement le germe.

2 Vitellus , jaune ou embryotrophe des modernes.

3 Ces filaments solides et de forme spirale ne sont autre chose qu’une torsion de la membrane albumineuse dite de Dutrochet, au moment où l’œuf s’engage dans l’oviducte en s’échappant de l’ovaire :... c’est là ce qu’onappelle proprement la chalaze.

si petite quantité de substance spermatique , éjaculée par te coq en quelque sorte à l’orifice du canal qui conduit à l 'utérus, puisse pénétrer en si peu de temps jusqu a l’ovaire pour s’attacher au jaune de l’œuf ; il est également difficile de penser que, en admettant même que le jaune parcoure la cavité de l’utérus jusqu’à son ouverture , cette petite molécule spermatique venant du mâle puisse prendre un si ferme et si grand accroissement ‘ en un si court espace de temps. En effet, quoique l’on ne puisse pas nier que le phénomène de la conception et de l’accroissement des œufs de poule s’exécute avec une promptitude étonnante , cependant, de ce que ce phénomène peut se passer ainsi , mêmé sans l’intervention du coq, il n’est pas permis d’en inférer directement une semblable promptitude de développement en ce qui regarde la molécule spermatique , si minime d’ailleurs selon toute hypothèse, qu’on croit être fournie par le coq.

i Ces appréciations sont on ne peut plus justes pour les oiseaux et les gallinacées. Si nous considérons maintenant le phénomène dans l’espèce humaine, nous trouverons également que Slahl est d’aeçord sur ce point avec les physiologistes modernes. En effet, pendant et même après l’acte d’-un coït fécondant, il survient une excitation, un orgasme manifeste dans les organes génitaux; dans son mouvement spasmodique, la trompe, saisissant l’ovaire au moyen de son pavillon, opère une espèce de ^ succion sur cet organe, qui, devenu (à l’aide d'un travail inflammatoire local)’ plus friable, se rompt en cette partie et livre passage à Y ovule fécondé dans l’acte vénérien. Celui-ci tombe dans la trompe de Fallope , qui le transmet (ordinairement) peu "â ' peu à l’utérus, où il se greffe. L’ovaire revient plus tard dans;Son . état normal , le. point rupturése, cicatrise (cette cicatrisation constitue le corpus lulcum) et l’oeuf se développe. Or, que se passe-t-il ici?. .. Un mystère! C’est certain; mais au simple point de vue physiologique , il est bien évident qu’en ce phénomène tout est vivant, le germe que fournit la femme, comme la semence que l’homme, éjacule dans l’ utérus!... Pourquoi et comment le phénomène de la fécondation s’opère-t-il?... C’est là le secret du Créateur ; vouloir le scruter serait chose aussi, vaine que téméraire. Toujours est-il qu’il résulte en ce cas un nouvel être qui reçoit d’une manière immédiate et instantanée une âme vivifiante qui doit présider désormais au développement de cette matière organique qui n’a, hélas! la vie qu’en puissance.,..

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§ XXXIX. Quoi qu’il en soit, ce qu’il y a de bien positif et d’invariable dans la formation du fœtus et même dans celle des œufs, c’est que non -seulement le fœtus proprement dit, mais encore toutes les parties qui l’entourent et l’enveloppent d’une manière immédiate, jouissent de la vitalité qui est propre au fœtus et non d’une vitalité qui lui soit étrangère. En effet, bien que l’intime disposition de la matière constituant l’œuf entier, c’est-à-dire 1* albumen et le vitellus , soit localement telle quo sa mixtion est dans un état de parfaite intégrité et ne se détériore pas facilement ( ce qui est prouvé par les œufs non fécondés), cependant il existe encore une autre sorte de vitalité destinée à sustenter dans la suite ces matières , qui non-seulement ont servi à former un petit corps , mais qui se sont encore transformées en tuniques , s’accroissant peu à peu, et qui se maintiennent par l'acte vital de la circulation des humeurs, des sécrétions, et même parfois par une sorte d'élimination remplaçant pour un certain temps l'excrétion. Or , cet acte vital qui conserve le corps même du fœtus et ses enveloppes à l’aide du mouvement circulatoire du sang, et sous l'influence de ce mouvement par des sécrétions et des éliminations variées , est établi par l'activité des mouvements provenant naturellement de ce principe moteur qui continue d’exécuter désormais les mouvements vitaux dans le corps.

Tous les ovipares nous fournissent encore ici une preuve de ce fait , attendu que cette vitalité se perpétue évidemment dans les œufs , complètement séparés de tout contact avec la mère.

§ XL. En outre , de même qu’il se trouve déjà dans l’œuf une quantité suffisante de matière nutritive pour en former le corps du poulet ; de même aussi , quoique sous

un rapport bien différent , le fœtus vivipare reçoit sa nourriture par les vaisseaux de l’utérus maternel.

Les anatomistes pensent généralement que, chez certains animaux , il existe , même après le temps de la. gestation , dans le but d’une semblable transmission , des vaisseaux particuliers fort remarquables , à cause de certaines protubérances auxquelles on a donné les noms de cotylédons et (Yacétabules. Mais ils ne croient pas qu’une telle constitution existe pour cela, d’une manière invariable, chez tous tes animaux : c’est ce que l’on peut voir chez ceux qui portent plusieurs petits à la fois , comme les chiennes, par exemple. En effet , si on en fait l’autopsie pendant quelles sont encore pleines , l’œil y aperçoit , dans les trompes utérines , à l’endroit même où le fœtus , au moyen d’une espèce d’écharpe glanduleuse, est intimement adhérent a cette cavité dépendante de l’utérus , l’œil y aperçoit , disons-nous , des vaisseaux sanguins plus volumineux même sur la surface externe de l’utérus , plus distendus que dans les autres parties de cet organe, où il n’y a aucune trace d’adhérence quelconque. Cependant X autopsie elle-même ne permet pas de croire qu’il y ait spécialement là une différence particulière avec la constitution des vaisseaux voisins,

§ XLI. Il existe encore un organe particulier appartenant au fœtus humain , et à l’aide duquel celui-ci reçoit en quelque sorte sa nourriture du sang maternel transmis à l'utérus. Chez les autres espèces animales, et surtout chez les carnivores indistinctement , cet organe consiste en une réunion de corps glanduleux continus et formant une masse assez consistante. Chez les animaux vivipares, cet organe a la. forme d’un gâteau et une consistance semblable â celle du foie , voilà aussi pourquoi on l’appelle tantôt placenta et tantôt foie de l’utérus. Chez les autres animaux, enfin , les herbivores surtout , cet organe se divise en divers

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réceptacles ou lobes non immédiatement liés ensemble , et auxquels leur usage a fait donner le nom de cotylédons utérins 1 2 .

Dans les unes comme dans les autres espèces animales , l’usage de ces corps glanduleux et de leurs systèmes est tout-à-fait commun , c’est-à-dire qu’ils servent à séparer la lymphe humorale nutritive des autres provenances du sang maternel. A cette fin , ces- lobes ou cotylédons sont greffés à la substance même de l’utérus , soit à l’aide d’une certaine matière glutineuse soit par les extrémités déliées des vaisseaux sanguins , qui viennent de part et d’autre aboutir dans ces petits corps glanduleux.

C’est par la rupture de ces mêmes vaisseaux , à l’occasion de l’accouchement , qu’a lieu l’écoulement abondant du sang lochial. Il est même raisonnable de penser que c’est par le moyen de cette substance glanduleuse , qui , chez la femme surtout , imite si bien la texture du foie , que s’exécute en même temps une certaine sécrétion permettant aux humeurs maternelles de recevoir, à titre de réciprocité, des sérosités récrémentitielles.

§ XLII. Les physiologistes admettent unanimement jusqu’à ce jour que, dans l’espèce humaine, cette substance, qui est sécrétée du sang de la mère par cet appareil glanduleux , se porte ensuite vers le fœtus , et lui est transmise au moyen de la veine ombilicale , en même temps que le sang qui lui est fourni par cette voie. Chez les bêtes , ce phénomène s’accomplit à l’aide d’un vaisseau lymphatique très-remarquable, beaucoup plus fort même que ne le comporte la nature des

1 En physiologie , on est convenu d’appeler cotylédons ( de y.ozvïriiïùv , creux ) les nombreux lobes qui constituent le parenchyme du placenta. Dans les animaux ruminants , l’espèce bovine en particulier , ces lobes ou cotylédons forment autant de placentas séparés.

2 C’est là ce que les modernes ont appelé membrane caduque de l’utérus.

autres vaisseaux lymphatiques du reste du corps , et qui s’étend immédiatement jusqu’à la glande centrale du mésentère ou pancréas d’Aselli et s’y greffe solidement < .

Nous avons fait , il y a déjà vingt ans , la description de ce vaisseau , dont on voit encore un reste qui va de l’ombilic jusqu’à cette glande mésentérique même chez les petits chiens ayant à peine quelques semaines et qui commencent à marcher, à moins qu’ils n’aient déjà subi des secousses trop rudes. On peut constater ce même fait dans les plus petits animaux, dans les rais, par exemple, à l’état embryonnaire ; chez eux , en effet, on voit à l’œil nu ce vaisseau ombilical aussi ténu qu’un cheveu; proportion assez remarquable d’ailleurs relativement au petit volume du corps de l’animal.

§ XLIII. Pour ce qui regarde la transmission et la réception de la substance nutritive destinée à former le fœtus, l’appareil en est bien plus simple chez les vivipares. Dans cette espèce , en effet , l’aliment nutritif est une sorte d’humeur lymphatique , composée à la fois de particules terreuses et muqueuses ci de particules graisseuses ; àe même que chez les ovipares , la substance mucido-terreuse existant dans le blanc de l’œuf et la substance grasse dans le jaune , constituent toute la nourriture du corps embryonnaire du poulet1 2.

1 C’est ce vaisseau qui a été appelé par les modernes vésicule d’hématose embryonnaire ou allantoïde. L’étude de cet organe est des plus intéressantes en physiologie et en embryogénie. On n’a pas observé cet organe chez tous les animaux, et chez l’homme il n’a été observé que dans la deuxième période de sa formation. (Voy., T. VIII, Comment. LXXXVI, notre étude à ce sujet. )

2 La substance nutritive du fœtus chez les vivipares est d’une nature analogue à celle de la lymphe. (Voy. ci-avant, de la p. 145 à la p. 252.) Pour ce qui est de la composition chimique de cette huméur nutritive du fœtus, elle est presque identique à celle de la lymphe de l’homme; elle n’en diffère que par sa couleur rbse plus foncée et par son odeur spermat

OEUVRES DE STAIIL.

Telle est la matière employée à la formation du corps, tels en sont les moyens et les voies , telle en est aussi la marche progressive. Par le fait, chez les vivipares, celte matière n’arrive que successivement, tandis que chez les ovipares elle est collectivement et simultanément contenue dans l’œuf.

§ XLIV. Quant à la formation de tout le reste du corps proprement dit, nous avons assez amplement démontré ailleurs par quel agent il est vraisemblable que le corps est formé d’une matière toute spéciale. Il nous reste à dire , en peu de mots, et à répéter en quelque sorte, que cet acte de pleine et entière formation du corps requiert et exige une proportion particulière de temps. C’est là un fait universellement reconnu, à posteriori, par l’exemple très- ordinaire de la brièveté remarquable de la période de gestation chez les ovipares , chez les petits animaux d’une grande fécondité, tels que le lapin , le porc marin et le lièvre, ainsi que dans les grandes espèces d’animaux et même chez Yhomme. Mais, à priori, nous ne pouvons pas même conjecturer de quelle cause peut dépendre , non-seulement en général, mais même en particulier, cette mesure spéciale de temps si précise et si bien ordonnée 1 .

plus prononcée;.... sa saveur est moins salée et sa pesanteur spécifique est de 1024,25. J’ai obtenu à peu près le même résultat dans quatre expériences que j’ai faites sur des fœtus non viables et morts au moment de la délivrance. Quant aux ovipares, leur nourriture provient tant du blanc de l’œuf, qui est constitué par de Y albumine pure , que du jaune ou vitellus, qui , suivant Proust, est une émulsion formée de 0,17 d'albumine, 0,29 d’huile, 0,54 d’eau, de phosphore et d’une graisse cristalline non saponifîable.

1 Toutes les assertions émises à ce sujet devraient être regardées comme non avenues ; car, bien qu’elles s’appuyassent sur la conformation particulière de chaque espèce animale , et que l’on découvrît entre celte mesure et la constitution individuelle et spéciale une analogie réelle, ces découvertes ne dévoileraient en rien le secret du Créateur, dont les lois éternelles et immuables sont impénétrables à l’homme. Ici, nous n’avons qu’à constater des faits et à admirer la Sagesse divine dans les moyens si variés dont elle s’est servie pour orner la Création!...

§ XLV. Au point de vue de l’espèce humaine, l’acte de la formation du corps ne doit pas être considéré d’une manière si absolue qu’il faille le regarder comme accomplissant son œuvre jusqu’à la configuration visible externe de toutes les parties du corps ; mais il faut , en cela , observer surtout le rapport absolu que toutes les parties du corps et chacune d’elles en particulier doivent avoir avec Yusage auquel elles sont destinées. Tant s’en faut, en effet, sous ce point de vue , que l’entière formation de chaque partie s’accoipplisse durant le temps que le fœtus est dans le sein de sa mère ; qu’au contraire , ce n’est qu’au bout de quelques années , de 7 ans au moins et même plutôt de 14, qu’un parfait développement paraît s’accomplir et se compléter.

§ XLVI. De ce qui précède il suit qu’il y a deux périodes distinctes pour l’entière formation du fœtus dans le sein maternel. La première comprend tout le temps nécessaire à cette complète formation (en sorte qu’il ne manque naturellement et numériquement rien à l’ensemble des parties, ni à la contexture visible de tout le corps , encore trop frêle et trop délicat pour être à l’abri du danger de toute lésion et corruption au milieu des choses externes sur lesquelles l’âme doit exercer son activité propre). La deuxième période de la formation, déjà parachevée, du corps, comprend nonseulement cette formation elle-même , mais encore le raffermissement des parties , de manière à ce que leur texture devenue plus ferme puisse supporter l’influence de légères impressions du froid et du chaud, de Y humide et du sec et même des épreuves plus rigoureuses sans être pour cela facilement exposée à de fâcheux inconvénients. Quant à la mesure ordinaire de ces deux périodes , l’observation prouve quelles sont constantes et invariables dans l’espèce humaine. En effet , la première qui comprend la formation entière de l’embryon , s’étend depuis le jour de la conception jusqu’au

septième mois de la vie intra-utérine : mais il est généralement admis, d’après l’expérience, qu’à cette époque le fœtus n’a pas une vie durable et assurée 1 . Pour ce qui est de la deuxième période , qui comprend depuis le septième mois jusqu’au moment de la naissance, l’observation constate que le corps du fœtus est plus propre à me vie longue et durable quand il a déjà atteint la quarantième semaine ou environ neuf mois et demi lunaires : c’est alors que l’enfant est dit viable. C’est dans cet espace de temps , disons-nous , que s’accomplit la période de la formation entière du fœtus , qui , parvenu à son terme naturel , vient au monde quelle que puisse être sa complexion , qu’il soit grand ou petit , délicat ou vigoureux. Tout le monde sait que c’est vers le milieu de ce temps de la gestation , c’est-à-dire au bout de vingt semaines environ , que le fœtus commence à faire quelques mouvements sensibles dans le sein de la mère . L’expérience prouve, en effet, que c’est habituellement à cette époque qu’un fœtus bien portant commence à se mouvoir.

§ XLY1I. Bien que ce soit là à peu près tout ce que nous avions à dire sur le phénomène de la génération , au point

1 Je possède sur cette matière des documents on ne peut plus précieux des médecins, philosophes , théologiens et législateurs anciens et modernes; le lecteur pourra en prendre connaissance au T. VIII , Comment. LXXXV1I. Je me contenterai de dire seulement ici , en passant, que les anciens ont émis d’étranges opinions à cet égard. On lit, en effet, dans Hippocrate (lib. de sept, parlu), dans Galien (lib. de fat. format., cap. 1), dans Aristote (7. de hist. anim., cap. 4), dans Pline ( lib. 7, cap. 5) et dans bien d’autres auteurs respectables, que l’espèce humaine est l’espèce animale qui offre le plus d’exemples d’anomalies relativement à l’époque de la parturition. À l’appui de cette assertion, ils citent, les uns et les autres, des cas d’enfantement au 7e, au 8e, au 9e, au 10e et même au lie mois. Pline cite même une certaine Vestilie qui, ayant eu quatre maris, a mis au monde quatre enfants à quatre époques différentes, savoir : le premier au 7e mois, le second au 11e mois, le troisième au 7e mois , le quatrième, enfin, au 8e mois, tous viables et ayant rempli des charges importantes dans la république romaine. Mérindol , Alph. A Caranza , et avec eux bien d’autres auteurs modernes , nous ont transmis de curieux détails sur cette question. (Voy. T. VIII , Comment, ci-dessus, nos appréciations à ce sujet.)

de vue de la formation du fœtus , nous croyons cependant devoir ajouter l’histoire de quelques autres circonstances qui compléteront nos considérations à cet égard. Nous dirons donc que le fœtus est renfermé dans des membranes propres, qui l’empêchent d’être en contact immédiat avec l 'utérus maternel : ces membranes sont au nombre de deux 1 .

La membrane externe, que l’on nomme chorion, est plus consistante et plus forte que la membrane interne , vulgairement appelée amnios. Entre le chorion et l’amnios d’une part et le fœtus de l’autre s’épanche une certaine humeur, qui s’écoule , au moment de l'accouchement , par la rupture naturelle de ces membranes. La position normale et convenable du fœtus, c’est d’avoir la tête en bas, parce que dans un accouchement régulier et naturel la tête doit se présenter la première ; toute autre position peut rendre l’accou-

1 Stahl aurait peut-être dû, pour compléter son travail sur la formation du fœtus, nous donner l’histoire de l’évolution organique de toutes les parties du corps ; mais , ainsi qu’il l’a dit , c’est là une étude qui fait essentiellement partie de la physique ou physiologie purement descriptive ou expérimentale. Son but à lui, c’est, avant tout, d’être utile aux médecins; dès-lors, il s’est borné à l’exposé succinct des phénomènes pouvant directement servir à l’exercice de l’art médical. C’est là un fait que je tiens à relever devant un public désavantageusement prévenu contre l’illustre fondateur du vitalisme animique, auquel on s’est plu à reprocher, les uns, de ne pas être assez philosophe dans ses études physiologiques, les autres, de négliger la pratique médicale , d’autres enfin , de ne faire que de la médecine spéculative et vaine d’un côté , purement expectante de l’autre.

Stahl n’a jamais eu qu’une seule et même idée , qui l’a sans cesse possédé durant son honorable vie de maître et législateur en l’art médical : c’est de renverser l’hydre toujours renaissante du matérialisme, et de réédifier la doctrine médicale d’Hippocrate, presque oubliée de son temps. 11 a voulu faire des médecins, et des médecins consciencieux : tel a été le but continuel de sa féconde imagination , de son esprit éminent.

On peut, du reste, trouver ces particularités dans toutes les physiologies élémentaires modernes.

Je dirai seulement ici, en passant, que les membranes qui enveloppent le fœtus , appelées annexes , comprennent , outre celles appartenant en propre au fœtus , une autre membrane , dont la nature et la formation ont donné lieu à diverses interprétations : je veux parler de la membrane caduque, appelée aussi nidulante (Burdach), périone (Breschet), épichorion, decidua (Hunter), etc. — ( Voy . T. VIII, Comment. LXXXVI1I. )

OEUVRES DE SÎAHL.

chement laborieux. Au moment de la délivrance , le corps du fœtus est recouvert , sur toute la surface de sa peau, d’une couche de duvet pâle et onctueux, enduit sébacé, épais , dont il doit être nettoyé en le frottant aussitôt après qu’il est né ; car, s’il en reste quelque chose , il se sèche et adhère si fortement qu’on ne peut l’en séparer sans arracher en même temps la peau elle-même , ce qui peut retarder Y accroissement de la partie lésée ; de sorte que , par la suite, il survient en ces parties des crevasses et des fissures.

§ LXVIII. Il se trouve aussi dans les intestins du fœtus une certaine saburre d 'un noir verdâtre, qui enduit également toute leur surface intérieure et auquel on a donné le nom de méconium. Cette matière n’est autre chose qu’une bile excrèmentitielle, qui, dans les derniers mois de la grossesse, coulant de la vésicule du fiel, par le conduit cholédoque, dans les intestins, et se mêlant avec un mucus pareillement excrémentitiel, pour être ensuite évacuée avec lui , y est tolérée et y séjourne jusqu’à ce que l’enfant reçoive enfin le jour.

C’est ordinairement presque immédiatement après la naissance que le méconium est évacué , soit par un mouvement naturel et spontané, soit par l’effet du colostrum, premier lait, impur et trop séreux de la mère, soit enfin au moyen d’un doux laxatif, tel que le sirop de chicorée mêlé au sirop de rhubarbe ordinaire , une légère infusion de roses, etc. Si le méconium n’est pas convenablement expulsé à cette époque, il est rendu plus tard sous forme de pourriture âcre, au moyen d’un lait plus nutritif; il est évacué alors en même temps que des matières alvines tout-à-fait noires, ce qui fait éprouver à l’enfant des coliques très-violentes, et même parfois d’atroces convulsions 1 .

1 J ai vu beaucoup de jeunes enfants mourir dans un état convulsif et victimes du strismus de la mâchoire inférieure , rien que par le séjour trop prolongé du méconium et l’impéritie de la personne chargée de soigner l’enfant.

§ XL1X. Avant de pousser plus avant l’étude des circonstances qui se rapportent directement à l’enfant après sa naissance , nous devons dire encore un mot touchant son état dans l’utérus avant l’accouchement.

Nous venons d’annoncer que la position naturelle du fœtus dans le sein de la mère est d’avoir la tête dirigée en bas, en attendant sa sortie; nous dirons , en outre, qu’il a pour le moins toute sa tête plongée dans un certain liquide répandu autour de lui et qui le sépare de la surface interne de l’amnios ; il est , de plus , enveloppé par une autre humeur séreuse qui se trouve aussi entre les membranes chorion et amnios. Comment donc supposer que, dans une semblable situation , le fœtus puisse respirer 1 ? Cette supposition ne saurait avoir lieu que dans l’esprit de certaines commères qui , lorsqu’une femme en couche est moribonde ou déjà morte , recommandent par-dessus tout de lui laisser la bouche ouverte, de cramte que l’enfant, peut-être encore vivant , ne soit suffoqué * .

1 11 n’est plus aujourd’hui aucun médecin , aucune sage-femme qui soutienne une erreur aussi grossière. Il est positif, néanmoins, d'après les nombreux documents que nous possédons , que les anciens , Hippocrate et Galien en tête, ont cru que l’enfant respire dans le sein maternel.

Nous lisons, en effet, dans Hippocrate (lib. nspl ÿfyjuN) : « Verum est fœlum in utero ex ûre et nuribus respirare. » J. Mercuriale prétend, à son tour, qu’Hippocrate a répété la même chose dans son traité rc-pi xp% wv. Galien a dit. aussi (lib. de utiî. reSpiï., c. 4) : «Fœtus in utero ore spiritum ducit. » Et au chapitre 1 du même livre, il est dit encore : « Naturel nihil fruslrà agit , neque alicujus funclionis organu incassùm effingit ; à respiralione vita separari nonpolest,. .. sine respiralione mox fœtus suffocaretur et periret.... etc. » Galien ne connaissait pas la docimasie pulmonaire, car la moindre expérience à ce sujet aurait donné à ce profond génie de quoi réfuter les fausses assertions émises avant lui sur cette question.

1 Se fondant sur les assertions erronées d’Hippocrate , de Polybe , de Galien et du chef de l’École péripatéticienne, MM. Weindrich, A. Libavius et Gilles-Fabre — in analomiâ rudes, — vont jusqu’à prétendre « que les enfants vagissent ‘dans le sein de leur mère. » ( V. Mérind. , Ars triedic. , exerc. U, p, 373 , in-f°.) Pline a dit en parlant des ovipares (lib. 10, cap. 53): * Vigesirnu die , ab incubitu , moveuiur omm ,jàrn vivent is intrà pulamen vox

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§ L. C’est chose futile et vaine que de vouloir débattre sérieusement cette question , savoir : si le fœtus est réellement en contact avec l'air et respire; il n’est pas moins absurde de X affirmer (en s’appuyant sur le fait du sang formant de petites bulles dans les conduits de l 'air dès la première aspiration) , et de soutenir que l’air est transmis avec les sucs nourriciers , du corps de la mère au fœtus , et va se mêler ainsi aux humeurs de ce dernier. Il ne résulte , en effet , de ces assertions , aucun avantage pour la théorie médicale; que le fait soit vrai ou faux , peu importe. Mais on n’a nullement prouvé jusqu’ici, d’une manière assez démonstrative, que cette légère effervescence ne puisse point provenir de X expansion soudaine de l 'air lui-même ; attendu que , après la première expiration de l’air atmosphérique contenu dans les poumons , ce qu’il en reste peut , en vertu d’une soudaine expansion , imprimer une violente secousse aux humeurs subtiles épanchées dans les tubes aérifères , et provoquer ainsi , dans cette première agitation , la sortie de ces humeurs sous forme de petites bulles , plutôt que de forcer l’air contenu dans ces dites humeurs à en sortir par cette pression.

Personne, que je sache, n’a jamais osé soutenir comme chose vraie le phénomène ci-dessus, touchant le sang de l 'embryon, lors même que le fait serait positif pour le sang en général. Quoi qu’il en soit, nous ne voyons en ceci aucune espèce d 'utilité pour une vraie et solide théorie médicale.

§ LI. Il en est de cette question, comme de cette autre, savoir : Le fœtus , dans le sein de la mère , prend-il ou

auditur » ; et Aristote , avant lui, avait écrit (lib. 6 , de hist. anim. , cap. 3 ) : * nspt Ss rrt'j sixo ornv viJï) çp OéyyîTcu ts Jtcvoùprevoç étrcoOsv ; av rtç xivsï des'Awv. » Ce qui sinigfie : « Si , au vingtième jour de l’incubation , on prend un œuf fécondé et qu’on l’agite légèrement, on entend déjà piauler le

poussin qui y est renfermé , etc . » Mais ceci peut-il s’appliquer à l’œuf

humain?

suce-t-il quelque aliment par la bouche , c’est-à-dire retiret-il quelque nourriture de ce liquide contenu dans Xamnios et dans lequel il se trouve entièrement enveloppé ? Certes , à priori, il n’y a aucune raison apparente qui puisse rendre vraisemblable un pareil fait; car il sera aussi long- temps certain que le fœtus n’a nul besoin de ce mode de nutrition, qu’il sera impossible de prouver que la nourriture fournie par X ombilic est insuffisante : mais, à posteriori, le principal argument en faveur de cette thèse est tiré de ce qu’il existe , dans l’estomac du fœtus, une substance muqueuse et blanchâtre qui en tapisse la surface interne et que l’on suppose devoir provenir de ce liquide ambiant. Mais il arrive que par oubli , sinon par ignorance , on néglige de dire que , dans tout le parcours intestinal et sur tous les points où cette membrane villoso-glanduleuse ou muqueuse se présente , on voit aussi une matière également muqueuse, destinée à une excrétion ultérieure, servant, du reste, à la lubrifaction de ces parties , pour faciliter la marche des matières fécales lors de leur passage et pour protéger la membrane muqueuse elle -même, tant contre la dureté que contre l 'acrimonie des substances qui en parcourent la longueur. C’est cette même matière qui , séparée pour un moment de la bile dans l’estomac , vient contribuer à former le méconium, en se mêlant avec elle dans tout le reste du conduit intestinal.

Par où il est évident que toutes ces spéculations , laborieusement imaginées , sont aussi frivoles que les différentes questions oiseuses auxquelles elles donnent lieu.

§ LU. Ce n’est que lorsque le fœtus, avantageusement et abondamment nourri par la voie ombilicale , a atteint son développement naturel et qu’il a parcouru toute la période de la gestation, qu’il sort du sein maternel. Le jour de la naissance arrive en général après une période de quarante

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semaines *, ainsi que nous l’avons dit plus haut; mais cette naissance a spécialement lieu avec plus d’exactitude à la même époque du mois ou de la phase lunaire à laquelle la femme enceinte avait l’habitude d’avoir ses menstrues. Aussi , en pareil cas, est-ce avec raison que les femmes ont la coutume de commencer à compter les semaines de leur grossesse à partir de la semaine même dans laquelle elles ont eu leur dernière évacuation menstruelle.

§ LI1I. En ce qui concerne en lui-même le phénomène naturel de la parturition , nous dirons qu’il a communément lieu, et surtout quand tout se présente normalement, au moyen de soudaines commotions spasmodiques qui s’étendent depuis les reins et le. coccyx jusqu’à la partie antérieure de la poitrine et même jusqu'au sein.

Les modernes ont soulevé une question à ce sujet, savoir: si l’accouchement dépend simplement de l’utérus lui-même , ou bien si l’enfant y prend part et y contribue pour quelque chose ou même pour beaucoup. D’après l’expérience, il est évident que les faits déposent en faveur de la première supposition 2 .

1 Les art. 314 , 344 et 315 du Code civil , explicites à ce sujet, regardent comme prématurées les naissances ayant lieu avant le 280e jour à partir du jour de la conception, et comme tardives toutes celles qui s’effectuent après le 300e jour.... Stahl , en fixant le terme de la parturition après la 40e semaine, c’est-à-dire du 280e au 290e jour, demeure dans la vérité légale et scientifique, malgré ce qu’ont pu dire à cet égard une infinité d’auteurs anciens et modernes. ( Voy . T. VIII, Comment. LXXX1X. )

2 Non-seulement l’expérience , mais encore la raison et la science , viennent à l’appui de cette assertion on ne peut plus juste.

Les anciens , à la vérité , n’étaient pas bien fixés à cet égard , attendu que leurs connaissances anatomiques et physiologiques étaient bien au-dessous des nôtres, et qu’ils auraient bien pu rapporter à un effort naturel et mécanique de l’enfant le phénomène de la parturition.... Voici en peu de mots ce qu’en disent quelques auteurs. Hippocrate (lib. de nat. pueri): Cùm demulcendo calori insolito Iranspiralio non sufîïcil , embryon inspirationem qucerens agitatur , gravesque matri moleslias infert ; lùm , partim proprio impetu , partim impulsu expuUricis uteri jùm proritate pulsus , sibi viarn

En effet , 1° les femmes enceintes ressentent non-seulement des mouvements saccadés, mais encore des efforts manifestes , de violentes secousses de la part du fœtus , au point même d’en éprouver parfois un malaise , et cela sans qu’il se manifeste aucune excitation et qu’il se déclare les douleurs inhérentes à l’enfantement ; 2° au moment même de la parlurition et des souffrances qu’elle entraîne , les femmes ne sentent plus aucun mouvement de la part de l’enfant; 3° toutes les femmes savent parfaitement distinguer les mouvements saccadés du fœtus des véritables douleurs de Y enfantement ; 4° aussi ces sortes de mouvements que font les enfants sont-ils extrêmement rares au moment même de Y accouchement; 5° un grand nombre de femmes en couches, surprises par les maux de l’enfantement, n’ont jamais éprouvé de semblables mouvements de la part du fœtus ; 6° il ne faut point considérer comme accouchement naturel, non-seulement tout avortement prématuré, 7° mais encore tout avortement occasionné par des affections de lame , qui provoquent habituellement des commotions directes chez la mère (telles que Y épilepsie, le calcul et Y arthrite), plutôt qu’elles n’ont une action réelle sur le fœtus, etc. ; 8° lors même que l’enfant soit mort, la mère n’en éprouve pas moins

facere et membranis quibus involvebatur diruplis nasci compellitur , etc. » Galien ajoute ( 15, de usu part., cap. 1 ) : « Parlas fit, eùm fœtus ità jàm estperfeclus , ut per os nutriri possit. » Avicenne (lib. 3, fen. 21 , Iract. t , cap. 2) dit à son tour: « Quo tempore tria illi adveniunt , quibus ad nascendum prorit atur : 1“ penuria alimenii , nécessitas frigidioris inspiralionis et uteri ad fœtum expellendum lacessiti anguslia, etc. » Aristote avait dit la même chose (lib. 4, de gener. anim. , cap. 8).

M. Mereati, médecin distingué du XVI" siècle, partageait les mêmes opinions que les anciens, et il ajoutait (lib. 4 , de mulier. affect. , cap. 1 J : « Cùm grandior fit fœtus et majorum artuum firmilalerh, acquirit , non sud mole solùm , sed frequenliore et validiore molu , incipit utero esse molestior : tune ex providenliâ Creatoris et lege naturœ nostri corporis reclrici imposita utnascituro providealur.... etc.... et demùm expellitur fœtus. »

Voilà tout autant d’opinions qui prouvent que les anciens , malgré leur ignorance en anatomie et leur infériorité en physiologie , étaient du même sentiment que les modernes à cet égard.

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les douleurs de l’enfantement et tous les efforts spasmodiques qui accompagnent l’accouchement ; 9° du reste, ces mêmes efforts ont lieu , bien que quelquefois la femme n’accouche que d’une masse informe de chair , qu’on appelle môle;

1 0° les douleurs de l’enfantement ont parfois une certaine durée et reviennent fréquemment , d’une manière violente , même après l’accouchement , surtout lorsque les lochies, coulant immodérément , forment de volumineux grumeaux ou caillots, et nécessitent de semblables efforts d’impulsion ; 11° il est bien positif, du reste, que les femmes raisonnables et qui n’en sont pas à leur premier enfant, savent très-bien discerner les impressions que font sur elles les mouvements de leur fœtus, d’avec les tranchées de la dyssenterie , quel qu’en soit le siège , et enfin d’avec les véritables douleurs de 1 ’ enfantement; 12° ajoutons à tout cela que les femmes en couches peuvent , par leur imprudence , interrompre subitement et arrêter sérieusement le cours des mouvements spasmodiques ou les véritables douleurs de la parturition , soit en s'agitant immodérément, soit en faisant des efforts à contre-temps , soit en poussant des cris inutiles 1 , soit en bavardant à tort et à travers , soit en se répandant en lamentations oiseuses , soit enfin en retenant quelque temps la respiration et en poussant ensuite une expiration subite.

Voilà jtout autant de faits dont il serait bien difficile de se rendre compte , s’il était réel que les mouvements de la parturition provinssent du fœtus. C’est pourquoi comme, d’une part, il est assez probable que tous ces faits, et chacun d’eux en particulier, ne peuvent en aucune manière

1 C’est là principalement ce qui aggrave singulièrement la position des primipares , surtout lorsque l’accouchement est laborieux par lui-même. Il arrive , en effet , dans ces fâcheuses circonstances que , lorsque le médecin est appelé, la patiente n’a presque plus de forces, et que l'art doit, à lui seul , faire tous les frais d’un accouchement devenu dangereux , surtout par la défaillance des forces indispensables à cet acte.

se rapporter et s’attribuer à des mouvements et à des efforts que ferait le fœtus pour rompre les obstacles qui le retiennent ; de même il est manifeste , d’autre part , que c’est Xutérus lui-même qui opère toutes ces contractions nécessaires à la délivrance.

§ LIY. C’est ainsi que, par des efforts successifs, s’accomplit l’accouchement; de telle sorte néanmoins que d’abord , après un grand effort spasmodique , après une forte contraction , se propageant du fond de la matrice jusqu’à son orifice, les membranes qui enveloppent le fœtus se rompent et répandent les eaux qu’elles renferment. Dès-lors, la masse se trouvant diminuée , il est plus facile au fœtus de sortir de l’utérus. Aussitôt se présente à l’orifice la tête , qui ordinairement est la partie la plus volumineuse ; vient ensuite le reste du corps , qui sort plus facilement : les épaules, légèrement comprimées dans leur passage; le tronc , contre lequel sont accolés les bras et les membres abdominaux enfin 1 .

§ LY. Les accoucheurs et les sages-femmes sont généralement dans l’usage de ne faire la section du cordon ombilical , à l’aide duquel l’enfant est attaché au placenta , qu’après la sortie naturelle des secondines ou arrière-faix. La sortie du placenta (par les contractions utérines ) prouve , une fois de plus , que l’expulsion du fœtus , ainsi que celle de l’arrière-faix , est un véritable acte de l’utérus lui- même. En effet, une fois que la délivrance a eu lieu, le placenta, qui occupe un espace assez notable, est arraché plus aisément du point où il adhère , à l’aide de vives constric-

1 L’auteur ne parle et ne doit parler ici que des accouchements naturels , l’étude des accouchements laborieux et des positions anormales du fœtus faisant le sujet spécial d’un traité d’obstétrique.

Nous possédons à cet égard des ouvrages de la plus haute valeur, que le lecteur pourra consulter avec fruit.

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tions de l’utérus , qui s’en sépare par un violent effort et par une subite contraction de ses fibres , en se repliant sur luimême. Mais X avulsion du placenta ne peut avoir lieu sans une hémorrhagie consécutive à la rupture de ces petits et nombreux vaisseaux qui , par de nombreuses ramifications établissent une communication entre le corps maternel et le placenta, où ils se répandent et fournissent au fœtus sa nourriture durant tout le temps de la gestation.

§ LVI. Le nouveau-né est séparé du placenta par la section du cordon ombilical. C’est ordinairement à la distance de deux pouces environ du corps du fœtus qu’on doit couper le cordon. D’après une méthode vulgaire et qu’il ne faut pas dédaigner, on laisse au cordon ombilical une longueur de douze à dix-huit pouces, en ayant le soin néanmoins de faire à deux pouces du corps de l’enfant , comme il est indiqué ci-dessus, une forte ligature avec un fil en plusieurs doubles , de manière à ce qu’il ne se rompe pas facilement , et que , par son petit volume , il ne s’enfonce dans ta substance même du cordon et n’y occasionne une lésion.

Par ce moyen, la partie du cordon qui est au-dessus de la ligature, et que l’on a eu le soin d’envelopper d’un linge, se flétrit et se dessèche dans quelques jours, et , à l’endroit même où la ligature a été pratiquée , le cordon se détache peu à peu et tombe avec la ligature elle-même. Pendant ce temps, s’opère naturellement la consolidation de cette partie des vaisseaux qui s’étend de la ligature vers l’intérieur de la cavité de l’abdomen.

§ LVII. La saburre mucoso-bilieuse qui constitue le méconium, doit être complètement expulsée des intestins du nouveau-né ; car on est sûr , s’il n’en est point ainsi , que , par son mélange avec le lait de la mère , il peut provoquer plus tard des troubles graves dans le corps.

La nature paraît avoir elle-même sagement prévenu cet inconvénient , puisqu’avant même qu’un lait épais et d’une consistance pouvant devenir nuisible pénètre dans les méats suffisamment distendus des mamelles , elle fait couler un liquide séreux quelque peu consistant , auquel on a donné le nom de colostrum. Quelques femmes trop délicates (mais d’après elles plus prudentes) craignent de donner de ce lait impur, disent-elles, et trop foncé à leur enfant, de peur qu’il ne lui arrive quelque chose de fâcheux; mais c’est agir, en cela , contrairement aux lois de la nature , qui se sert habilement de cette matière pour laver l’intestin et expulser le méconium. Ce premier lait , du reste , ne risque jamais de faire subir à l’enfant d’aussi graves malaises que ceux qu’il éprouve quand il prend pour la première fois un véritable lait d’une consistance épaisse , et surtout avant l’évacuation convenable du méconium.

§ LVIÏI. Le nouveau-né se porte d’autant mieux, qu’il dort plus long-temps qu’il ne veille; car, de même que l’éclat de la lumière ne peut être supporté par ses yeux encore trop délicats , de même aussi , tant pour cette raison qu’à cause de l’impossibilité où se trouve l’enfant de faire un usage convenable de ses autres organes sensitifs, il doit nécessairement ne pas se trouver en rapport avec les objets extérieurs, en veillant. Or, non-seulement c’est là une preuve que l’enfant , à cet âge , est plus enclin à dormir qu’à veiller ; mais encore ce fait confirme Y avantage de cette inclination naturelle et Yaversion qu’a Yâme de l’exercice des sens, aussi long-temps qu’il convient qu’elle soit plus attentive au phénomène vital de la nutrition; ce qui s’accorde parfaitement avec cette autre observation que , tant à cet âge qu’à toute autre époque plus avancée de la vie , la nutrition se fait d’une manière plus régulière et plus paisible lorsqu’on ne se livre à aucune occupation sérieuse

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et que l’on n’est pas absorbé par de nombreux et pénibles

travaux d’esprit » .

§ LIX. C’est ainsi que peu à peu l’enfant croît et se développe , en donnant de plus en plus des signes intelligence à l’égard des choses extérieures. Il sourit surtout à certains petits bruits, au sifflement et aux gestes des personnes qui s’adressent à lui : on le voit aussi manifester de bonne heure des marques de terreur et d 'effroi, tantôt et plus spécialement à l’occasion de causes externes agissant directement sur leur frêle corps , tantôt à la suite de pareilles sensations perçues par les nourrices et communiquées à la nature délicate de l’enfant , au moment où celles-ci sont saisies d’un tremblement convulsif général s’exerçant tant sur les mouvements toniques que sur les mouvements vitaux * .

1 Si la science moderne se livrait avec moins de passion à la simple appréciation des faits physiques; si elle n’accordait pas une absolue importance à l’expérimentation des faits sensibles, et qu’elle daignât s’élever un moment au-dessus d’une sphère où elle ne fait qu’entasser sans jamais rien édifier, elle parviendrait bientôt, avec les éléments que le Créateur a départis à l’intelligence humaine, et en s’appuyant sur les documents précieux des savants qui nous ont précédés, la science parviendrait, dis-je, à découvrir le fond vrai des choses et à acquérir ce degré de perfectibilité pour lequel Dieu a créé l’homme.

Cette réflexion est à l’adresse de ceux qui (quelque savants, quelque érudits qu’ils spient ) , sans cesse absorbas par la matière et dans la matière , ne voient dans l’organisme et dans le développement successif du fœtus qu’un phénomène physique dépendant uniquement des propriétés de la substance organique de nos tissus.... Pour eux, en effet, la vie , la sensibilité, l’intelligence même sont localisées dans une partie déterminée du corps .

Il n’y a de facultés que pour la matière , et, en poussant à bout leurs raisonnements on arrive à conclure que l’âme , reléguée dans une partie plus ou moins noble du microcosme , n’administre rien et est obligée de supporter toutes les impressions que lui fournissent les sens. Pour eux, la nutrition elle-même n’est que l’effet du jeu matériel et réciproque des organes et des humeurs.

2 Nous possédons sur ce point des exemples très-nombreux , nous n’en citerons qu’un seul tiré de notre propre pratique médicale. Mme G... avait son fils en nourrice dans une localité près de Cette;... la nommée J. P.nourrice du petit A. G... eut dispute un certain jour avec une voisine , et, à

§ LX. Bien que, dès le moment de l'accouchement , la mère sente déjà ses mamelles se gonfler peu à peu, ce n’est cependant que vers le troisième ou au commencement du quatrième jour que la montée du lait a réellement lieu; c’est seulement alors qu’il est de bonne qualité, plus blanc, plus consistant et meilleur que les premiers jours , où il était léger, ténu, séreux et presque sans aucune consistance. C’est avec un tel lait que l’enfant est désormais avantageusement nourri ; surtout si on lui donne peu à peu quelque aliment plus solide , pris parmi certaines substances dont nous avons déjà suffisamment parlé.

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